IN JEI DE LA FORTUNE. S
« femmes en reçoivciil duvanUiiïe pour daigner souffrir «« quelquefois les caresses d'un homme qu'elles se font « un plaisir de (roraper!... Ces dames gagnent avec l'a- « cilité leur fortune, et un pauvre père de famille, em- 1 ployé a douze cents francs, qui, pour obtenir cette « place, a battu pendant plusieurs années le pavé de la « capitale en courant solliciter tous les ministères, se " rend a huit heures à son bureau, d'où il ne sort pas « avant quatre, car il tremble que quelque réforme ne « vienne lui ùterson emploi, ce qui le réduirait a la men- « dicité.
« Mademoiselle Zélie habitait une petite chambre sur « les toits, elle loge dans un hôtel ; elle se laissait battre « par un mauvais sujet, elle daigne a peine répondre aux ««empressements d'un homme qui fait tout pour lui «« plaire ; l'un la volait , l'autre l'accable de présents ; « mais elle était fidèle au premier et elle se moque du «« second ; et ce jeune homme lui prodigue des richesses ««qu'elle offre a un autre!... car il faut convenir au «« moins qu'elle n'est pas intéressée ; mais elle mènera «< grand train son amant ; elle ne se refusera rien ; toutes «« les jouissances du luxe seront épuisées, elle abusera «> de tous les plaisirs, tandis que d'honnêtes époux n'o- «' seront pas se permettre deux fois dans l'année les qua- «« Irièmes loges a l'Opéra. 0 Fortune, tu es aveugle ! »
Adolphe se dit tout cela en prenant le chemin de la rue Saint-Paul. L'aventure qui vient de lui arriver devait, "en effet, donner matière a ses réflexions. Lorsque l'on voit de jeunes époux se lever au point du jour pour travailler, et ne jamais se permettre un plaisir coûteux ; lorsque soi-même on court depuis longtemps pour obtenir un emploi , fût-il extrêmement modique , on ne peut se défendre d'un certain sentiment de dépit , en
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voyiinl, la fortimo coniMcr une femme tic si'â ravoiiis, p.arce qu'elle a fait de jolies pcliles mines en dansant un cntreelialnu en faisant une piioueltc,
"Ail! i> se (lit encore Adolphe, « si je Savais faire des «'pirouelles!.., Il y a longtemps o,ue j'aurais Irouvé de "l'occupalion!... mais malheureusement je ne suis pas «' (ort sur la danse ! Que faire donc pour gagner ma vie ?. . . «je ne sais qu'écrire , calculer et parler un peu laliii ; " avec cela je ne ferai jamais fortune !... »
Cependant l'aventure du malin a distrait notre jeune homme, cl, en le voyant, Louise croit qu'il lui est arrivé quelque chose d'heureux.
«< Tiens, mon ami, » dit-elle aCharles, ««regarde comme «« monsieur Adolphe a l'air satisfait... il a obtenu une « place, j'en suis sure. — Vous vous trompez , ma chère ««Louise," dit Adolphe, «au contraire, j"ai moins d'es- "pérance que jamais, et je viens de m'apercevoir de " nouveau que c'est a eeux qui le méritent le moins que «' la fortune accorde ses faveurs. — Et c'est pour cela «« que vous paraissez moins triste que de coutume?... — "Que voulez-vous? l'excès du malheur rend quelquefois ««le courage ; je n'en suis pas encore la, puisque je pos- <« sède des amis tels que vous; mais j'ai pris mon parti, «et je vois qu'il ne faut pas rougir d'être misérable. Je ««ferai tout ce qui se présentera... n'importe en (juel "genre, pourvu que je puisse conserver riionncur, ma «seule richesse. On m'a offert il y a quelques jours, de «peser les marchandises dans le magasin de ce gros né- « gociant, votre voisin ; j'ai refusé alors, eh bien ! je vais «accepter... — Vous, monsieur Adolphe, une place «comme celle-là!... toujours avec des rouliers, des « charretiers !... — Je viendrai le soir me délasser auprès « de vous des faJigues et des ennuis de la journée ; on se
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"fait à tout, et l'on s'habitue à la peine... — Porter " quelquefois des paquets, des fardeaux !... — Si j'en ai " la force, c'est tout ce qu'il faut. — Vous vous nnidrez «malade... — Alors vous prendrez encore soin de moi; « vous m'avez di'ja conservé l'cxisfehce, et je m'habitue «» à compter sur vous. — Mais allendcz encore. — Quoi ! «•que je n'aie plus d'autre ressource?... Alors cela me «semblerait bien plus pénible ; non. j'y suis décidé ; dès «demain je vais me présenter. »
Adolphe passe la journée avec Charles et sa femme; le tableau de leur amour, de leur bonheur, le raccommode un peu avec la Providence. « Ah! » dit-il , « s'ils ne sont «pas riches, du moins ils sont heureux!... et plus hcu- " reux, a coup sûr, que madame Saint-Ccran. »
Il quitte ses bons amis et rentre chez lui, bien décidé à aller le lendemain s'offrir pour garçon de magasin. «Si j'avais été plus sage, " se dit-il en se couchant, « si «je n'avais pas été amoureux, je serais encore dans le «magasin de nouveautés!... Mais alois je ne voyais « qu'Eugénie ; pour elle j'aurais tout quille !... Ah ! main- « tenant encore!... que dis-je? maintenant elle est ma- «riée!... elle estriche!... elle est heureuse!... Ah! « dois-je regretter de ne pas être son époux!... Qu'au- «rais-jepu lui offrir?... l'indigence, la misère!... non, «je ne pouvais l'épouser!... Tout est donc pour le mieux. «Cependant Charles et Louise ne sont pas riches, et ils «sont heureux ; mais ils sont nés dans cette classe hd>o- « rieuse où le travail est un plaisir. Us ont chacun un «état, mais Eugénie et moi qu'aurions-nous fait?... Ah ! «pourquoi nous sommes-nous connus! pourquoi suis-je «allé a cette fête!... îi ce bois de I\omainvillc!... je n'y «ai pas retourné depuis... mais demain je suis libre ♦«encore, demain j'irai revoir ces lieux où elle m'a
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«dit qu'elle m'aimait, j'irai leur faire mes adieux.»»
Maislelendemaiu, en se préparant a sortir, il ne sait plus s'il doit aller au bois de Romaiuville. Qu'y trouverat-il? des souvenirs qui alimenteront une flamme qu'il doit chercher a éteindre. « Non, n'y allons pas, » dit-il, "j'en reviendrais plus malheureux!... Avec Eugénie j'y « serais retourné souvent , et toujours avec un nouveau « plaisir; mais seul ! je n'y trouverais que des regrets et « pas une espérance ! »
Il sort de chez lui pour aller demander la place qu'il est décidé d'accepter, son portier l'arrête en lui présentant une lettre.
«Une lettre pour moi? »> dit Adolphe; « et qui peut « m'écrire ? Serait-ce encore une madame Saint-Céran? »» Il examine l'écriture, qui lui est inconnue, et rompt enfin le cachet.
Le billet est d'un notaire de Paris qui engage M. Adolphe Dalmont à passer au plus vite a son étude pour une affaire importante qui le concerne.
«Quelle affaire puis-je avoir avec un notaire? » se dit le jeune homme ; « je n'ai point d'argent, et je n'en dois «a personne. Serait-ce pour une place?... Ah! ne nous « flattons pas; je me disais cela aussi en allant chez Zé- «lie!... Cependant rendons-nous chez le notaire, j'ai « toujours le temps do me faire garçon de magasin. »»
Et Adolphe se dirige vers la demeure qu'on lui a indiquée, bien persuadé qu'il fait encore une course inutile.
Il entre dans une étude où une douzaine de jeunes gens le toisent de la tête aux pieds, sans quitter leur place. La mise d'Adolphe n'annonce pas un capitaliste; personne ne se dérange pour lui; on se contente de lui montrer du doigt la place du second clerc ; mais le second clerc n'y est pas, il vient de partir en cabriolet pour