CONCLUSION
Eugénie applaudit h ce projet, et dès le lendemain elle loue un appartement a Romainville, et va s'y établir avec Jeanneton. Tous les matins elle se lève dès le point du jour, et, ne craignant point alors les rencontres dangereuses pour une jeune lemme, elle va seule se promener dans le bois, parcourant tous les sentiers où elle a passé avec Adolphe, et se reposant dans son endroit favori. Dans la journée , elle y retourne avec Jeanneton , elle y porte un livre ou son ouvrage, et, sous cet ombrage, n'éprouve jamais d'onnni. Mais quand sa bonne veut lui reparler d" Adolphe : «Tais-toi, »> lui dit-elle, «ne me « ramène pas au présent ; laisse-moi tout entière a mes «souvenirs : ici, je rêve a lui, je crois qu'il m'aime en- « core ; mais, quand tu me réveilles, je me rappelle qu'il « ne m'aime plus. »
Mais un jour, en se dirigeant vers son endroit favori, Eugénie, qui est un peu en avant de Jeanneton, entend remuer le feuillage qui entoure son bosquet d'arbres. Elle s'approche , et aperçoit un jeune homme assis a la place quelle occupe habituellement ; elle le reconnaît, et s'arrête... tremblante... u' osant respirer, et les yeux attachés sur lui... Adolphe considère avec amour tout ce qui l'environne ; il grave un nom sur l'écorce de l'arbre au pied duquel il est assis... c'est le nom d'Eugénie... "Jeanneton, c'est lui! il m'aime toujours!... >» s'écriet-elle. Et elle est déjà dans les bras d'Adolphe.
Deux cœurs qui s'entendent n'ont pas besoin de s'expliquer : déjà, le passé n'est plus qu'un songe : Adolphe et Eugénie se retrouvent ce qu'ils étaient le jour où ils s'avouèrent leur amour.
Jeanneton est accourue aux cris d'Eugénie ; elle pousse aussi un cri de joie en voyant Adolphe, et court l'embrassor. en disant : «Je savais bien qu'il reviendrait. «
«I-; M. DLHO.Vr.
Adolphe xoiidiait déjU ne plus (|uit(er KujitMiie. ol ce nest pas sans peine qu'on lui lait euloiulre quil faut donner une année a la mémoire de Dupont.
Mais il peut du moins la voir tous les jours, lui exprimer tous les jours sa tendresse, et se livrer auprrs d'elle à l'espoir d'un bonheur que rien ne doit jilus troubler.
Souvent Jeanneton voit les transports de joie d'A<lolphe. «Ah! « dit-elle alors, «vous seriez encore ben pus « content si vous saviez que... "
Mais Eugénie court en louiiissani mettre son doiiit sur la bonche de .leanneton . et la l)onne n'en dit ]ias «lavant âge.
l/année est écoulée, et rien ne s" oppose plus à l'union des deux amants. Adolphe est allé présenter ses devoirs îi Al. et niadame Aloulonuet, et on lui a fait l'accueil le plus flatteur. Adolphe sait a quoi attribuer ce clianucment, mais il se garde bien de le laisser paraître ; il est trop heureux d'ailleurs pour conserver aucun ressentiment.
C'est a la terre du jeune homme que doit se faire le mariage. M. et madame Aloutonnet s'y rendent dans une calèche de leur gendre ; madame Moutonuet veut qu'on la laisse découverte, quoiqu'il pleuve un peu le jour de leur départ ; et elle recommande au cocher de passer par la rue Saint-Martin, quoique ce ne soit pas son chemin : mais peut-on résister au désir d'être vue dans la calcche de son gendre par ses anciennes connaissances? AI. Moutonuet a ordre de laisser tomber sou chapeau dans la rue. en passant devant la boutique des Bernard, alin que la voiture s'y arrête un moment.
Charles et Louise partagent le bonheur d'Adolphe. Ils ont obtenu bien vite toute l'amitié d'Eugénie: il n'a fallu.
CONCl.l Sll»>. ?!•>
pour k's lui luire iiiiuci'. (juc lui diie ce iiuils ont (';ii( jMKir Adolphe.
('.'os( asof 0M\ cl .l(';miiclo:i (|u"liii:i(''uie et Atlolplic t^c reiidcnl au cliàtoau.
Miilois a élé prévenu de ce (jui va s'y passer, el, pour ee jour-là. il a fait suspendre les leçons cl'arilliméliijue. 11 ordonne une lète. des jeux, des danses; il prépare une réception ;i son seigneur. Les paysans ont des lusils, les valets des arquebuses, les jeunes lilles des couronnes. Les hommes savent le in)ml)re de coups qn'ils doivent tirer, et les lenmies le compte des ré\érences qu'elles doivent faire.
Ce i-rand jour est arrivé. Tout le monde est reçu au bruit des coups de fusil, des cris, des chants des villageois. M. Moutonnet a peur d'être blessé ; mais sa femme trouve ce tapage-la extrêmement distingué, et ordonne ;i son mari d'en être enchanté. ,
\dolplie remercie Bidois de sa réception. « ÎMonsei- '-uneur, » dit l'intendant. «« on devait tirer trente coups "de fusil, il n'y en a que (piatre qui ont raté, ce n'est « pas ma faute ; mais on les fera partir ce soir, paice « qu'il faut que je retrouve ma balance. »
M. et madame Montonnet sont dans l'admiratimi de la jiropriété d'Adolphe : Eugénie ne voit que son amour.
Enlin Adolphe conduit Eugénie a l'autel, et cette fois elle y marche sans trembler, et Jeanneton est témoin du bonheur de sa chère maîtresse, et M. Montonnet pleure encore en voyant marier sa lille. et madame Aloutonnct ne pleure pas plus que la première fois, et Louise dit a son mari : « Us s'aimeront et seront heureux cojnme « nous. »
VA le lendemain de ses noces , Adolphe sait ce (pie voulait lui dire Jeanneton. el la joie, le bonheur, l'amour
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brillent encore davantage dans ses yeux, ce qui ne se voit pas ce jour-la. chez tous ces maris qui, au lieu de trouver une demoiselle dans une veuve, trouvent quelquefois une veuve dans une demoiselle; etBidois salue réponse de son jeune maître en lui disant : « Madame, «* le mariage a produit la première multiplication. >.