M. DII»>ONT
« pris le mors aux tlents... El ce Dupont, monter h clie- «' val!... On assure qu'il ne savait pas se tenir sur un « âne. Si cet liomme-la avait su calculer les dangers... « Enfin, il y a déjà neuf mois et plus... — Il y a neuf « mois, dites-vous, neuf mois qu'elle est veuve!... Mal- « heureux! et vous ne me l'avez pas écrit!... — Monsel- « gneur, je ne le sais que depuis sept, vous étiez eu « voyage et j'ignorais votre adresse et votre numéro... « — Et où est-elle maintenant?... — Votre adresse, «monseigneur? — Eugénie! bourreau! Eugénie!... — « A Paris, sans doute, monseigneur... — Elle ne de- « meure pas avec sa mère? — Non, monseigneur. — « Des chevaux, lîidois... — Monseigneur part?... — « Sur-le-champ... — Monseigneur n"a rien pris encore, « et... — Des chevaux, vous dis-je... — Quelle voiture? « — La première venue... »
Bidois se met a une fenêtre de la cour et crie au palefrenier : « Attelez les numéros un et deux a la berline de « monseigneur; vous donnerez l'avoine aux numéros « trois et quatre. »
Adolphe descend lui-même pour presser ses gens, que les ordres de Bidois embrouillent toujours; en peu de temps les chevaux sont mis, et le cocher, qui voit l'impatience de son maître, le conduit au grand galop à Paris.
Adolphe court chez Louise et son mari. Il entre dans leur boutique en riant, en sautant, et les jeunes gens, qui commencent à s'accoutumer à ses accès de folie, attendent avec impatience qu'il leur en explique la cause.
« Mes amis, elle est veuve! » s'écrie-t-il enfin, « elle «« est veuve!... Eugénie est libre! — Se pourrait-il!... « Ètes-vous bien sur?... — Oui. oui... elle est veuve de- " puis neuf mois!... et j'aNais (|uilté la France... je
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«' nrôloignais'd'olle quand J'mirais pu la voir... lui ox- " piinicr!... — Non, monsieur, vous n'auriez pas pu la " voir louf de suite ; je suis sûre que madame Eugénie '. n'y aurait pas consenti .. Songez donc, monsieur, aux « convenances, aux bienséances. — Oui, oui, lu as rair « son, cela vaut mieux comme cela, au fait... car ce " p.uivrc Dupont, c'était un bon homme... Mais, n'en " parlons plus, mes amis; après neuf mois, je puis bien, «Je crois, voir sa veuve... — Oh! oui, monsieur... " Charles, v'iîi notre marraine toute trouvée... n'est-ce » pas, monsieur Adolphe?... — Mais, Louise, si elle al- " lait ne plus m'aimer... — Allons, voila autre chose à '• présent. — Elle m'a vu a l'Opéra avec cette femme... " (|iie je détestais... — Eh! mon Dieu! n'étiez-vous pas "garçon?... et un jeune homme... — Mais elle peut «' croire que je ne l'aime plus. — Vous lui prouverez le « contraire... — Mais il faut que je la voie enfin, et je ne « sais pas son adresse... — Oh! quant a cela, je vous '• le dirai bientôt. »
Louise met un chapeau et court rue aux Ours, chez celui qui a remplacé Dupcmt; la elle apprend l'adresse de la jeune femme et revient la dire 'a Adolphe, qui se rend aussitôt a la demeure d'Eugénie. « Madame Dupont
n'est pas h Paris. » lui dit le portier; « depuis le com-
• mencemeut de la belle saison, elle est allée demeurer
• a la campagne. — A la campagne!... Mais où ? de quel
• côté?... — Ma foi! monsieur, je crois que c'e^t du ' côté de Delleville... de Saint-Gervais... de Romain- ' ville... — De Romainvillel... Ah! oui, oui, ce doit être . là!...»
Adolphe prend un cabriolet et se fait conduire ;i Romainville. et son cœur bal avec force, car il se dit : « l.lle " m'aime hnijouis. puis(prelle est allée deineuier là. -
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Eugénie a passé dans la votitiile les premiers mois qui ont suivi la mort de son époux. Elle ne voit que ses parents ; et madame Moutonnet approuve la vie sédentaire de sa fdle. Cependant, au bout de quelques mois, elle lui dit avec une sorte d'affectation : ««Vous voila veuve... ««libre... jeune... mais je ne prétends plus contrarier ««vos inclinations. » Madame Moutonnet grille de parler d'Adolphe, mais elle se tait, elle sent que cela compromettrait sa dignité ; cependant elle a eu soin d'informer Jeannelon du changement de fortune du jeune homme.
Jeannoton n'a pu longtemps garder le silence avec Eugénie. Elle a prononcé devant elle le nom d'Adolphe, et Eugénie lui a répondu en soupirant :
" Il ne m'aime plus, Jeanneton ! — Bath ! madame, il ««ne faut pas croire... parce que nous l'avons vu avec ««une dame... Ecoutez donc, vous étiez mariée, et un ««jeune homme... — Je n'ai rien à lui reprocher; mais je «« suis sûre qu'il ne m'aime plus... »
Mais Jeanneton apprend la nouvelle fortune d'Adolphe, et, en voyant que le temps s'envole sans qu'il cherche a revoir Eugénie, elle commence a craindre aussi que son cœur n'ait changé ; elle n'ose plus que rarement eu parler à sa maîtresse qui lui impose silence en répétant : « Il ne m'aime plus ! »
Au retour du printemps , Eugénie dirige souvent ses pas vers le bois de Romainville. Accompagnée de Jeanneton, elle va revoir les lieux qui lui rappellent l'amour d'Adolphe. C'est surtout sous le bosquet d'arbres où il lui en a fait l'aveu, qu'elle aime à s'asseoir. Elle ne se plaît que la, et voudrait y revenir chaque jour.
«Pardi! madame, » lui dit Jeanneton, <« puisque ce «pays vous plaît tant, louez-y un logement, et nous y «passerons la belle saison. »