‹ M. et madame Rigolo comedievaudeville en un acteChapitre 1 sur 33 · MIETTE, DENISE · texte numérisé non relu

MIETTE, DENISE

MIETTE

Ah! ben tant pis... J’ai faim. (Elle prend sur la tabie qui est servie à gauche un pain dont elle coupe un morceau.) Quand Bernouillct reviendra, il déjeunera tout seul. (Elle s’appuie contre la table et mange debout.)

DEMISE, entrant par le fond en tricotant.

Miette !

MIETTE

Tiens !.. te v’ià... Denise.

DENISE

Sais-tu où est mon mari ?

MIETTE

M. Bolivar?., il est avec Bernouillct... Ils sont allés au feu.

DENISE

Quel feu?

MIETTE

Eh ben!... à la ferme de la Palud. Tu sais donc pas que la rgange a brûlé à c’ matin?..

DENISE

Ah !... je savais pas...

Tout le village y est... J’y serais ben allée aussi... mais fallait que je prépare une chambre pour Ciampin...

DENISE, vivement.

lampin!.. il est donc revenu?

MIETTE

Il est pas revenu... mais il arrive... il vient faire sa tournée... Paraît qu’en sa qualité de commis à cheval, faut qu’il vienne de temps en temps faire son inspection dans les auberges.., pour pas qu’on filoute le gouvernement...

DENISE

Alors, il va venir.

MIETTE

Ben sur... puisqu’ici c’est un auberge... « Au Lapin qui se rebiffe.'e V’ià une crâne enseigne... Je l’y ai préparé une chambre

pour lui et son cheval... Ce pauvre Clampin!... ça va lui faire tout de même un drôle d’effet de me revoir...

DENISE

Toi !.. Eh ben ! pourquoi donc?..

Bédame!.. parce qu’autrefois il était amoureux de moi...

DENISE

Ah!... il le l’a dit?..

MIETTE

Oh! il avait pas besoin de me le dire... je le voyais ben... y poussait des soupirs à faire marcher les nuages... même qu’un jour que t'étais là... je l’y ai dit : Mais pourquoi donc Clampin que tu souffles comme un bœuf?., et qu’y m’a répondu en louctiant de l’œil droit : Ah! Miette, je suis bien malheureux!

DENISE

Oui, je me rappelle... et tu crois?...

MIETTE

Que c’est pour moi qu’il louchait... pardine, ben sûr... Et à preuve encore, c’est qu’il a quitté le village le lendemain même que je m’ai mariée.

DENISE

C’est-à-dire que nous nous sommes mariées...

MIETTE

Eh ben, oui... puisque les deux noces se sont faites ensemble... même qu’y avait deux lapins... un blanc à ton intention, et-un gris à la mienne. Toi, t’as épousé M. Bolivar, le maître d’école du village... un homme joliment savant... qu’apprend à lire à tous les mioches du pays... à raison de six sous par mois... Y sait au moins vingt mots de latin... M. Bolivar...

DENISE

C’est pas gai, un homme qui sait du latin... avec ça qu’il a de grosses moustaches...

C’est son droit... un ancien militaire.

DENISE

Et qu’il fait peur à tout le monde... et qu’il est jaloux...

MIETTE

Ah ! bah ! M. Bolivar est jaloux?..

DENISE

Tellement qu’il veut plus que je reste à la maison, quand ses élèves arrivent, et qu’il m’a fait lire un gros livre eu latin, où qu’il y a que quand une femme trompe son mari, le mari peut la faire empoigner par les gendarmes et la faire mettre en prison pour le restant de ses jours... ça m’a joliment fait peur!.,.

MIETTE

Je crois ben! empoignée par les gendarmes... c’est pas drôle!

DENISE

Sans compter que M. Bolivar est toujours de mauvaise hu> tueur.

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