MIETTE, DENISE
MIETTE
Ah! ben tant pis... J’ai faim. (Elle prend sur la tabie qui est servie à gauche un pain dont elle coupe un morceau.) Quand Bernouillct reviendra, il déjeunera tout seul. (Elle s’appuie contre la table et mange debout.)
DEMISE, entrant par le fond en tricotant.
Miette !
MIETTE
Tiens !.. te v’ià... Denise.
DENISE
Sais-tu où est mon mari ?
MIETTE
M. Bolivar?., il est avec Bernouillct... Ils sont allés au feu.
DENISE
Quel feu?
MIETTE
Eh ben!... à la ferme de la Palud. Tu sais donc pas que la rgange a brûlé à c’ matin?..
DENISE
Ah !... je savais pas...
Tout le village y est... J’y serais ben allée aussi... mais fallait que je prépare une chambre pour Ciampin...
DENISE, vivement.
lampin!.. il est donc revenu?
MIETTE
Il est pas revenu... mais il arrive... il vient faire sa tournée... Paraît qu’en sa qualité de commis à cheval, faut qu’il vienne de temps en temps faire son inspection dans les auberges.., pour pas qu’on filoute le gouvernement...
DENISE
Alors, il va venir.
MIETTE
Ben sur... puisqu’ici c’est un auberge... « Au Lapin qui se rebiffe.'e V’ià une crâne enseigne... Je l’y ai préparé une chambre
pour lui et son cheval... Ce pauvre Clampin!... ça va lui faire tout de même un drôle d’effet de me revoir...
DENISE
Toi !.. Eh ben ! pourquoi donc?..
Bédame!.. parce qu’autrefois il était amoureux de moi...
DENISE
Ah!... il le l’a dit?..
MIETTE
Oh! il avait pas besoin de me le dire... je le voyais ben... y poussait des soupirs à faire marcher les nuages... même qu’un jour que t'étais là... je l’y ai dit : Mais pourquoi donc Clampin que tu souffles comme un bœuf?., et qu’y m’a répondu en louctiant de l’œil droit : Ah! Miette, je suis bien malheureux!
DENISE
Oui, je me rappelle... et tu crois?...
MIETTE
Que c’est pour moi qu’il louchait... pardine, ben sûr... Et à preuve encore, c’est qu’il a quitté le village le lendemain même que je m’ai mariée.
DENISE
C’est-à-dire que nous nous sommes mariées...
MIETTE
Eh ben, oui... puisque les deux noces se sont faites ensemble... même qu’y avait deux lapins... un blanc à ton intention, et-un gris à la mienne. Toi, t’as épousé M. Bolivar, le maître d’école du village... un homme joliment savant... qu’apprend à lire à tous les mioches du pays... à raison de six sous par mois... Y sait au moins vingt mots de latin... M. Bolivar...
DENISE
C’est pas gai, un homme qui sait du latin... avec ça qu’il a de grosses moustaches...
C’est son droit... un ancien militaire.
DENISE
Et qu’il fait peur à tout le monde... et qu’il est jaloux...
MIETTE
Ah ! bah ! M. Bolivar est jaloux?..
DENISE
Tellement qu’il veut plus que je reste à la maison, quand ses élèves arrivent, et qu’il m’a fait lire un gros livre eu latin, où qu’il y a que quand une femme trompe son mari, le mari peut la faire empoigner par les gendarmes et la faire mettre en prison pour le restant de ses jours... ça m’a joliment fait peur!.,.
MIETTE
Je crois ben! empoignée par les gendarmes... c’est pas drôle!
DENISE
Sans compter que M. Bolivar est toujours de mauvaise hu> tueur.