M. Faillon, prêtre de St. Sulpice
Nous allons donner une notice sur le Révérend Messire Faillon, et principalement sur ses oeuvres et ses nombreux écrits.
On pourrait nous demander pourquoi nous tentons de mettre au jour les mérites d’un homme, qui a cherché si soigneusement l’obscurité et l’éloignement pour tout éclat extérieur.
Le respect dû à sa mémoire, ne devrait-il pas nous porter à honorer l’inclination qu’il a eue pour le silence, en laissant ses qualités dans l’oubli où il a voulu lui-même les ensevelir.
Ec d’ailleurs, en essayant de faire connaître cet homme éminent, croyons nous que nons ajouterons quelque gloire au souvenir si profond qu’il a laissé dans le coeur de ses amis ?
Sans doute si nous n’avions en vue que les intérêts d’une vaine renommée, nous aurions dû nous abstenir, mais nous envisageons un but plus noble et plus digne, nous voulons faire connaître cet homme éminent à cause du bien que nous attendons des exemples qu’il a donnés, nous espérons être utile à tous ceux à qui ils seront présentés, tandis que nous sommes certains qu’en rappelant sa mémoire, nous plairons à ceux qui l’ont connu et qu’il ne peut plus consoler par sa présence.
Une autre remarque qu’on pourrait faire c’est que, lorsqu’il s’agit d’un homme dont les vertus ont été si éminentes, il faudrait surtout s’attacher à mettre en lumière sa piété, les exemples, et les oeuvres qui ont particu lièrement signalé sa vie sacerdotale, mais nous savons que nous pouvons laisser ce soin à des plumes plus autorisées et plus compétentes ; c’est pourquoi nous croyons devoir nous attacher à un point de vue déjà assez
Introduction.
important par lui-même et ce faisant nous trouverons à nous acquitter d’un grand devoir.
Nous présenterons donc à tous ceux qui ont l’amourde la Science un modèle de travail auquel on trouverait difficilement, de notre temps, rien de supérieur. D’autre part, l’amour de la patrie qui fut toujours si vif par mi nous, nous oblige par un motif de reconnaissance à montrer les immenses travaux que le Révérend Messire Faillon a accomplis pour sauver de l’oubli les fastes glorieux de notre histoire Canadienne.
Arrivé à une époque où les anciennes Congrégations scientifiques et littéraires avaient été anéanties par les fureurs de la Révolution Française, livré à ses seules ressources et ses seuls efforts personnels, M. Faillon a édité à lui seul, plusieurs ouvrages qui auraient pu nécessiter le travail de Communautés entières.
Quand le chantre de l’Iliade veut donner une idée de la force prodigieuse de ses héros, il les représente combattant avec des armes que plusieurs hommes du temps où il écrit, réunis ensemble, auraient eu peine à remuer. C’est à peu près l’inverse qu’il faut dire à propos des travaux de M. Faillon. Et c’est en effet ce que n’hésita pas à prononcer un célèbre érudit de nos jours, Dom Guéranger, abbé de Solesmes, lorsqu’il eut achevé la lecture de l’ouvrage intitulé : Monuments inédits sur Vaposde Ste. Marie Madeleine. Car il dit alors hautement qu’il n’eut pas fallu moins que le concours de plusieurs de ces anciens géants du travail, des Bénédictins ou Oratoriens, pour accomplir cette tâche. Du reste, pour donner une idée de sa puissance de travail, il nous suffira de faire la simple énumération des principaux ouvrages édités par lui dans un laps de temps relativement restreint.
1829. Vie de M. Démia, supérieur des Soeurs de St. Charles. 1 vol, in 80
1830. Vie de M. de Lantages, supérieur du Séminaire du
Buy . . . . 1vol. inl2o
1831. Histoire des Catéchismes de St. Sulpice . lvol.inl2o
1832. Méthode des Catéchismes. . . . 1 vol. in 12o
Introduction.
ni
1832. Coutumier des Catéchismes . 1 vol. in 4to
Recueil de Paraboles et de Comparaisons pour les
Catéchistes . 2 vol. in 4to
1835. Explication, d’après les Pères, des Six jours de la
Création . 1vol. in folio
Un autre travail sur les Pères . 1 vol. in folio
1835. Première notice sur Sainte Marie Madeleine . 1 voï.inl2o
1836. Edition de quelques ouvrage de M. Olier revus et
annotés . 10vol.inl8o
1841. Vie de M. Olier . 2 vol. in 8o
1845. Plusieurs volumes in folio de Documents sur M.
Emery, supérieur de St. Sulpice, ouvrage rédigé plus
tard . 2 vol. in 8o
1848. Monuments sur l’histoire et l’Apostolat de Ste. Marie
Madeleine . 2 vol in 4to
1854. Vie de la Sœur Bourgeois . . . 2 vol. in 8o
Vie de Mademoiselle Mance . . • 2 vol. in 8o
Vie de Madame d’Youville . 1 vol. in 8o
Vie de Mademoiselle Leher . 1 vol. in 8o
Notice sur le Séminaire de Baltimore. , . 1 vol. inl2o
Retraite pour le Séminaire de Montréal . 1 vol. in 8o
Instructions et règlements pour différentes Communautés . . 1 vol. in 4to
1865-66. Histoire de la Colonie Française, en Canada . 3 vol. in 4to
1866. Vie de la Très-Sainte Vierge, tirée des écrits de M.
Olier . . . 2 vol. in 8o
Vie de St. Joseph, d’après M. Olier . 2 vol. in 8o
1868. Histoire des premiers Apôtres de la Gaule . 2 vol. in 4o
1870. Nouvelle Histoire de M. Olier . 3 vol. in 8o
Outre ces ouvrages complètement finis, dont quelques-uns inédits, nous ■devons mentionner encore beaucoup d’autres recueils de matériaux qui ne
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Introduction .
demandaient plus à l’Auteur qu’un dernier travail de rédaction ; et tou& ceux qui ont connu M. Faillon savent avec quelle facilité et quelle rapidité vraiment incroyables, il pouvait l’accomplir. Ce sont entr’autres :
lo. La continuation de l’Histoire du Canada jusqu’à la conquête ; ouvrage pour lequel il avait réuni près de 30 volumes in 4to de documents.
2o. Une histoire des colonies de Montréal dans l’Amérique septentrionale
3o. Une édition complète des Ecrits de M. Olier, qu’il avait réunis, collationnés et annotés, lesquels devaient former environ une vingtaine de volumes in 4o.
4o. Plusieurs autres travaux sur différents sujets de morale et de disci pline ecclésiastique, règlements et instructions pour les communautés.
5o. Explication du Pontifical pour les retraites d’ordination qui se font dans les Séminaires de St. Sulpice.
60. Un certain nombre de sermons et de sujets d’oraison, universellement admirés dans les différents Séminaires où l’Auteur avait été employé ; et qu’elle utilité aurait pour le clergé leur publication complète !
Enfin, nous pouvons mentionner un grand nombre de Mémoires, et une correspondance étendue qui seraient très-avantageusement publiés.
Quand on considère l’étendue de ces travaux, on est étonné, en songeant qu’ils sont l’oeuvre d’un seul homme ; mais l’étonnement et l’admiration redoublent lorsqu’on pense aux circonstances qui en accompagnaient la production. M. Faillon n’a presque jamais pu s’y appliquer exclusivement, et le plus souvent il lui fallait les mener de front avec les fonctions les plus impérieuses et les plus absorbantes de professeur ou de directeur dans les séminaires.
Au sortir même de la Solitude, (1) il fut professeur de Théologie et d’Ecriture Sainte pendant 15 ans ; ensuite Directeur delà Solitude, puis
(1) Maison du Noviciat du Séminaire de St. Sulpice, à Issy près Paris.
Introduction.
Visiteur des Etablissements de la Compagnie en Amérique, pendant sept ans, enfin Procureur Général de St- Sulpice à Rome.
Quand on va visiter les vieux couvents de Solesmes, de Pavie, de Pérouse, de St. François d’ Assise, de St. Paul hors des murs , de St. Martin de Naples et de l’illustre Mon t-Cassin, on admire comment les saints fondateurs d’ Ordres savaient choisir des solitudes, fermées à tous les bruits du monde et à toutes les occupations extérieures, parfois sur le haut de montagnes presqu’inaccessibles, d’autres fois au fond de contrées desertes, ou au loin dans des forêts inexplorées. Et quand on pénètredans ces pieux asiles du silence, de la prière, et du recueillement, en contemplant ces cloîtres intérieurs, ces corridors a perte de vue, voûtés de pierres, ces cellules, ces sanctuaires isolés, on comprend cette parole de St. Bernard exaltant les délices de la solitude, où l’on trouve, dit-il, l’air plus pur, le ciel plus ouvert et la sainte familiarité de Dieu avec l’âme :
Aer purior, cœlum apertius, familiarior Deus.
Mais ces grandes institutions sont hors de notre portée, et encore que nombre d’âmes d’élite s’efforcent, par leurs désirs et leurs prières, d’en amener le retour, il se passera probablement encore bien du temps, avant que les hommes épris des vives et apres jouissances de 1 etude, puissent profiter du secours de ces saints asiles. Combien donc à ceux qui soupirent après la vie intellectuelle, tout en étant obligés de séjourner dans le monde, combien l’étonnant exemple de ce saint et grand travailleur ne peut-il pas être utile, fructueux salutaire, puisque c’est au milieu des graves occupations, et dans les obligations incessantes de la direction de communautés religieuses, enfin dans tant d’autres différents emplois qu’il a pu élever, jour par jour, ce monument merveilleux, fruit d’une application continue, d’une érudition si vaste et si profonde, montrant si bien ce qu’est la vertu du travail si nécessaire à nos temps, si puissante et si féconde quand elle est soutenue par une Volonté ferme, constante et invincible.
Montréal 1er Janvier 1871.
https://archive.org/details/mfaillonpretredeOOOOdesm
Notice sur le- (Rev . M. iFaillon.
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