EME. VOYAGE EN AMERIQUE
Pendant les années suivantes il écrivit la biographie des trois fondatrices de communautés, qui avaient tant contribué à l’établissement de Montréal. La sœur Bourgeois, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame, la sœur Mance de l’Hôtel-Dieu, Madame d’Youville, des Sœurs Grises.
Ce travail qui comprend cinq volumes in 8vo. fut entrepris d’après les vifs désirs qui lui avaient été exprimés pendant son séjour en Amérique.
Il dit dans une de ses lettres : que rien ne pouvait mieux répondre à l’intérêt qu’il portait à des institutions qui avaient déjà fait tant de bien, et qui tous les jours trouvaient des obligations nouvelles de se dévouer avec l’accroissement du pays. L’on a toujours remarque, ajoute-t-il, que ces publications sont une occasion de redoublement de ferveur dans les maisons religieuses, mais ce renouvellement est encore plus necessaire lorsque les œuvres se multiplient. La demande qui lui a etc faite 1 a rempli de- consolation parcequ’elle lui paraît de la part de ces pieuses religieuses, l’effet d’un désir fervent de se renouveller dans l’esprit primitif de leur vocation, et puisque ces maisons religieuses sont obligées chaque jour de multiplier leurs œuvres et d’augmenter le nombre de leurs Sujets, il convient qu’elles augmentent à proportion en elles 1 espiit de leurs fondatrices.
Il avait dans les mains des biographies intéressantes telles que les mémoires sur Made. d’Youville composés par son digne fils curé d’une
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paroisse voisine de Montréal; sa vie écrite par M. Sattin en 1828 ; la vie de la sœur Bourgeois composée par M. Itansonet en 1728 et celle laissée par M. Montgolfier, supérieur du Séminaire, les annales de l’Hotel-Dieu écrites par la sœur Morin, les mémoires de M. de la Dauversière sur son père fondateur de la Congrégation de St. Joseph, mais il trouva bien des renseignements nouveaux dans les archives de ces maisons, dans celles du Séminaire de Paris, dans le dépôt du Ministère de la Marine qui est rempli de documents sur la Nouvelle France, enfin dans plusieurs travaux qu’il avait parcourus depuis longtemps et où l’on trouve les renseignements les plus intéressants sur le Canada, tels que l’histoire de Montréal par M. Dollier de Casson, l’histoire de la colonie par M. de Belmont, la vie de M. de Queylus et celle de Made. de Melun par Grandet, les œuvres de la Mère Marie de l’Incarnation, et de la Mère Juchereau de l’Hôtel-Dieu de Québec.
Ainsi, il édita cinq volumes qu’il a intitulés : Mémoires pour servir à l’histoire du Canada, et qui renferment dans l’histoire de trois communautés qui ont présidé aux commencements de Montréal, les détails les plus intéressants sur l'établissement de cette importante colonie.
Ces ouvrages furent accueillis avec la plus grande faveur à Paris, et dans les recueils bibliographiques, on se plaît à dire que les ouvrages de M. Faillon ont une exactitude, et révèlent des recherches que l’on ne trouve pas ordinairement dans la plupart des travaux modernes.
Ainsi s’exprime M. Chantrel dans la bibliographie Catholique, en rendant compte de la vie de la sœur Bourgeois :
La ciitique littéraire, trop souvent obligée de blâmer, est heureuse de rencontier ces rares occasions ou. elle n’a qu’à louer sans réserve i le savant et modeste auteur qui nous donne ces mémoires, est dans les meilleures conditions pour nous faire connaître le Canada et l’anonyme qu il a voulu garder ne doit pas diminuer la confiance que méritent ses travaux . rien ne manque à ce savant et édifiant ouvrage ; Avertisse¬
ment qui nous fait entrer dans les vues de l’auteur; Introduction qui
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expose les desseins de la Providence sur le Canada, sur la sœur Bourgeois et sur son ordre; table selon l’ordre des matières, une autie d’après l’ordre alphabétique, composées avec un soin que 1 on ne connaît plus guère dans les oeuvres hâtées du jour ; parfaite ordonnance dans le plan et les détails de la narration, marges recevant les titres des chapitres avec des notes nombreuses, etc., etc. : tout fait de ces deux volumes un ouvrage aussi honorable pour l’auteur qui l’a compose que pour le pays qui l’a vu paraître et pour celui qui l’a inspire. Nous attendons la suite avec impatience, et cette impatience sera certainement partagée par le public religieux auquel il est spécialement destine.
C’est ainsi qu’on a apprécié la vie de la soeur Bourgeois qui formait les deux premiers volumes pour servir a l’histoire de 1 Eglise de 1 Améiique du Nord ; les mêmes éloges furent répétés pour la vie de Melle Mance, fondatrice de l’Hôtel-Dieu. On louait aussi les gravures qui dans les trois ouvrages méritent une mention particulière. En effet les dessins nombreux qui accompagnent ces biographies ont été exécutés sur les indications et les esquisses fournies par M. Eaillon qui a su retracer avec un soin raie les traits des principaux personnages, les costumes du temps, les habits religieux des communautés et enfin tous les accessoires des sites et des constructions dont il avait fait une étude particulière.
Ces trois biographies fournissaient donc, les détails les plus intéressants sur les commencements de Montréal ; la sœur Morin depuis son entiée en religion jusqu’à samort en 1673. La sœur Bourgeois depuis son arrivée en 1654 jusqu’à sa mort en 1700 ; Made. d’Youville exposait 1 intervalle compris entre 1702 et 1771. Tandis que la biographie de Melle. Leber qui fut faite plus tard ajouta encore des détails sur l’espace de temps compris entre les années 1662 et 1 1 j.4.
Ces publications étant terminées, au mois de Mai 1854, M. Faillon se remit en voyage pour aller en Amérique ; il était accompagne par Mr- Rousselot qui avait exercé le ministère pendant six ans en France et qui venait d’entrer dans la compagnie. Dix ans plus tard il devait devenii le curé de Montréal-
Révérend Messire Faillon.
Le voyage fut signalé par un incident qui mérite d’être rapporté. Aux deux tiers du chemin, le navire approchant des côtes de l’Amérique, on signala dans la matinée vers le Nord, des bancs de glace considérables qui se dirigeaient vers le navire, tout l’équipage et les passagers étaient montés sur le pont et considéraient avec inquiétude des blocs immenses qui se rapprochaient. C’était un moment solemnel ; un silence profond régnait, interrompu par quelques reflexions a voix basse. M. Faillon considérait ces choses avec attention, et sans témoigner la moindre émotion, mais il ■comprenait bien que les plus grands dangers étaient imminents. Vers midi 1 on vit 1 une des plus énormes masses de glace se diriger vers le bâtiment, elle était vaste, immense, dépassant d’une centaine de pieds au moins les plus hauts mats et taillée comme l’arcade d’une cathédrale, elle approchait toujours lorsqu’étant arrivée à quelques mètres elle rasa le pont d assez près pour briser, comme verre, quelques manoeuvres et continuer son couis sans autre accident, ce fut surtout le navire une surprise indescriptible et 1 équipage semblait ne pouvoiren croire ses yeux. M. Faillon bénit Dieu, et se remit à ses lectures de piété, mais l’on n’était pas encore hors de danger. Le soir ces messieurs s’étaient retirés dans leur cabine et prenaient leur repos. Vers les onze heures, M. Rousselot fut réveillé par un grand bruit, tout l’équipage était appelé sur le pont ; plusieurs passagers sortaient de leurs cabines, et l’on entendait des cris d’épouvante et le frôlement des glaces le long des flancs du navire. M. Rousselot croit devoir éveiller M. Faillon et lui dire qu’on était encore au milieu des glaces ; le bruit continuait au dehors, et témoignait que l’équipage était dans une grande inquiétude, mais M. Faillon réveillé rassure son compagnon en disant: “s’il y a du danger, recommandons-nous à la très-Ste. Vierge ; mettons notre confiance en elle, et ensuite ne nous inquiétons plus de rien ; prions la donc : Si dans quelques minutes nous étions au fond de la mer, nous nous retrouverions entre les bras de Dieu pour le louer et le bénir et aussitôt il commence quelques prières avec M. Rousselot, l 'Ave Maris Stella puis le Memorare , et ayant terminé la prière il dit encore quelques
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paroles de confiance et se rendort aussitôt d’un sommeil tranquille comme le sommeil d’un enfant entre les bras de sa mere. Le Seigneur entendit, sans doute, cette prière, mais ce qui est certain c est que quelques minutes après le calme se rétablit sur le bâtiment, et M. Rousselot pouvant comprendre que tout sujet d’inquiétude avait disparu, bénit Dieu en admirant la foi et la confiance de son dévoué serviteui .
Arrivés à Halifax, il y eut encore un autre incident que nous rapporterons, le navire avait plusieurs jours de retard, et comme sa provision de charbon était épuisée ; au grand déplaisir du capitaine, il fallut s’arrêter pour la renouveller. M. Faillon pensant qu’il avait le temps, voulut dire la Ste. Messe ; il descendit à terre avec son compagnon, se rendit à la Cathédrale, dit la Ste. Messe, ainsi que M. Rousselot, puis ces Messieurs allèrent saluer l’Evêque et ensuite se rendirent sur le port. Ils arrivaient au moment où le navire venait de quitter le bord, ayant repris sa course et filant rapidement pour regagner le temps perdu. M. Faillon quelqu’improbabilité qu’il y eut de rejoindre descendit dans un bateau du port et fit pousser au large, tandis qu’il agitait son mouchoir avec M. Rousselot.
Le bâtiment était déjà très-éloigné, mais pas encore si loin que le capitaine et les passagers réunis sur le pont ne pussent apercevoir la petite embarcation et les deux passagers qui faisaient des signaux. . Le capitaine déclara que le mauvais temps lui avait fait perdre plusieurs jours, que la station forcée faite à Halifax avait encore augmenté le retard, que ses règlements s’opposaient à tout arrêt dans de pareilles circonstances. Mais les passagers quoiqu’ appartenant tous au protestantisme, avaient conçu une telle vénération pour M. Faillon et avaient tellement été frappés de son extérieur si digne, si noble, qu’ils se recrièrent et firent des instances si vives et si pressantes auprès du capitaine, que celui se croyant suffisamment autorisé par ces réclamations, prit la décision d’arrêter. Aussitôt le signal est donné, le pavillon d’accosiement est arboré et l’on descend l’échelle des passagers sur les
Révérend Messire Faillon.
flancs du navire. Alors ce fut un hourrah d’applaudissement de toutes les voix et des témoignages de joie dont la cordialité émut M. Faillon jusqu’au fond du coeur. Il monta rapidement en remerciant Dieu, et voyant tous les passagers rangés près de l’échelle, s’empressant vers lui et lui tendant la main avec les témoignages de la joie la plus vive, il se tourna vers son compagnon et lui dit qu’ils ne pouvaient se dispenser de répondre à de pareils témoignages, puis il parcourut toute la réunion en donnant la main à tous ceux qui étaient présents et chacun s’empressait de la serrer avec la joie la plus vive.
M. Faillon arrivé à Montréal, tout en s’occupant des détails de l’administration de la maison, s occupa activement de rassembler les matériaux qui pourraient lui servir à écrire une histoire de la nouvelle France. Voici quelle était son intention, il aurait réuni d’abord en un seul ouvrage tout ce qu’il pourrait recueillir sur la fondation de Montréal, ce qui lui paraissait devoir comprendre au moins le double des cinq volumes qu’il avait écrit sur les congrégations religieuses de Ville Marie.
Ensuite son dessein était de donner l’histoire de toutes les colonies fondées ou peuplées par Montréal dans le Sud et l’Ouest de l’Amérique jusqu à la Nouvelle Orléans. Dans le cours de son premier travail il avait déjà réuni d'innombrables matériaux sur cette continuation, d’abord, à Paris et ensuite à Québec et à Montréal, et de plus, il se proposait en se rendant à Baltimore de faire un circuit par les lacs et le cours du Mississippi et avec cette collection de mémoires recueillis et rédigés avec soin, il pensait qu’il serait ensuite facile d’écrire une histoire générale de la colonisation française dans l’Amérique du Nord. Mais un travail aussi gigantesque qui n elfrayait pas son courage et qu’il prétendait réaliser, tout en terminant d’autres grands ouvrages qu’il avait entrepris et auxquels il consacrait une partie de son temps, n’a pu s’accomplir et comme nous le verrons plus tard, la mort est venue l’arrêter lorsque de tout ce plan immense d’etudes qu’il avait conçu, il n’a pu terminer que la préparation de l’édition complète des œuvres de M. Olier, deux
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grands ouvrages sur saint Joseph et sur la sainte Vierge, un grand travail sur l’origine des Gaules et enfin les trois premiers volumes de l’Histoire de la Colonie Française à Montréal, ouvrage de grand format in 4o.
Il passait ses journées au greffe de la Ville recueillant tous les actes qui pouvaient lui servir. Il avait avec lui plusieurs secrétaires qu’il animait par son exemple, mais qui nous ont souvent dit qu’ils ne se faisaient pas idée d’une pareille besogne, et que quelque désir qu’ils eussent de l’aider, ils y voyaient bientôt s’épuiser leur courage et leurs forces.
En même temps il s’occupait de l’installation du Grand Séminaire dans une position très-vaste et très-avantageuse à l’extrémité de la ville ; il fit pour cet objet une sérié de plans qui ont rendu les plus grands services pour l’exécution de cet immense édifice qui a 100 métrés de façade avec trois ailes de 75 mètres de développement et qui peut contenir près de 500 élèves, pour le Grand et le Petit Séminaire.
Il travailla aussi à l’organisation des catéchismes dans la ville. Outre les catéchismes de Ire communion, trois catéchismes de persévérance furent établis pour les garçons et autant pour les filles, qui leunissaient plus de 2000 assistants, et qui en recevant les règlements de la per sévérance ont accompli le plus grand bien jusqu’à ce jour. Ces oeuvres ont augmenté depuis et actuellement on compte huit grands catéchismes de la persévérance, tous suivis par une grande assistance les mêmes exercices sont accomplis dans les autres institutions internes de la ville, telles que le Collège, l’Ecole Normale et les deux grands pensionnats sous
la direction des sœurs de la Congrégation.
Il est admirable de contempler le succès qu’a eu cette institution de la Persévérance dans une population si religieuse. Tous les parents donnèrent le concours le plus actif et le plus assidu a cette œuvre ; et l’on peut dire que la grande majorité des enfants ayant fait leur première commu. nion participent à ces exercices, tandis qu’un grand nombre dans chaque catéchisme comme a Paris, se sont fait un devoir de les suivie jusqu à leur établissement dans le monde.
Révérend Messire Faillon ,
Mgr. Bourget, évêque de Montréal, accueillit avec bonheur ces oeuvres de zèle, visita plusieurs fois la Persévérance, et les fit combler d’indulgences par le Souverain Pontife, il recommanda plusieurs fois cette utile et sainte piatique dans les retraites pastorales, enfin il présida plusieurs fois les distributions des recompenses, comme pour la Persévérance du. centre de la ville, fondée et dirigée par M. Picard, Prêtre du Séminaire, et qui dans ces solemnités remplissait l’immense paroisse. La pratique des analyses fut mise en tel honneur, qu’à la fin de l’année presque tous les enfants présentent des cahiers considérables.
M. Faillon ayant réuni tous les documents qu’il avait trouvés aux archives du Séminaire de Montréal et de Québec, et aussi dans les registres des greffes des deux villes, forma environ trente volumes in 4o qui se rapportent à 1 histoire de la colonie jusqu’au moment de la conquête en lïtîO. Ces matériaux devaient lui être de la plus grande utilité.
En meme temps il rédigea des règlements pour les différentes communautés sur le désir qui lui en fut exprimé. Il les composa de toutes les prescriptions qui avaient été prises successivement, et il les accompagna d explications et de commentaires empruntés pour la plus grande partie de la correspondance des Supérieurs des Communautés avec la maison de Paris et des avis donnés en différents temps par les Supérieurs généraux de St. Sulpice. Il remit ainsi en lumière les lettres de M. Tronson, de M. de la Chetardie, de M. Couturier, qui renferment sur les oeuvres de Montreal des prescriptions d’une sagesse admirable.
En même temps qu il s occupait de ces travaux, il s’intéressait aux oeuvres, visitait les communautés, les différents catéchismes, et partout il était accueilli avec bonheur et écouté avec empressement et édification.
^ C’est dans ces circonstances que survint un évènement auquel M. haillon par une inspiration du Ciel eut la principale part et qui devait laisser dans Montreal un souvenir ineffaçable de sa venue.
inous voulons parler d’une Statue antique et vénérable de Notre-Dame de Pitié, 1 objet de la piété pendant des siècles à Avignon, qu’il eut le
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bonheur de se faire donner et qu’il fit venir de France. Voici à quelle occasion une aussi grande faveur fut accordée à la ville de Montréal. Depuis son premier voyage en 1850, il avait été touché d’une vive douleur en apprenant la mort de plusieurs soeurs de ia Congrégation frappées inopinément. Dans la seule année 1852, quinze soeurs avaient été enlevées et presque toutes à la fleur de l’âge. M. Faillon dans l’affliction et l’inquiétude que ces pertes lui causaient pour la prospérité et l’avenir d’une communauté si importante, après avoir souvent exposé ses peines à la sainte Vierge, conçut un projet dans lequel il mit une ferme espérance. Il savait que M. Fabris, prêtre de St. Sulpice, son compatriote et l’un de ses meilleurs amis, était devenu possesseur d’une statue antique de Notre Dame de Pitié, qui avait toujours été en grande vénération dans Avignon, et avait été célèbre pour les merveilles et les guérisons extraordinaires qu’elle avait accomplies. Cette statue qui remontait au quatorzième siècle et au temps du séjour des Papes à Avignon, l’objet de la piété la plus fervente pendant quatre siècles avait été préservée pendant la révolution et cachée par de pieux fidèles, qui l’avaient restituée à l’Eglise, lorsque les jours de tranquilité étaient revenus et la dévotion avait été aussi grande qu’aux anciens jours. Or, dans les derniers temps M. Fabris ayant été institué héritier de l’un de ses oncles, à la condition de consacrer une certaine somme à la reconstruction de la chapelle de Notre-Dame de Pitié, s’acquitta de cette charge avec tant de libéralité qu’il y consacra une somme cinq fois plus considérable que celle qui avait été stipulée. La chapelle fut restaurée peinte, dorée, enfin ornée de vitraux de prix, mais il arriva que les sculp teurs ayant reconstruit la niche, la firent bien plus grande que l’ancienne et comme les fidèles avaient exprimé le regret que l’ancienne statue fut devenue trop petite pour occuper cette niche, M, Fabris fit faire une nouvelle statue plus grande qui fut jugée si convenable qu’elle remplaça entièrement l’autre dans le coeur et la piété des fidèles, et alors, par reconnaissance M. le Curé donna l’ancienne à M. Fabris. M. Faillon
Révérend Messire Faillon,
avait vu cette statue dans la demeure de M. Fabris, il en avait admire le style et l’expression qu’il trouvait des plus touchantes.
Alors il pensa qu’il pourrait lui rendre toutes les dévotions dont elle avait été l’objet, s’il pouvait la faire transporter à Montréal.
Il écrivit à M. Fabris plusieurs lettres pressantes qui avaient été suivies de refus et d’hésitations de la part de son possesseur. Mais lors de son nouveau voyage en 1854, la mort étant venu frapper inopinément une digne religieuse, la sœur St. Philippe dépositaire de la Congrégation, religieuse des plus capables et en qui Ion avait la plus grande confiance M. Faillon tout tourmenté de cette triste occurrence écrivit encore une fois à M. Fabris, lui disant qu’en envoyant sa chère statue, il lui trouverait de fervents adorateurs, qu’il ferait du bien en cette colonie œuvre de M. Olier, qu’i aimait tant ; qu’il contribuerait au salut d’une communauté si précieuse pour le bien des âmes. Dieu donna sa bénédiction à cette nouvelle lettre, et M. Fabris fut si touché qu’il donna aussitôt l’ordre d’expédier la statue miraculeuse, sans considérer davantage la grandeur du sacrifice qu’il faisait. Cependant à peine la statue fut-elle en mer qu’il éprouva les regrets les plus amers ; il écrivit coup sur coup plusieurs lettres où il exprimait son déplaisir, disant que si les gens d’Avignon savaient ce qu’il avait fait, il courrait risque d’être lapidé.
Mais dans l’intervalle, la Ste. Vierge avait applani les difficultés et M. Faillon put répondre à toutes ces réclamations : que la statue avait déjà été l’occasion de grâces singulières et de plusieurs guérisons, que les fidèles accouraient en foule, et que sans qu’on les eut prévenus, un grand nombre déjà demandaient de l’huile de la lampe comme à Avignon, de plus que les sœurs de la Congrégation se proposaient d’élever une nouvelle Eglise, M. Fabris émerveillé de ces prodiges, bénissant la Ste. Vierge de ces merveilles dans le Nouveau Monde, et craignant de mettre des obstacles à ses intentions si clairement manifestées renonça à ses réclamations et il écrivit qu’il était heureux d’avoir pu être utile, à l’œuvre chérie de M. Olier, à laquelle il avait souvent songé de se consacrer lui-même, et qu’il voyait
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dans la détermination, qu’il avait d’abord prise sans réflexion, comme une inclination surnaturelle, à laquelle il ne voulait plus s’opposer ; de plus il fit les démarches nécessaires pour envoyer aux soeurs de Montréal une attestation de l’Archeveche d’Avignon, constatant que cette statue était vraiment celle honorée à Avignon, depuis plus de 400 ans, et regardée comme miraculeuse.
M. Faillon était encore à Montréal, lorsque la statue arriva le 1er Juillet aux premières Vêpres de la Visitation ; elle fut reçue à la communauté qui toute réjouie répétait ces paroles de Ste. Elizabeth : 4’ I) où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur daigne me visiter , La Statue fut placée sur un autel, en attendant que la nouvelle Eglise fut construite, ce qui eut lieu en 1860, et dans l’intervalle de nombreux prodiges furent opérés. Plusieurs maladies réputées incurables depuis nombre d’années, furent guéries presque instantanément par l’huile de la lampe de la statue /plusieurs personnes en danger de mort, abandonnées par les médecins, recouvrèrent la santé ; plusieurs infirmes paralytiques ou blessés qui languissaient depuis longtemps, furent rétablis. La dévotion se répandit si universellement que des imitations de la statue furent faites en différentes dimensions. On en trouva bientôt dans toutes les Eglises principales du pays, et dans les différentes communautés.
Nous n’ajouterons rien à ces détails, que nous compléterons dans le chapitre suivant, en rapportant ce qui concerne le troisième voyage de M. Faillon en Amérique.