L.' Mclnerncy, } du diocèse
Sœur3 Hospitalières de Québec: G. Poirier, S. Darcbe, T. Portelance.
Sœurs Grises de Montréal : A. Nobles, M. M. Limoges, A. Chefvrefils, R. Barbeau, S. Bruyère, 0. Pominville, J. Collin.
Sœurs de la Providence : A. Eeloin, C. Brady, O. Guy.
Son Premier Voyage en Amérique. 207
Monsieur le supérieur et très honoré confrère,
“ Nous n’avons jamais plus vivement ressenti combien votre maison est chère à la compagnie, que dans cette dure et accablante épreuve que la
bonté divine nous donne tous à porter . nous prions N. S. et sa
divine Mère de vous donner la résignation, la patience et toutes les vertus apostoliques que la bonté divine veut faire éclater en vous dans cette circonstance. Nous espérons que cette maladie ne va pas à la mort, mais quelle est pour la gloire de Dieu. . . . c’est la pensée qui m’est venue à l’esprit en apprenant hier soir ces tristes nouvelles, et depuis je n’ai pu envisager les choses autrement. Je regarde même comme une marque signalée de la miséricorde divine sur la compagnie, la grâce que cette divine miséricorde nous à faite d’appeler plusieurs de nos confrères dans l’exercice même de leurs fonctions.
C’est ce qui peut arriver de plus glorieux à une compagnie vouée au salut des âmes. Toutes les sociétés de prêtres dont le dévouement nous édifie aujourd’hui, ont leurs martyrs qui expirent en confessant la foi devant les tyrans. La notre ne peut glorifier Dieu par ce genre de combat dans un pays qui estime et honore le sacerdoce ; le seul genre de martyre dont vous puissiez être honorés, c’est celui de la charité apostolique et la divine bonté n’a pas voulu vous laisser privés d’un si grand honneur.
Les miracles qu’il avait plu à Dieu d’opérer dans Montréal, immédiatement avant l’apparition de ce fléau qui ont rendu sensible le crédit de notre bienheureux Père auprès de Dieu, étaient, ce me semble, un motif puissant que la Providence avait préparé pour inspirer à tous une vive et parfaite confiance en lui. M. Olier, si puissant pour préserver de la mort ceux qui sont étrangers à la famille, n’a pas moins de crédit auprès de Dieu pour ses propres enfants, mais il considère ces derniers en Dieu seul et selon les vues de la foi et de l’évangile. Devant le trône de Dieu il est toujours debout pour nous tous, il demande pour ses enfants de Montréal, ce que Notre-Seigneur a demandé pour les apôtres : l’honneur
Révérend Messire Faillon,
de donner leur vie pour procurer la sanctification des âmes, comme N. -S, lui-même pour les racheter à répandu tout son sang. C’était le désir le plus ardent qu’éprouvait notre bienheureux Père M. Olier, lorsqu’il était sur la terre. Il aurait voulu se sacrifier, s’immoler pour les âmes et il mourut avec le regret de ne pouvoir se transporter en ce pays pour y donner aux âmes le témoignage de l’affection qu’il leur portait, mais il eut l’assurance qu’il accomplirait par ses enfants ce qu’il n’avait pas accompli par lui-même .
Que Dieu soit donc glorifié pour l’honneur qu’il daigne faire à notre petite compagnie, en ne nous jugeant pas indignes de servir d’organes à notre saint fondateur pour l’accomplissement des desseins éternels qu’il avait formés sur lui, et qu’il lui avait manifestés durant sa vie. Qu'il soit béni de ce qu’il daigne se server de vous afin de convertir les cœurs des Pères aux enfants , en faisant paraître dans les enfants quelque chose de l’esprit et des vertus de leur bienheureux Père.
Mais il a encore un autre dessein, en mettant sous les yeux des citoyens de Montréal ces exemples apostoliques, c’est de les ranimer dans la piété vraie et solide, de faire de votre ville un peuple parfait, et ainsi de convertir les cœurs des Pères aux enfants , en appelant ceux-ci à la foi et à la piété de leurs saints ancêtres.
Ce dessein de M. Olier dans la fondation de Montréal était de former un peuple qui fit revivre les moeurs de l’Eglise primitive, et vous ne pouvez douter que vous ne soyez appelés à réaliser ce grand dessein.
L’accroissement de la ville, la présenee de tant de protestants le progrès du luxe et de l’intempérance ont rendu les efforts de votre zèle encore plus nécessaires, mais je ne puis douter que la divine Providence ne veuille se servir de vous pour accomplir un renouvellement complet.
Je ne doute donc pas que Dieu ne veuille faire revivre par vous dans ce pays les vertus de ses premiers citoyens, la grâce qu'il vous fait en ce moment en est, ce me semble, une preuve aussi consolante qu’elle estincon. testable. 11 n’y a pas de moyen plus efficace pour ramener les âmes que
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le dévouement apostolique et c’est la grâce la plus signalée que Dieu puisse faire à un peuple, que de lui donner des pasteurs qui meurent pour le sauver.
Tels sont, Monsieur et chère confrère, mes veux et mes pensées dans cette circonstance si triste selon la nature, mais si consolante selon la foi.
Je sais que l’esprit humain ne peut goûter ce langage et qu avec ses seules lumières il ne verrait dans ce fléau qu’une calamité alarmante pour l’avenir de la maison, mais nous sommes les enfants des saints et nous marchons à la clarté d’une lumière plus pure que ne l’est celle de notre raison vacillante et ténébreuse. Ne craignez donc pas pour votre communauté, jamais on n’a vu une maison ecclésiastique ou religieuse périr et s’éteindre pour s’être dévouée au prochain. Je ne doute pas que la bonté divine ne suscite de nouveaux ouvriers pour vous aider dans vos travaux et remplacer ceux que le prince des pasteurs a daigné appeler à lui, vous savez ce que M. Olier a dit : u Que Dieu fera plutôt de nouvelles cieatuies, que de laisser manquer son oeuvre par défaut de sujets. ”
Et si la compagnie devait se consumer et périr tout entière pour la globe et l’amour de Jésus-Christ, quel honneur, quelle grâce signalée Dieu ne ferait-il pas à Saint Sulpice !
Je vous prie d’être l’interprète de mes sentiments auprès de tous nos très chers confrères etc., etc.”
La maison de Paris songea d’abord à combler les vides, et même le digne supérieur de St. Sulpice, M. de Courson, résolut de traverseï 1 océan pour venir par sa présence consoler le coeur de ses enfants spirituels, mais différentes circonstances l’empêchèrent d’accomplir ce dessein de sa bonté et de sa sollicitude, et parmi toutes ces difficultés il y en eut une qui a elle seule rendait tout éloignement du supérieur impossible. C était la révolution éclatée en France au mois de février suivant, qui venait mettio en péril tous les intérêts religieux.
M. de Courson, supérieur général, ne pouvait donc s absenter dans un pareil moment et ce fut une vive peine pour la communauté de Montiéal
Révérend Messire Faillon,
qui avait appris dès le commencement de son avènement à la conduite de la compagnie, à avoir la plus haute idée de la tendresse de son coeur, de son zèle pour le bien des âmes, de la sagesse de sa direction, mais elle eut au moins quelque consolation dans cette épreuve en apprenant que M. Faillon, l’auteur de la vie de M. Olier, le fidèle dépositaire des saintes traditions de la maison, était appelé à venir à Montréal, pour représenter près de ses confrères leur vénéré père et leur dévoué Supérieur. (*)
Mais avant de raconter le voyage de M. Faillon en Amérique, il importe de montrer les motifs qu’il avait de s’intéresser aux oeuvres de St. Sulpice au Canada.
(*) Né à Nantes l’an 1,99, M. Louis de Courson entra au Séminaire de St. Sulpice en 1817; ordonné prêtre en 1822 et envoyé comme Directeur au grand séminaire de Nantes, il inspirait tant de confiance qu’il fut presqu’aussitôt choisi par l’Evêque pour être grand-vicaire il administra le diocèse pendant vingt ans, sans quitter ses fonctions au séminaire, mais ce différentes charges finirent par compromettre tellement sa santé qu’il dut renoncer à tout occupation, et après une maladie très grave, il fut envoyé par les médecins dans le sud de l'Europe d’ou il revint, en 1844, reprendre la direction de la maison d’Issy,et après le décès de M. Garnier, Supérieur Général, survenu en mars 1845, il fut élu pour le remplacer.
On ne peut exprimer à quel point il s’acquit l’affection des séminaristes et la confiance de jous les ecclésiastiques de Paris ; il avait acquis dans les diverses fonctions qu'il avait remplies un esprit de sagesse, de maturité, d’expérience de tous les intérêts de l’Eglise qui faisaient encore ressortir une délicatesse de sentime'nt, et une tendresse de cœur de père pour les ouailles confiées à ses soins. Il était zélé et sage, acfif et prudent, ferme et doux, exigeant de chacun tout effort, mais sachant bien deviner ce qu’il devait attendre, et enfin ayant le talent d’entraîner les esprits et les cœurs par une mansuétude qui emportait tout. Il connaissait bientôt les dispositions et les qualités de chacun, il voyait ce qu’il pouvait espérer et en ramie temps qu’il se faisait tout à tous pour les gagner, il avait un talent merveilleux pour proportionner les moyens aux caractères et aux différentes dispositions. Un de ses anciens eleves, le général Boileau, l'a bien défini par ces paroles : “ M. de Courson avait le talent de tempérer l’expression d’une sévérité necessaire par l’accent d’une affection tonte paternelle, et on ne s’y méprenait pas ; et ceux qu’il avait le plus rudement traités, revenaient sans e Cjsc à lui pour recourir h ses conseils, et quand on s’étonnait de ce concours, il disait • Mes anciens élèves ont oublié toutes mes rudesses à leur égard ; ils ne se souviennent plus que cerna tendresse pour eux et de l’affection que je leur porterai jusqu’à mon dernier
f ^ lle se contentait pas de ce zèle ae.tif et empressé qui ne connaît qu’une seule oime et un seul esprit souverainement invariables, et quand il n’avait pu réussir suivant ses
Son Premier Voyage en Amérique.
Les contrés découvertes par Jacques Cartier sous François 1er, et explorées par l’immortel Champlain dès le commencement du XVIIe siècle, prirent une véritable importance depuis le moment où sur les instances de Champlain, le Cardinal de Richelieu et toute la cour vers 1639, se dévouèrent à l’évangélisation des pauvres sauvages, il est juste de remarquer que les grandes familles de la cour habitaient en grand nombre le faubourg St Germain, paroisse de M. Olier.
Déjà l’on cite de nobles âmes qui avaient concouru isolément à cette oeuvre, en 1611 Mme. de Guercheville, qui avait aidé les explorations dans l’Acadie, de MM. de Biencourt de Poutrincourt ; en 1635, le duc de Lévis Vantadour avait soutenu l’occupation de la Nouvelle-France de son concours, mais quand le Cardinal et la Cour eurent donné 1 exemple il y eut une véritable émulation entre les âmes les plus ferventes. On vit d’abord trois nobles dames s’y employer avec le plus grand zèle : Aime, la duchesse d’ Aiguillon, nièce du Cardinal ; elle fit bâtir 1 IIotel-Dieu de Québec et l’assista pendant trente ans de ses libéralité les plus larges : on
premières vues sur une âme, il restreignait ses efforts sans rien diminuet de sa tendresse, et il disait: “ Si tel sujet ne fait pas tout ce qu’on peut attendre de lui, mettons-le du moins en
état de faire tout le bien possible. ”
Dans les plus grandes difficultés que lui offraient les personnes et lia cii constances, il disait avec tranquillité et confiance : “ La Ste. Vierge et la patience, que de choses cela
arrangé. ” .
Possesseur d’une fortune considérable, il se refusait tout, au point que jamais on ne m vit démontré, il portait les habits les plus simples, ne dépensait rien poui lui-même, achetait peu de livres, donnait tout à l’entretien des écoliers ou des séminaristes, et comme on ui reprochait de s’imposer des sacrifices qui souvent devenaient inutiles, on ctaien ma récompensés, il répondait: “ Ma plus grande consolation est de penser que ce» sacn ce* m’obti rndront une douce mort, car j’ai toujours remarqué que les âmes détac oes es ieiia
de la terre sont particulièrement visitées de Dieu en ce moment. ’’ ..... ,
Au milieu de toutes ces fortes pensées, cependant il aimait tout ce qui c ai cia i
«n’îl cmmhkit. nP tPTlir fl,
foeau, magnifique, consolant , et t/umuio - -a * . . .
rien, il répondait que s’il consultait ses goûts, il aimerait à voir les grands, sanctuaires du monde, Rome et Jérusalem et qu’il y tenait si vivement que volontiers, il s achemineiai vers ces contrées un bâton d’une main, un chapelet de l’autre comme les pe nuis u moyen âge.
et comme on
lui disait quelque fois qu’il semblait ne tenir à
Révérend Messire Faillon.
doit citer aussi Mme de la Pelterie qui fonda le couvent des Ursulines en 1641, le pourvut de religieuses, le soutint pendant toute sa vie après y avoir fait profession ; enfin, on ne saurait trop louer Mme de Bouillon qui envoya à la Nouvelle-France la plus grande partie de sa fortune, pendant que le Commandeur de Sillery établissait à ses frais une mission et un village de sauvages, aux Portes de Québec.
En même temps, M. Olier voulant assurer la constance du zèle de sesparoissiens se réunit à M. de la Dauversière, et établit une sociétée composée des plus riche familles de Paris pour fonder une mission dans l’île de Montréal. Il envoya d’abord des colons et des subsides avec un digne gentilhomme, M. de Maisonneuve, qui en fut le premier gouverneur ; et lorsque les PP Jésuites laissèrent cette desserte pour s’occuper de leurs autres misssions, des prêtres furent envoyés du séminaire de Paris pour les remplacer. Dès lors la colonie prit un développement merveilleux, les sauvages furent repoussés et tenus en respect, plusieurs tribus se convertirent, et fournirent de fervents chrétiens ; enfin de Québec et de Montréal partirent annuellement des compagnies de missionnaires et de pionniers qui allaient établir des forts, et même des paroisses dans les grands territoires de l’ouest et sur les bords du Mississipi, qu’ils finirent par couvrir sur tout son parcours d’établissements importants dont la population à accru jusqu’à nos jours dans une proportion extraordinaire.
La France nous, dit Dussieux possédait au XVII et XVIIIe siècle la plus grande partie de l’Amérique du Nord, depuis la baie d’Hudson jusqu’au golfe du Mexique et de l’est à l’ouest depuis l’Océan Atlantique jusqu’aux Montagnes Rocheuses. Ceci représentait comme un triangle immense mesurant 800 lieues sur chaque côté et d’une superficie de 300,000 lieues carrées, c’est-à-dire onze fois celle de la France ou les deux tiers de l’Europe. Dans le nord, le Labrador, l'Acadie, le Canada, puis le pays des grands lacs ; au centre le territoire arrosé par le Missouri et le Mississipi et ensuite au sud jusqu’à l’embouchure de ce grand fleuve, où la Domination française allait' rejoindre les possessions des îles les plus
Son Premier Voyage en Amérique.
riches de l’entrée- du golfe du Mexique, telles que la Martinique, la Guadeloupe et St. Domingue, etc.
Voici les noms des postes, forts et paroisses fondés par les intrépides colons du Canada ; ils occupèrent les environs de Québec et de Montréal, Terre-Neuve, l’Acadie etc., etc. ; puis ils descendirent vers le sud et ensuite ils s’établirent dans le Maine, le Vermont, sur le lac Champlain, sur le cours du St. Laurent jusqu au lac Ontario.
Leurs nrincipaux établissements étaient Burlington, Montpellier, Vergennes, Ogdensburg, Oswego, Buffalo, Detroit, Niagara, Pittsburg, Sault Set. Marie, Makinac, Michillimakinac, la rivière des . Illinois, l’Ohio, le Missouri, le's bords des lacs, St. Paul Minnesota, Dubuc.
Enfin, en descendant le Mississipi sur la droite ils avaient St. Louis, l’Arkansas, Bâton Rouge, Vermillon ville, Natchitoches, Mobile, 1 Alabaina, le Bayou la Battraie, puis en remontant la rive gauche, du Mississipi, Nouvelle Orléans, Iberville, les Natchez, Cahokia, Louisville, Kaskakias, Vincennes, Bardstown,sans compter les populations établies dans la Virginie et la Floride, ces établissements prirent encore quelqu’ accroissement lors de l’émigration des Acadiens chassés en 1755, et lors de l’arrivée des émigrés de St. Domingue, en 1793.
Mais à part de ces deux émigrations, ces établissements vinrent pour la pins grande partie de Québec et de Montréal qui se recrutaient chaque année par les nouveaux colons arrivés de la France.
La France après avoir déployé pendant deux siècles les aptitudes les plus remarquables pour l’esprit de colonisation dans ces immenses contrées» s’est laissé entraîner par des préoccupations qui ont eu en particulier pour ces intérêts coloniaux les conséquences les plus funestes ; c’est presque sans tentatives sérieuses et sans regrets quelle a î énoncé en . à toutes ses possessions du nord attaquées par les forces anglaises,
Révérend Messire FaiUon,
en 1789 aux îles ravagées par la révolte des noirs, et enfin en 1804 à la Louisiane et aux contrées du sud convoitées par la république américaine. Mais malgré ce délaissement, il est resté dans ces contrées une population française qui a conservé la foi, les lois et les moeurs de la mère-patrie et qui compte près de deux millions de population réunis principalement dans les districts de Québec et de Montréal.
On comprend dès lors l’intérêt que la maison de St. Sulpice a toujours porté à sa fondation de Montréal qui pendant deux siècles a favorisé si efficacement ce mouvement de la population française en Amérique, et qui a eu une si grande influence sur la conservation des principes qui ont fait sa force, tandis que actuellement encore elle occupe à Montréal une paroisse où l’on trouve cent trente mille âmes aux deux tiers catholiques, donne l’éducation par ses écoles à plus de dix mille enfants, et enfin dans un college et un séminaire nombreux prépare des citoyens et des prêtres
qui de là se répandent parmi les populations catholiques de toute l’Amérique du Nord.
ILen de plus consolant pour la foi que le développement et les sentiments de cette population canadienne, qui présente assurément le succès le plus consolant obtenu dans une fondation religieuse.
Tous ceux qui viennent maintenant visiter le Canada sont frappé de la conservation de ces sentiments, pendant tant d’années, malgré le délaissement de la mère-patrie malgré l’influence d’une domination étrangère et le développement des races protestantes.
Au milieu de cirsonstances si difficiles et si contraire qui semblaient comme conjurées contre son existence, non-seulement la race française en Amérique n’a rien perdu de la valeur intellectuelle et morale des intrépides pionniers, ses héroïques ancêtres, mais on peut dire que les nécessités et les difficultés de cette vie d’aventures, de combats et de luttes on plutôt enrichi toutes ses qualités natives.
Son Premier Voyage en Amérique. 215
D’abord elle a retenu de son origine tout ce qui la distinguait aux époques de son émigration; une foi vive, un attachement profond à l’Eglise, un sentiment très net du bien et ces qualités natives de bonté et de douceur dont on voit encore desvestiges dans certaines provinces bien conservées de la France. Mais on doit remarquer que les circonstances où elle s’est trouvée, ont développé en elle un rare esprit d’entreprise et d’industrie, c’est cet esprit qui distingue particulièrement cette jeune et énergique nation, qui lui fait supporter avec force et avec égalité d’âme les épreuves d’un climat rude mais plein de ressources, ainsi que les difficultés de cette vie de défrichements et d’occupations à main armée au milieu des tribus sauvages de l’Amérique. De plus cette aptitude à se plier à toutes les circonstances les plus difficiles l’a mise à même de vivre auprès des race3 anglaises et américaines, et de prendre en elles ce qu’elles ont de bon sans toutefois se laisser encore gagner par ce que ces civilisations hâtives ont de funeste et de dangereux.
Ces remarques ont été faites non seulement par des voyageurs qui étaient disposés à admirer les heureux effets de l’influence de la religion, (1) mais aussi par des publicistes qui avaient principalement en vue de constater l’état politique du pays, parmi lesquels nous pouvons citer les gouverneurs et généraux anglais qui ont séjourné au Canada.
Plusieurs touristes même venus uniquement pour examiner curieusement et dans un esprit critique, cette France qu’ils croyaient arriérée d’un siècle, s’en sont retirés tout émus, saisis, n’ayant pas d’autre sentiment que de regretter que les nations modernes au milieu de leurs progrès, aient tant perdu de ce type aimable et droit, plein de cœur et de dévouement des anciens temps.
(1) Tels que MM. de Tocqueville, J. J. Ampère, X .Marmier, de l’Académie française ainsi que MM. Gust. de Beaumont, de Puisbusque, Rameau, Laroche-Héron.
Révérend Messire Faillon,
Pour ce qui est de l’esprit religieux, nous pouvons citer un témoignage rendu par l’illustre P. Lacordaire, d’après les impressions même de Mgr. de Forbin-Janson.
“ 1839> Mgr. de Forbin-Janson choisit le Canada pour le théâtre
de son apostolat. Nous n’avons pas d’idée des triomphes de la parole dans les contrées transatlantiques, et du spectacle que présentent les populations lorsqu elles accourent se suspendre aux lèvres d’un missionnaire. Mgr. de Janson prêchait souvent en plein air à des auditoires de dix et de vingt mille hommes ; le sommet des montagnes, le bord des fleuves et des lacs lui servaient de basiliques a défaut des églises devenues trop étroites ; il donna ainsi coup sur coup plus de soixante missions dans les campagnes sans parler de ses travaux à la Nouvelle-Orléans, à Montreal, à Québec, à New-York, et cte ses excursions parmi les tribus sauvages qui le reçurent avec une naïve admiration.”
Ces sentiments sont fortement entretenus par une organisation ecclésiastiques qui dispose des ressources les plus efficaces avec douze évêchés, un clergé nombreux, plusieurs instituts de Frères, quinze congrégations de sœurs, une grande université dans Québec la capitale, une douzaine de collèges, plusieurs grand séminaires, etc.
Or c’est à ces croyances si intimes et à la pratique universelle de la religion que l’on doit un caractère, des mœurs, un esprit moral qui ont frappé les écrivains les plus distingués.
Les Canadiens, dit 1 un d’eux, rappellent nos anciennes provinces conservées sans l’atteinte de ce matérialisme brutal qui a tant dénaturé nos campagnes ; au Canada la simplicité des existences, la douce fraternité des familles, 1 heureuse harmonie qui réunit toute la paroisse sous la diiection paternelle de son curé y rappellent ces rêves de l’âge d’or qui d ici nous semblent appartenir aux fantaisies de l’imagination.”
Il y a plus d un siècle, Charlevoix disait que la rusticité, soit dans le langage, soit dans les manières, est inconnue au Canada, même dans les
Son Premier Voyage en Amérique.
-campagnes les plus éloignées, et c’est encore ce qu’a remarqué de nos "jours un illustre publiciste, il s’exprime ainsi :
« L’habitant est en général religieux, probe, et ses manières n’ont rien de vulgaire et de grossier, son langage est pur et sous son habit de bure il y a une sorte de noblesse.”
Les Anglais qui sont si bons juges des convenances extérieures les ont ainsi jugés, aussi les ont-ils appelés un peuple gentil homme et ils remarquent ces moeurs douces, aimables, qui contrastent si fortement avec l’aspect dur et sévère des autres races émigrées en Amérique.
Citons encore une appréciation qui emprunte un nouvel intérêt des bouleversements actuels. On a prétendu conduire les masses au* progrès et au bien-être en les affranchissant des enseignements de la religion, on commence à comprendre à quels abîmes ces tentatives peuvent aboutir. Voyons ce que l’empire de la foi a établi de bonheur, de dignité, et de vie sur ces contrées lointaines de la Nouvelle-France.
“ Il n’est pas un mortel plus gai, plus content et plus heureux que le cultivateur du Bas-Canada. Il se contente de ce qu’il a, sans se troubler de l'avenir. Quand l’abondance lui arrive il en remercie la Providence, s’il en est autrement, il pense que tout est bien et il est aussi content. Modéré dans sa manière de vivre, il est heureux dans sa modération. Pendant des générations entières son caractère est resté le même, mais aussi, heureusement sa douceur, son intégrité et sa gaité ne se sont pas altérées.”
“ Passez par une paroisse de la campagne, quelque reculée quelle soit, aux extrémités de la province, vous êtes salué de tous cotés, par jeunes et vieux, avec tant de grâce, et en même temps d’aise et de franchise que pour le moment vous oubliez que vous êtes étranger. Entrez-vous dans a maison d’un habitant vous la trouvez propre, bien blanchie, ornée de fleurs aux fenêtres ; et le maître, fut-il le plus pauvre ^de la paroisse, vous offrira l’hospitalité avec tant de cordialité et de goût, d’une façon si peu embarrassée et si peu gênante, que vous aurez de la peine à croire
Révérend Messire Faillon,
que vous vous trouvez devant les habitants d’un village et qu’ils ont toujours vécu en un tel endroit. Vous parlez un français qui provoquerait le rire d’un saint et cependant vous n’apercevrez pas un sourire sur la face de votre hôte ni de ses enfants. Votre religion, vos opinions et votre pays en conséquence des circonstances, peuvent n’être pas de son goût, mais tant que vous êtes sous son toit, serait-ce pendant des mois, jamais vous n’entendrez un mot qui puisse heurter vos sentiments ou blesser votre orgueil.”
“ On dira peut-être que dans l’esprit d’entreprise, dans cette hardiesse de pensées et d’action qui rendent un pays grand et florissant, ils sont au-dessous des peuples américains, mais quant à la politesse et aux bonnes manières, quant à ce qui peut charmer un étranger et enchanter celui qui l'este parmi eux, ils sont infiniment au-dessus de ceux de la même classe sur ce continent. Et tout ce que l’Américain pourrait leur apprendre en fait d’entreprise n’excéderait pas ce qu’ils pourraient apprendre à l’Amérique dans les plus beaux traits de la civilisation, savoir l’obligeance, la politesse et les bonnes manières.” (1)
Ainsi s’exprime un des premiers publicités du pays, Ecossais d’origine :
“ Les Canadiens, s’ils ne sont pas aussi avancés que leurs voisins poulie commerce et l’industrie, leur sont supérieurs sous d’autres rapports. Ils ont beaucoup d’aptitude pour apprendre, leur éducation est plus variée, aussi ils ont de meilleurs ouvriers, de meilleurs constructeurs, et dans les professions libérales, ils ont de meilleurs orateurs, littérateurs, publicistes, comme aussi plus d’aptitude pour les arts.
Enfin, il faut remarquer qu’ils forment un peuple non encore aveuglé par l’erreur et l’impiété. La moralité générale de cette contrée peut les faire comparer avec avantage à tout autre peuple. Ce qui prouve que les devoirs moraux leur sont consciencieusement inculqué par les
(1) Sheridan Hogan.
Son Premier Voyage en Amérique.
ministres de leur culte. Je ne connais pas de contrées qui présente si peu de vice que le Canada ; les offenses graves contre les personnes et les propriétés, sont presque inconnues dans les campagnes.”
Mais d’où viennent ces sentiments nobles ; à quelle influence doit-on ce caractère hardi, entreprenant, ferme dans les difficultés, résigné dans les épreuves, ne se laissant ni abattre ni décourager dans les circonstances les plus contraires ? n’est-ce pas la religion qui a doué ces esprits, affermi ces coeurs, soutenu ces grands courages; cette religion restée si inébranlable, qu’en cent années d’efforts, le prosélytisme protestant n’a pu gagner même une seule âme, qu’il puisse citer honorablement.
C’est encore la piété qui a conservé ces moeurs si pures et ces admirables dispositions qui ont attiré le respect et l’affection des étrangers, aussi quels sentiments n’excitèrent-ils pas dans le coeur de M. Faillon lorsqu’il vit devant lui une nation remplie de ces convictions, de ces dispositions que jusque-là il n’avait rencontrées que dans la vie des saints.
Avec quel enthousiasme il en parlait en revenant de son premier voyage, et comme il admirait la part que M. Olier avait pu prendre à ce grand ouvrage. Il voyait avec une douee émotion le fondateur des séminaires devenu l’un des fondateurs d’un peuple digne des premiers temps de l’Eglise..
“ J’ai vu, disait-il, un peuple qui rappelle qu’il descend de chrétiens des premiers temps; un peuple qui nous donne une idée de ce que pouvaient être nos paroisses de France, alors qu’elles n’avaient pas encore été attaquée par les idées impies et révolutionnaires; un peuple qui a la foi pure et sans mélange et qui vit de la foi; qui a pour la religion, pour ses institutions, ses oeuvres, sa doctrine, la confiance la plus complète, ét la plus entière ; où les œuvres de piété et de charité sont le domaine de tous ; où il n’y a encore rien de cet esprit de défiance, de discussion, de préjugé et de déni grément, qui, partout ailleurs, accueille la parole, le zèle et le dévouement du prêtre./
Révérend Messire Faillon,
M. Faillon avait été désigné vers 1848, pour remplacer M. le Supérieur-Général dans sa visite en Amérique, mais il ne put partir aussitôt car il fut gravement malade. La vie sédentaire et d’application à laquelle il s’était assujetti pendant tant d’années, avait altéré considérablement sa santé, et il éprouva de telles infirmités que pendant plusieurs mois, ses jambes engorgées ne lui permettaient pas de marcher. Il supporta ces souffrances avec une patience inaltérable, et avec une résignation héroïque il envisageait qu’il pouvait être condamné à jamais aux infirmités les plus douloureuses, et les plus pénibles pour l’activité incessante de son esprit. Il résida alors au grand séminaire de Paris, et il était obligé de rester sur un fauteuil à roue qu’il dirigeait dans les corridors, avec un mécanisme, fabriqué sous sa direction par un ouvrier habile. Avec quelle affliction et quelle inquiétude voyionsnous ainsi ledoux et pieux disciple de M. Olier réduit à de telles épreuves, qui pouvaient n’être que le prélude d’infirmités plus graves encore; nous ne pensions guère que l’année suivante, il traverserait l’océan, il remplirait facilement une mission laborieuse, pendant laquelle d’après ce qui nous a été rapporté plus tard, dans ses excursions il fatiguait sans peine les plus robustes de ceux qui étaient avec lui. Il ne faut donc jamais désespérer des prodiges de la divine providence.
Du reste M. Faillon ne se préoccupait pas de l’avenir, et comme les médecins ne lui interdisaient pas toute occupation, il profita do ce temps de réclusion complète, pour réunir les matériaux qu’il pensait utiles à sa mission. Il prit dès lors connaissance des documents qui se trouvaient à St. Sulpice sur les séminaires d’Amérique, et il commença à recueillir des notes qui lui furent ensuite du plus grand secours.
Enfin sa santé s’étant rétablie et les médecins étant d’avis qu’un changement d’occupation et un déplacement aussi considérable qu’un voyage en Amérique ne pourraient que lui être avantageux, il partit à la fin du mois de Février 1849, avec l’un de ses confrères Mr. Guitter économe du Séminaire de Nantes,
Son Premier Voyage en Amérique.
Ces messieurs arrivèrent à New-York après une traversée de quinze jours, mais comme l’affection rhumatismale qui avait fait souffrir M. Faillon, aurait rendu pour lui le séjour du Canada dangereux pendant la fin de l’hiver, il se dirigea d’abord sur Baltimore dans le Maryland, où bien des intérêts pouvaient l’attirer.
Il y séjourna environ deux mois, et visita le grand Séminaire de Baltimore et le Collège de St. Charles, assisté des lumières et des observations des vénérables supérieurs et directeurs: M. Deluol, M. Lhomme, M. Dubreuil, qui a succédé aux deux premiers comme Supérieur depuis une dizaine d’années. Là M. Faillon réunit et mit en ordre tous les documents relatifs à ces deux établissements.
Cette maison de Baltimore établie seulement depuis la fin du siècle dernier, a déjà bien de glorieux souvenirs.
Vers 1790 M. Emery voyant que les excès de la révolution mettaient en péril l’existence des établissements religieux en France, écouta les communications du Nonce à Paris qui lui demandait de se charger d’un grand séminaire pour l’evêque de Baltimore. Il envoya donc quelquesuns des directeurs dont il pouvait disposer; et ensuite les évènements s’étant aggravés, il dirigea vers Baltimoi’e plusieurs autres sujets de la Compagnie qui trouvèrent aussitôt à exercer leur zèle et qui devaient être appelés à rendre les plus grands services. Les premiers qui partirent furent M. Nagot depuis supérieur du grand Séminaire, M. Levadoux, M. Tessier, M. Garnier ; ils furent suivis les années suivantes de M. Dubois depuis evêque de New-York, de M. P. Flaget, ensuite Evêque de Bardstown ; de M. A. Maréchal, plus tard archevêque de Baltimore ; M. Gabriel Richard qui devint curé, puis evèque du Détroit ; M. Dubourg depuis evêque de la Nouvelle-Orléans ; M. David depuis coadjuteur de Mgr. Flaget, aux quels s’adjoignirent M. Delavau Chanoine de Tours, M. de Cheverus du Séminaire de St. Magloire plus tard evêque de Boston, et enfin plusieurs autres appartenant à St. Sulpice : M. Moranvillé, M. Rivet M. Sicard, M. Chicoineaux, M. Fournier, M. Salmon, M. Badin, M.
Révérend Messire Faillon ,
Babad, etc., enfin vers le même temps le prince de Galitzin promu aux ordres sacrés fut aggregé au Séminaire de Baltimore, d’où il alla se consacrer aux missions de la Pensylvanie.
Ces MM. commencèrent leur ministère dans Baltimore, mais ensuite, pour la plupart, ils furent envoyés aux stations les plus éloignées et principalement aux anciens postes canadiens du Mississipi, où des milliers de fidèles étaient sans pasteurs.
Mgr; Spaulding a rendu un honorable témoignage aux travaux de ces dévcués missionnaires en ces termes:
“ L’Eglise aux Etats-Unis est très redevable au zèle du clergé exilé de France; ces prêtres occupèrent les missions les plus pénibles, et quelques uns d’entre eux furent nos premiers evêques.
Il y a quelque chose dans la flexibilité et la vivacité du caractère français, qui rend les prêtres de ce pays emminemment propres aux travaux des missions. Us ont toujours été les meilleurs apôtres parmi les tribus indiennes, ils savent s’accommoder à toutes les circonstances, soit dans les résidences isolées, soit dans les excursions.
La plupart de ces prêtres avaient été élevés dans la délicatesse des centres les plus civilisés, et néanmoins ils se soumettaient sans plainte à toutes les rigueurs et les privations des missions jusqu’au fond des déserts.
Us savaient tout supporter, le climat, le dénument, et enfin les manières et les sentiments de gens, dont ils différaient tellement par le tempéramment et le caractère.”
Ces vénérables directeurs de séminaire qui avaient été jusque là voués aux fonctions de l’éducation ecclésiastique, acceptèrent toutes les fonctions qui leur furent données, ils supportaient avec courage les rigueurs d’une vie si nouvelle pour eux ; tandis que dans les courses pénibles et continuelles qu’ils avaient à accomplir, ils ne se relâchaient en rien des usages et des obligations réglées de la vie de communauté. (*)
(*) M. de Courcy dans son histoire si intéressante de l’Eglise aux Etats-Unis, cite les noms suivants de ces missionnaires :
Son Premier Voyage en Amérique.
M. Faillon recueillit ces souvenirs avec une douce consolation, et il aimait à constater que la Providence avait permis que les enfants de M. Olier aient pu servir les intérêts spirituels des catholiques originaires du Canada établis depuis tant d’années, dans les provinces américaines.
Après deux mois de séjour, il quitta Baltimore et se rendit à Montréal. On comprend avec quelle joie ce digne représentant du Supérieur fut reçu après les tristes épreuves que l’on avait traversées.
M. Faillon était tout rempli des pensées qu’il avait exprimées d’une manière si touchante dans ses lettres, et chaque jour dans ses entretiens à
Jean Dubois, né à Paris en 1764, entré à St. Sulpice en 1787, envoyé en Amérique en
1791, Supérieur du Collège de Ste. Marie près Baltimore, Evêque de New-York de 1826 à
Ambroise Maréchal, né à Orléans en 1768, prêtre de SS. en 1792, et Archevêque de Baltimore de 1817 à 1828.
Louis Dubourg, né à St. Domingue en 1766, prêtre de SS. en 1795, Eveque de la Nouvelle-Orléans de 1815 à 1826, puis eveque de Montauban, et ensuite Archevêque de Besançon, ou il mourut en 1833.
Benoit Flaget, né à Billom en 1764, entré à St. Sulpice en 1783, envoyé en Amérique ea
1792, Eveque de Bardstown en 1810, puis transféré à Louisville ou il mourut en 1850.
Jean David, né à Nantes en 1760, entré à St. Sulpice en 1784, envoyé en Amérique en
1792, coadjuteur de Bardstown de 1819 à 1841.
Gabriel Richard, né à Saintes en 1764, entré à St. Sulpice en 1792, curé au Détroit 1798, puis nommé evèque en 1831, et mort peu de temps après. Il fut pendant plusieui années membre du congrès des Etats-Unis.
Gabriel Bruté, né à Reunes en 1779, entré à St. Sulpice en 1803, en Amérique depuis 1810, eveque de Vincenne3 de 1833 à 1839.
Samuel Eccle3ton, né au Maryland en 1801, embrasse le catholicisme vers 1815 et entre dans la compagnie en 1825, Archevêque de Baltimore de 1834 à 1851.
M. Change de St. Sulpice, supérieur du Collège de Ste. Marie, puis eveque de Natchez de 1840 à 1850.
Prince Galitzin, né à la Hague en 1770, entré à St. Sulpice en 1795, puis missionnaire dans le diocèse de Philadelphie jusqu’en 1840.
M. Nagot, supérieur du Séminaire de Baltimore depuis 1790 jusqu’en 1810, auteur d’une vie de M. Olier, et du livre intitulé : Relation de Conversions récentes.
M. Antoine Garnier, né près de la Rochelle en 1762, curé de St. Patrick à Baltimore de 1792 à 1803, plus tard rentré en France et s ipérieur-général de la compagnie de 1827 à
îa communauté et dans ses conversations, il développait avec une abondance inépuisable de doctrine, les pieux sentiments dont il était pénétré.
Il visita ensuite la ville et les différentes communautés, et partout il rencontrait de saints souvenirs des annales du pays dont il avait pris connaissance dans ses recherches précédentes.
Avec quel bonheur il contempla ce sol de Montréal, découvert par Jacques-Cartier, désigné par Champlain comme le site d’une position importante, et que M. Olier avait pris pour objet des plus grands efforts de son zèle.
Il alla voir sur les quais du St. Laurent, cette pointe à Callières où M. DeMaisonneuve conduisant les premiers colons en 1642, avait débarqué et où le P. Vimont avait célébré la première messe. Il admira cette montagne qui domine la ville, et qui lui rappelait un des actes principaux de la dévotion de M. DeMaisonnenve, qui la surmonta d’une croix et en fît un lieu de pèlerinage, pour la conversion des nations sauvages.
Il reconnut aussi ces belles îles, placées aux extrémités du port, l’île bte. Helene, ainsi nommée par Champlain en mémoire du nom de sa digne épouse, et l’île St. Paul qui rappèle le souvenir du premier gouverneur M. Paul DeMaisonneuve ; à l’extrémité de la ville, il honora la petite chapelle de Bonsecours construite par la fondatrice de la Congrégation, puis à coté il reconnut l’emplacement de la citadelle, la ligne des°fortifi cations, ainsi que la place d’armes, où M. DeMaisonneuve illustraon courage de maniéré à inspirer aux tribus sauvages une terreur salu taire.
Quand il parcourait les différentes communautés, il pouvait en indiquer à l’avance les dispositions ; l’hôtel Dieu, fondé par Mdlle. Mance, la Congrégation de Notre-Dame due à la Sœur Bourgeois, l’hôpital Général établi par madame d’Youville ; pouvant rappeler partout les plus précieux souvenirs de ces saintes institutions, et même indiquer les transformations qu ellesavaient subies. Avec quelle pieuse émotion, il vit les crucifix ap-
Son Premier Voyage en Amérique.
portés par les premiers missionnaires ; les ornements d’église brodes avec •un art et une richesse qui rappèlent le génie du grand siècle ; les meubles ayant un caractère d’ancienneté indiquant si bien leur origine ; ces vieilles constructions du séminaire et des autres institutions qui sont des monuments touchants du zèle des fondateurs du pays.
Il était familiarisé davance par ses recherches avec les différents quartier de la ville et les campagnes environnantes, et il connaissait aussi la plupart des familles, leur provenance, et les principales circonstances qui avaient signalé leur arrivée et leur établissement sur cette terre nou¬
velle.
M. Faillon éprouvait toute consolation à s’en aller en pelérinage de sanctuaire en sanctuaire ; et là il répandait son ame dans la reconnaissance et la prière, louant Dieu de toutes les merveilles qu’il avait accomplies dans ces pays voué pendant tant de siècles à l’empire du mal ; il s attachait ensuite dans ses entretiens au séminaire à exciter dans les âmes les sentiments qui devaient les animer pour continuer une oeuvre si sainte et si évidemment bénie de Dieu.
Il faisait ressortir avec un grand soin, l’admiration que 1 on devait avoir pour l’esprit de réligion et la constance des premiers colons, et ce courage indomptable qui leur avait fait surmonter tout, pour se dévouer parmi les sauvages. Or, c’est ainsi que sans le prévoir et sans d autre motif que la gloire de Dieu, ils avaient contribué efficacement à fonder un
grand peuple.
Il montrait comme le séminaire de St. Sulpice dès le commencement s’était dévoué à cette œuvre, et quels grands exemples de zèle et de libéralité avaient été donnés par les supérieurs de la Compagnie, par les cures de St. Sulpice, par les fidèles de la paroisse qui comptait dans le faubourg St. Germain, les âmes les plus ferventes des grandes familles de la
cour.
Enfin il faisait valoir le zèle qui animait les anciens pour cette œuvre admirable, le boulevard avancé de l’apostolat religieux dans 1 Amérique
Révérend Messier Faillon,
du Nord, et qui maintenant encore peut avoir une si grande influence sur les destinées des âmes et sur l’avenir religieux du pays. [*]
Les communautés religieuses établies par le zèle des premiers fonda teurs, furent pourvues a mesure du développement de la mission de ressources telles qu elles pouvaient subvenir, même aux plus grands accroissements de l’avenir. Ainsi depuis le premier voyage de M. Faillon, la ville ayant triple sa population, toutes ces communautés prudemment administrées ont pu subvenir aux nécessités d’une ville avec laquelle elles avaient giandi, sansjamais vouloir grever leur avenir par aucune dépense superflue, et sans jamais sortir des habitudes de la plus stricte simplicité.
(*) Si l’œuvre de Montréal a si bien réussi, si elle a eu de telles conséquences pour l'établissement de la race française en Amérique, si elle est peut-être l’exemple le plus remarquable du succès dune fondation religieuse, il faut aussi reconnaître par quels efforts, elle fut établie, soutenue et continuée au milieu des plus grandes difficultés. Vingt années après les commencements, c’est à-dire en 1663, M. Dollier dit dans son histoire de Montréal, que la Compagnie de Montréal avait déjà dépensé près de sept cent mille livres sur les quelles o serve le P.Leclerq les Ecclesiastiques du séminaire avaient contribué pour la plus grande paitie ; or à partir de ce moment dans les cinquante années suivantes le séminaire envoya
P us de neuf cent mille livres qui réunies aux dépenses précédentes donnent la somme de seize cent mille livres .
ir„fAflC0,mmenCCment M- °lier aCquit de M‘ de Lauz°n, me de Montréal, pour la somme de 1. 0,000 livres, ensuite la Compagnie de Montréal avança 200,000 livees pour l’établissement «es premiers colons, qu’il fallait soutenir chaque année ; M. de Bretonvillers consacra à cette œuvre 400,000 livres, M. Dubois et M. de Queylus firent les plus grandes largesses ; mais au ou e vingt ans, la Compagnie de Montréal réduite à peu de membres, ne pouvant subvevemr aux frais, offrit au Séminaire de Paris, la propriété de I’Ile à condition de payer les dettes qui s devaient en ce moment à 130,000 livres. Les charges étaient si grandes qu’ou hésita, mais par respect pour la mémoire de M. Olier, et par zèle pour le salut des âmes, on résolut e continuer cette œuvie jusque là soutenue par le concours d’une compagnie riche et inuen e , or, len qu on eut soin dès lors d’envoyer surtout des sujets qui pouvaient par leur une, ai er a Maison de Montréal, comme M. de Queylus qui y consacrait de grands revenus, M. de Fénélon, frère de l'archevêque de Cambray, M. d’Alet, M. de la Colombière y °.av®ll®r’ M- de Clcé> M- Dollier de Casson, M. de Brchan de Galinée,M. de Lascarys' urte, M. de Belmont qui, à lui seul dépensa plus de 300,000 livres, il fallut chaque année enjer c. es sommes considérables, et on comptait dans les cinquante années qui suivirent la ession p us de neuf cent mille livres de dépenses, oi en y ajoutant ce qui a précédé la cesn rou\e plus de seize cent mille livres, ou environ hnit millions de la monnaie actuelle;
Son Premier Voyage en Amérique.
La population depuis 1850, a plus que doublé elle comptait o0,000 âmes et actuellement elle en compte cent trente mille, dont quatre-vingtdix mille catholiques. Le Séminaire a ajoute à plusieurs grandes églises et chapelles, cinq autres grandes églises dans les quartiers éloignés du centre ; de plus, [le Séminaire a élevé un immense édifice de 130 mètres de longueur, où logent 100 élèves en théologie et 250 ecoiers, enfin le nom-, bre des écoles a été porté à dix grandes institutions donnant l’éducation à 5,000 enfants, en même temps Mgr. de Montréal a commencé d élever une immense Cathédrale sur le plan de St. Pierre de Rome, et qui aura plus de 100 mètres de longueur, les RR. PP- Jésuites ont une grande
église, les PP. Oblats ont aussi élevé une belle église, dans un quartier
des plus habités.
L’Hôtel-Dieu qui avait 60 religieuses et novices avec des lits pour 150 malades, depuis 1850 a fondé trois grandes maisons, a bâti un hôpital de 200 mètres de façade ou avec 60 religieuses et novices on subvient à 200 malades et à un asyle pour 150 personnes, vieillards, infirmes et orphelins.
La Congrégation a établi trois maisons d’enseignement supérieur où les principales familles des Etats-Unis placent leurs enfants et avec 110 îeligieuses et novices donne l’enseignement à 2,000 enfants, outre les missions du dehors, qui avec 80 religieuses enseignent 4,000 enfants.
L’Hôpital Général qui compte 80 religieuses et novices et 60 religieuse en mission secourt à Montréal 170 infirmes et 406 orphelins et oiphelines. [*]
[*] Quand M. Faillon arriva à Montréal il put voir la grande Eglise paroissiale terminée en 1829, qui a 80 mètres de longueur sur 45 mètres de largeur, 15,000 personnes peuvent y trouver place, et rien n’est plus imposant que le concours que l’on y voit surtout aux neuvaines et aux grandes fêtes religieuses et nationales, la façade est imposante, avec deux tours qui rappellent Notre-Dame de Paris et ont la même élévation, elles renferment une sonnerie dont la cloche principale pèse 25,000 livres.
L’Eglise St. Patrick pour les Irlandais, peut contenir dix mille assistants, elle est d’un bon style gothique, et a une très belle façade surmontée d’un clocher de 70 mètres de hauteur.
Révérend Messire Faülon ,
Mr. Faillon visita ensuite le pays qui est admirable par ses ressources et l’abondance de ses produits ; on y trouve des champs fertiles, des cours d’eau nombreux, des mines de fer, cuivre, de charbon très riches ; il est traversé dans toute sa longueur par un fleuve qui est supérieur au Mississippi par sa beauté, ses îles, ses lacs, ses aspects, et qui offre les plus belles cascades du monde, il mérite d’être décrit.
Quand après avoir traversé l’Atlantique on arrive sur la rive Américaine en ligne droite par le 52° de latitude, on est en présence de magnificences qui n’ont rien d’égal en Amérique et peut-être dans le monde ; on découvre à l’entrée du St. Laurent, cette Ile d’Anticosti, de 160 kilomètres de longueur sur 40 kilomètres de largeur, s’élevant en pyramide sur la ligne del’Océan, et apparaissant comme une citadelle imposante placée aux confins du continent. Ainsi est signalée l’entrée de ce grand fleuve du St. Laurent, qui est si extraordinaire par son étendue et ses beautés.
On avance et l’on voit l’immense cours d’eau se déverser dans l’océan, sur une largeur dont on peut à peine embrasser l’étendue, car elle n’a pas moins de 120 kilomètres.
On entre en ces eaux limpides et profondes, où les vaisseaux de guerre peuvent remonter jusqu’à 450 milles de l’embouchure, et pendant tout le parcours on voit le fleuve et les rives comme lutter de surprises et de magnificences.
Tantôt le fleuve s’ouvre à des profondeurs qui n’ont pas d’autres limites que la ligne de l’horison et que l’on peut parcourir, sans que cette perspective change, pendant des 80 et 100 milles d’étendue ; tantôt on aperçoit les rives dentelées de baies et de criques, avancer dans les flots d’immenses promontoires de 200 mètres et même de 400 mètres de hau- * teur, comme le cap de Québec ou le cap Tourmente qui de loin semblent rejoindre la rive opposée, présentant alors l’aspect du fleuve comme de grands lacs, ou des rades se succédant les unes aux autres.
Ces eaux immenses sur leur parcours jusqu’à Québec se maintiennent à plusieurs lieues de largeur, ondulent autour d’iles nombreuses
Son Premier Voyage en Amérique.
et vastes, quelques-unes ayant plusieurs lieues d’étendues et arrosent des rives couvertes de la végétation la plus riche.
Enfin ce qui met le comble à cet ensemble, c’est l’aspect des affluents nombreux qui sont souvent de plusieurs centaines de mètres de largeur, et qui présentent le spectacle le plus varié.
Les uns se précipitent avec fracas de rives élevées à 40 et 60 mètres de hauteur ; les autres entrent dans le fleuve par des baies gigantesques. Ainsi à 160 kilomètres de Québec on voit l’entrée du Saguenay qui a un mille de largeur, se déverse par une baie de 300 mètres de hauteur, laquelle laisse voir à des profondeurs immenses, le cours rapide du fleuve se précipitant entre des parois de granits taillés à pic comme des murailles et qui sur une longueur de 120 milles se maintiennent à des hauteurs qui n’ont pas moins de 60 mètres et atteignent à certains endroits à 600 mètres.
Nous avons parlé des iles, elles sont aussi des merveilles ; les unes comme File d’Anticosti, l’ile d’Orléans, l’ile aux Coudres, File Jésus, File de Montréal de plusieurs lieues de longueur et le centre de nombreuses populations ; les autres moins grandes mais frappant d’admiration par leur grâce, leur élégance, leur richesse, leur fertilité et leur nombre.
Il est des endroits où l’on peut en embrasser jusqu’à dix ou vingt d’un seul regard, il est surtout un spectacle unique sans doute dans le monde, c’est l’endroit ou le St. Laurent présente sur un parcours de dix lieues, la succession de près de 1,500 iles réunies, à l’entrée Est du lac Ontario.
Enfin on arrive aux grands lacs à plus de mille kilomètres de l’embouchure et l’on a à contempler d’autres prodiges en ces immenses réservoirs d’eau vastes comme des mers, dont l’entrée imposante est occupée par cette merveille du monde, la chute du lac Erie se précipitant par une largeur de 3 kilomètres dans le lac Ontario avec un bruit qui représente les bruits d’une canonade ou de la tempête que les indiens ont exprime s bien par le mot de Niagara ou tonnerre des eaux.
Telle est la dimension de ces mers intérieures, le lac Supérieur a 600 kilomètres de longueur sur 220 de largeur, le lac Huron 430 kilométrés sur 300, le lac Erie 380 sur 184, le lac Ontario 240 sur 100 de largeur.
Révérend Messire Fciïllon,
M. Paillon s’étant dirigé vers Québec l’ancienne capitale des établissements français en Amérique et actuellement la capitale du Canada y trouva bien des sujets d’intérêt et d’édification. Il connaissait davance tous les souvenirs qui se rattachaient à cette cité vénérable. Là résidait au XVIIe et XVIIIe siècles le Gouverneur- Général des possessions françaises depuis 1 entrée du St. Laurent jusqu’à l’embouchure du Mississipi ; là aussi siégeait le conseil supérieur qui avait l’administration de toute cette étendue de pays; tandis que l’evéque de Québec avait juridiction jusqu’à la Nouvelle-Orléans, juridiction qui n’a été restreinte qu’en 1789 lors de l’érection d un siégé épiscopal à Baltimore.
A Québec comme à Montreal il aima à recueillir les témoignages des œuvres et des i vertus des premiers colons ; tout ce qui se rapportait à Jacques-Cartier à Champlain et aux auxiliaires qu’il avait trouvées dans Madame de la Pelterie fondatrice du convent des Ursulines, la Sœur Marie de l’Incarnation, les sœurs qui avaient établi le grand hôpital, enfin les témoignages du zele des rois de France pour cette grande colonie. C’est avec le plus vif intérêt qu’il trouva à l’ Archevêché les portraits de tous les évêques qui ont administré la Nouvelle-France, depuis Mgr. de Laval en 1659 jusqu’aux Archevêques actuels.
Il voyait les résultats d’efforts de ces grands personnages dans un archevêché qui était à la tête de neuf évêchés répandus jusqu’au milieu des nations les plus sauvages.
Un grand Séminaire qui fournit des sujets à toutes les missions et plusieurs petits séminaires, à Québec, a Ste. Anne et à Nicolet, depuis une Université a été fondée qui comprend 300 étudiants en théologie, droit, médecine et sciences.
T ^a^'S sauvaSes dans le Nord de l’Amérique comprennent encore près des trois- , S e ce’; immense continent qui ne mesure pas moins de 400 mille lieues de superficie
dénAnri^ i ^ nsieurs millions d habitants, auxquels sont destinés quatre Evêques qui dépendent du siège de Québec.
Son Premier Voyage en Amérique.
Pendant ce séjour, M. Faillon après avoir visité ces grands établissements de la piété de nos pères parcourut le pays ; il vit cette position bien choisie pour une ville capitale, défendue par une citadelle dont la position n'est surpassée que par celle de Gibraltar, et qui indique comme celle de Montréal, les grandes idées de ces premiers navigateurs Jacques Cartier et Champlain. Il considéra avec un tendre intérêt ces champs de bataille ou les français, surpris une première fois par l’armée de Woolf, le 13 septembre 1759, mais vainqueurs la seconde fois avec l’admirable chevalier de Lévis le 28 avril 1760, devaient néanmoins succomber dans leur triomphe parceque leurs adversaires avaient continuellement des renforts, et qu’euxmêmes étaient abandonnés par une cour frivole et imprévoyante.
M. Faillon eut à admirer l’organisation du grand et du petit Séminaire, puis ces belles communautés qui font la gloire de Québec et qui ont fourni des âmes éminentes en vertus ; l’admiration de toute l’Eglise, ainsi la communauté des hospitalières fondées par Made. la Duchesse d’ Aiguillon, nièce du Cardinal de Richelieu, c’est là que vécut la mère Catherine de St. Augustin dont la vie a été publiée et qui mourut en odeur de sainteté, en 1668. Le couvent des ursulines fondées par Madame de la Peltrie, où vécut la mère Marie de l’incarnation dont Bossuet a cité la vie et les écrits en l’appelant la Thérèse de nos jours et du Nouveau- Monde, le couvent des hospitalières fondé en 1692 par Mgr. de St.Valier pour subvenir aux besoins des infirmes des deux sexes.
Revenu à Montréal M. Faillon s’occupa à prendre connaissance de l’organisation de la maison, de ses besoins et de ses ressources. Il réunit les règlements les rédigea avec un grand soin, d’après les observations qui lui furent faites par les supérieurs, cette rédaction est Conservée avec le plus grand soin, et est la base de la direction de la maison. Il commença aussi un travail sur l’organisation des catéchismes qui fut aussitôt appliqué et dont il vit les heureux effets dans les années suivantes, lors de son second voyage. Il arrêta dès lors le plan d’un nouveau séminaire pour les étudiants en théologie dont le nombre allait toujours en augmen-
tant, et se recrutait dans les diocèses les plus populeux des Etats- Unis. Enfin il commença les plans de plusieurs chapelles de Communautés.
Nous avons entre les mains des fragments de notes, recueillies lors de ses visites aux communautés principales qui sont d’intéressants témoignages de son zèle, de sa piété, et de sa grande science dans la direction des âmes. Yoici ce qu’il écrivait à une pieuse religieuse qui avait re cours à ses conseils :
“Ne vous étonnez pas et ne soyez pas dans l’affliction, si dans l’oraison vous éprouvez fréquemment des sécheresses et une sorte d’insensibilité, c’est une voie sure que celle de l’abandon à Dieu dans ces abattements, dont quelque fois on ne peut se défendre, et plus vous éprouverez cette froideur, plus aussi vous devez espérer en la bonté infinie de Dieu. Il ne vous fait faire ainsi l’expérience de votre propre faiblesse que pour vous attirer à lui plus sûrement, plus efficacement et vous détacher par là de vous même. Ne vous amusez pas alors à rechercher quelle peut avoir été dans votre conduite la cause de ces sécheresses. Elles ne sont point dans vous une punition : mais bien une voie particulière de sanctification qui dans les desseins de Dieu sur vous, doit vous conduire a la parfaite union avec lui, et à l’abandon le plus aveugle entre ses mains. Oh qu’il est utile à une âme devoir distinctement, et de sentir par expérience sa misère et sa pauvreté foncière. Les consolations sensibles sont peu utiles, quand elles ne portent pas à avoir de nous de bas sentiments, mais c’est l’effet que produisent ordinairement ces délaissements et ces soustractions de grâces sensibles. Et puisque ces sortes d’epreuves ne vous découragent pas, vous pouvez etre tranquille et marcher en toute assurance par cette voie, tant qu’il plaira à Notre Seigneur de vous y faire cheminer.
Par-dessus tout, je vous recommande le secours, la confiance et l’abandon à Marie, ce doit etre votre aliment et votre pain quotidien. Je remercie cette divine More de ce quelle conserve toujours dans votre coeur les mêmes sentiments d’abandon filial pour elle, et de vous faire trouver
Son Premier Voyage en Amérique.
tant d’attrait pour les pratiques dont vous vous servez pour lui exprimer vos sentiments ; j’approuve et je loue toutes ces pratiques et je vous prie de les continuer toujours avec confiance et simplicité. Soyez assurée que vous ne pouvez rien faire qui soit plus propre à attirer sur vous les bénédictions de Notre Seigneur Comme un bon fils plein de tendresse et d’affection pour sa mère, Notre Seigneur est plus touché de ce que nous faisons pour elle qu’il ne l’est de ce que nous faisons pour lui-même ; comme aussi, il est bien plus vivement blessé des outrages qui tombent sur la personne de sa sainte Mère que de ceux qui ont pour objet sa propre personne, tout Dieu qu’il est. Et c’est ce qui doit nous donner toute confiance de nous adresser à Marie, de nous unir à elle, de nous appuyer sur elle ; enfin de ne vouloir rien avoir, ni ne rien être que par Marie, pour Marie, et avec Marie. Il est vrai comme vous me le dites fort bien, que nos infidélités nous rendent très indignes de la protection d une si sainte et immaculée Mère ; et s’il fallait être dignes de sa protection pour la mériter, ou plutôt pour en être le sujet, nous serions tous pordus sans re ssources, mais c est notre misère même qui la rend si indulgente, si bonne, si miséricordieuse ; parceque n’ayant pas à exercer lajustice que Notre Seigneur s’estréservé àlui seul, elle n’a que sa miséricorde à nous faire éprouver ; et que cet attribut divin dont elle a le plein exercice à sa disposition, ne peut avoir pour objet, que la misère. Il n’y aurait point un Dieu de miséricorde, s il n y avait pas des misérables sur qu’il put l’exercer, c est-à-dire des créatures remplies d’ignorance dans l’esprit et de faiblesse dans leurs cœurs. Dieu ne put éxercer la miséricorde sur les anges rebelles, parceque dans leur révolte, il n’y eut ni faiblesse ni ignorance ; ils péchèrent avec une pleine connaissance, et sans être sollicités par personne, que par la pensée de leur propre cœur, qu’ils tournèrent volontairement vers l’amour désordonné de l’honneur, et dans lequel ils se complurent. Dieu en usa autrement en vers Adam dans lequel il y eut plus de faiblesse que de malice, et envers Eve dans laquelle l’ignorance fut la cause de son malheur. Voilà pourquoi la Sainte Vierge est le refuge des pécheurs, l’avocate des
Révérend Messire Faillon.
misérables ; c’est qu’elle est chargée d’éxercer la miséricorde et quelle est vraiment la Mère de miséricorde. D’ailleurs un autre motif qui suffirait seul pour nous l’a rendre favorable et l’attacher invariablement à nos intérêts, c’est quelle doit à notre misère, son élévation à l’auguste dignité de Mère de Dieu. Jamais elle n’eut été la Mère du Verbe Incarné, s’il n’j avait pas eu à sauver des pécheurs ; en sorte que c’est notre malheur qui a été la cause de sa grâce et de sa gloire ; et en effet Dieu ne la élevée au comble incompréhensible de ses divines perfections, que pour quelle fut plus en état de nous secourir et de nous soulager à cause de notre misère ; ainsi a;yez, ma bonne Mère, une confiance sans bornes dans Marie et allez à elle toujours. Quand vous ne penseriez qu’à elle seule je vous assure que vous ne déplairiez pas à Notre Seigneur ; mais qu’au contraire vous lui seriez à cause de cela très agréable, parceque Marie ce serait Jésus au fond d’elle que vous aimeriez, puis qu’elle n’est rien, qu’elle n’a rien, quelle ne peut rien que par Jésus qui est en elle, tout ce quelle est, comme il est dans ses autres membres tout ce qu’ils sont de bon. La Sainte Vierge en effet n’est que comme une apparence une sorte d’espèce, de signe sensible, sous lequel Dieu le père, et Dieu le fils aiment à se cacher pour exercer sous cet extérieur de Marie, la bonté, la douceur, la miséricorde à notre égard.
Allez donc avec joie et allégresse, avec confiance et amour à ce tout aimable sacrement de la miséricorde divine. Marie n’a jamais refusé personne ; elle reçoit avec bonté ceux qui s’approchent d’elle ; elle travaille avec tendresse et les encourage merveilleusement par les marques de bonté quelle leur donne, parceque elle se souvient qu’ils sont la cause ou l’occasion de son bonheur.
Dans une autre circonstance il offre ses consolations à une communauté éprouvée par des pertes douloureuses, il s’exprime ainsi :
“ Le zèle est bien nécessaire dans des oeuvres si pénibles mais il doit être réglé, \ je^crains que les indispositions fréquentes de vos soeurs ne «viennent du peu de soin qu’elles prennent de leur santé et d’un excès
Son Premier Voyage en Amérique.
■de zèle. Le zèle lors qu’il n’est pas réglé dans les jeunes soeurs, peut les abattre en peu de temps, ot ruiner leur santé pour tout le reste de leur vie ; c’est ordinairement sous l’apparence de la ferveur que le malin les porte à ces excès, et les trompe d’autant plus aisément qu’elles s’en doutent moins elles-mêmes ; recommandez leur bien l’obéissance pour prévenir ces dangers ; par le voeu d’obéissance elles ont renoncé à teute direction d’ellesmême, comme elles ont renoncé à tout usage de ce qu’elles pouvaient posséder.”
Il faut donc que dans l’exercice du zèle, elles se conforment exactement à ce que l’obéissance leur prescrit, sans vouloir en faire davantage. On glorifie plus Notre Seigneur en ne faisant rien par obéissance, qu’en convertissant les âmes contre sa volonté, si cela pouvait avoir lieu. Il est vrai que ■c’est une rude mortification pour des âmes ardentes et zélées de se voir; comme liées et réduites â l’inaction par l’obéissance. Mais c’est précisément cette mortification qui attirera la bénédiction de Dieu sur elles f quand le temps du travail sera venu ; que faisons-nous en eflet dans l’oeuvre de la sanctification des âmes, que couvrir aux yeux de la foi, l’action invisible de Dieu ? Nos paroles ne sont qu’un vain son, qui peut frapper les oreilles, et mouvoir les sens; mais qui ne peut rien davantage, si Dieu ne se cache sous ces accidents eomme il se cache sous les saintes espèces de l’Eucharistie.
Voilà en effet ce que doivent être toutes vos chères filles, des accidents sous lesquels Notre Seigneur s’est caché pour produire par elles des effets de sanctification dans les âmes. Ces accidents et ces espèces n’ont rien que de commun au dehors, rien que d’ordinaire; mais au dedans c’est Jésus- Christ qui y réside.
Ils semblent n’être rien, et toutefois ils sont les instruments dont la 'bonté de Dieu se sert, pour sanctifier son Eglise. Voilà ma très-chère Mère, l’idée que je me forme de votre sainte Congrégation, et ce qu’elle est dans les desseins de Dieu. Je prie la bonté de Notre Seigneur qui vous a choisie pour une oeuvre si sainte, si importante, si apostolique, de vous
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renouveler toutes dans l’esprit" de votre sublime vocation. Afin quetoutes vous lui serviez comme d’enveloppes et de voiles pour qu’il opère peine ment par vous ses desseins de sanctification sur les âmes ; que toutes vous ne soyez que comme des accidents sous lesquels il se cache ; et que ces accidents demeurent toujours dans la conviction qu’ils ne sont de leur propre fond que des accidents inutiles, vides de toute vertu propre et qui ne peuvent rien que par la vertu de celui qui a daigné les choisir pour résider en eux. Qu’enfin comme les accidents et les espèces de la Sainte Eucharistie, doivent toujours se maintenir dans leur état d’espèce pour contenir toujours sous elles l’Auteur de la grâce et qu’elles ne sont plus rien si elles viennent à se corrompre, à se dénaturer, qu’ainsi toutes vos saintes filles se maintiennent, immuablement et invariablement, dans leur union à Jésus, leur richesse, leur vie et leur tout. C’est la prière que je fais pour vous toutes et surtout pour vos chères novices, dans lesquelles résident l’espérance, et tout l’avenir de ce cher Institut.”
Il écrivait encore dans une autre occasion :
“ C’est une nécessite pour nous de nous conformer à la volonté de Dieu, si nous voulons réellement nous sanctifier ; cette volonté adorable ctant la îtgle de tout ce qui est bon, juste, louable et digne de récompense. Elle nous est manuestée non-seulement par les commandements que Dieu nous a faits, par les règles particulières qu’il nous a prescrites dans notre profession, par nos observances, mais encore dans tout ce qui arrive et qui contrarie nos désirs. Vous le savez nous ne sommes sur la terre que pour donner à Dieu des témoignages effectifs et réels de notre amour, et la marque certaine de l’amour divin, c’est lorsque cet amour sacrifie en nous nos propres désirs et les immole à la volonté de Dieu. Hors de là il n’y a qu’illusion, que déception, qu’amour propre.
Il est vrai que rien ne nous est plus cher que nos propres désirs, surtout lorsqu’ils se présentent à nous, sous l’apparence du bien, ou d’un plus grand bien. Maisîc’est alors que le sacrifice en est plus agréable à
/Son Premier Voyage en Amérique.
Dieu, plus sanctifiant pour nous-même et que l’illusion en serait plus à craindre, si on avait le malheur de s’aheurter à ses propres désirs.
Heureuses les âmes qui n’ont de désirs que pour les soumettre à Dieu • elles sont toujours dans la paix, dans la joie, dans la liberté intérieure. Quelque chose qui arrive, quelqu’accident qui survienne, quelqu’humiliation qu’elles reçoivent, elles n’en sont point ébraulées au dedans d’elles-mêmes ; les sens extérieurs peuvent bien en ressentir l’émotion, éprouver un trouble involontaire, mais en son fondement l’âme n’en est point affectée. Au contraire elle en prend occasion, pour se complaire dans la volonté divine, qu’elle veut honorer par le sacrifice de la sienne propre. Cette âme fidèle voit la volonté de Dieu dans tout ce qui la contrarie, et lui déplaît actuellement ; elle n’ignore pas que Dieu ne lui demandera point compte des biens dont il ne l’a point chargée, mais seulement de celui qu’elle devait procurer dans les circonstances particu lières, où sa providence l’avait placée.
Cette immolation est plus glorieuse à Dieu que tous les services qu’elle pourrait lui rendre, en suivant et en satisfaisant son inclination.
Cette immolation est un vrai martyre du cœur, je l’avoue, mais c’est en cela seulement que consiste le vrai, et le pur amour de Dieu. Et Dieu qui nous appelle à ce martyre, ménage par sa sagesse et sa providence, des occasions où nous devons le subir volontairement. De là tant de choses qui nous déplaisent. Les saints ne sont pas arrivés au ciel par une autre voie ; leur foi vive leur montrait dans tous les sujets de déplaisir qu’ils ressentaient, autant d’occasions de témoigner à Dieu leur amour, et bien loin de fuir ces occasions, ils les embrassaient comme autant de grâces singulières. Nous en avons des traits frappants dans la vie de tous les saints ; et la Sainte Vierge elle-même, quoique très-chérie de Dieu, a passé et s’est sanctifiée par la même voie de la soumission de sa volonté à la volonté divine, et de la soumission la plus parfaite qui fut jamais.
C’est une source de grâces et gardons-nous de la tarir par notre infidélité, ou de vouloir de nous-même, aller nous abreuver à une autre.
Révérend Messire Faïllon ,
Il n’appartient qu’à Dieu de nous prescrire les moyens qu’il a choisis pour nous sanctifier. Ceux qui seraient de notre choix, ne seraient propres qu’à satisfaire l’amour de nous-même, la complaisance, la vanité sous l’apparence du bien ; au lieu qu’en prenant la croix que Dieu luimeme nous impose et qu’il nous a faite de ses propres mains, nous sommes assures de procurer sa gloire, qui ne peut-être attachée qu’à l’accomplissement de sa volonté, et notre sanctification toujours inséparable de la conformité à cette même volonté.”
Yoici encore quelques paroles qu’il a adressées à une communauté religieuse, la veille de la Présentation de la Sainte Vierge : [*]
“ Toute la gloire de la Fille du Roi des rois est au dedans d’elle-même, à la suite de cette Vierge, d autres sont amenées, elles seront portées “ avec joie et allégresse dans le saint temple.— Psaume 44.
L’Eglise dans l’office de la Présentation applique ces paroles à Marie, qui la première s est consacrée au Seigneur par un mouvement du Saint Espiit, et qui par la perfection et la surabondance des sentiments de sa consécration, a attire a Jésus une multitude d’autres vierges à sa suite pour les lendie paiticipantes de son bonheur, hles chères soeurs, vous etes toutes par la pure bonté de Dieu, du nombre de ces vierges heureuses, que David voyait déjà dans la lumière prophétique, lorsqu’il prononçait cet oracle. Si vous avez eu le bonheur d’éprouver le désir de vous séparer du monde poui vous donner entièrement à Jésus, c’est que Marie vous a communiqué quelque chose de ses dispositions intérieures. Elle a attiré suavement vos coeurs par 1 odeur de ses vertus, et par là vous a détermi. nees à marcher à sa suite, voulant vous associer à son propre bonheur ; elle vous a conduites dans la maison sainte que vous habitez, et là elle vous a formées elle-meme, comme de ses propres mains, par les instruments qu elle avait préparés. Elle s’est servie du saint temps du Noviciat pour
(*) Omnis gloria filiœ regis, ab intus, .
Adducentur régi virgiues post eatn, in lœtitia et exultatione afferentur in templum regis. (Psalm. 41.)
Son Premier Voyage en Amérique.
vous paroi’ des ornements intérieurs qu’elle voulait voir en vous, afin que vous fussiez dignes d’être offertes à l’époux céleste. Et quand le jour heureux de votre profession est arrivé, elle vous a portées ellemême dans le temple du Roi des vierges, elle vous y a portées avec allégresse , avec joie , comme dit David, ce qui marque le grand désir qu’elle a de votre bonheur.
En prenant Jésus pour votre unique et éternel époux, vous êtes devenues “ les filles de Marie, à titre d’alliance,” (outre le titre qui vous était déjà commun avec tous les chrétiens,) la chose est incontestable, vous ne pouvez être les véritables épouses de Jésus, sans contracter avec Marie, un degré d’affinité qui vous met dans un rang à part, et vous donne droit à ses biens et à sa tendresse spéciale ; et il me semble que cette considération était l’un des motifs de la sainte joie de cette divine mère, au jour de votre profession lorsqu’elle vous présentait à Jésus. Car c’est elle et elle seule qui a été l’ouvrière de cette sainte alliance. Vous ne pouviez y avoir aucune part active à cause de la disproportion qu’il y avait entre Jésus et vous. C’est elle qui a fait toutes les démarches, toutes les propositions, qui a pourvu à tout ce qui vous manquait et vous a procuré par sa grande bonté une si magnifique et auguste alliance- Combien donc vous devez avoir confiance en elle, et attendre tout de son amour pour vous qui êtes devenues ses filles bien aimées. La reconnaissance qu’elle demande de vous, c’est que vous la respectiez et l’aimiez toujours comme votre mère dans la personne qu’elle a choisie pour la représenter extérieurement au milieu de vous, et aussi que vous vous aimiez les unes les autres, par le motif de la sainte charité.
Si donc vous avez pour Jésus un amour véritable; si vous êtes réellement ses épouses fidèles, (comme je ne puis en douter, connaissant assez la sincérité de vos sentiments) vous éviterez avec soin tout ce qui pourrait blesser le respect filial dont je parle, et l’affection que vous devez avoir les unes pour les autres, etc., etc.”
Nous n’avons rien à ajouter à ce que nous avons dit de ce premier voyage
Révérend Messier Faillon,
qui fut fructueusement employé, il revit encore Baltimore, termina plusieurs affaires importantes et hâta son retour en apprenant une nouvelle qui le remplit de douleur-
M. de Courson, le Supérieur Général, qui n’était âgé que de cinquante deux ans, mais qui avait usé ses forces dans les travaux les plus accablants, après une maladie de quelques semaines qui semblait d’abord n’étre pas de la plus extrême gravité avait succombé, dans le mois de Mai, et M. Faillon devait revenir pour prendre part aux travaux de l’assemblée générale de la Compagnie.
M. Faillon partit de New-York le 18 Juin 1850; il avait donc séjourné en Amérique près de quatorze mois- Il décrit ainsi son voyage de retour, dans l’une de ses lettres :
“ Ma traversée a été aussi paisible et aussi calme que j’eusse pu le désirer, ou plutôt Dieu m’a traité avec tant de douceur qu’il a dépassé de beaucoup mes espérances et mes prévisions. C’était au point que pendant 8 jours consécutifs nous n’éprouvions presqu’aucun balancement sur le navire, et que notre capitaine, quoiqu’accoutumé à faire depuis longtemps la traversée ne se souvenait pas d’avoir jamais eu une mer si calme et si paisible. Enfin c’est tout dire que je n’ai pas éprouvé le mal de mer. Dieu a donc eu compassion de ma faiblesse. J’avais cependant offert d’avance mon sacrifice, et considéré le navire comme un lieu de pénitence où la justice divine allait s’exercer sur moi; mais Dieu s’est contenté apparemment de cette disposition en considération de vos prières et pour me faire mieux apprécier ce que je vous devais, il a laissé agir les éléments sur la Manche, et m’a fait ainsi toucher du doigt la grande douceur dont il avait bien voulu user sur l’Océan-”