‹ M. Faillon, prêtre de St. SulpiceChapitre 20 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Maintenant, avant de nous séparer de ce digne et saint serviteur de Dieu, nous voudrions résumer nos impressions en quelques traits principaux, en parlant de son esprit de piété et de son amour de l’étude.

Quoique nous ayons un portrait de M. Faillon, nous aimerions à réunir

ici quelques tratis que nous croyons fidèles .

M. Faillon avait en toute sa personne un mélange admirable de noblesse et de modestie ecclésiastique, de grandeur et de délicatesse. Il était d une taille au-dessus de l’ordinaire, avec une apparence remarquable de force et de santé. Sa tête était puissante, ses traits grands et réguliers, d’une pureté et d’une délicatesse remarquables. Son visage empreint de finesse et de douceur frappait par une complexion claire et transparente accompagnée d’une chevelure blonde et abondante qui environnait son visage comme d’une auréole lumineuse. Quand on le voyait la première fois, on était frappé de son air de distinction, et quand il apparaissait dans une assemblée, il était aussitôt remarqué entre tous.

Il avait l’air noble, doux et calme, et une modestie aisee et sans contrainte ; ses yeux étaient souvent baissés par l’étude, quand il les relevait, ils paraissaient d’unelimpidité extraordinaire et d’une pénétration

frappante.

Sa piété était basée sur une foi profonde, son amour de 1 etude sur un désir ardent de glorifier Dieu. Ces deux dispositions se fortifiaient sans cesse, s’accroissaient mutuellement. L'étude nourissait sa piété, et sa piété le soutenait dans tous ses travaux-

Révérend Messire Faillon.

C’est ce qui se faisait remarquer en toute sa personne, dans son attitude, dans ses paroles, dans ses œuvres. Il semblait toujours rempli de 1 esprit de religion, et l’on voyait les signes d’une vie intérieure, à laquelle il rattachait tout le reste. Chaque jour, de longues oraisons alimentaient cette vie de l’âme, et les saints mystères accomplis avec religion parfaite l’accroissaient, tandis que son attention continuelle à une vision surnaturelle, le faisait avancer de degrés en degrés dans ces voies supérieures. Ses études, qui n’avaient que les merveilles célestes pour objet, et où il poursuivait sans cesse les traces de la vie divine dans le monde, avaient autant d’effet que la prière. Il voyait Dieu en toutes choses, il considérait sans eesse son action persistante dans les événements, et les moyens qu’il prend pour les diriger à son gré. Il admirait Dieu, dans l’établissement de son Eglise, dans les instruments de sa volonté ; et ces considérations le remplissaient d’un sentiment de tendre affection que rien ne pouvait altérer et qui influait sur ses entretiens et sur ses relations avec tout le monde.

Une circonstance particulière, témoigne de l’attention continuelle qu’il avait à la Bonté souveraine. Il ne perdait pas le souvenir des grâces qu’il avait reçues, et pour le conserver, il s’était composé avec le plus grand soin, un calendrier spirituel où il avait marqué les principaux^ anniversaires pour y penser dans ses prières. La date de son baptême, de sa première communion, de son entrée au Séminaire, celles de ses Ordinations, etc., y étaient marquées. Or, à la date du 21 Novembre 1817, nous voyons ces paroles : reconnaissance éternelle , qui indiquent un fait qui n’a été mis au jour qu’après sa mort, et que nous ne connaissions pas lorsque nous avons donné le récit de ses premières

années ; nous en parlerons ici parce qu’il donne une explication précieuse de bien des faits.

M, Faillon après ses premières études, résidait dans sa famille : il avait environ dix-sept ans, et il était habile en plusieurs choses ; le Préfet du

Conclusion .

Département, M. le Comte de Villeneuve, ayant été informé de sa capacité, si jeune qu’il fût encore, le chargea de copier le plan du Département. En conséquence, M. Faillon se rendit à Arles, et il se mit au travail dans les Bureaux de la Sous-Préfecture. Dans les derniers mois de 1817, les missionnaires de France vinrent à Arles, pour donner une mission, et la commencèrent dans l’Eglise de St. Trophime, vers le quinze novembre. M. Faillon y venait autant que possible tous les soirs, il pensait alors à se donner à Dieu, et demandait avec ardeur ses lumières et son secours. Un soir il se rendit pour l’exercice, c’était le 21 novembre, jour de [la Présentation de la Ste. Vierge. Tous les assistants à la retraite avaient été avertis les jours précédents, que ce soir aurait lieu la Consécration à la Ste.Vierge qu’ils devaient tous apporter des cierges ; mais M. Faillon ignorait cette recommandation. U fut très-surpris lorsque le moment de la consécration fut arrivé et qu’il vit tous les fidèles avec des cierges allumés. Un peu confus de n’en pas avoir, il se retira derrière un pilier, se mit en prières et suivit de là la cérémonie. Or, c’est en ce moment qu’il fut favorisé d’une grande faveur du ciel, ainsi qu’il y a fait allusion plusieurs fois et qu’il l’a mentionné dans la vie de Mademoiselle Monper. Pendant qu’il priait avec ferveur, il se passa quelque chose d’extraordinaire dans son âme. Il lui sembla que la Reine du Ciel était près de lui comme dans une lumière éclatante, et il crut entendre intérieurement sa voix qui l’invitait à se donner tout entier à elle ; elle lui parlait et l’assurait que désormais elle serait tout pour lui, qu’elle le “ conduirait où il devait aller, l’aiderait et l’assisterait même dans les plus petites occasions, qu’il n’avait plus à s’inquiéter de rien, qu’elle serait sa mère et pourvoirait à tout, pourvu qu’il fût fidèle à l’honorer et à se confier à elle.”

La suite fit comprendre à M. Faillon que cette apparition n’était pas un effet de l’imagination ; St. Trophime est resté cher au coeur de M. Faillon et le 21 novembre qui fut marqué dans son calendrier spirituepar ces deux mots, reconnaissance éternelle , a été pour lui jusqu’à la fin

Révérend Messire Fciillon.

de sa vie, un jour béni entre tous les jours. Enfin, il nous faut ajouter que presque tous les ouvrages qu’il a composés, ont été dédiés à la Présentation de la Ste. Vierge et publiés le 21 novembre.

Voici quelle est la dédicace de la première édition de la vie de M. Olier, que l’on retrouve à peu près dans les mêmes termes dans les autres ouvrages : “ Virgini Deum parituræ a teneris in templo se voventi, cleri præsidio, exemplari reginæque hanc votivara Olerii vitam, Cliens patronoe, servus Dominæ, matri filius dicat, etc., etc., Die XI Kalendas Decembris, etc., etc.”

Ainsi M. Faillon rapportait ses souvenirs aux grâces qu’il avait reçues dans ce jour privilégié. Comme il savait conserver une reconnaissance inaltérable pour cette circonstance si précieuse, par là on peut juger ce qu’il en a été pour lui de toutes les faveurs qu’il a reçues. C’est ce qui nous montre quel était le mobile de ses actions: une tendre reconnaissance, un dévouement généreux, une mémoire ineffaçable de tout ce qu’il devait à Dieu ; voilà ce que nous pourrions lire à chacune des indications de son calendrier spirituel, si nous connaissions les circonstances que son union à Dieu, et son éloignement de toute notoriété lui ont fait passer sous silence.

Du reste, dès ce jour, ses oeuvres répondirent aux sentiments de son cœur. Il devint un tout autre homme pour la piété. De retour dans sa famille, quelques semaines après, sa régularité et sa piété frappèrent tout le monde, mais plus particulièrement sa bonne mère qui disait: “Oh! mon Dieu, comme Michel est devenu dévot ! depuis son voyage à Arles, il n’est plus reconnaissable, bientôt la journée ne lui sufllra plus pour ses prières.” Ce fut à la suite de cette faveur que M. Faillon reçut d un missionnaire à qui il s’etait adressé le premier dimanche de décembre, la déclaration qu’il était appelé à l’état ecclésiastique. Enfin il semblerait, d’après des déclarations très-expresses, que ce fait de 1 apparition de la Ste. Vierge fut encore renouvelé deux autres fois dans

Conclusion.

le cours de l’existence de M. Eaillon. Et à chaque fois, nous ne doutons pas qu’elle ait produit des fruits aussi grands de renouvellement dans son

âme.

Cet esprit de foi brillait encore en lui dans le ton même qu’il donnait à certaines paroles lorsqu’il nommait les personnes adorables de la Ste. Trinité, et aussi quand il avait à nommer la très-sainte Vierge ; il savait proférer ces mots d’un ton qui imposait, qui excitait la vénération dans les

âmes.

Nous avons remarqué aussi la même chose lorsqu’il prononçait ce saint nom “ le Pape il le proférait avec un tel sentiment de respect, de sérieux et de vénération qu’il semblait à cette appellation lui voir contempler tout ce monde spirituel et surnaturel qui nous environne de toutes parts dans la Ste. Eglise à laquelle nous avons le bonheur d’appartenir.

Cet esprit de foi qui le pénétrait et l’animait tout entier apparaissait aussi dans le profond respect qu’il avait pour la Ste. Bible et les honneurs dont il a toujours voulu l’environner. Il la mettait toujours dans une place d’honneur en sa chambre. Lorsqu’il devint directeur à la Solitude et qu’il fut chargé de reconstruire et de distribuer les anciens bâtiments, il eût bien soin, dans chaque chambre, qu’il voulut aussi simple que possible, de réserver pour la Bible une place, qu’il orna d’une manière particulière. Il établit dans l’endroit principal de la chambre un enfoncement dans le mur revêtu de boiserie où il ménagea deux places, l’une avec un petit fronton pour la Ste. Vierge et l’autre avec tablettes pour la Ste. Ecriture. Il eut soin en meme temps que chaque chambre fut pourvue d’une belle statue de la Ste. Vierge et aussi

d’une Bible.

Sa foi se manifestait encore d’une manière très-excellente dans 1 importance qu’il attachait à observer l’esprit et la grâce de chacune des fêtes ; on voit cela dans chacun de ses écrits, il en était tout pénétré.

Ce qui est à remarquer, c’est le calme et la douceur qu il conservait

Révérend Messire Faillon.

dans les élans de sa foi. Rien d’extraordinaire ni de trop marqué, mais quelque chose de simple et d’aisé, de doux et de confiant dans les démonstrations de sa piété.

Le respect qu’il avait pour les dispositions divines, et pour leur action dans la suite des évènements, le rendait attentif et dévoué aux desseins de la Providence sur les âmes tendres et naïves des jeunes enfants. C’est à cause de ce sentiment de foi qu’il leur a consacré une part notable de son existence. Quand il était occupé de ses grands travaux sur les Pères, il écrivit une dizaine de volumes pour aider l’œuvre des catéchismes; plus tard, lorsqu’il était depuis longtemps éloigné des fonctions de directeur des catéchismes, il j avait toujours place en lui pour le zèle et le souci de l’instruction religieuse.

Nous pouvons rapporter un trait touchant de l’affection dévouée qu’il avait pour ces œuvres. 11 avait demandé à l’un des messieurs de la paroisse de Montréal de venir écrire sous sa dictée, pendant la matinée dans sa chambre, ce qui eut lieu pendant plusieurs jours. Ensuite le secrétaire prévint M. Faillon qu’il était obligé d’aller visiter des écoles et de confesser les enfants, et comme après quelques jours il venait s’excuser près de M. Faillon, d’avoir prolongé son absence, celui-ci reprit aussitôt :

“ oui, j’aurais eu besoin de vous tous ces jours-ci, mais vous avez bien fait de rester à votre œuvre, les soins que vous avez donnés à ces jeunes enfants sont bien plus importants que tout ce que j’aurais pu vous faire transcrire.”

Cette vue de Dieu en toutes choses était pour lui le motif puissant d’un abandon complet à la divine providence. C’était la règle de ses décisions, de ses déterminations, comme l’ont si bien remarqué tous ceux qui l’ont connu.

“ Telle était sa conduite invariable, nous dit l’auteur de sa vie publiée en 1877. Cette pratique de l’abandon à la divine Providence lui était

Conclusion.

familière à ce point que dans une multitude de lettres, sur mille sujets divers et à toute sorte de personnes, il ne lui est pas arrivé une seule fois de s’en écarter. Il aimait à considérer sans cesse la sagesse et la bonté de Dieu conduisant l’Eglise et le monde lui-meme avec force et suavité , rien n’était plus doux pour lui que de voir, d’adorer, d’aimer cette paternelle Providence, dans les petites comme dans les grandes choses, dans la moindre famille comme dans le plus grand royaume, dans l’adversité et les peines comme dans la prospérité et les consolations. De là ce calme imperturbable, cette sérénité et ce rayonnement de bonheur qui se peignaient sur sa figure et que rien ne pouvait altérer.

«Il me semble, dit une personne qui l’a particulièrement connu, qu’il n’éprouva jamais aucune inquiétude. Lui annonçait-on quelque chose de fâcheux, “ c’est le bon Dieu qui l’a voulu,” répondait-il, et il accompagnait sa réponse d’un sourire qui, mieux encore que ses paroles, exprimait le sentiment d’une âme pleinement abandonnée à Dieu. Il disait souvent dans ses lettres à ses parents : “Je suis toujours content et heureux, et je ne puis m’empêcher de plaindre le sort de ceux qui cherchent le bonheur hors de Dieu.” Dans toute sa correspondance il en est de même. Il montrait à la fois une conviction si profonde, exprimée avec un^ langage si noble, qu’il aurait pu produire l’impression la plus vive même sur les esprits, les plus rebelles aux vérités religieuses. Il parlait de Notre Seigneur et de ses œuvres d’une manière qui ravissait et gagnait les cœurs. Voici ce qu’il écrivait de Lyon en 1828 ; “ Lorsque Notre Seigneur voit

« qu’une âme le cherche avec un saint empressement, il se présente a « elle, et, en échange de tout ce à quoi elle a renoncé pour son amour, il se « donne lui-même à elle, et l’établit si parfaitement dans son amour que « rien n’est plus capable de l’en séparer. C’est là ce qu’il faut rechercher par dessus toute chose. Ne le cherchons pas au dehors de nous, « puisqu’il est avec nous-mêmes, surtout après la sainte communion. Ne « le laissons pas seul dans le temple de notre cœur, qu’il a bien voulu se

Révérend Messire Faillon.

11 choisir ; parlons-lui de temps en temps, écoutons ce qu’il nous dit : sa “ conversation n’a rien de pénible. Heureux celui qui sait se passer des “ consolations de la terre, pour n’en chercher plus d’autres qu’auprès de “ cet unique consolateur et parfait bonheur de nos âmes ! ”

On a vu avec quelle sérénité il traversa les années 1830 et 1848. Quoique placé au foyer des révolutions, il n’en fut aucunement troublé. u U fauf adorer, disait-il, la conduite de la divine Providence dans tous les événements si tristes dont nous sommes les témoins, et tâcher de nous acquitter saintement des petites fonctions que nous avons à remplir, chacun dans notre sphère. Notre Seigneur nous montre que la terre n’est qu’un lieu de passage, de pénitence, d’épreuve, et s’il se plaît à répandre de 1 absinthe autour de nous, c’est pour que notre cœur ne s’attache à rien qu’à Dieu seul. S’il est vrai, comme Notre Seigneur nous 1 assure dans l’Evangile, qu’un cheveu ne tombe pas de notre tête sans la volonté de notre Père céleste, quoique la perte d’un cheveu ne nous cause aucune douleur et arrive même souvent à notre insu, combien plus sa divine Providence dirige-t-elle les événements de la vie qui par jeur nature doivent affecter notre cœur, tels que ceux dont je parle ! ”

Ces grandes pensées revenaient encore sous sa plume la dernière annee de sa vie, à 1 occasion des calamités de la guerre. ‘‘Dans les maux “ extrêmes, écrivait-il à une mère dont les fils couraient le danger d’être “ prochainement conduits au feu, il faut des remèdes violents, si l’on veut “ guérir le malade. Dieu veut assurément notre guérison, puisque, pour '■ remède, il nous envoie le fléau général dont nous gémissons. Tout ce que Dieu permet ou ordonne est pour le bien de nos âmes, notre seul u s°h(ie et véritable bien. Puisque dans les épreuves que Dieu nous “ envoie il n’a en vue que notre salut, priez-le que celle-ci serve à vos

“ enfants, et qu apres leur retour auprès de vous, ils vivent en vrais et “ parfaits chrétiens.”

Cn élève du séminaire de Paris a raconté le fait suivant qui se rapporte bien à cet esprit de foi.

Conclusion.

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Il avait reçu la nouvelle d’un désastre qui le privait d une partie notable de sa fortune, et il en avait dit un mot dans la conversation en faisant la réflexion que, s’il n’avait pas été obligé de résider au séminaire, îl aurait pu prévenir cet événement. M. Faillon, ayant entendu ces paroles, y répondit avec un ton de douce charité: qu’il ne fallait faire aucun cas des avantages de ce monde ; que l’on avait à trouver en Dieu bien plus que ce que l’on abandonnait ; que ces biens passagers n’étaient rien ; que tous les vrais serviteurs de Dieu avaient fait bien d’autres sacriflces ; que Dieu saurait tout récompenser. Il prononça ces paroles avec une telle force et une telle conviction, que celui à qui il s’adressait nous dit que, dès ce moment, il rentra dans la tranquillité, et qu’il ne pensait plus à ce qui était arrivé qu'avec la plus profonde indifférence, sans pouvoir s’empêcher de sourire en se souvenant de la vivacité et de l’abondance d’expressions que M. Faillon avait su si bien trouver pour condamner ce funeste et vain attachement aux avantages temporels.

Nous terminons ces témoignages en citant encore quelques tiaits qui s ranportent à cet esprit de foi qui animait toutes ses actions.

Il réunissait avec soin tout ce qu’il pouvait trouver des anciennes éditions des Pères de l’Eglise, ensuite tout ce qu’il rencontrait de belles éditions des vies des saints ; il en avait découvert un très-grand nombre, ainsi que des relations sur les personnages remarquables par leur attachement à la foi, principalement au moment du renouvellement de la religion

au XVe siècle. .

La même inclination l’avait aussi porté à recueillir les portraits de tous ceux qui s’étaient fait remarquer par leur piété, et il en a réuni un nombre considérable, surtout pour l’époque de M. Olier. Il pensait que tous ces portraits pouvaient être utiles, et il espérait lui-même en tirer parti pour la récente édition de la vie de M. Olier, mais la mort l’a empêché de mettre ce projet à exécution. Comme beaucoup d’années s’écouleront .avant que l’on commence une nouvelle édition, nous pensons qu’il serait

Révérend Messire Faillon.

très-intéressant de réunir ces portraits et d’en faire un ouvrage à part avec quelques notices abrégées. Cet ouvrage serait de la plus grande utilité pour ceux qui liront non-seulement la vie de M. Olier, mais encore tous les ouvrages concernant les événements religieux du XVIIe siècle.

On voit aussi dans la vie de M. Olier, quel soin M. Faillon a pris de réunir tout ce qui se rapportait à ses écrits, et bien des saintes reliques, comme les ornements d’église et différents autres objets ayant appartenu à ce grand serviteur de Dieu.

Nous considérerons encore en M. Faillon l’amour de l’étude. Cette disposition, qui l’a caractérisé, était élevée à la dignité de vertu ; car elle était purement inspirée par le zèle de la gloire de Dieu, et strictement réglée par l’observation de la discipline.

Aussi nous avons à faire remarquer que son goût pour la science ne l’empêcha jamais de se soumettre à l’observation de la règle. Il ne diminuait rien des exercices multitipliés d’une vie de communauté. Au signal de la cloche, il quittait tout, et il se rendait avec hâte au lieu de la réunion, quelque besoin qu’il eût de son temps pour terminer, au jour fixé, ce qu’il avait commencé.

Au Séminaire de Paris, c’est seulement après avoir donné le temps nécessaire à la préparation de sa classe, qu’il entreprenait des recherches pour mettre les élèves au courant des questions intéressantes qui se rapportaient au sujet de leurs études.

Ses écrits sur MM. de Lantages, Olier, Emery, avaient pour objet les intérêts les plus précieux de la Compagnie. Il voulait faire ressortir 1 esprit qui animait le pieux Fondateur de Saint Sulpice, esprit qui s’est manifesté si excellemment dans des circonstances diverses, en M. de Lantages et en M. Emery. Les ouvrages qui concernent l’éducation religieuse se rapportent à ses obligations de directeur des catéchismes. Enfin nous croyons avoir assez montré quelle influence peuvent avoir sur la connaissance de l’histoire de l’Eglise ses travaux sur l’apostolat des dis-

Conclusion.

ciples du Sauveur dans les Gaules, et aussi ses recherches sur les oeuvres des disciples de M. Olier dans les missions de l’Amérique du Nord, od ils ont contribué à fonder une chrétienté nouvelle.

Aussi ces occupations, loin de diminuer sa fidélité, eurent toujours pour

effet de l’animer et de redoubler sa ferveur.

Mais une fois qu’il se trouvait dans les voies de l’obéissance, il se sacrifiait entièrement à son oeuvre ; il ne perdait pas une minute ; dès qu’il était libre, il se rendait aussitôt à sa chambre ; il ne se laissait arrêter par rien ; il ne voyait que l’étude qui l’appelait, et aucun intérêt au monde ne pouvait le distraire. S’il en était ainsi au commencement de ses oeuvres, il redoublait encore d’application à mesure qu’il voyait arriver le terme assigné à son travail.

Il était de la famille de ces grands travailleurs comme le XVIIe siècle

nous en a montrés, et en si grand nombre.

Il travaillait sans hâte, sans précipitation, mais toujours sans découragement ; il disait : “ Il faut travailler comme si nous étions éternels, faisant toujours le mieux possible, sans nous préoccuper si nous pourrons achever.

Il accumulait les recherches quand il traitait un sujet, et prenait tous les moyens d’en profiter. Nous avons rappelé déjà cette parole : “ Voilà trois mois que j'ai commencé à parcourir ces documents, j’ai déjà fait 4000

^ Un matin il part pour Versailles, il passe la journée à la bibliothèque, il revient à six heures du soir n’ayant pas diné, n’ayant rien trouve, mais ayant pu reconnaître qu’il n’y avait rien à trouver, et très-content de s en

.être assuré. . ,

Dans une autre circonstance, il écrit : « Pour ce qui est de mon travail,

je suis en train ; je compte faire six feuilles d’impression par semaine, ou

au moins cinq ; je vis comme un hermite.

Il ne s’inquiétait de sa santé que dans l’intérêt de ses occupations ; il écrivait : “ Quant à la bonne santé que, d’après vous, je devrais obtenir

Révérend Messire Faillon.

u prr sainte Madeleine, je n’ose y songer ; mais pourvu qu’elle m’obtienne- “ 6e pouvoir travailler, quoique toujours sujet à mes misères, vous serez, je “ pense, content. Je crois que sainte Madeleine prendra ce moyen terme, “ qui conciliera tout.”

Quand il se sentait fatigué, il recourait à sa bien-aimée Souveraine ; il disait: “Je suis plus incapable qu’en commençant, mais c’est le cas de dire à Marie : Tempus faciendi, Domina , tempus faciendi. Sine ipsa, factum est nïhil quod factum est.

Il avait une énergie surnaturelle pour s’affermir contre les difficultés ; il. n’écoutait rien des inclinations de la nature ; il ne se laissait pas guider par ce goût qui ne résiste pas longtemps dans les œuvres entreprises ; mais aussi, il ne se lassait pas de la continuité de ses efforts. Il entreprenait avec courage ; il continuait avec un pur esprit de détachement, dans la fatigue, dans 1 ennui ; mais, dans cette constance, il trouvait une douceur et une consolation telles qu’aucun plaisir du monde ne peut en donner d’égales.

On peut se rendre compte de son dévouement à l’étude, en voyant le temps qu’il a mis à chacun de ses ouvrages, au milieu de ses occupations ordinaires et de ses devoirs d’état.

Depuis le commencement de son professorat, en 1827 jusqu’en 1835, où il commença ses premiers travaux sur M. Olier, ce qui fait huit années environ, il a écrit sept volumes : la vie de M. de Lantages et celle de M. Demia; trois ouvrages sur les Cathéchismes, etc., et deux grands volumes in-4° sur les Pères, etc.

En 1835, il commençait ses travaux sur M. Olier. Il éditait plusieurs de ses opuscules 5 il faisait paraître la grande vie en 1841. Dans les six années suivantes, il préparait les documents sur M. Ernery, et il éditait les deux gros volumes sur les monuments de sainte Marie Madeleine.

A partir de ce moment, c est-a-dire en 1848, il s’occupa de l’histoire du Canada et il fit paraître, dans les six années suivantes, six volumes in~8° de biographies sur quatre personnages principaux. Mais, ces

Conclusion.

travaux n’étaient que le prélude de la grande histoire qu il préparait et dont tous les documents, en 1865, étaient mis en ordre, pouvant fournir dix volumes in-4° dont trois ont paru. Dans les quatre années qui vont de 1866 à 1870, au milieu de ses occupations de la Procure à Rome, il composa ses ouvrages sur la sainte Vierge et saint Joseph, d apres les écrits de M. Olier, son histoire des premiers Apôtres de la Gaule et la nouvelle édition de la vie de M. Olier.

Nous n’en dirons pas plus sur ce sujet, puisque cet ouvrage n est qu’une suite de témoignages de l’amour du travail qui distinguait M. Paillon. Il nous reste à en faire l’application aux exigences du temps présent, nous voudrions surtout montrer 1 utilité de ces exemples par î apport aux intérêts de la jeunesse.

La société est remplie de jeunes gens appartenant à des familles profondément religieuses, ayant reçu une éducation pieuse, qui sont résolus de conserver leurs convictions dans les professions auxquelles ils se destinent ; or, il est incontestable qu avec la fidélité aux saintes pratiques qui leur ont été enseignées, il n’est pas, pour les soutenir au milieu du monde, de moyen plus sur que 1 application au tiavail. C est cette application qui les mettra a 1 abri des plus grands dangeis, qui les prémunira contre les pièges de l’oisiveté, et leur fera atteindre le but auquel il peuvent prétendre.

Et il est d’autant plus nécessaire de rappeler ces vérités, que, dans le monde, il y a des préventions redoutables contre les études serieuses. Bien des familles n’aiment pas ces prolongations d’occupations qui enlèvent les jeunes gens aux relations de la société. Les désoeuvrés sont opposés instinctivement a toute manifestation studieuse , enfin, il faut bien le dire, les jeunes gens trouvent encore dans leur orgueil un grand obstacle, et des plus dangereux, lorsqu ils ne savent pas le îeeonnaître. Il y a un sentiment en eux, sentiment très-fort et très-entraî nant, qui les porte à prétendre à tout, à ambitionner tout sans se donner

la peine de s’appliquer à rien.

Révérend Messire Faillon.

OOO

Cependant considérons en quelles circonstances nous sommes, comme catholiques, et comme citoyens d’un pays dont les destinées ont à s’accomplir au milieu de tant de concurrences. Sans l’amour de l’étude, pourra t-on résister aux passions, même les plus vulgaires ? Et si l’on résiste à ces entraînements, et qu on s en tienne aux illusions et aux rêves de 1 oisiveté, quel vide dans les âmes ! quel affaiblissement dans les coeurs ! Ces dispositions ne sont-elles pas funestes parmi les menées et les violences de 1 erreur ? Jusqu à présent l’éducation catholique n’a p>as eu à subir cette disgrâce, de faire des hommes moins sérieux, moins réfléchis, moins profonds, que ses adversaires. Parmi nous les hommes de profession qui se sont distingués dans leur carrière n’ont jamais regardé l’occupation comme un supplice, l’étude un ennui, et une vie recueillie, appliquée, séparée du monde, comme une accablante servitude.

Mais quelle calamité si l’on rejette l’instruction, car il s’agit actuellement, dans la société, de savoir si l’on veut être ou ne pas être, si l’on veut tout perdre, tout abandonner.

landis que si 1 on veut profiter des chances ouvertes, on verra qu’il n y a plus d acception de personnes, plus de préventions de races contre ceux qui seront vraiment des hommes capables. Mais cela ne s’acquiert point sans peine et sans être vivement disputé.

Et quand il serait vrai que la société n’a pas à donner des positions officielles à tous ceux qui se mettent en état de les mériter, est-ce qu’il ne reste pas bien des routes à ouvrir à côté de celles qui sont suivies ? Est-ce que, dans ce pays, on a accompli tous les travaux les plus utiles à son avenir ? A-t-on assez exploré le sol pour révéler toutes les richesses qu’il renferme ? A-t-on donné les lumières nécessaires pour la meilleure application de l’agriculture et pour le bon emploi des forêts ?

Et, dans l’ordre moral, il y a à rendre accessibles à la majorité les leçons de l’histoire nationale : il faut mettre en lumière les faits qui lient les jours de l’origine aux temps actuels. De plus, il faut chercher à répandre les notions du droit et de l’économie politique qui se rapportent aux intérêts

Conclusion.

«du pays ? Il se produit des crises redoutables qui effrayent l’esprit «d’entreprise, paralysent les capitaux, anéantissent les ressources du commerce et de l’industrie, et l’on ne voit personne entrer en lice pour nous expliquer ces crises, indiquer leurs causes, signaler leurs remèdes. Des épidémies fondent sur le pays, quels travaux ont été produits pour répandre parmi les masses, les notions les plus élémentaires de l’hygiène ?

Il reste donc encore bien des oeuvres à accomplir, il en est bien d’autres que celles qui sont déjà commencées ; même, quand on n’y rencontrerait pas le succès attaché à certaines professions privilégiées et appuyées par l’opinion publique, on y trouverait la fuite de 1 oisiveté, 1 eloignement du mal, le développement de ses facultés. Ceci en particulier est un point si capital qu’à lui seul il mérité toute notre attention.

Un homme intelligent et bien né ne peut désirer rien au-dessus du bon emploi et du développement de ses facultés. Il ne peut se faire un don plus grand à lui-même, et il ne peut rien conférer de plus important à la société tout entière. Ce qui manque davantage à un pays, ce sont les hommes de valeur et d’instruction. Voilà ce qu’il y a de mieux à lui souhaiter, c’est là ce qui élève son niveau, qui assure son avenir, mieux que la conquête de nouvelles provinces et tous les progrès, matériels. D’abord, il faut des chefs, des guides à ce peuple qui grandit si vite; mais il ne faut pas seulement des chefs, il faut que ceux-ci rencontrent dans ceux qui les entourent un contrôle puissant et salutaire, et non pas aveugle et prévenu ; et quelle vigilance doivent-ils pratiquer, lorsqu’ils ont à compter, non pas avec une opposition vulgaire, plus ambitieuse que qualifiée, mais avec une opinion publique, forte, éclairée, où abondent des individualités vraiment puissantes. Ce sont là des éléments dirigeants, qui assurent le succès, et quelle influence n’ont-ils pas sur la valeur et l’avenir d’un

pays ?

Ainsi, jeunes gens, à qui ce livre est adressé comme un objet de méditation et de réflexion, on peut vous dire dans l’ordre moral ce que 1 on peut

Révérend Messire Faillon.

dire à 1 intrépide pionnier qui se trouve en face de terres inoccupées, vastes comme l’Europe, on peut vous dire : Répondez à vos destinées, et

Travaillez, prenez de la peine,

C’est le fonds qui manque le moins !

Nous voici arrive au terme de cette étude. Nous avons appelé l’attention sur l’homme pieux et dévoué qui a donné de si saints exemples ; nous avons voulu faire connaître à un plus grand nombre celui dont les vertus et les mérités avaient été renfermés dans l’intérieur d’un séminaire.

De plus, nous avons voulu exposer l’œuvre de M. Faillon, car nous pensons qu’elle pourrait faire le plus grand bien, si elle était révélée au public.

On se plaint avec raison de l’envahissement des mauvais livres, dans un temps où l’on est avide de lecture.

L’une des causes principales du mal vient du défaut de publicité auquel sont voués tant de bons livres dignes de l’attention des lecteurs.

Il en est ainsi de la pdupart des ouvrages de M. Faillon, qui ne sont pas assez connus, meme du monde religieux. Et cependant que leur manquet il pour rendre service à la cause du bien? Ils viennent d’une plume eminente ; ils sont faits avec un soin que l’on trouve rarement dans les ouvrages du jour ; ils sont écrits sur des sujets intéressants ; enfin 1 on peut dire que, sur les principes de la spiritualité et sur l’histoire religieuse, ils donnent des renseignements que l’on ne trouve nulle part ailleurs.

Mais ils n’ont pas eu à leur service tous les moyens de publicité qui sont prodigués à une quantité d’ouvrages inutiles, vides, faits à la hâte, ou même funestes et dangereux, qui sont loués, prônés, et recommandés par tous les moyens.

Et apres cela il ne faut pas s etonner de voir tant de gens bien inten-

Conclusion.

tionnés se plaindre de la rareté des bons livres, de la multiplication des mauvais, et des funestes effets de l’avidité de lecture qui caractérisé notre époque.

Nous avons voulu attirer l’attention sur ces admirables travaux, et nous serions amplement dédommagé de tout le soin donné à cet essai, si nous avions pu contribuer à montrer au monde des lecteurs les trésors de connaissances qui étaient destinées, dans la pensee de leui auteur, à pro curer la gloire de Dieu et le bien des âmes.

Enfin, pour ceux qui voudraient entrer dans une connaissance plus intime de sa vie, nous rappelons que nous avons déjà attiré l’attention, en commençant, sur l’excellente biographie publiée à Pans en 1875, intitulée : Vie de M. Faillon, Prêtre de Saint- Sulpice, éditée chez Yic, libraire, rue Cassette. Les journaux religieux en ont fait le plus grand éloge. Cette oeuvre fait connaître de la manière la plus parfaite les vertus et les qualités de M. Faillon comme prêtre édifiant, directeur éminent du Séminaire. Nous serions heureux d’avoir aussi bien réussi en le présentant comme écrivain religieux, et historien consomme dans la critique et 1 eru dition la plus profonde.

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