LA VIE DE M. DE LANTAGES ET DE M. DEMIA
Nous avons maintenant à parler de deux ouvrages que M. Faillon a composés dans le temps de son séjour à Lyon. La vie de M. de Lantages et la vie de M. Démia. Nous avons déjà dit quel attrait il trouvait, à présenter aux ecclésiastiques ces deux grands modèles ; mais d’ailleurs, il répondait ainsi aux inspirations qu’il avait reçues, pendant son séjour à la solitude.
M. Mollevaut, d’après la connaissance qu’il avait du monde et de ses misères, avait été vivement frappé de l’excellence de certains livres, au point de vue du besoin des âmes de notre temps : ainsi le Miroir du clergé , la Méthode de Besançon, l'explication des Sts. Evangiles par le P. Duquesne, ce qui convient à toutes les conditions dans le P. Rodriguez, les écrits de M. Boudon, enfin les ouvrages de M. Olier destinés aux paroissiens de St. Sulpice.
Il recommandait aussi la vie des saints, d’après le principe qu’il répétait souvent u verba movent, exempla trahunt,” et il proposait surtout l’étude de ces saints personnages qui ont eu à lutter contre l’invasion des idées protestantes, parce qu’il regardait l’irréligion et l’indifférence pratique de nos jours comme la conséquence directe de l’insurrection du XYIe siècle.
Suivant lui, les prêtres destinés à combattre ces déplorables résultats de la réforme, n’ont pas de meilleurs modèles à se proposer, que ces saints éminents qui ont les premiers jeté le cri d’alarme, et su prendre des moyens si sages et si efficaces contre la contagion du mal.
60 Révérend Messire Faillon.
Il voulait, du reste, qu’on ne se bornât pas à connaître ceux qui ont brillé par des talents hors ligne, et qui se sont trouvés dans des circonstances extraordinaires, comme les saints cardinaux et évêques du XYIe et XVIIe siècle : ainsi le cardinal Bellarmin, le cardinal Baronius, St. Charles Borromée, St. François de Sales, et les grands fondateurs d’ordres : St. Ignace de Loyola, St. Philippe de Xéri-, M. de Condren, St. Vincent de Paul; mais il pensait que pour réussir dans le saint ministère, il fallait étudier avec soin et amour, la vie de ces bons prêtres, qui ont été employés dans les fonctions les plus humbles mais aussi les plus essentielles des paroisses; tels que M. Le Xobletz, le P. Grignon de Montfort, le P. Maunoir, le P. Eudes, le pauvre prêtre Bernard, le P. Yvan; sans omettre ceux qui, dans la cure annexée au Séminaire de St. Sulpice, ont laissé des exemples si précieux dans la tradition paroissiale : M. Olier, M. de la Chetardie ; M. Joly, célèbre par ses prônes, depuis évêque d’Agen ; Fénélon, d’abord vicaire à St. Sulpice avant d’être appelé à l’éducation du Dauphin ; M. de la Salle, instituteur des Frères des Ecoles Chrétiennnes ; les deux MM. Languet, l’un curé de St. Sulpice, l’autre, depuis Archevêque de Sens, et auteur d’un admirable catéchisme, si bien connu en Canada sous le nom de Grand Catéchisme de Québec.
C’est dans cette pensée d’utilité pour les jeunes prêtres, que M. Faillon rédigea la vie de M. de Lantages et de M. Demia, qui offraient de si grands et de si pratiques enseignements.
Depuis le renouvellement de l’Eglise de France, un grand nombre de jeunes gens appartenant aux premières familles, touchés des malheurs des temps, et des grandes pertes que le clergé avait éprouvées pendant la tourmente révolutionnaire, avaient tout quitté pour se consacrer à évangéliser les âmes privées si longtemps, de tout secours religieux.
Pour soutenir leur zèle, c’était un exemple très-opportun de détachement à leur proposer que la vie de ces deux hommes de bien qui avaient quitté les avantages que leur promettaient leur naissance et leurs biens, pour venir en aide à l’humble clergé des paroisses.
La vie de M. de Lantages et de M. Démia.
C’était aussi un exemple plein d’actualité que cette préférence qu’ils avaient donnée aux oeuvres populaires, et aux classes ouvrières, renonçant aux dignités de l’Eglise, auxquelles les appelaient leur crédit et leurs talents, pour travailler à évangéliser les populations les plus abandonnées.
Enfin il est une circonstance considérable qui mérite que nous nous y arrêtions et que nous en fassions l’objet de notre attention.
On sait le développement extraordinaire que l’industrie a pris de nos jours : des manufactures ont été élevées de toutes parts, des milliers de bras employés à un travail incessant, la plupart des objets recherchés mis à la portée des classes les plus pauvres, maison sait aussi les inconvénients qui accompagnent ces résultats, et qui les rendent si inquiétants pour la moralité et l’avenir de la société.
En présence de la dépopulation des campagnes, et des dangers de l’agglomération des classes ouvrières dans les villes, les efforts les plus multi- , pliés ont été tentés pour arrêter ce courant, mais en attendant qu’on y réussisse, ce qui est plus qu’incertain ; les ministres du sanctuaire ont pensé avant tout à répondre aux dangers de ces déplacements.
De nos jours, des politiques même les plus étrangers aux enseignements religieux ont été touchés de ces maux, ont proposé mille remèdes : des mesures prohibitives, des règlements de police et de municipalité ; mais sur ce point comme en beaucoup d’autres il a fallu reconnaître que l’Eglise avait depuis longtemps pris l’initiative et avec une efficacité qui dépasse bien les résultats obtenus par les règlementations civiles.
“ Nous nous croyons des hommes de progrès, dit un politique moderne “ et quand il s’agit d’améliorations morales, l’Eglise nous montre presque “ toujours des réalisations plus que sécutaires d’idées qui chez nous ne “ sont tout encore qu’à l’état de projets. ”
C’est ce que nous voyons ici ; Ainsi même quand il serait vrai que la société puisse trouver un remède aux maux de l’industrie, il faut reconnaître qu’il y a deux cents ans, ces dangers et ces maux avaient déjà rencontré des adversaires, en deux humbles enfants jie St. Sulpice, M. de Lantages et M. Démia.
Révérend Messire Faillon.
L’un, en s’occupant de la manière la plus fructueuse, des miliers de bras consacrés dans le Yelaj à l’industrie de la dentelle, l’autre, dans la grande ville de Lyon, pourvoyant aux besoins spirituels de la population ouvrière surabondante dans l’industrie de la soie ; 70,000 ouvrières sont employées à la dentelle, dans le Velay, et la soie occupe près de 90,000 âmes dans le Lyonnais.
M. de Lantages et M. Démia avaient étudié à St. Sulpice et exercé le ministère dans la paroisse, ils avaient été témoins des changements prodigieux qui y avaient été opérés. Ils avaient assisté M. Olier et son successeur dans leurs travaux et ils avaient vu comment, en peu d’années, un faubourg abandonné au désordre, lieu de promenades et de duels des grands seigneurs de la cour, séjour des étudiants des Universités, refuge des hérétiques, des bohémiens, des cabaretiers et des magiciens chassés .par la police du centre de la ville, était devenu un lieu de régularité et de ferveur et un modèle pour toutes les paroisses, grâce à l’application par M. Olier, des règlements paroissiaux suggérés par le St. Concile de Trente et le grand Cardinal Borromée.
Mr. de Lantages et M. Démia avaient vu cette admirable organisation paroissiale qui est le chef-d’œuvre du génie de M. Olier et la marque si éclatante de son dévouement aux prescriptions de l’Eglise ; ils avaient donc pu contempler ces institutions qui s’adressaient à tous les âges, à toutes les conditions et à tous les besoins ; les plus riches réunis en associations pour secourir les plus pauvres ; les plus capables instruits à des examens de controverse pour éclairer les ignorants ou ceux qui étaient séduits par la sophistique perfide des Réformés ; les enfants et les jeunes gens excités non-seulement à s’instruire des vérités de la foi, mais à devenir de vrais apôtres qui après s’être nourris le Dimanche, de la substance de la parole divine, se rendaient ensuite dans tout le quartier et s’appliquaient pendant la semaine, à répandre dans leurs familles, dans leurs relations ou dans les boutiques et les ateliers, la lumière qu’ils avaient reçue, allant ainsi atteindre partout la brebis qui négligeait le bercail.
La vie de M. de Lantages et de M. Dêmia.
Ils avaient vu, par suite de ces institutions, de simples ouvriers qui s’étaient fait un nom de controversistes et qui s’étaient rendus redoutables aux plus subtils propagateurs des idées protestantes, et aussi de simples jeunes filles qui étaient de véritables missionnaires de la foi parmi leurs compagnes.
C’est de là que vint sans doute l’idée à M. de Lantages et a M. Démia de fonder des foyers d’instruction parmi les jeunes filles qui recouraient à eux, afin d’atteindre les populations ouvrières, afin de les entourer de toutes les ressources de la religion et puisqu’elles étaient continuellement retenues loin de l’Eglise, d’aller les chercher là où elles étaient, c’est-à-dire au foyer de l’industrie, ou la population restait désormais attachée.
Mais si ces saintes industries du zèle apostolique étaient nécessaires du temps de M. Olier et de M. de Lantages, combien sont-elles devenues encore plus indispensables à notre époque qui voit un si grand développement de l’industrialisme avec son cortège de misères et d’épreuves.
Or, elles durent frapper tout particulièrement l’esprit de M. Faillon, fixé vers 1830 dans la ville la plus laborieuse de France, où des cent milliers de bras réunis dans un but tout matériel, peuvent offrir comme un obstacle inexpugnable au zèle sacerdotal, et à une époque d effervescence telle, que le gouvernement eut à lutter pendant dix ans contre ce foyer d’insurrection, le comprimant à grande peine bien qu’ayant transforme la ville en une forteresse, occupée par une armée de 100,000 hommes.
Maintenant, pour bien comprendre les œuvres de ces deux humbles prêtres, voyons au moins en quelques pages ce qu’ils ont accompli, nous
commencerons par le plus ancien en date :
M. de Lantages naquit à Troyes en l’année 1616, son père était seigneur de la terre de Lantages à quelques lieues de Troyes et sa mère fille du seigneur de Romilly ; il annonça dès l’enfance d’heureuses dispositions pour la piété et l’étude, et il eut les plus grands succès au collège des Jésuites de Nevers où il passa quelques années.
Révérend Messire Faillon,
Arrivé à l’adolescence, il se sentit appelé à l’état ecclésiastique, et son coeur touché tout particulièrement du malheur des âmes, en ces temps de soulèvements politiques et religieux, renonça, avec une grande résolution, aux avantages qu’il pouvait trouver dans la famille et dans le monde.
Comme il appartenait à l’une des famillçs les plus riches et les plus influentes de la Champagne, qu’il avait de grands talents rehaussés encore par les manières les plus nobles et bien des avantages extérieurs, plusieurs personnes qui s’intéressaient à lui, voulaient le pousser aux dignités ecclésiastiques, tandis que des compagnies religieuses puissantes lui faisaient des offres brillantes, mais il n’écouta pas ces invitations de l’affection, qui ne répondaient pas à sa pensée, il avait été frappé du besoin du clergé des paroisses où il voyait tant de bien à faire, et tant de vides causés par le malheur des temps.
Il était dans ces dispositions, et il songeait aux moyens d’y répondre, lorsque ayant entendu parler des desseins de M. Olier sur l’assistance et l’éducation du clergé, ses résolutions furent fixées et il voulut se donner à lui tout entier.
Il trouva au Séminaire toutes ces âmes d’élite désireuses de procurer le renouvellement de l’Eglise par le renouvellement de l’esprit sacerdotal. Les MM. Tronson, fils d’un secrétaire du roi,M. de Caulet, depuis Evêque de Pamiers, M. de Ilurtevent, d’une grande famille du Lyonnais, M. de Bretonvilliers, le plus riche ecclésiastique de France, qui donnait tous ses revenus aux pauvres.
M. du Ferrier, M. de Caylus, depuis missionnaire au Canada, M. de Poussé, proclamé par St. Vincent de Paul comme le plus excellent ecclésiastique de France, (M. de Poussé était cousin et ami de M. de Lantages,) enfin M. de Foy, Mr. de Bazancourt et M. D’urfé, depuis Evêque de Limoges.
M. de Lantages devint un modèle de piété et de régularité, et en même temps il acquit tant de savoir et de doctrine, qu’à ses débuts dans la chaire chrétienne il fut accueilli par les plus qualifiés dans Paris comme un
La vie de M. de Lantages et de M. Dêmia.
orateur du premier ordre ; il est vrai que les plus grands orateurs du XYIIe siècle n’avaient pas encore paru, mais pour donner une idée suffisante de son mérite, nous pouvons ajouter que vingt ans apres, en 1075 étant revenu à Paris après ses missions dans le Velay et lorsque la chaire était occupée par les plus grands génies, M. de Lantages attira encore autant de monde et excita la plus vive admiration.
Mais M. Olier ne'mettait pas l’oeuvre de la prédication au premier rang ; il comprenait les nécessités de l’époque ravagée par les efforts des sectaires et, détournant entièrement M. de Lantages de la prédication, il 1 appliqua tout entier aux œuvres du catéchisme qu’il trouvait encore plus utiles, nous dit son historien. Là M. de Lantages rencontra encore les succès les plus signalés, la foule accourait à ses instructions et les préférait à tous les sermons d apparât.
M. de Lantages, par les fruits qu’il faisait et par les qualités éminentes de son cœur, était le sujet le plus précieux de St. Sulpice et le plus aune de M. Olier, mais cette double considération n’empêchèrent pas celui-ci de désigner M. de Lantages comme Directeur des établissements qu il voulait fonder au Puy.
L’évêque du Puy, M. de Maupas, ressentait vivement la perte de 1 admirable François Régis, Père de la Compagnie de Jésus, mort vers 1642, il pensa que pour continuer les œuvres entreprises par ce saint missionnaire, il ne pouvait mieux faire que d’établir dans sa ville métropolitaine les MM. de la Compagnie de St. Sulpice, qui, avec un séminaire pour les ecclésiastiques et une paroisse dirigée par eux, pourraient ^ subvenir aux plus urgents besoins du diocèse, et travailleraient ainsi à l’éducation des
clercs, et à l’édification des Pasteurs.
M. de Lantages quitta tous les fruits de son zèle avec courage, désireux d’aller porter ses efforts dans ces pays du centre, où Genève envoyait sans cesse ses principaux ministres qui avaient gagné un très-grand nombre d’adhérents dans le Velay, le Vivarais, les Cévennes et l’Auvergne.
M. Faillon, dans une pensée pratique et qui trouve si souvent son appli-
Révérend Messire Faïllon.
cation dans les nécessités les plus impérieuses du ministère, proposa à l’édification des clercs, en cette phase de la vie de M. de Lantages, un exemple de ce détachement quLpeut tant coûter, mais qui rapporte le centuple en bénédictions de toutes sortes, et en consolations ineffables.
M. de Lantages, nous dit M. Faillon, abandonna Paris comme il avait abandonné le monde et sa famille, c’est-à-dire d’un grand coeur, parce qu’il y voyait le bien des âmes ; il montra ce que sait faire une âme héroïque qui, loin d’épuiser dans ses sacrifices les ressources de sa générosité, y trouve sans cesse la grâce d’un nouveau dévouement ; M. Faillon, avec cette connaissance qu’il avait déjà des voies des âmes d’élection, sait nous montrer admirablement pour notre édification, comment M. de Lantages obéit aux ordres de son supérieur ; sans hésiter un instant, il renonça à ces relations qu’il avait dans une grande paroisse avec nombre de familles, auxquelles il avait pu être utile pendant dix ans du ministèi’e le plus laborieux et le plus apprécié ; il renonça aussi avec le même désintéressement à cet auditoire qu’il charmait par sa parole et qui comptait ce qu’il y avait de plus grand à une époque qui était l’aurore déjà si belle du plus grand siècle que le monde ait vu, et il s’en alla vers ce pays éloigné, qu’il ne connaissait pas, mais où il savait qu’il y avait à sauver bien des âmes abandonnées et exposées à tous les efforts de l’erreur.
Or, en laissant ce centre où abondaient les ressources, il trouva une population qui, grâce à ses soins et aux œuvres qu’il y a établies, est devenue une des plus grandes forces de la France, pour la foi et les intérêts de l’Eglise.
Etant arrivé au Puy en l’année 1653, M. de Lantages s’appliqua aussitôt à organiser les œuvres que M. Olier avait établies avec tant de zèle à Paris pour renouveler l’esprit sacerdotal.
Il ouvrit un séminaire pour l’instruction et la formation des clei’cs, et en même temps il prit possession de la paroisse de St. Georges qui lui fut attribuée par Mgr. de Maupas, où il plaça comme curé M. Tronson, abbé de St. Antoine pour faire connaître par la pratique au clergé du
La vie de M. de Lantages et de M. Dêmia.
diocèse les saintes institutions paroissiales que M. Olier avait établies dans la cure de St. Sulpice.
M. Faillon décrit d’abord avec soin les moyens que M. de Lantages prit pour assurer le succès du Séminaire.
Il s’appliqua à se montrer le père et le modèle des ecclésiastiques qui lui étaient confiés ; il les recevait avec la plus grande bonté, en leur représentant les obligations de la vie de communauté : ensuite il examinait avec soin leurs dispositions et leurs talents, et leur indiquait les moyens à prendre pour y répondre.
Ce qu’il demandait avant tout, c’était la ferveur et la régularité, et ce qu’il croyait le plus nécessaire pour obtenir ces deux qualités, c’est la douceur et la charité dans le supérieur et les directeurs.
M. de Lantages pensait qu’en agissant ainsi on gagne les coeurs, et il assurait qu’un supérieur aurait assez d’empire sur ses inférieurs, si, par sa charité envers eux, il savait attirer leur affection, et il était si, fidèle a ces principes, qu’il avait la confiance de tous, qui en le voyant si bon, si tendre, si prévenant, remarquaient de lui ce que St. Hilaire dit de St. Honorât d’Arles “ que si la charité eut voulu se faire peindre, elle aurait emprunté
son visage et ses traits. ” ...
Aux différents exercices, il était grave, et recueilli, et toujours plein d’un zèle affectionné. En toute occasion il était attentif à parler et à agir avec les séminaristes d’une manière insinuante, douce et aimable ; dans sa conduite générale,' il évitait de surcharger ses élèves de pratiques trop assujettissantes, uniquement propres, dit M. Faillon, à les dégoûter du séminaire et à leur donner de l’éloignement pour les exercices de la maison ; il les tenait dans une sainte liberté, sans relâcher néanmoins ce qui est essentiel ; et il agissait à leur égard avec tant d’honneteté, d affabilité et de tendresse que les séminaristes s’attachaient de tout cœur aux saintes règles, prévenaient des directeurs en toutes choses, tandis qu ils aimaient tant le séminaire, que devenus prêtres ils ne le quittaient qu avec le plus vif désir de revenir sans cesse, là où ils avaient passé de si précieux
instants.
Révérend Messire Faillon.
“ L’expérience a bien montré, dit M. Faillon, que M. de Lantages avait trouvé justement ce qui convient au gouvernement des séminaires, la douceur et non la rigidité. ”
C’est surtout ainsi que l’on porte les ecclésiastiques à conserver leurs pieuses habitudes au milieu du monde, tandis qu’on les incline à revenir sans cesse chercher au séminaire, la direction dont ils ont besoin.
J’ai toujours vu, disait M. de Lantages, que les jeunes prêtres affectionnés à revenir au séminaire se maintiennent dans la pratique des instructions qu’ils y ont reçues.”
Nous croyons devoir citer ces détails parce qu’ils représentent parfaitement, quel a été l’esprit des séminaires dès le commencement, et ainsi nous avons le secret du bien qu’ils ont pu faire, or, combien il était utile de rappeler ces saintes traditions de la compagnie à un moment où l’on rétablissait ses oeuvres, après tant d’années d’interruption.
En même temps, ces détails servent éminemment à nous faire connaître M. Faillon dès le commencement de son ministère ; nous voyons quel était l’objet de ses pensées et nous avons pu reconnaître qu’il ne s’est pas borné à décrire les saintes qualités qui distinguaient M. de Lantages, mais combien il s’en est pénétré lui-même.
Outre ses occupations près des jeunes ecclésiastiques, M. de Lantages, comme grand vicaire et comme conseil de l’évêque, exerça l’action la plus salutaire dans tout le diocèse.
Il détermina l’évêque à établir des visites régulières du diocèse, pendant lesquelles le prélat présidait des exercices de mission, puis allait visiter les communautés, les écoles, les hôpitaux et même les malades et les infirmes dans leurs maisons ; il résulta bientôt de ces mesures une influence notable sur la ferveur et la régularité dans le Yelay .
Maintenant il nous reste à parler de ses oeuvres paroissiales, et nous devons d’autant plus le faire, que les effets de son zèle à cet égard qui se sont conservés jusqu’à présent, nous offrent le moyen le plus efficace que l’on puisse trouver pour combattre les maux si grands apportés
La vie de M. de Lantages et de M. Démia. 69
par le développement de l'industrie et l’état actuel des classes populaires.
Au XVIIe siècle l’industrie de la dentelle, comme nous l’avons dit, occupait une grande partie de la population du Yelay.
Les pays les plus lointains recouraient à ce pays, à cause de l’excellence de la fabrication et les négociants du sud de la France, en communication avec l’Espagne, y faisaient des envois considérables des produits du Yelay, qui se répandaient ensuite dans les immenses colonies de l’Asie et de l’Amérique.
Cependant l'administration civile, frappée des maux qui accompagnaient l’agglomération des ouvrières dans les villes, avait cherché à y remédier, et sur des suggestions plus zélées que prévoyantes, n’avait pas vu d’autre moyen que l’interdiction complète de ce travail ; d un trait de plume le souverain et les parlements vers 1640 avaient aboli cette industrie, qui dans le Yelay seul faisait subsister près de 80,000 âmes.
Le P. François Regis, éclairé d’une lumière supérieure, vît que pour essayer d’anéantir un luxe innocent, on allait réduire au desespoir une population qui, dans ses montagnes, ne pouvait recourir aux ressources de l’agriculture, qu’on allait l’exposer aux suggestions intéressées des apôtres de la réforme, tandis qu’on ne pourrait fermer le pays à l’introduction frauduleuse des fabrications étrangères.
Il n’hésita donc pas à réclamer près des autorités, tandis que aux plaintes des ouvrières désolées qui venaient l’assiéger de leurs supplications, il répondit par ces paroles restées célèbres dans le pays.
“ Mes enfants, ne craignez rien, la dentelle ne périra pas. ”
Il multiplia ses démarches jusqu’à ce qu’elles fussent devenues efficaces, et en même temps il chercha à porter le vrai remède aux maux qui existaient, par ses missions, ses œuvres de zèle, les saintes industries de sa charité.
Lorsque M. l’abbé de St. Antoine eut été placé à la cure de St. Georges, il entra dans tous les sentiments du révérend Père et il vit aussitôt les res-
Révérend Messire Faillon.
sources que lui offrait les institutions de M. Olier ; il établit donc au Puy une congrégation de l’instruction comme elle existait à Paris, et qu’il composa de jeunes ouvrières qui se destinaient à évangéliser leurs compagnes de travail, et il obtint bientôt des prodiges de zèle et des merveilles de succès.
M. de Lantages entra dans les mêmes sentiments et donna à l’oeuvre l’organisation qu’elle a conservée jusqu’à nos jours.
Dieu qui, dans sa sainte et admirable providence, proportionne toujours les ressources aux besoins des temps, fit naître, alors, dans le coeur d’une jeune fille qui semblait cependant préparée à une autre destinée, la pensée de concourir à ces oeuvres.
Elle se nommait Anne-Marie Martel et était d’une des meilleures familles du Puy, son père avocat et plein de piété l’avait confiée, pendant son enfance, aux Soeurs Dominicaines de la ville.
Anne-Marie donna dès son enfance les plus beaux exemples de ferveur et de zèle et vers l’âge de seize ans, ayant été prise d’un extrême désir de se donner aux œuvres de Dieu, on pouvait penser qu’elle choisirait cette sainte congrégation où elle avait été élevée, et qui venait d’être illustrée par les vertus héroïques de la vénérable mère Agnès, Supérieure de la maison de Langeac.
Mais Marie- Anne tourna ailleurs ses vues ; en effet, elle connaissait les maux de l’Eglise du Puy, elle considérait l’état des âmes dans cette contrée et pensant au bien qu’il y avait à leur faire, elle se résolut de répondre au but que méditaient les MM. de St. Sulpice, but qu’elle voyait si urgent, mais qui était absolument incompatible avec les obligations de la vie cloitrée, telle qu’elle était pratiquée alors.
Ce fut donc avec le plus grand courage, qu’elle se résolut à se consacrer à une vie nouvelle et isolée, dont elle ne pouvait prévoir le succès ; elle quitta les douceurs de la vie de famille, elle renonça aux consolations de la communauté et elle s’avança d’abord toute seule dans une voie non frayée, ne tenant nul compte des difficultés qu’elle rencontrerait, mais ne voyant que l’intérêt et le bien des âmes.
La vie de M. de Lantages et de M. Dêmia. 7 J
Elle soutint sans se plaindre les commencements d’une oeuvre si difficile ; elle ne put d’abord recruter que quelques compagnes, mais ensuite Dieu bénit ses efforts, un succès inespéré les couronna, et dix ans après les premiers commencements, elle avait pu réunir plusieurs centaines de jeunes filles qui rivalisaient de zèle avec elle.
Ces jeunes filles admirables allaient de maisons en maisons, de chambre en chambre, et tout en prenant part au travail, elles faisaient ce qu’on appelait l’instruction, lisant à haute voix de bons livres, apprenant le catéchisme et les prières, et ensuite répétant les enseignements que leur Directeur leur avait donnés à la séance du Dimanche.
De plus, elles rendaient bien d’autres services spirituels dans la ville et la campagne, elles accompagnaient les jeunes enfants aux écoles, elles évangélisaient les fermières au marché, et les pauvres à la porte des Eglises ; lors des visites pastorales, elles précédaient la venue de l’Evêque, quinze jours d’avance, pendant lesquel elles préparaient les enfants et les adultes à recevoir les sacrements.
Avec toutes ces saintes industries, elles eurent bientôt renouvelé le Diocèse en entier, elles répandirent la connaissance de la religion, elles ramenèrent la pureté des moeurs, elles adoucirent les caractères, et c est par leurs travaux continués jusqu’à nos jours que ce centre de la France, ayant rompu avec les attaques des réformés, est devenu l’un des foyers les plus purs et les plus ardents de la foi en France.
Deux témoignages importants nous sont donnés de leur oèuvre, d’abord les renseignements que M. Eaillon a pu réunir dans la vie de M. de Lantages, mais de plus cet admirable catéchisme de la foi et des moeurs écrit par M. de Lantages et qui est un des plus remarquables qui ait été fait.
Or, il renferme l’ensemble de toutes les instructions qu’il faisait à ses filles et qu’elles allaient ensuite reproduire dans tous les centres de travail.
M. de Lantages, comme il le dit lui-même, y avait mis toute son âme ;
Révérend Messire Faillon.
cette science, si grande qu’il avait des enseignements de la religion, cette piété qui animait toutes ses paroles et ses actions, cet accent si pénétrant de foi et d’onction qui fait de son livre comme le plus beau manuel du chrétien.
Dieu a permis que tout ce qui a été établi par lui subsistât jusqu’à nous ; nous savons que les oevres de l’instruction existent encore actuelle ment, grandissant de jour en jour au centre de la France ; nous pouvons prendre connaissance de la doctrine si belle et si puissante contenue en ce beau livre. Or combien ces monuments de l’oeuvre de M. de Lantages sont-ils précieux, surtout à une époque, où l’industrie étend de plus en plus ses conquêtes, et en même temps ses dangers.
C’est ce que M. Faillon avait sans doute bien compris, et nous pouvons présumer avec quelle consolation il trouvait ces trésors de grâces renfermés dans la vie de M. de Lantages, comme dans celle de M. Démia.
Même au fond du Séminaire, il avait pu être frappé du déchaînement des passions populaires en 1830 ; à Lyon, il avait pu contempler de près cette énorme agglomération des classes ouvrières qui se déclaraient trahies par les chefs de la dernière insurrection, et à qui pour calmer leurs plaintes, on avait promis bien autre chose qu’un gouvernement succédant à un autre gouvernement. M. Faillon voyait la société tout en feu, il entendait les rugissements du lion populaire que l’on cherchait en vain à enchaîner de nouveau ; il comprenait combien étaient vains les efforts des sages du siècle qui voulaient fonder quelqu’établissement durable sans mettre la religion comme base et pierre angulaire de leur conception, et puis reprenant ses recherches et sa méditation, il étudiait les documents sur M. de Lantages et M. Démia ; et dans leurs institutions religieuses, il saluait les oeuvres qui avaient moralisé la grande France du XVIIe siècle, et qui seules pourraient sauver la France du XIXe siècle, si elles étaient plus connues, bien méditées et bien comprises.
Voilà les premiers travaux auxquels M. Faillon se livrait au milieu de ses occupations au Séminaire de Lyon, nous savons qu’ils ont déjà produit
La vie de M. de Lantages et de M. Démia. 73
leur fruit dans les âmes auxquelles ils étaient particulièrement destinés, mais les circonstances, dans lesquelles nous entrons nous font penser qu’ils sont loin d’avoir épuisé leur salutaire influence.
Et en effet la société envahie par le flot toujours croissant des agglomérations ouvrières, a pu commencer à comprendre aux appels du tocsin de la commune, combien elle était impuissante avec des sauvegardes purement humaines et si elle ne veut pas voir sa perte consommée, ne doit-elle pas enfin recourir à ces œuvres morales qui peuvent diriger et modérer les âmes. Parmi ces œuvres, devront paraître au premier rang les saintes industries de la charité de M. de Lantages et de M. Démia ; alors on vei*ra quel gré on doit avoir à M. Faillon, de les avoir sauvées de l’oubli, et d’en avoir si complètement conservé les documents.
Nous n’avons pas besoin de relater les œuvres de M. Démia dans Lyon, il vaut mieux les lire dans le travail de son pieux biographe ; elles ont eu le même but que celui tenté par M. de Lantages, tout ce que nous devons dire, en terminant ce chapitre, c’est que l’un et l’autre volume révèlent pleinement les aptitudes de M. Faillon, pour l’histoire religieuse, on voit dans l’un comme dans l’autre, une grande connaissance des voies spirituelles et des sentiments du cœur humain, de plus une méthode historique, très-claire, très-suivie ; une juste appréciation des faits, mis à leur place, avec une connaissance très-nette de leur importance relative ; le tout relevé par un style clair, suffisamment orné, plein de vie et de couleurs , il y a des descriptions de lieux, des expositions et des tableaux, des portraits de personnages principaux, des narrations émouvantes qui dénotent un vrai talent d’historien, tout cela joint à des recherches immenses qui révèlent déjà ces talents d’érudition et de critique qui n’ont fait que s’accroître dans les autres travaux de M. Faillon.
On voit donc là avec le plus grand intérêt, le germe très-remarquable des grandes qualités que le travail a pu encore beaucoup accroître, comme il nous reste à le montrer dans l’exposition de ses autres œuvres que nous allons faire connaître dans les chapitres suivants.
HAPITRE
IXIEME.
M. Faillon Directeur au Séminaire de Paris. — Ses fondions. Ses
nouveaux travaux.
Ce fut lors de la rentrée des Séminaires en 1829, que M. Faillon fut appelé à la maison de Paris, pour y remplir des fonctions importantes.
En songeant à l’esprit de foi qui l’animait, on comprendra sans peine les vifs regrets qu’il dût éprouver, en quittant le Séminaire de Lyon. C’était là, en effet, qu’il avait accompli ses premiers travaux, et commencé ce saint ministère, objet de toutes ses affections. Il était entre dans cette maison en se donnant tout entier à elle, comme s’il eut dû n’en jamais sortir : il s’était appliqué à ses fonctions avec un tel zèle qu’il ne voyait rien au dessus, et qu’il y avait mis tout son coeur. D’ailleurs, il trouvait là bien des consolations.
Il était dans une contrée qui donnait l’exemple à la France, par la vivacité de sa foi, la profondeur de ses convictions religieuses, par son dévouement à tant de bonnes oeuvres au dedans, et au dehors jusqu’aux extrémités du monde. Entouré, chaque année, d’une réunion nombreuse de jeunes lévites dévoués a la piete et aux etudes, il avait vu suigir de leurs rangs une foule de vocations, aussi généreuses que distinguées . une multitude de prêtres ; beaucoup de prélats éminents ; quantité de missionnaires dévoués jusqu’à l’héroïsme (1) et dont plusieurs allaient bientôt être honorés de la couronne du martyre. Enfin, on sait que rien ne surpassait, dans l’esprit de M. Faillon, l’estime qu il avait pour Lyon,
(1) Le Diocèse de Lyon, vers les années où M. Faillon a exercé son ministère, a fourni nombre de prélats éminents : Mgr. Odin, Archevêque de la Nouvelle Orléans ; Mgr. Loras, Evêque de Dubuc ; Mgr. Dufêtre, Evêque de Nevers, Mgr. Pavie, Lyonnet, Cœur, etc., et parmi les élèves même de M. Faillon, NN. SS. Pompalier, Bataillon, Retord, Viard, Evêques des Missions.
Révérend Messire Faillon ,
cette antique église des Gaules, le siège de St. Pothin et de St. Irénée,. la ville des martyrs, la ville aussi des aumônes ; et dans ces derniers temps, le berceau et le foyer de la grande œuvre de la Propagation de la Foi.
A ces motifs de regret, venait s’ajouter pour M. Faillon, la néces. lité d’interrompre des études qu’il avait commencées sur les Origines de cette grande église du Lyonnais, et la pensée qu’il serait séparé de ce Sanctuaire de Notre-Dame de Fourvières, où il avait été si souvent offrir ses premiers travaux, et demander la bénédiction de la Reine du ciel. On peut donc bien conjecturer dans quels sentiments il quitta cette résidence bien aimée.
Aussitôt qu’il fut arrivé à Paris, on lui fit connaître que l’objet particulier des études qu’il avait cultivées jusque là avec tant d’application, et son amour pour les antiquités ecclésiastiques, avaient fait penser à lui pour un cours de Patrologie, qu’on voulait établir pour répondre aux vœux des séminaristes. Depuis longtemps on réclamait cette étude des Pères, source à jamais inépuisable de toute instruction chrétienne, et de théologie positive.
M. Faillon entreprit cette tâche avec zèle, mais sans se dissimuler les difficultés qu’il devait y trouver ; il avait une si haute idée de l’étendue et de la sublimité de ces grandes doctrines, qu’il ne se croyait pas encore suffisamment préparé à les exposer. Enfin, comme cet enseignement était nouveau, il fallait qu’il se traçât lui-même le chemin à parcourir, qu’il se fixât les limites qu’il devait s’imposer dans une étude si vaste. Néanmoins, plaçant sa confiance en Dieu, il se mit aussitôt à l’œuvre et afin de donner à cet enseignement un but tout-à-fait pratique et positif, il se détermina à exposer les doctrines des Pères en les rattachant à une explication suivie de la Sainte Ecriture. Il commença donc par l’exposition des six jours de la Création, d’après les interprétations, les commentaires et les réflexions des Pères.
Le succès dépassa ses espérances, et dès les premières conférences l’intérêt et l’admiration des élèves furent portés au plus haut degré. Ort
Di recteur ou Séminaire de Paris. — Ses fondions. 77
peut juger de l’encouragement qu’il trouva dans ces heureuses dispositions, en se voyant ainsi secondé dans 1 amour qu il avait pour 1 éi udition chrétienne, tandis que sa position à Paris le mettait à même de recourir facilement aux sources et aux origines de la science, dans un centre où sont réunis tant de trésors.
11 venait à peine d’entreprendre ces travaux lorsque, en juillet 1830V éclata tout-à-coup une révolution qui allait mettre les interets religieux dans le plus grand péril. A un gouvernement dévoué à l’Eglise en succédait un autre, élu et organe d’un parti manifestement hostile à la religion. Dans un si grand bouleversement, le clergé de France tout entier fut alarmé ; cependant, malgré ses motifs de crainte, il se confia avec courte à la protection divine et se résolut immédiatement à redoubler d’efforts pour conserver et sauver la foi si menacée dans de telles circonstances. Nous allons considérer à quels dangers se trouva exposée alors la religion, et comment les faits répondirent à cette généreuse confiance.
La Restauration, au point de vue moral et religieux, avait eu une telle influence, que, malgré les efforts de ses ennemis, elle accomplit le bien le plus précieux et le plus réel, mais de plus, malgré cette catastrophe et le triomphe de ses adversaires dans l’ordre politique, elle survécut dans ses résultats les plus essentiels, et que meme sous le gouvernement qui la suivit, elle porta de nouveaux fruits. C’est ce que nous allons reconnaître, en considérant ici le bien qui avait été accompli par ce pouvoir si sévèrement jugé'par ses adversaires, et en appréciant les heureux résultats dont il avait été la source et l’origine.
La Restauration, au milieu des plus grands obstacles, avait toujoui s combattu pour la cause de la vérité et de la justice ; et ce n’avait point été en vain. Il est vrai que, comme gouvernement, elle s’était vu renversée par des ennemis implacables, mais il faut reconnaître que le bien qu’elle avait fait était loin d’être étouffé, et que ses efforts avaient porté plus de fruits que ses adversaires, ni même ses propres partisans
ne le pensaient.
Révérend R es. sire Faillon,
A leur retour sur le trône de France, les princes de la maison de Bourbon avaient trouvé une population trop généralement prévenue et. .qui, tout en désavouant les crimes de la première révolution, tenait à des principes qui avaient déjà engendré les plus grands malheurs.
Ces princes avaient dû accepter le pouvoir à des conditions onéreuses : la Représentation Nationale, la liberté de la Presse, l’Université, enfin tant d’institutions nouvelles qui, avec une magistrature et une bourgeoisie animées en grande partie par l’esprit philosophique, rendaient si difficile l’œuvre des soutiens du trône.
Aussi avaient-ils vu leurs efforts combattus avec d’autant plus de violence, que tout ce qu’ils cherchaient à faire pour le bien était suspect, comme pouvant contribuer à l’avantage d’une réorganisation, dont on ne voulait plus.
La Représentation Nationale amenait périodiquement leurs ennemis au pouvoir ; la liberté de la Presse favorisait l’impression des ouvrages les plus impies et les plus immoraux du siècle précédent. (1)
Les hommes mal intentionnés trouvaient dans les publications philosophiques, un aliment à leurs préjugés, et un thème tout fait, pour leurs déclamations contre la société et l’ordre établi.
Ceux à qui les spéculations philosophiques étaient moins accessibles rencontraient dans une littérature licencieuse un aliment à leurs dispositions mauvaises, tandis que tous les jours de nouvelles œuvres, dans le roman, au théâtre, et jusque dans la chanson, augmentaient le foyer du mal et en propageaient les ravages.
Enfin, que dire de l’état moral de ces jeunes générations, que leur éducation reçue dans des institutions universitaires ouvertes aux plus mauvaises doctrines, avait déjà prédisposées à tant de mortelles influences.
Toutefois, quelles que fussent alors et la grandeur du mal et la difficulté de la lutte, on ne peut s’empêcher de reconnaître aujourd’hui le bien produit et accompli dans ces années si laborieuses et si difficiles.
(1) Dans les quinze années de la Restauration, les œuvres de Voltaire et de J. J. Rousseau eü particulier, furent éditées à près de 100,000 exemplaires.
Directeur au Séminaire di Paris. — Ses fonctions. 79
Nous savons que dans ces derniers temps, plusieurs partisans de la vérité et de la liberté religieuses ont jugé cette époque avec une certaine sévérité, ayant trouvé que l’administration n’avait pas eu une assez grande énergie contre l’Université, et peut-être aussi contre ces vieilles doctrines parlementaires aujourd’hui jugées. Mais l’on n’a pas à condamner un ensemble de mesures, sur quelques détails ou quelques concessions fâcheuses arrachées dans la violence de la lutte : il faut etre assez juste pour considérer l’ensemble des efforts, leur continuité, et enfin leurs incontestables résultats.
La grande gloire de la Restauration, c’est d’avoir pris pour but de ses mesures, les idées des plus sains et plus grands penseurs de l’époque, Mrs. DeMaistre et DeBonald, Mrs. Ballanche et de Chateaubriand ; et son mérite est non-seulement d’avoir compris ces idées, mais d’avoir voulu les mettre en pratique et les faire prévaloir.
Elle avait choisi pour ses représentants au dedans et au dehors, des hommes d’Etat d’un talent incontestable qui avaient adopté ces principes, et qui, par leur mérite, leur élévation d’esprit, et leur intégrité, étaient des modèles dans toute l’Europe. Elle ne réussit pas dans tous ses efforts, mais il est constant qu’elle exerça une influence notable sur son époque en lui faisant accepter ce qu’il y avait de plus pur dans ces doctrines et de plus élevé dans ces idées. Elle avait inauguré une politique grande, bien intentionnée, dont l’effet se fit ressentir partout, et fut une gloire pour le monde civilisé.
Les représentants les plus indépendants de la philosophie moderne s’étaient inspirés eux-mêmes, à leur insçu, de ces grandes pensées. Adoptant le spiritualisme le plus déclaré, ils avaient combattu la vieille philosophie matérialiste et par une critique rigoureuse et une analyse profonde, ils avaient mis en pièces le sensualisme et le scepticisme du siècle
précédent. .
De plus, elle avait su rallier à elle de jeunes littérateurs et de jeunes
poëtes, qui ayant débuté avec autant de gloire que les plus grands
Révérend Mess ire Fail/on,
génies des meilleurs temps, par leurs idées nouvelles avaient conquis toutes les sympathies de la jeunesse. Or, combien n’a- ton pas eu à regretter, pour l’intérêt de leur renom, autant que pour la cause du bien, qu ils ayent perdu dans ce bouleversement l’appui et la direction d’un gouvernement à hautes inspirations. Et, en effet, à quel rang élevé et digne ne seraient-ils pas arrivés ces génies si richement doués, s’ils avaient toujours été entraînés, à maintenir dans leurs écrits cette alliance sublime que, dès leur début, ils avaient établie entre le vrai et le beau ?
Au reste, cette époque n’avait pas été favorisée seulement dans les lettres, elle l’avait été également dans le monde des arts, qui eurent de tels représentants qu’on n'en avait pas vu de plus grands depuis des siècles, et que ces génies contemporains sont aujourd’hui égalés aux plus grands noms du siècle de Louis XIV.
En même temps qu’une vie si active régnait dans les hautes régions, on n’avait pas non plus négligé les intérêts des masses. Aux propagateurs de l’impiété, on avait opposé dans les Missionnaires de France , une milice distinguée, infatigable, recrutée parmi les meilleurs esprits, ayant le privilège de ravir, captiver et entraîner les foules même dans les contrées les plus voisines de la capitale, ou les plus infectées par l’invasion des mauvaises doctrines.
Le peuple secouru dans ses besoins religieux, ne l’avait pas été moins dans ses autres misères ; on sait avec quel dévouement il y avait été subvenu, par l’extension des œuvres des Sœurs de charité de Saint-Vincent de Paul, aussi bien que par celles des Frères des écoles chrétiennes, se multipliant et se sacrifiant pour l’éducation de la jeunesse dans toute l’étendue de la Fiance, avec un zèle et un succès merveilleux.
Enfin, on n’avait pas fermé les yeux sur les dangers de l’Université. On n’avait pas voulu diminuer l’importance de cette Institution par crainte de ralentir la marche de 1 éducation autant que par délicatesse vis-à-vis de positions acquises, et respectables sous bien des rapports ; mais on avait cherché à y introduire une direction salutaire, en plaçant un certain nombre
Directeur au Séminaire de Paris. — Ses fonctions. 81
üe membres éminents du clergé, dans l'administration spirituelle et intellectuelle de ce corps, tandis qu’on avait mis à la tête un Prélat distingué, ayant pour lui l’admiration de la jeunesse, qu’il avait longtemps captivée par ses célèbres Conférences, Mgr. de Frayssinous, évêque d’Hermopolis.
Si des mesures si sages et si modérées n’avaient pu réussir à tout guérir, il ne faut s’en prendre qu’à la grandeur d’un mal qu’on ne pouvait croire, au premier abord, aussi irrémédiable qu’il l’était réellement.
Ainsi donc, en se reportant à cette époque, on voit qu elle ne fut pas sans gloire, et si on y remarque certains défauts, en énumérant tous ses actes, on ne peut s’empêcher de la louer, surtout en la comparant à ce qui avait précédé et à ce qui suivit.
Lorsqu’on examine maintenant ces temps d’épreuves, et les desastres du premier Empire, ce qui ne peut manquer de frapper, c’est la promptitude et l’énergie avec lesquelles le génie de la France répara les malheurs de la patrie et sut se relever du milieu de tant de ruines. Mais il faut tenir compte au gouvernement qui a su favoriser un tel mouvement.
La nation avait été épuisée par des luttes sans fin : réduite et écrasée par une coalition universelle, sans alliés, sans soutien contre les grandes puissances de l'Europe réunies contre elle, elle ne perdit pas courage ; elle n’envisagea ses malheurs que pour les surmonter, et se voyant dépouillée de toute suprématie politique, elle se tourna aussitôt avec une ardeur indicible et cet emportement qui la caractérise, vers un domaine dont on ne pouvait lui fermer l’accès, le domaine du génie et de l’intelligence.
Aux premiers efforts, elle avait ressaisi un nouveau sceptre ; et elle conquit une telle grandeur en un si bref laps de temps, qu’elle ne montra peut-être jamais d’une manière plus éclatante, les qualités d energie et de force résistante et invincible qui, jusqu’à nos jours, ont fait sa gloire. .
Mais s’il faut reconnaître le3 qualités et les mérites de la nation, si grande dans ses malheurs, il faut aussi faire la part de la domination intelligente qui régissait alors ses destinées, il faut savoir louer un gouvernement qui, tout en restreignant les mauvaises passions et en combattant le*
Révérend Messire Faillon,
écarts des esprits, était néanmoins si sympathique, si encourageant pour tous les efforts de l’esprit humain, et qui sut toujours proposer une direction si haute et si noble, à l’étonnante activité qui animait alors le monde scientifique, artistique et littéraire.
Mais ce n’est pas là que s’arrêta l’oeuvre de la Restauration ; d’autres résultats lui survécurent encore, et il serait injuste de ne pas le reconnaître.
Lorsque le trône eût été renversé, qu’une dynastie eût été envoyée impitoyablement en exil, que tant de services incontestables rendus au pays eurent été récompensés par la dénégation la plus complète, l’œuvre morale et religieuse tentée et poursuivie avec tant de zèle dans les années précédentes, montra tout à coup les fruits les plus précieux et les plus inattendus.
Il y avait trois ou quatre ans que la révolution de 1830 semblait avoir compromis toutes les espérances au point de vue religieux, lorsqu’au grand étonnement des uns, les indifférents, et à la joie inespérée des autres, les amis de la vérité, on vit apparaître à la fois deux grandes forces dans la génération nouvelle, l’auditoire des conférences de Notre Dame, et farinée des œuvres de St. Vincent de Paul, dans toute la France.
D’où venaient donc ces jeunes générations si dévouées au bien : comment avaient-elles été formées et inspirées, sinon sous une impulsion qui continuait d’elle-même, son mouvement au sein des familles chrétiennes, appartenant aux classes de la société les plus diverses, quelquefois divisées d’opinions et étrangères les unes aux autres sous d'autres rapports, mais unies entre elles par une communauté d’idées pures et saintes, puisées à ce centre si élevé d’influence religieuse qui eut son origine, son développement et son apogée en ces quinze années si longtemps méconnues et décriées.
C’est au milieu de ce développement du bien que les Directeurs des Séminaires continuaient leurs œuvres, sans éclat et sans bruit mais avec une confiance égale à leur foi dans l’importance de leur ministère.
Directeur au Séminaire de Paris. — Ses fonctions.
A cette époque, M. Faillon poursuivait ses travaux, et il nous reste deux grands témoignages de ses labeurs infatigables : le premier est le résume de son Cours sur la Genèse, formant un volume in folio de plus de 1000 pages ; l’autre volume in 4°, de près de 500 pages, sur l’éducation des Clercs et î’histoire des écoles ecclésiastiques, depuis le commencement de l’Eglise
jusqu’à nos jours. .
Nous ne dirons que quelques mots sur le premier ouvrage, qui sufliront pour en montrer l’importance. C’est l’oeuvre des six jours de la Création d’après les sentiments et les pensées des pères- Il s’attache à montrer les nombreux rapports que les saints Docteurs ont signalé, entre 1 action de Dieu dans la création, et se3 oeuvres dans la fondation et le développement de son Eglise.
Chacun des jours est expliqué par une foule de passages recueillis dans toute la collection des Pères ; leurs commentaires sont non-seulement cités en grand nombre, mais de plus exposés et analysés avec une telle connaissance de la sainte Ecriture et de ses différentes interprétations, qu elle montre dans l’éminent auteur la plus grande érudition et la critique la p us
eleOneêst d’abord étonné du travail qu’ont demandé tant de recherches et du nombre d’ouvrages que l’Auteur a du lire pour découvrir et accumuler un si grand nombre de textes. Ce qu’on admire encore plus, c est le choix et l’appréciation si élevée qui ont présidé à cet immense recum .
Nous avons le témoignage de plusieurs de ceux qui assistaient a ses leçons ; ils ne pouvaient assez les louer et rapportaient que les esprits étaient transportés d’admiration en écoutant ces magnifiques îeve a ions de l’Esprit saint. C’était comme un langage céleste auquel ajoutait encore un nouveau charme, la modestie du savant, n’ayant d’autre application que d’exposer le trésor des vérités divines et s’oubliant en tout.
Quant au second ouvrage, nous entrerons dans quelques développements que nous semblent réclamer les circonstances où nous sommes, dans lesquelles les intérêts de l’enseignement religieux sont si particulièrement
en cause.
Révérend Messire Fai! Ion,
D’après différentes indications que nous avons pu y trouver, nous pensons que l’auteur a dû rédiger cet ouvrage sur l 'Education des clercs et l'histoire des Ecoles Ecclésiastiques, entre 1880 et 1835, précisément à l’époque des grandes discussions qui eurent lieu en France, sur l'enseignement religieux ; or, ne sommes nous pas encore sous le coup des mêmes difficultés ?
M. Faillon prend cette histoire aux premiers siècles de l’Eglise, et en traitant avec détail tout ce qui se rapporte à l’enseignement des clercs, à chaque époque et dans les différents pays, on peut dire qu’il a préparé un complément tout-à-fait instructif et intéressant pour les grandes histoires de l’Eglise, lesquelles n’ont pu entrer dans tous ces faits, d’ailleurs si importants en eux-mêmes. Il fait précéder cette histoire de quelques préliminaires sur l’enseignement en général ; car pour faire connaître l’instruction que recevaient les clercs, il est nécessaire de montrer quel était le premier enseignement qu’ils trouvaient dans leur enfance et le ur jeunesse, avant d’être appliqués aux études proprement ecclésiastiques.
On peut entrevoir de quel intérêt est cette histoire, d’après les divisions que M. Faillon lui a données.
Il distingue six époques de l’Education cléricale :
La première, qui commence aux premiers temps de l'Eglise, comprend l’ère des persécutions, et va jusqu’à Constantin-le Grand.
La seconde s’étend depuis la paix de l’Eglise jusqu’à l’établissement des Barbares dans l’Empire: elle se termine au sixième siècle. Dans cette partie, l’auteur traite spécialement de l’origine des communautés cléricales, et des Ecoles monastiques.
La troisième époque comprend les trois siècles suivants, c’est-à-dire les temps qui se sont écoulés depuis la décadence des lettres jusqu’au règne de Charlemagne : l’auteur traite encore, en cette partie, des Ecoles monastiques et Episcopales, seul asile qu’eurent alors les Sciences dont il signale la décadence.
La quatrième époque est celle du rétablissement des Ecoles par Charle' magne ; elle finit au temps où commencèrent les Universités.
Directeur au Séminaire de Paris. — Ses fonctions.
La cinquième comprend l’espace de temps qui s’est écoulé, depuis l’origine des Universités, jusqu’à l’établissement des Séminaires.
Enfin la sixième époque donne l’histoire des Séminaires depuis leur
établissement jusqu’à nos jours. ... .
En terminant cette nomenclature, M, Eaillon annonçait l'intention de demander des renseignements à tous ceux qui, en France ou à l’étranger, étaient chargés de l’enseignement des clercs : la réunion de tous les documents, étant au-dessus des moyens d’un seul homme. Nous ne savons s il a donné suite à cet appel, mais quoiqu’il en soit, ceux^ qu’il a rédiges forment un ensemble assez important pour servir de type à tout travail du même genre. (*)
Peut-être que, conformément à la pensée de M. Faillon, pour exécuter au complet un ouvrage sur l’enseignement des clercs, on ne pourrait rien faire de mieux que de donner ici un résumé de ses recherches, pour aider ceux qui voudraient compléter ces documents. Ce n’est pas toutefois ce résumé que nous prétendons donner ici ; si restreint qu’il fut, il dépasserait de beaucoup le cadre que nous avons dû nous tracer, dans cette biographie. Nous voulons seulement recueillir quelques-uns des renseignements précieux que nous y avons trouvés, sur les mesures prises dès ^commencements de l’Eglise relativement à l’instruction des entants ; ce qui nous semble avoir un grand intérêt d’actualité, dans un temps o 1’ Eglise fait de si grands efforts, pour sauvegarder les intérêts les plus
chers de la jeunesse. ^ , .
Dès le début, et en commençant 1 histoire de la première epoque, i Faillon regrette que les auteurs qui ont écrit sur l’éducation cléricale, n’aient pas embrassé la matière dans toute son étendue, et n’aient parle que des écoles ecclésiastiques ; tandis qu’évidemment les élèves n’entraien
(*) Nous avons depuis trouvé dans ce recueil deux lettres pleines de rensejgnement* intéressants sur les écoles ecclésiastiques d’Angleterre, écrites par le Dr. Lmgaid, auteur de l'histoire d' Angleterre que M. Faillon avait consulté, 1 une est sur es ec âge, l’autre sur les écoles depuis la Réforme.
Révérend Messire Faillon,
dans ces écoles, qu’après avoir acquis auparavant bien des connaissances préliminaires indispensables.
En effet, on ne peut supposer qu’ils n’eussent aucune instruction avant d’être appliqués à celles qu’on donnait dans les écoles proprement cléricales. En parcourant les livres anciens qui traitent des matières ecclésiastiques et des sciences sacrées en général, l’on conçoit quelle préparation et quelle habileté il fallait avoir déjà, pour aborder ces connaissances supérieures et en entendre l’explication. On avait besoin d’avoir reçu une éducation libérale très-complète, et une somme de connaissances qui exigeaient qu’on eut été appliqués aux études dès le bas âge, en d’autres écoles préparatoires.
M. Faillon nous fait considérer combien il est important de nos jours, de savoir ce qu’il en était de l’enseignement de la jeunesse.
Nous nous trouvons à une époque où, dans certains pays, au nom de la libre pensée, et en d’autres, au nom du libre examen, l’on conteste aux Chrétiens le droit d’élever leurs enfants, suivant les obligations de leurs croyances, et la voix de leur conscience. “ Nous montrerons d’abord, dit l’auteur, que les enfants chrétiens ne fréquentaient pas les écoles payennes, aux premiers temps de l’Eglise, malgré toutes les difficultés que les pères de famille pouvaient rencontrer à y soustraire leurs enfants, en ces temps de luttes et d’oppression : ensuite, nous montrerons quelles institutions l’Eglise avait établies dès les commencements pour instruire et former la jeunesse.”
“ Nous verrons, continue-t-il, l’horreur que les chrétiens avaient pour la perversité des doctrines payennes ; quel soin ils prenaient pour en préserver la jeunesse ; quels prodiges ils accomplissaient pour cela, en ces temps de persécutions et de difficultés de toutes sortes, pour l’Eglise naissante.”
M. Faillon a traité ces questions avec cette érudition profonde qui le distinguait déjà ; mais ce qui frappe le plus en lui, au milieu de cette érudition même et de la connaissance la plus étendue des faits, c’est inva-
Directeur au Séminaire de Paris.— Ses fonctions.
riablement cet esprit éminemment pratique qui, parmi les matériaux de la science, lui faisait toujours distinguer et mettre en lumière les points précisément utiles et actuels ; sachant recueillir toujours, même dans le trésor le plus ancien des traditions chrétiennes, les enseignements les plus importants et les plus applicables aux temps nouveaux.
Nous avons déjà fait remarquer en lui ces qualités supérieures de l’érudit et de l’historien dignes de ce nom, lorsque nous avons dit qu’en présence des misères de l’agglomération ouvrière de Lyon, il en avait vu le remède dans les œuvres et les congrégations fondées par MM. Démia ét de Lances. Et nous devons répéter ici que lorsque de nouveau, le bruit des luttes pour la liberté de l’enseignement religieux arrivait jusqu’à lui, M. Paillon s’occupait à réunir des documents, des matériaux, où cette cause si sainte pouvait aller chercher les autorités les plus hautes et les arguments les plus convainquants. . .
Nous aimons à montrer les témoignages de ce zèle qui 1 animait pour
les intérêts de l’Eglise, et il nous semble touchant, de contempler a ce moment de lutte, d’un coté les grands défenseurs de la liberté de 1 enseignement réclamant à la tribune, les droits sacrés des familles, et de 1 autre dans la cellule ignorée de St. Sulpice, le savant dévoué et infatigable s’associant de cœur à ces grandes luttes, en recueillant et en tirant de l’oubli les souvenirs précieux, et pleins d’enseignement du passe. .
« Les écoles payennes, nous dit Mr.Faillonen commençant, étaient ce que seront toujours les écoles éloignées de la Doctrine divine ; e es offraient un enseignement uniquement basé sur les opinions personnelles des instituteurs : la superstition ou le scepticisme, parfois le doute et partout l’erreur. Ainsi avaient-ils été élevés et enseignés eux memes.
NVst-ce nas ce que nous voyons encore de nos jours.
* O^oute-Wl, pour rien au monde les chrétiens n’auraient vou a
exposer leurs enfants à de telles influences. Ils rejettaient ces docteurs e l’erreur, et ils avaient un égal éloignement pour ces maîtres qui avaient la prétention de n’enseigner que les sciences et les lettres sans entrer dans
Révérend Messire Faillon,
aucune discussion religieuse ; ils faisaient profession de ne pas vouloir troubler les consciences quelles que fussent leurs convictions, mais par cette abstention affectée comment pouvaient-ils répondre aux plus pressants intérêts de la jeunesse. Il.s écartaient les questions les plus importantes, ainsi ils ne pouvaient qu’insinuer le doute et l’indifférence dans les âmes qui leur étaient confiées.”
On voit, il est vrai, par les documents qui nous restent sur les commencements de l’Eglise, que les premiers chrétiens n’appartenaient pas en général à la classe des lettrés et des savants, pas plus qu’à celle des puissants du siècle, mais ils avaient le sentiment de leur dignité et comprenaient bien la destinée à laquelle ils étaient appelés. Lettrés ou non lettrés^ ils savaient voir dans leurs enfants, les héritiers du ciel, les compagnons des anges, enfin le prix du sacrifice du Sauveur, et ils les respectaient comme autant de gouttes du sang descendu du calvaire.” Ils comprenaient avec une haute intelligence combien ils devaient éloigner de ces coeurs tout ce qui eut pu en menacer l’innocence ou en altérer la beauté ; ils connaissaient le danger d’une seule indiscrétion et de toute impression étrangère ou impie ; enfin ils étaient loin d’avoir admis ces maximes de la sagesse actuelle : “ que des enfants destinés à vivre au milieu des combats du monde, ne peuvent trop tôt le connaître, et trop tôt se laisser pénétrer par son influence, dès leurs plus tendres années.”
On voit de plus que si parfois ils n’avaient pas eux-mêmes conservé fidèlement ces sentiments, ils avaient leurs évêques pour les leur rappeler avec une force et une fermeté inébranlables : que, outre leurs évêques, ils avaient encore pour les soutenir et leur servir de guides en ce point, la voix et l’assistance des Saints avec lesquels ils vivaient ; ce dont nous avons eu de nos jours, comme un renouvellement dans l’histoire de l’Eglise et une vue si consolante, en ces grands personnages qui se sont faits les Apôtres à jamais bénis, de la liberté de l’enseignement.
M. Faillon cite à ce sujet Lactance, St. Justin, Eusèbequi stigmatisent la vanité et la futilité des sophistes Instituteurs de la jeunesse, malgré
Directeur au Séminaire de Paris. — Ses fonctions.
lèur science et leur subtilité consommée : “ Ils connaissaient tout, disent U ce3 auteurs, sauf la vérité ; ils avaient mille méthodes pour déve- “ lopper les facultés de l’âme, et aucune pour la préserver du mal et u la conduire à sa destinée ; et tandis qu’ils avarnnt 1 avantage d en- “ trer en rapport avec les plus grands hommes de l’Eglise, ils n’en U retiraient eux-mêmes aucune lumière; aussi avec leurs recherches, leurs « travaux, leurs difficultés, il n’en est pas un seul qui ait trouvé le chemin “ de la vérité. Quelle futilité en toutes ces oeuvres qu’ils ont accumulées u et qui n’ont pu éclairer leurs auteurs. De plus, dans leur conduite, u ijg étaient aussi éloignés du bien, qu’ils étaient contraires à la vérité dans “ leurs écrits, et leurs moeurs ne valaient pas mieux que leurs doctrines.” Quelle ressemblance avec ce que nous avons la douleur de voir aujourd’hui dans l’état actuel de la société,, ^ pleine de complaisance pour
l’erreur et de prévention contre la vérité !
Cependant si les chrétiens avaient horreur des écoles payennes, ils n’étaient pas pour cela hostiles à l'instruction ; ils aimaient la science s’ils n’en aimaient pas les maîtres, et tenaient que tout ce qui peut éclairer 1 esprit, le rapproche delà vérité; les Tères sont pleins de science, d erudition mais en même temps de discernement ; que l’on compare 1 érudition des Pères avec celle des sophistes, et on verra la supériorité des premiers. Ceux-là allaient plus haut et plus loin, parce qu’au lieu de rechercher les sciences pour elles-mêmes, ils n’y voyaient qu’un moyen pour former e jugement, exercer l’esprit et rendre l’iiomme apte à l’acquis, tion et a la
défense de la vérité. . .
Les chrétiens, en entrant dans le mariage, savaient aussi qu ils contractaient l’obligation étroite d’élever leurs enfants avec le plus grand soin. C’était à la mère qu’appartenait la tâche de la première éducation, et elle y mettait tous ses soins, en présence de l’insensibilité des famil es payennes, qui souvent abandonnaient ces devoirs à la direction de mercenaires, ou de subalternes dans la maison.
Dans la société payenne, si pervertie à l’époque des commencements
Révérend Messire Faillon,
de l’Eglise, on était loin des moeurs austères et graves des anciens Romains, chez qui la mère gardait la maison, surveillant les enfants et les serviteurs ; travaillant sans cesse pour donner l’exemple, et pour subvenir aux besoins de la famille ; mettant assidûment la main aux soins du logement, de la nourriture et du vêtement, ne voyant pas pour elle de plus grande louange que celle contenue en ces paroles: Domi mansit, lanam fecit.
Les illustres exemples donnés par Cornélie, la mère des Gracques, par Aurélie, mère de César, et Atlie, mère d’Auguste, dernier reflet des anciens usages, n’étaient plus suivis que chez les chrétiens. Ceux-ci éclairés par les lumières plus étendues de la foi, se reconnaissant bien d’autres obligations que les payens, à l’égard des enfants que le ciel leur avait donnés, travaillaient non-seulement pour les établir dans ce monde, mais plus encore pour assurer leur bonheur éternel. St. Jérôme nous a conservé principalement dans deux lettres très-étendues, des détails précieux sur les pratiques des chrétiens à cet égard, et qu’il rappelle à deux mères de famille soumises à sa direction.
Lui-même, il veut que l’enfant, même dès l’âge où il ne connaissait pa3 encore sa mère et la frappait de sa petite main, quand celle-ci lui souriait, fut enseigné à reconnaître et à respecter son père : ut parenti subjiciatur hortor, banc quæ suam tenerâ manu ridentem verberat matrem.
Il ajoute que dès les premières lueurs d’intelligence qui se manifestaient en lui, on prenait les plus grands soins pour lui apprendre à prier, aussi bien qu’à parler correctement et convenablement. Ses premières lectures étaient dans les Saints Livres, où l'on choisissait ce qui était accessible à cet âge, et plein d’enseignements pour lui. On commençait par le Psautier, dont les maximes éclairaient son esprit, et le chant charmait les oreilles ; car on savait intéresser même les plus jeunes enfants, en leur faisant chanter les sublimes effusions du Roi-Prophète. Quand ils étaient plus avancés, on leur communiquait les prescriptions morales des Livres Sapientiaux, qui enseignent à mépriser les biens de la terre, et à rechercher les trésors de la vertu.
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Dans Job, on leur enseignait la force et la patience ; on passait ensuite aux Saints Evangiles qui montrent la voie du salut, par des maximes si élevées et des exemples si touchants ; puis aux Actes des Apôtres, et aux Epîtres qui développent ces enseignements.
Après ces premières instructions, on ajoutait aux leçons morales les enseignements historiques qui achevaient de former une foi solide dans ces âmes ; car elles y voyaient les oeuvres de Dieu, ses promesses, et les soins qu’il avait pris de son peuple choisi ; on expliquait le sens littéral, moral et prophétique de l’histoire sacrée ; puis l’on continuait par les prophéties qui en sont le vrai commentaire et le complément.
Après avoir montré les soins que les parents chrétiens prenaient de leurs enfants dans l’intérieur des familles, M. Faillon passe ensuite aux écoles publiques des chrétiens. Il en distingue deux sortes : celles où l’on enseignait les sciences profanes et celles où l’on enseignait la religion. Il nous reste bien des monuments sur les premières, dans tous les écrits des Pères, par lesquels on voit combien eux-mêmes ils étaient au courant des sciences profanes, par exemple, St. Justin, Clément d’Alexandrie, Origène, Tertullien, etc. De là l’Auteur passe aux écoles où l’on enseignait la religion, et il fait remarquer l’importance qu’avaient ces écoles et le bien qu’elles produisaient danslesâmes. Il dit que les écoles ouvertes en Orient par St. Jean, St. Ignace, martyr, St. Polycarpe, Papias, avaient eu des émules dans toutes les autres contrées occupées par les chrétiens, à Rome du temps de St. Justin et de ses successeurs, à Athènes, à Alexandrie, à Carthage, à Marseille, à Lyon, à Paris, à Trêves. Dans tous ces pays, ces écoles dirigées par des personnages éminents dans l'Eglise, étaient fréquentées par un immense concours de jeunes gens avides d’entendre expliquer les lettres et la philosophie, par des maîtres chrétiens, qui mêlaient à leur enseignement, l’explication des doctrines saintes : Aussi attiraient-elles continuellement des âmes à la vérité et, suivant la remarque de M. Faillon, “ opéraient-elles souvent plus de conversions, que les prédications dans les églises.”
Révérend Messire Faillort,
A cet endroit de aon travail, l’Auteur entre dans beaucoup de détails sur les plus fameuses écoles connues aux premiers siècles de l’Eglise : lo les Ecoles d’Orient ; 2o l’Ecole d’Alexandrie ; Bo les écoles des Gaules, principalement celles de St. Irénée, à Lyon, et de St. Denys, à Pans ; 4o l’école d’Hippone.
Ces renseignements ont été puisés dans Tillemont, dans l’histoire des Auteurs Ecclésiastiques ; mais principalement dans la lecture attentive des Docteurs et des Pères de l’Eglise : Origène, Clément d’Alexandrie, les œuvres de St. Irénée et de St. Denys l’Aréopagite, la vie et les œuvres de St. Augustin. Après ces préliminaires, l’Auteur entre dans les plus grands détails avec une abondance de faits, et un talent d appréciation qu’on ne peut se lasser d’admirer.
L’auteur cite la méthode que suivaient Clément d’Alexandrie, et Origène, son successeur, pour enseigner leurs disciples. Cette méthode mérite d’être rapportée ici, comme témoignage des épreuves que l’on faisait subir aux jeunes gens qui voulaient, par des études approfondies, se préparer à l’acquisition des sciences ecclésiastiques.
Origène d’après lui, enseignait d’abord la Philosophie et ses diverses parties, ce qui suppose déjà une éducation assez avancée. Il commençait par la Logique, afin d’exercer l’esprit de ses élèves, former leur jugement, et leur apprendre à distinguer dans un raisonnement le vrai d’avec le faux : venait ensuite la Physique, qui avait pour but de donner une connaissance et une estime convenable des œuvres de Dieu ; l’Astronomie, pour habituer l’élève à porter sa pensée au dessus des choses de la terre ; la Géométrie, afin que cette science, par ses démonstrations claires et irréfragables, servit de base et fournit une méthode pour tout le reste des études.
Mais toutes ces sciences n’étaient qu’une préparation à la Morale que le maître enseignait ensuite, afin que les élèves appliquassent cette connaissance à la conduite de leur vie ; enfin, dans cet enseignement, Origène s’attachait à dégager les âmes des choses de la terre, pour les porter à ne songer qu’à elles-mêmes, et à ce qui regarde le salut.
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Passant ensuite à la Théodicée, il faisait lire les écrits des principaux philosophes, choisissant les meilleurs, en excluant les auteurs frivoles, parmi lesquels il rangeait les sceptiques, les sophistes et les athées; et il finissait en faisant remarquer à ses élèves les erreurs et les imperfections des meilleurs auteurs ; leur montrant comment on arrivait à une science bien plus haute et plus satisfaisante, lorsqu’on écoutait Dieu lui-même et ses prophètes. Aussi grand nombre d’âmes arrivaient-elles à la vérité, en voyant la vanité de la science humaine, et les grandeurs de la science divine.
La quantité de renseignements recueillis par M. Paillon sur l’école de St. Irénée, à Lyon, nous donne à penser que, pendant qu’il était au grand séminaire de cette ville, il avait réuni à cette occasion, bien des matériaux sur les Origines de cette Eglise ; matériaux dont il a pu encore se servir dans la composition du grand ouvrage qu’il préparait en dernier lieu, sur les Origines des Eglises des Gaules, en général.
Mais une époque que l’auteur a spécialement travaillée, est celle des Ecoles d’Afrique et en particulier de celle de St. Augustin, à Hippone. Ce travail, qui est rempli de faits, de détails, de réglements, tous relatifs à l’établissement, l’organisation, la direction et à tous les éléments d’instruction et d’éducation du séminaire d’Hippone, comprend deux livres : dans le premier, il raconte l’occasion et les circonstances de l’établissement de ce séminaire, d’après les détails fournis par deux sermons de St. Augustin ; (355 et 356) et aussi par la vie écrite par Possidius, puis la fondation, l’organisation d’autres séminaires en Afrique, et enfin le bien qu’ils ont produit. Au second livre, l’auteur fait connaître dans les huit premiers chapitres, quelle était la vie commune des élèves du séminaire d’Hippone ; en huit autres chapitres, les Etudes ecclésiastiques qu’on y suivait ; enfin, en huit autres encore, quelle était la conduite de St. Augustin dans la direction de son séminaire, et dans ses rapports avec les élèves et les étrangers.
Nous trouvons ensuite deux notes de Mr. Faillon, qui nous font con-
Révérend Messire Faiïlon,
naître deux particularités intéressantes, sur la manière dont il réunissait et employait ses documents.
Dans la première, il énumère tous les ouvrages dont il s’est servi pour les premières époques de son histoire et que nous avons déjà cites, puis il passe aux autres époques et voici les autorités qu il donne :
Tillemont.
Dans Bollandus, la vie des Evêques qui ont eu des Ecoles de Clercs.
Etudes Monastiques de Mabillon.
Acta S. Ordinis Benedicti.
Dans les Conciles : des pièces qui traitent des clercs.
Histoire de l’Université de Paris.
Gallia Christiana.
La France Littéraire.
La vie des principaux Ecclésiastiques du XYIe et X\ Ile siècle.
Les PP. Jésuites.
La France Littéraire.
Martène.
Launoy.
Dans la seconde note il indique comment il faisait ses extraits et de quelle manière il les disposait ; nous pensons qu’elle mérite d'être citée, car elle montre quels travaux il s’imposait.
« Pour la manière de profiter de ces ouvrages, qu’il faut parcourir sans savoir ce qu’ils contiennent, voici, ce me semble, le moyen d’en profiter, je me trouve bien de cette pratique.”
lo. En commençant un volume, il ne faut pas passer à un autre endroit de ce volume, mais aller de suite, pour ne rien laisser échapper. Il n’est pas à propos de tout lire, et môme de lire avec réflexion, car alors l’esprit qui s’occupe du fond du sujet, oublie le motif principal de la lecture.
2o. A mesure qu’on rencontre un endroit qui peut entrer dans un des points qu’on a marqués comme : écoles profanes, monastiques, épiscopales, instruction, vertus, fonctions, etc., etc., etc., il faut de suite mettre en
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peu de mots par écrit, le fond du passage, et noter la page et le volume ; en même temps on peut marquer un point avec un crayon, en regard de l’endroit qu’on veut prendre et cela sur la marge. Ainsi par exemple s’il se présentait une histoire comme celle des Clercs de St. Cyprien qui avaient confessé la Foi, et qui furent admis par le St. Evêque dans le Clergé de Carthage, il faudrait noter cela sur un cahier, de la manière la plus brève possible, St. Cyprien ordonne de jeunes Confesseurs: page 54, Tome VI., et ainsi des autres, en mettant à la suite tout ce qu’on rencontre dans le même volume, quoique les matières qu’on note n’ayent aucun rapport entre elles.
3o. Lorsqu’on a terminé ses recherches, il est bon de relire tout ce qu’on a marqué, et d’après la ressemblance des matières, on se trace un plan à suivre. On a pour. cela un nouveau cahier et au commencement des nages, on écrit les titres de la division, laissant l’intervalle suffisant entre chaque titre de division.
4o. Ensuite il faut prendre les indications : commençant par la lere et allant de suite, sans en laisser aucune pour un autre temps, et rapportant chaque indication sous le titre de division qui lui convient, ayant grand soin de noter la page et le volume.
5o. Ce travail étant achevé, on voit' d’un coup d’oeil quel est l’objet de la rédaction qu’on se propose de faire. Comme on a, en abrégé, tout ce qui doit entrer dans chaque paragraphe ou article, en voyant celui qui suit et celui qui précède, on peut disposer la matière de manière à être trèsclair, très-suivi, très-lié.
Si on ne prend pas ces précautions, on ne pourra pas se débarrasser de 200 ou 300 passages ; on ne saura pas où les placer ; et si on se hasarde à écrire, on sera obligé de refaire tout le travail cinq ou six fois.”
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