M. FAILLON, DIRECTEUR DES CATÉCHISMES
Eir même temps que M. Faillon professait le cours de Patrologie, il remplissait encore d’autres fonctions, car il avait été nommé Directeur des Catéchismes. Or, si l’on songe au travail que lui demandait sa classe, on ne peut qu’être étonné de tout ce qu’il accomplit dans les memes années, pour cette oeuvre des Catéchismes qu’il regardait comme si importante.
Pour la classe, il ne se contentait pas de mettre à profit ses premiers travaux, qui représentaient au moins dix années de lectures assidues et de recherches infatigables, mais il augmentait chaque jour ses acquisitions, dans un champ dont il commençait à connaître si merveilleusement les richesses et l’étendue. Il nous reste a dire ce qu il tiouva moyen, en même temps, de produire pour l’oeuvre des Catéchismes.
Nous avons déjà vu précédemment quelle haute estime il avait pour l’éducation religieuse de la jeunesse ; nous avons fait remarquer avec quelle ferveur il s’était acquitté de ses fonctions de Catéchiste, pendant ses années d’études cléricales ; or, c’est ainsi qu il s’etait préparé à comprendre la grandeur des obligations qu’il avait à remplir, lorsqu’il fut placé à la tête de l’œuvre, à une époque où les intérêts des âmes étaient si giavement menacés.
En présence des périls de l’Eglise et de la société, partout on redoublait de zèle pour l’enseignement de la religion. Dans toutes les paroisses de Paris on établit avec le plus de développement possible, tous les moyens d’instruction, retraites, stations de prédications, conférences pour les fidèles ; et pour la jeunesse, Catéchismes multipliés pour les différents âges? et enfin œuvres de la Persévérance y sur le modèle de St. Sulpice.
Révérend Messire Faiïlon,
C’est ce que nous voyons surtout dans les paroisses principales où étaient envoyés annuellement de jeunes prêtres récemment formés au grand Séminaire : ainsi à St. Thomas d’Aquin, St. Roch, la Madeleine, St. Philippe du Roule, etc., etc., une sainte émulation animait ces différentes oeuvres, où l’on avait à cœur d’appliquer les traditions reçues, tandis qu’elles restaient dans un lien de dépendance filiale vis-à-vis de St. Sul- . pice, où en ce moment M. Faillon dirigeait, avec 50 Catéchistes pleins de zèle, l’instruction religieuse.
Les Annales des Catéchismes nous ont conservé les noms de ses principaux collaborateurs : M. Didon, depuis supérieur du petit Séminaire de Paris; M. Bouillier, depuis curé au Mans ; M. Georges, depuis Evêque de Limoges; M. Caverot, depuis Evêque de St. Dié ; M. Lacarrière, depuis Evêque de laGuadeloupe ; M. Estève, depuis Supérieur Général des Missions des Pères Jésuites en Syrie ; M. De Borie, depuis curé de St. Philippe du Roule ; M. de St. Marc, depuis Evêque de Rennes.
Entre toutes les réunions qui honoraient l’œuvre mère, celle qui se distinguait le plus était la Persévérance dirigée, à la Paroisse de la Madeleine, par les anciens collaborateurs de M. Eaillon: Mgr. Dupanloup, et M. Petetot, depuis curé de St. Louis d’Antin et fondateur des Oratoriens.
Cette Persévérance, grâce au talent et au zèle de ses Directeurs, attirait la jeunesse la plus brillante de Paris ; on y voyait, remarque Mgr. Dupanloup dans “ ses souvenirs ,’’ des enfants appartenant, aux conditions et aux positions les plus diverses, et qui ne faisaient “ qu’un cœur et une âme.” Les enfants des conditions les plus humbles étaient sur un pied d’égalité parfaite avec ceux qui appartenaient aux conditions les plus hautes, et parmi ces derniers on voyait unis par la cordialité la plus touchante : les enfants de M. de Polignac et ceux du Général Foy, les fils de M. de Yillele et ceux de M. Casimir Périer.
On voyait aussi aux séances de la Madeleine et de St. Roch, des
Directeur des Catéchismes.
illustrations telles que la Princesse Dona Maria, depuis Reine de Portugal ; l’Impératrice du Brésil ; la Princesse Louise, depuis Reine des Belges ; la Princesse Marie, depuis duchesse du Wurtemberg; la princesse Clémentine, depuis duchesse de Saxe Cobourg, et leur mère la Reine Marie- Amelie.
On cherchait par tous les moyens à entretenir l’union et l’émulation qui existaient entre les différentes oeuvres de Paris ; aux fêtes principales, le Président était choisi parmi les chefs des autres Catéchismes et il venait faire part des résultats obtenus, tandis qu’il remportait des sujets d’édification de tout ce qu’il avait contemplé ; enfin, en certaines circonstances, des associés allaient visiter d’autres paroisses. Le lundi, 14 février 1831, le jour même où une foule aveuglée se jetait sur l’Eglise St. Germain l’Auxerrois et l’Archevêché pour les dévaster, la Persévérance de St. Sulpice, qui terminait sa retraite, reçut la visite de la Persévérance de la Madeleine, conduite par M. l’abbé Dupanloup.
M. Faillon assistait à cette visite ; à la fin de la cérémonie, les principaux dignitaires des deux paroisses signèrent un acte d’union entre les deux congrégations, et enfin M. Faillon remit aux associés de la Madeleine une estampe qu’il avait fait graver pour la circonstance : Ste. Marie Madeleine environnée des patrons de la Paroisse de St. Sulpice, et enfin au-dessous, St. François de Sales bénissant M. Olier dans sa jeunesse. On y voit les chiffres des deux paroisses entrelacés, et ces paroles : un seul cœur , une seule âme , 14 février 1831 ; paroles suggérées par Mgr. de Quelen, Archevêque de Paris, dans une visite qu’il avait faite précédemment.
M. Faillon se voyait donc ainsi confirmé dans la haute idée qu’il avait de l’importance de ces oeuvres, par l’élan de toutes les paroisses de Paris, mais aussi principalement par l’encouragement qu’elles recevaient du premier pasteur du Diocèse, Mgr. de Quelen, l’un des plus admirables Catéchistes de son temps, et qui donnait continuellement des témoignages de sa vive et profonde affection à ses successeurs dans 1 instruction religieuse.
100 Révérend Messire Faillon,
C’est ainsi que M. Faillon a fait ressortir son zèle dans “ l’histoire des Catéchismes.”
“ Ce digne prélat a fait paraître en mille rencontres une prédilection flatteuse pour cette portion privilégiée de son troupeau qui eut le bonheur de recevoir les prémices de son zèle,” (présidant souvent les fêtes et les réunions générales comme Grand Vicaire, puis Coadjuteur et même Archevêque,) il a fait revivre de nos jours les beaux exemples que donnèrent à leur clergé, Dom Barthélémy des Martyrs, Bellarmin, St. Charles Borromée et St. François de Sales.”
Mais les associations de St. Sulpice n’étaient pas seulement répandues dans les paroisses de Paris, elles s’étaient aussi propagées dans tous les diocèses de France. Chaque année, de jeunes Prêtres formés au Séminaire, allaient porter dans leur pays, le zèle et la connaissance de ces saintes œuvres, et d’ailleurs la plupart des Evêques instruits dans St. Sulpice, et ayant eux aussi, commencé leurs premiers travaux par les Catéchismes de la paroisse, demandaient que les principaux sujets qu’ils envoyaient, fussent initiés à ces œuvres, afin qu’ils pussent rapporter ensuite dans leur3 diocèses toutes ces saintes et pieuses pratiques ; car partout on sentait vivement comme à Paris, le besoin d’une forte et profonde instruction.
C’est dans ces circonstances que M. Faillon songea à publier une série d’ouvrages destinés à aider le zèle des Catéchistes dans toute la France, en réunissant les méthodes suivies à St. Sulpice et toutes les pieuses traditions et pratiques recueillies depuis 200 ans.
Nul plus que M. Faillon ne pouvait entreprendre ce travail qui était considérable : dès son entrée au Séminaire, il avait eu entre les mains le dépôt des documents destinés aux Catéchistes ; il en avait pris connaissance, il en avait même analysé une grande partie ; il avait avec soin distingué tout ce qui pouvait être utile de notre temps, de ce qui ne pouvait plus avoir d’objet, et il avait pu facilement se faire une idée de ce qui méritait d’être mis en lumière.
Il songea donc à donner l’histoire des œuvres de St. Sulpice, ensuite la
Directeur des Catéchismes.
méthode que î’on employait pour l’ordre et la discipline ; enfin la forme de l’instruction à donner aux enfants. Il fit d’abord paraître un recueil des réglements de toutes les oeuvres ; ce recueil fut approuvé par Mgr. de Quelen dans une lettre du 11 mai 1831.
L’année suivante, il faisait paraître Y Histoire des Catéchismes de St. Suîpice , et c’est ainsi qu’il annonce les ouvrages qui devaient l’accompagner et qui, en effet, ont été rédigés plus tard ; plusieurs, il est vrai, sont restés en manuscrit.
“ Cette histoire , dit-il dans son introduction, est le commencement d’un grand ouvrage qu’on se propose de mettre au jour sous le titre de Méthode de SL Sulpice dans la direction des Catéchismes. Il sera destiné à MM. les Ecclésiastiques, et voici quel en doit être le plan : Un volume de cet ouvrage sera consacré à l’exposition des principes touchant la discipline des Catéchismes et l’instruction des enfants. Un autre volume contiendra des dialogues et des billets pour les grands et petits Catéchismes, et des lectures pour les jours de retraite ; on y joindra dans un volume à part, les vies édifiantes de plusieurs enfants des Catéchismes de St. Sulpice. Tout ce qui a rapport au Catéchisme de Semaine , destiné à préparer prochainement les enfants à leur première Communion, sera l’objet d’un volume. Un autre contiendra des plans d’instruction pour les divers Catéchismes, avec une exposition des premières vérités de la foi, mise à la portée des petits enfants, par le moyen des comparaisons et des histoires. On joindra aux plans d’instruction deux volumes d’histoires édifiantes, classées selon l’ordre des instructions observé dans le volume précédent. Un autre volume donnera des plans d’homélie ; enfin l’ouvrage sera terminé par un nouveau livre de Cantiques, où se trouveront les usages des Catéchismes que les enfants doivent observer.”
Ceci forme dix volumes qui ont été rédigés plus tard et dont quelquesuns même ont été augmentés dans la suite ; ainsi outre les ouvrages qui ont été donnés au public, sur Y Histoire, la Méthode de St. Sulpice , le Cours di Instruction, la Persévérance, nous savons que l’on conserve au Sémi-
Révérend Messire Faillon,
naire de Paris, en manuscrit, pour l’usage des Séminaristes, un volume pour le Catéchisme de semaine ; de plus, plusieurs volumes de dialogues, deux volumes de comparaisons et d’histoires, différentes biographies qui ont été recueillies et rédigées en grande partie, par M. Faillon.
Nous pouvons ainsi compter douze volumes environ composés par lui pour l’avantage et l’utilité non-seulement des élèves du Séminaire, mais encore de tous les prêtres qui veulent s’inspirer des méthodes suivis au Séminaire.
Il fit précéder le premier de tous ces ouvrages d’un discours sur V Instruction chrétienne des enfants , qui renferme toute l’expression de son zèle, et qui nous montre les sentiments de cette grande âme si intelligente des intérêts de la jeunesse.
Nous y voyons en outre un témoignage caractéristique des qualités qui distinguaient déjà M. Faillon.
Doctrine forte, solide, élevée, accompagnée d’autorités qui donnent une grande idée de sa science et de son érudition inépuisable. Ses pensées sont exposées avec une grande précision, une grande vigueur, avec une abondance de diction qui le distingue constamment et qui le rend toujours animé et éloquent.
C’est ainsi qu’il commence son introduction sur l’instruction chrétienne : “ L’ignorance de la religion et la corruption des moeurs, sont les causes “ naturelles de l’extinction de la foi parmi les peuples.
“ La génération qui s’éleva il y a quarante ans, privée à son berceau “ des secours de la religion, est demeurée presqu’étrangère au Christia- “ nisme. Aujourd’hui qu’elle compose la plus grande partie de la société “ et qu’elle forme les générations qui commencent, il est difficile de n’être “ pas effrayé à la pensée de notre avenir.
“ Car la foi n’est attachée à aucun des lieux qu’elle éclaire, elle aban- “ donne ceux qui la méprisent, et elle va éclairer des yeux plus purs.
“ En considérant les progrès de l’incrédulité et la diminution sensible il de la foi, on serait tenté de se demander avec Fénélon “ si le flambeau de
Directeur des Catéchismes.
n l’Evangile qui doit faire le tour de l’univers, n’achève pas pour nous sa “ course.”
« Et que voit-on déjà, les pasteurs qui annoncent la parole de Dieu, ne « sont plus compris, parce qu’ils ont des auditeurs qui ignorent même les a premiers éléments des vérités chrétiennes ; il faudrait, dira-t-on, les ra- « mcner aux premières notions de l’enfance. Mais quelle apparence qu’ils « s’y soumettent ? Ils n’en sentent pas la nécessité, et d’ailleurs, “ la honte « qe redevenir enfants, mettra toujours un obstacle invincible aux soins
“ des pasteurs à leur égard. C’est ce que nous dit Massillon.” .
Mais s’il en est ainsi, faut-il se croire libre de toute obligation, le pasteur sera-t-il à l’abri de toute responsabilité? Un pareil état de choses ne doit-il nas le faire réfléchir et lui faire rechercher les moyens qui lui restent encore pour accomplir ses devoirs; l’âge mûr nous échappe, il nous reste l’enfance et la jeunesse. Il n’est que trop vrai l’ignorance de k vente religieuse amène l’incrédulité et l’oubli de tout; principe ; mais n est-ü nas° possible que l’enseignement de la vérité donné à cet âge qui n’est pas prévenu, qui est encore préservé de toute influence extérieure, puisse
toucher des âmes encore pures et intactes ? .
Voilà les résultats qui ont été déjà obtenus au moment où les intérêts de la religion étaient le plus gravement compromis, et voila ce que nous pourrions vérifier par nous-mêmes, car il suffit d’un effort de quelques années pour amener les fruits les plus consolants.
Et en effet “ il en est des Etats comme des familles, les hommes se suc- « cèdent les uns aux autres: une génération arrive, une génération s en « va ; les enfants prennent la place de leurs pères, et deviennent a leur “ tour les chefs des familles ; ils donnent le mouvement à la société. « Rendre chrétienne la génération qui commence^c’est donc couper le « mal en sa racine, et assurer le salut des peuples.”
L’auteur appuie sa pensée par le sentiment des grands hommes , c u Christianisme et ensuite par l’expesé des faits. Or combien «s rusons «mtr elles devenues puissantes de notre temps, où l’instruction des enfants est
Révérend Messire Faillon ,
soustraite au Clergé, et est confiée à des maîtres qui ont la prétention de foirnei la jeunesse en excluant toute instruction morale et religieuse.
M. Faillon, dans ses conversations, revenait souvent sur ce sujet et il faisait remarquer que, même au temps où les familles étaient profondément chrétiennes, 1 on n’avait jamais pensé qu’on dut s’en remettre entièrement a elles, du soin d’élever les enfants dans la connaissance et. la pratique de la religion. 1
Qu’on lise les auteurs sacrés des siècles de foi, et l’on verra quel soin
Eglise prenait des enfants ; qu’on parcoure l’histoire des communautés
religieuses, et l’on se rendra compte de la part qu’elles faisaient à l’instruction de l’enfance.
Dans tous les couvents, des bâtiments étaient affectés à ce soin des maîtres désignés parmi les plus capables des religieux ; enfin à chaque
Eglise étaient annexées des écoles paroissiales, où le pasteur dirigeait luimeme 1 enseignement.
Mais ensuite ces saints usages tombèrent en désuétude, la vigilance sur le prenner âge se ralentit ; un des signes les plus caractéristiques de l'affaibhssement de la discipline ecclésiastique, fut l’oubli de la jeunesse Qn crut pouvoir s’en rapporter à la prudence et au zèle des familles ; on pensait qu il valait mieux employer les forces et le temps des ministres du Sanctuaire au soin des adultes; on abandonnait ces oeuvres comme trop secondaire^ Retissantes. Les attaques dont Gerson fut l’objet au . Ve siecle, a la veille de la Réforme, lorsqu’il se consacra au ministère des enfants nous donnent des preuves du relâchement, et du changement survenu dans les idées.
Mais qu’en résulta-t-il ? Un affaiblissement de la foi, une ignorance des ven es fondamentales du salut, qui se répandirent de. proche en proche et qm laissèrent les populations chrétiennes, sans défense, devant les premières attaques des novateurs. ^
Pour comprendre les effets funestes de cette négligence coupable il fallut les coups de foudre do la Réforme. Toute l’Eglise divisée, les raies
Directeur des Catéchismes.
du Nord se séparant des races du Midi ; les efforts des Apôtres envoyés de Rome pendant plusieurs siècles, anéantis en quelques années ; des populations immenses qui avaient enlante des millieis de saints, avaient couvert leur sol de monuments impérissables, avaient marché aux croisades, semblaient animées de tout l’esprit chrétien et qui s’en vont tout d’un coup méconnaître les principes les plus essentiels et les plus élémentaires de la Religion.
Ainsi les vit-on se révolter contre le Représentant de Notre Seigneur, contre l’autorité de l’Eglise, la vérité de son enseignement ; ne sachant plus reconnaître le vrai Dieu présent spirituellement dans son Vicaire, et réellement dans l’Eucharistie Sainte.
Et non pas seulement une foule ignorante, rude et barbare, mais les grands du peuple, les princes, les Souverains; non pas seulement les membres de l’Eglise, mais des chefs, des guides et des docteurs, les plus haut placés dans la hiérarchie sacrée.
Mais d’où venait ce terrible désastre ; il venait, nous dit le savant auteur, autant de l’ignorance que de la corruption des mœurs qui l’accompagne toujours.
Or, lorsque des maux semblables menacent encore l’Eglise, n’est-il pas de remède, n’y a-t-il aucune défense à opposer, que devons-nous faire en notre temps environné même, de plus grands dangers, que ceux que Mr. Faillon signalait alors.
Oui, il en est des remèdes ; de grands et d’efficaces, qui ont déjà accompli des merveilles et qui sont faciles, puisqu’ils dépendent du zèle et de la bonne volonté des pasteurs.
Ces remèdes, nous les trouverons dans l’instruction chrétienne des enfants : “ moyen, dit M. Faillon, aussi sûr dans ses résultats, qu’il est simple en lui-même.”
Et il continue en ces termes :
« Mais un fait public, éclatant, va mettre cette vérité dans la dernière « évidence ; quelle cause produisit, au 17e siècle, cette heureuse révolu- <c tion qui rendit également chrétiennes toutes les classes de la société, et
“ qui imprima le sceau de la religion à tout ce qui tient à cette époque ? “ l’éducation chrétienne des enfants.”
De tous les décrets que l’Eglise a rendus à Trente, il n’en était peut-être pas de plus nécessaire que celui qui enjoint à chaque pasteur l’obligation d’enseigner avec soin, au moins les jours de dimanche et de fête, les éléments de la foi chrétienne aux enfants.
Saltem Dominicis et aliis festivis diebus , pueras in s in g u lis para ch ii s , fidei rudimenta... diligenter, doceri curcibunt.
Que cette mesure "fut devenue absolument nécessaire, qu’elle fut jugée comme l’une des plus indispensables de toutes celles portées par le St. Concile, c’est ce dont nous ne pouvons douter, si nous considérons avec quel empressement elle fut accueillie par les hommes les plus éminents de l’Eglise.
Par le malheur des temps, la fonction de Catéchistes était tombée dans le mépris ; l’exemple de Gerson en est une preuve trop certaine pour pouvoir être contestée, nombre de pasteurs négligeaient entièrement ce devoir essentiel de leur charge. Mais à peine l’Eglise eut-elle fait entendre sa voix, que de toutes parts on se livra avec un zèle admirable à l’instruction chrétienne de l’enfance.
Une multitude de Conciles confirmèrent et publièrent le décret de Trente ; des hommes du premier mérite voulurent l’exécuter eux-mêmes, et pour en perpétuer l’heureux effet dans l'Eglise, il se forma des compagnies uniquement occupées du soin de donner cette instruction.
Ces dispositions du Concile de Trente ont été confirmées par l’enseignement incessant des Souverains Pontifes. Qu’on lise les bulles des Papes Jules III et Paul III, en faveur de la Ste. Compagnie de Jésus et l’on verra combien sont applaudis les travaux des fondateurs de cette Compagnie dans l’enseignement du Catéchisme. On sait de plus avec quel soin les Souverains Pontifes firent rédiger le Catéchisme du Concile de Trente. On peut lire aussi dans l’ouvrage de Mgr. Dupanloup sur V œuvre par exqçllence, la lettre du Pape Clément XI à M. de la Chetardie, curé de St.
Directeur des Catéchismes.
Sulpice ; le P ape Benoit XIV a consacré plusieurs de ses admirables travaux à cette oeuvre, les Papes Pie VIII et Grégoire XVI l’ont sou' vent recommandée au zèle des Evêques. Enfin l’on connait les différents actes du Pape Pie IX à l’égard des Catéchismes, actes couronnés par les travaux du grand Concile oecuménique sur le Catechismus ad Laicos, qui est actuellement en exécution.
Quant aux Conciles, M. Faillon en a cité un grand nombre qui enjoignent la mise en pratique des dispositions du Concile de Trente, et donnent même tous les détails des moyens à employer pour attirer les enfants, déterminer les parents et régler la discipline et la méthode des Catéchismes telles qu’elles sont observées actuellement.
Les Conciles tenus à Milan 1565, Salerne 1595, Monza, Arèzzo, Parme, Albano en Italie, Valence et Tarragone en Espagne, (1565 et 1591), Olmutz, Osnabrück en Allemagne, (1591), Bésançon, Bourges, Metz* Melun, Rouen, Orléans, Troyes, Angers, (1570 et années suivantes), Lima et Mexico en Amérique, (1582 et 1585), recommandent aux Pasteurs de réunir les enfants tous les Dimanches et jours de fête, au son des cloches comme pour les offices, de leur faire réciter le texte, de l’expliquer, en langue vulgaire, de procéder par voie d’interrogation, d’expliquer le Catéchisme par des comparaisons, des faits, des histoires, de traiter les enfants avec la plus grande bonté, de les encourager par des dons et des récompenses.
D’autres, comme le Concile de Constances et le synode d’Anvers en 1610, enjoignent aux pasteurs de rendre le Catéchisme si agréable qu’il soit pour les enfants, plutôt une sorte d’amusement qu’une étude sérieuse.
D’autres, comme le synode de St. Orner, 1610, et le synode de Gand, exhortent les Magistrats de la ville à assister aux distributions des récompenses.
Il est bien à remarquer que toutes ces prescriptions, fruits de l’expérience ■et de la sagesse des siècles, composent actuellement le réglement des
Révérend Messire Faillon,
Catéchismes, tels qu’ils sont pratiqués dans le monde entier et en particulier Rome dans chaque paroisse. (1)
En même - temps que les Conciles répondaient de toutes parts aux injonctions du Concile de Trente, les hommes les plus éminents par leur dignité et leur sainteté se dévouaient à leur accomplissement, et l’on vit “ des prélats du premier ordre, les lumières de l’Eglise, des Saints honorés du don des miracles,” remplir eux-mêmes la fonction de Catéchistes.
St. Charles Borromée à Milan, le grand Cardinal Bellarmin dans son diocèse, St. François de Sales, allant tous les dimanches présider le Catéchisme entre les Saints offices ; Dom Barthélémy, Archevêque de Brague, exerçant ce saint ministère jusque dans ses derniers jours, et même après s’être demis de sa charge. St. Ignace de Loyola, St. François de Borgia, St. François-Xavier y consacrant chaque semaine un temps considé.
rable.
La France en particulier a donné ici les plus grandes preuves de son acquiescement aux dispositions du grand Concile ; nulle part on n'a vu plus d’élan et plus de persévérance dans cette grande oeuvre. Alain de Solminiac, Evêque de Cahors ; Abelly, Evêque de Rodez ; César de Buz, fondateur d’une Congrégation de Catéchistes, le P. Grignon de Montfort, le P. Romilion, St. François Regis, St. Vincent de Paul, le P. Yvan, M. le Nobletz, le P. Maunoir, M. Olier et tous ses disciples ont répandu l’institution des Catéchismes dans toute la France.
M. Faillon se plaisait souvent à rapporter les pieuses industries de ces grands instituteurs de la jeunesse pour répandre l’instruction.
Les uns, comme le P. Grignon de Montfort, Fénélon, composaient des recueils de Cantiques, où étaient exposés les principaux points de la doctrine et de la morale Chrétiennes ; on sait le bien que ces cantiques ont
(l) M. Gaume rapporte dans son voyage à Rome, que vers midi, des enfants parcourent les rues avec des cloches, appelant leurs compagnons à la réunion des Paroisses, tandis qu’à la fin de l’année on promène dans des Chars de triomphateurs, avee des couronnes et des palmes, ceux qui se sont le plus distingués pendant l’année.
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fait non seulement dans les Catéchismes mais encore dans les missions et les retraites.
Les autres comme M. le Nobletz, le P. Maunoir, le P. Yvan avaient fait exécuter des tableaux où était représentée toute la suite mise de la religion, qu’ils expliquaient et développaient dans leurs instructions.
D’autres comme le P. Romilion composaient des pièces et des dialogues sur les Sts. Mystères, débités par de jeunes enfants habillés en anges ou autrement; et ainsi il excitait l’intérêt des enfants et attirait les parents.
M. Paillon citait aussi ce fait de l’un des principaux curés de St Sulpice, qui, pour attirer un plus grand nombre d’enfants, avait établi sur sa paroisse des écoles de dessin, où l’enseignement de la religion était donné chaque semaine par les prêtres du Séminaire. (1)
Enfin il termine cette exposition en rappelant les fondations d’ordres institués pour répandre l’instruction Chrétienne.
A Rome, la Confrérie des Catéchistes instituée par le St. 'Pape Pie Y qui est répandue actuellement dans toutes les Paroisses.
Dans le diocèse de Milan, la Confrérie de la doctrine Chrétienne établie par St. Charles Borromée, et qui acquit de telles proportions, qu’à la mort du pieux Cardinal, elle comptait 3000 Catéchistes, instruisant dans 740 Catéchismes plus de 40,000 personnes. St. François de Sales et St. Philippe de Ne ri suivirent ces grands exemples-
En France, César de Bus fonda de même une société célèbre d’instruction, qui au moment de la révolution, comptait quinze maisons et vingt-six Collèges.
St. Vincent de Paul, le Cardinal de Bérulle, M. de Lasalle, plus tard fondèrent des sociétés de missionnaires et d’instituteurs qui ont rendu de grands services ; depuis ce temps, plus de quinze sociétés de Soeurs, ont
(1) M, Faillon a cité ce trait dans l’histoire des Catéchismes et il l’accompagne de cette réflexion, “ il est glorieux à la religion d’avoir fait naître la pensée d’un etablissement si avantageux aux progrès des beaux arts, le premier de ce genre qu’on ait vu à Paris et “ peut-être en France.”
11Q Révérend Messire Faillon,
fondées dans le même but, et parmi ces sociétés, les Ursulmes, les Sœurs de St. Vincent de Paul, celles du P. Grignon de Montfort, la Congrégation de Notre-Dame, comptaient, à l’époque de la Révolution de
1789 des centaines de couvents. .
La Révolution n’a pas arrêté l’essor de ces assoetabons : les anctensordres ont disparu en partie, mais il est à remarquer que les Congrégations établies en vue dTrépondre iux dispositions du Concile de Trente, ont conserve leur importance et même ont pris une extension qu’elles n avaient pas au demie /siècle, et cependant les difficultés et les oppositions ne leur ont pa>
^Les^ênnemis de la religion ont compris qu’ils n’avaient pas de plus grands adversaires ; et que c’étaient elles qui
moraliser ces masses aveuglées et circonvenues avec tant d effort, par les% t-artisans de l’incrédulité et de l’impiété.
1 Ces humbles Congrégations ont donc grandi par une disposition mystérieuse de la divine Providence, qui ne leur a pas fait dire encore leur deinier mot, et qui veut se servir de ces instruments si méconnus, et si faibles en apparence , pour remporter une des plus grandes victoires qui aient jamais
signalé la marche de l’Eglise. ,
Et en effet l’incrédulité et l’impiété n’ont pas de plus grands adve -
saires que ces humbles congrégations de l’instruction chrétaenne.
C’est là que les masses trompées et détournées du chemin du bien et de la vérité, verront la lumière qui les sauvera de l’abîme, et trouveront le secours qui les arrachera à la ruine sociale, comme a la perte éternelle
Après avoir publié son histoire des catéchismes de St. Sulpice , M .h aillon fit paraître en 1832, sa Méthode , dans la direction des Catéchismes. Elle se répandit aussitôt dans toute la France, et elle a conservé une telle autorité, que dans le dernier ouvrage de Mgr. Dupanloup, intitulé l’ Œuvre far excellence ou Entretiens sur le Catéchisme, la méthode de M. Faillon est citée, presqu’à chaque chapitre. Nous devons aussi mentionner que le dis-
Directeur des Catéchismes.
cours sur l’instruction, indiqué plus haut, est donné presqu’en entier par Mgr. Dupanloup dans son livre intitulé, Méthode générale du Catéchisme , recueilli des ouvrages des Catéchistes les plus célèbres , et où M. Faillon est cité entre Gerson, Bossuet et Fénélon.
Du reste, dans cette méthode, le dévoué Catéchiste a surtout résumé les usages et traditions de St. Sulpice; il a ajouté les développements rendus nécessaires par les circonstances actuelles, et il n’a eu garde d’omettre les travaux de ceux qui l’avaient précédé, parmi lesquels M. Borderies et M. Teyssère avaient laissé de si précieux enseignements.
Apres quelques considérations tres-sages sur le local et les dispositions pour le Catéchisme, sur le nombre et le placement des enfants, il donne des instructions sur chacun des exercices du Catéchisme, lo. Le chant des cantiques. 2o. La récitation et l’interrogation. 3o. L’instruction. 4o- L'homélie ; et enfin sur les fêtes, et les moyens d’encourager les enfants.
Ces instructions sont si judicieuses et si bien appropriées au besoin des enfants, et à 1 instruction des catéchistes, qu’elles ont toujours été suivies depuis ce temps, non-seulement dans les paroisses de Paris, mais encore dans toute la France, et enfin, qu’elles sont invoquées dans toutes les recommandations données dans l’ Œuvre par excellence.
“ Il est à désirer, disait M. Faillon, que l’on ait dans chaque Eglise, une chapelle destinée au Catéchisme ; elle doit être assez grande pour contenir plusieurs centaines d’enfants, et elle doit être disposée de la manière la plus propre à établir l’ordre et la discipline, et à maintenir l’émulation parmi les enfants, par la disposition des places et des bancs.”
M. Faillon attachait une grande importance pour le succès du catéchisme, au chant de3 cantiques bien choisis et bien exécutés : ensuite il donne les règles de l’Instruction ; ce qu’il en dit est comme un traité de composition qui fournit le meilleur complément aux ouvrages classiques, où l’on a surtout en vue les principes de l’art d’écrire ; ici il s’agit des moyens à prendre pour se rendre accessible aux enfants : parler à leur intelligence et les habituer à réfléchir.
Révérend Messire Faiïlon,
C’est un art très difficile et très pratique ; mais on n’en trouve pas les règles dans les rhétoriques ordinaires ; il n’est rien de plus délicat, que de se mettre à la portée de ces jeunes esprits, de les frapper et de les captiver ; tout ce qu’il dit à cet égard, est un modèle du genre.
Une observation importante que nous avons entendu souvent exprimer à M. Faillon, c’est que : de même que tout ce qui compose le catéchisme, est ce qui est demandé par les conciles, c’est ce qui est le plus favorable à l’instruction proprement dite. Et en effet, qu’y a-t-il de plus propre à développer la mémoire que l’obligation que l’on impose aux enfants, de donner textuellement la lettre du catéchisme et de l’Evangile, de manière à leur faire prendre l’habitude de ne jamais rien dire sur la religion qui ne soit exact et rigoureusement appuyé sur l’enseignement sacramentel de l’Eglise ; ainsi on remplit leur esprit de principes et de maximes qui développent leur jugement, et qui sont comme la forme de tout bon esprit.
Ensuite, qu’y a-t-il de plus propre à fortifier l’intelligence et à apprendre les règles du style et de la composition, que l’obligation imposée aux enfants de rédiger l’instruction sur des notes prises pendant la séance ? et l’on peut observer que les catéchismes ainsi pratiqués, loin d’entraver la marche des études, en sont le plus puissant auxiliaire. Aussi a-t-on remarqué, et il pouvait à ce sujet citer le témoignage de l'un des plus éminents dignitaires de l’université de France, (*) que les élèves appelés aux grands concours, qui chaque année montraient le plus de dispositions pour écrire, étaient précisément ceux qui avaient été formés aux exercices de l’instruction religieuse.
Pour bien convenir à l’esprit des enfants, l’instruction doit être courte, bien divisée, d’un style simple, mais frappant, et enfin très-méthodique. Procédant selon la gradation enseignée par Quintilien, il faut commencer par des arguments qui convainquent ; il faut développer ensuite son sujet par des considérations explicatives ; enfin il faut tout terminer par les preuves que l’on regarde comme les plus fortes.
(*) M. Du Chayla, Inspecteur Général de l’Uniyersité.
Directeur des Catéchismes.
( Fortiora , fortia, fortissima .)
Ainsi s'exprime Quintilien: les premières preuves excitent l’attention, les secondes éclairent l’esprit, les dernières enlèvent la volonté.
Il faut surprendre de temps en temps par des mots concis, et frappants comme ceux-ci :
“ Celui qui vous a fait sans vous, ne vous sauvera pas sans vous.”
“ Dieu vous promet le pardon, mais personne ne vous a promis le lendemain.”
Il faut aussi recréer agréablement ses jeunes auditeurs par des saillies inattendues ; pas même leur refuser au besoin, un mot pour rire ; mais rien de trivial ni d’inconvenant, qui ne puisse être répété dans la société la plus grave et la plus relevée.
Mgr. Dupanloup a reproduit tous ces préceptes de la méthode de St. Sulpice, en les commentant avec cette supériorité et cette haute expérience qui caractérisent tous ses admirables écrits sur l’enseignement.
M. Faillon veut aussi qu’on appuyé ses instructions par des traits bien choisis de l’Histoire Sainte, de la vie des Saints, et avec modération dans l’histoire profane. Pour la vie des Saints, n’est-ce pas la doctrine sainte elle-même mise en action et revêtue de tous les charmes de la vie ? C’est ce que disait avec tant de force St. François de Sales :
“ Il y a autant de différence entre l’Evangile et la vie des Saints, qu’entre une musique notée et une musique chantée.”
Enfin, M. Faillon en vient à un genre de preuves auquel il attachait la plus grande importance, ce sont les comparaisons. Il s’appuie même sur l’exemple de N. S., des Saints et de tous les grands prédicateurs de la vérité.
Nous donnerons ici quelques détails, parce que M. Faillon y revenait souvent, et qu’après avoir cité la Bible, les grands catéchistes, comme Fénélon et St. François de Sales, l’auteur en particulier du Catéchisme de Constance, auxquels il conseille de recourir, il a pris lui-même la peine de faire un recueil de comparaisons, comprenant deux gros volumes qui doivent se trouver au Séminaire de Paris.
Révérend Messire Fcdllon,
Voici ce qu’il rapporte du prix que St. Vincent de Paul attachait à cegenre de preuves, pour se rendre accessible à tous les esprits qui ont tant besoin de voir les choses spirituelles représentées et illustrées par des images sensibles :
a II faut que la compagnie se donne à Dieu, pour expliquer, par des comparaisons familières, les vérités de l’Evangile ; façonnons notre esprit à cette méthode, imitant en cela N. S., lequel, comme dit l’Evangile, ne disait rien sans y recourir : sine par abolis, non loquebatur ad eos .”
St. François de Sales était du même avis sur l’importance de ces assimilations : “ Le livre de la Nature est bon pour les similitudes ; les Pères en sont pleins, l’Ecriture sainte en mille endroits.
Vade ad formicam : sicut gallina congregat pidlos suos : quemadmodum desiderat cervus ; quasi struthio in deserto ; considerate lilia agri, etc. et cent mille semblables, ajoute St. François de Sales.
Et il ajoutait en citant les paraboles de N. S.; c’est un père de famille, c’est un fils, un serviteur, un soldat, un gardien,, un voleur dans la nuit, un souverain, un guerrier, un laboureur.
Moins encore, c’est un repas, une mesure, un peu de farine, un flambeau, un champ, un arbre, une fleur, un passereau.
Le P . Romillion excellait en ce genre : voulant faire comprendre le malheur d’une confession mal faite, il représentait un homme qui, ayant boutonné son pourpoint, est obligé de tout recommencer lorsqu’il s’aperçoit qu’il y a un bouton qui reste.
En voici une autre qui a un certain intérêt d’actualité ; elle est de St. François de Sales : pour expliquer que N. S. n’a prié que pour St. Pierre, quoique toute l’Eglise fut aussi en péril, il représente un jardinier qui, arrosant une plante, verse toute l’eau au pied, sans s’amuser à arroser chaque branche et chaque fleur. u Ainsi Notre Seigneur pria pour le chef, et arrosa cette racine, afin que, par l’entremise du chef, la foi fut toujours conservée en l’Eglise.”
St. François de Sales, dans son admirable lettre à l’Archevêque de BourgeSj-
Directeur des Catéchismes.
indique non-seulement les sources, mais les moyens à prendre pour découvrir les comparaisons renfermées en la Sainte Ecriture.
« XI faut, dans la Ste. Ecriture, considérer les mots, pour voir s’ils sont métaphoriques, et quand ils le sont, il y a une comparaison pour qui sait
la découvrir. Ainsi en ces paroles :
Yiam mandatorum cucurri eum dilutcisti cor mcurri^ considérez, dit-il, les mots métaphoriques qui sont ici ; c’est dilatasti et cucurri / ensuite cherchez quelles sont les choses qui vont vite par dilatation, ainsi les navires, quand le vent gonfle leurs voiles, les étend, les remplit, alors ils vont rapidement ; de même quand le vent de l’Esprit Saint remplit nos coeurs, il les dilate et nos âmes alors courent à pleines voiles dans la mer des commandements.
David parlant des mondains dit : per vit memoria eorurn cum sonitu ; je tire de ces mots, deux comparaisons de deux choses qui se perdent avec le son ; quand on brise un vase, il périt en sonnant : ainsi quand les méchants meurent, on parle d’eux, mais comme le vase casse demeure inutile, ainsi les malheureux demeurent perdus, etc., etc., de meme quand un riche meurt, on sonne les cloches, on fait de grandes funérailles, mais ensuite qui
parle de lui, qui s’en souvient ? Personne.
En tout ceci, nous faisons quelques citations qui ne peuvent donner la substance même du travail de M. Faillon sur la méthode, mais qui doivent suffire pour montrer sa manière, et quel intérêt il sait répandre sur les sujets les plus arides par les citations sans nombre que lui fournissait son
érudition inépuisable. ^ ,
Vient ensuite un chapitre des plus importants sur la nécessite de rendre
le catéchisme agréable aux enfants. Nous le citons ici, parce que l’on sait tous les efforts que les ennemis de la religion ont fait pour décrier ses charmes, et donner des préventions contre les oeuvres les plus aimables^ de la piété, efforts que nous voyons redoubler maintenant. On représente partout dans les livres, les journaux et l’enseignement public, le joug de la piété, comme un joug pénible et insupportable ; on fait appel aux délicatesses de la jeunesse et de l’enfance, qui craint ce qui est sérieux et
Révérend Messire Faillon,
austère ; on lui cache les douceurs de la piété ; on lui en exagère les véritables obligations ; et combien, par ces imputations gratuites et mensongères, a-t-on éloigné d’âmes, et les a-t-on rebutées pour jamais. D'un autre coté, il faut avouer, suivant la remarque très-juste de plusieurs des instituteurs les plus distingués de la jeunesse, qu’il s’est introduit parfois avec les meilleures intentions du monde, un genre de piété sombre, implacable, qui a fait naître ces fâcheuses dispositions contre la religion. C’est la remarque de Fénélon, et dans les derniers temps, de St. Liguori, etc., des Théologiens Romains et enfin de Mgr. Dupanloup et de M. Faillon luimême.
Combien nous semble-t-il donc important d’exposer les idées de M. Faillon sur ce sujet, idées qui ont été adoptées par les Institutions de la jeunesse et qui meme ont donné naissance à plusieurs oeuvres spéciales telles que les oeuvres de Récréation de la jeunesse. Nous pourrions à ce sujet citer les oeuvres de M. Allemand, à Marseille, les institutions des Cercles et les institutions catholiques, ou l’on fait tout pour donner de l’attrait à la pratique d une religion, qui est si remplie d’amabilité et de douceur.
M. Faillon citait à ce sujettes recommandations des souverains Pontifes(i), les piescriptions des Conciles et des Synodes (2), l’enseignement des Saints et des plus éminents Catéchistes (3) : il montre quelle nécessité il y a de présenter à la jeunesse si vive et si impressionnable, sous un aspect aimable et attrayant, l’enseignement de cette religion qui, suivant un
(1) Clément VIII, dans sa lettre à Mr. de la Chétardie ; Benoit XIV, dans ses Institutions.
(2) Synode de Constance, synode d’Anvers 1610, Concile de Besançon 1571. Pastores, pueros ad discendum alliceant blandè et humaniter. — Synode de Brescia 1603. Pueros quasi per ludum ad discendum alliceant. — Synode de Constance 1609.
(3) Amet puer quod cogitur discere ut non opus sit sed delectatio, non nécessitas sed voluntas.
St. Jérome, lettres, etc..
Si les enfants se forment de la religion, une idée sombre et triste, tout est perdu. — Fénélon.
A\ ec un enseignement pareil, tout parait triste et ennuyeux. Idem.
Directeur des Catéchismes.
illustre auteur, joint à sa sainte austérité, tant de côtés aimables et ravissants.
Ceci est le grand défaut d’un certain système d’éducation austère et sans ménagements, et c’est par ce défaut qu’on a achevé de perdre la jeunesse dans certains pays, nous dit M. Faillon : cette éducation a fait peut-être autant de mal que tous les dangers et les dépravations du monde.
u On met, nous dit Fénélon, tout l’ennui dans l’étude et tout le plaisir dans les récréations, et alors la religion se présente comme une médecine salutaire peut-être, mais à coup sûr pénible et désagréable ; elle apparaît comme une loi dure, présentée par des maîtres pleins de préventions et sans condescendance ; les meilleurs enfants ne la suivent que par crainte, mais sans goût et sans affection, la mettant, comme leurs instituteurs, ou elle n’est pas, et faisant tout consister dans des formalités désagréables. D’autres, plus emportés, s’écartent tout à fait, prévenus des fausses idées que leur ont donné la dureté de ces enseignements, et la simplicité et la maladresse des instituteurs, ils ne veulent rien ecouter, et supposent sans s’en éclaircir que tous ces discours ne méritent pa3 seulement d etre examinés. C’est ce qui fait les libertins, et voilà jusqu ou peuvent aller les mauvais effets des instructions désagréables.”
Après ces considérations, M. Faillon donne les moyens de faire aimer le Catéchisme. “ Ces moyens, dit-il, sont plus simples et plus faciles qu’on ne pense, et il cite en preuve cette belle pensée de St. Cyrille d Alexandrie : c’est que “ de même qu’une légère occasion suffit pour causer à un enfant une grande affliction et lui arracher des larmes, il n’en faut pas plus pour lui arracher les transports de la joie la plus vive.
M. Faillon a énuméré dans sa méthode, plusieurs moyens de rendre le Catéchisme attrayant et agréable aux enfants ; mais de plus, dans sa conversation, il revenait souvent sur ce sujet et en indiquait d’autres, donnant pour règle générale, de se conformer aux goûts et aux inclinations des enfants que l’on a à diriger ; pour cela il faut étudier les dispositions et
Révérend Messire Faillon ,
s’en servir dans tout ce qu’elles ont de légitime, leur donner toute la satisfaction possible, autant qu’elle peut aider au succès de l’œuvre si importante que l’on a à remplir, pour leur instruction et leur éducation.
Ainsi tous les penchants de l’enfance à la curiosité, à la nouveauté, à l’émulation, au plaisir, à tout ce qui parle aux yeux, au cœur, à l’imagination, doivent être utilisés pour le bien, car dit M. Faillon, “ il ne faut jamais oublier que ces penchants sont dans l’enfance aussi entraînants pour la vertu, qu’ils sont puissants pour le mal.”
M. Faillon, dans sa conversation, revenait souvent sur ce sujet ; il aimait à rappeler les moyens indiqués dans saméthode pour rendre les catéchismes intéressants : les cantiques bien choisis, bien préparés et bien exercés, et en parties, si l’on peut, comme faisait St. François de Sales, grand admirateur des beautés de l’harmonie ; des chants composés suivant les circonstances, comme l’ont pratiqué si bien les plus saints catéchistes : le P. Grignon de Montfort, Fénélon, les disciples de M. Olier et, de notre temps. Mgr. le Tourneur, Mgr. Giraud, le P. Marquet, le P. Herman, et les RR. PP. Lambillotte, devenus si célèbres, et dont les chants apportent un tel éclat aux plus grandes cérémonies, dans le monde entier.
Ensuite les Billets sur les fêtes principales, récités par les plus capables des enfants, et expliqués par le Président.
Les Dialogues et les Conférences composés avec soin, et d’un attrait qui les rend souvent plus touchants et plus émouvants que les meilleurs sermons.
Il parlait aussi des histoires et des paraboles et il disait • les catéchistes doivent avoir un recueil d’histoires curieuses, extraordinaires et de paraboles bien préparées ; il en avait fait lui-même des recueils qui se trouvent a St. Sulpice, et qui sont sans doute bien intéressants, si l’on en juge par les comparaisons dont il a enrichi sa méthode pour la préparation à la première communion. On sait comme dans les derniers temps les grands historiens de l’Eglise, parmi lesquels on peut citer M. Rohrbacher et M. Darras, ont tiré de l’oubli et mis en lumière des quantités de traits
Directeur des Catéchismes.
intéressants, qui sont comme un trésor tout nouveau pour les Apologistes
de la foi chrétienne. . ,
Enfin il conseillait de faire des emprunts aux usages des differents pays,
et des différents siècles, en les accommodant toutefois au genre du temns présent ; et il était on ne peut plus intéressant, lorsqu’il énumérait les moyens employés pour donner de l'attrait à l'instruction religieuse a Rome, en Italie, en Espagne et dans les provinces les plus pieuses de la
^A Rome, les plus petits enfants, chargés du grave ministère de la Prédication pendant les temps de Noël, principalement a 1 Ara Oæh, et atti. rant autant de monde que les plus illustres prédicateurs.
Pendant le carême et la semaine sainte, les grandes Symphonies re lises des PP. de l’Oratoire, puis les solennités musicales de la chape du Pape et du chapitre de St. Pierre, qui exercent une si grande influence sur les esprits les plus éloignés de la vérité catholique, et ont si ;“t contribué Paux conversions les plus célèbres des derniers
teMSMÎon ' aimât aussi à raconter les cérémonies populaires dont il avait été témoin dans sa jeunesse à Aix : et il le faisait avec le plus grand
Cb A°Noël et aux Rois, toute la population s’empressait dans les Eglises, nour contempler les Bergers et les Mages, et les creches faites avec un Le et une perfection de décors qui frappaient les masses, et étaient au
“t: 4e ce qui se faisait à
Rome aux grands siècles de l’Eglise et dans ses plus beaux jours de triomX’ Elles ont eu la plus heureuse influence eu Provence ; et tous ceux lien ont été témoins ne peuvent douter qu’elles n’aient beaucoup cou- Sué à conserver les grandes qualités d’une population * si riche en lignages de foi, et encore remarquable par les vertus les plus belles et
plus pures.
Révérend Messire Faillon,
Aux jours des Rois, disait M. Faillon, l’orgue représente par une marche, le voyage des Mages dans le désert; on entend d’abord la caravane
dans le lointain, puis approchant peu à peu, puis semblant se perdre dans 1 immensité du désert; à un certain moment, elle semblait passer par les différentes épreuves d’un long voyage, un ouragan, une tempête, et enfin elle arrive, faisant entendre des chants de joie, et des fanfares avec des Gradations et des modulations qui ravissent les étrangers venus des plus grandes distances, et laissent une joie toujours nouvelle à une population si merveilleusement douée pour l’intelligence de l’art musical.
Et en effet, les organistes préparés longtemps à l’avance, se plaisent à montrer en ce jour, toutes les ressources de leur instrument et toutes es. puissances de leur talent ; on ne peut dire combien ces pieux exercices contribuent au goût et au développement de la musique religieuse. 1
Cette marche des Rois Mages, a repris de nos jours une nouvelle célébrité par une imitation heureuse qui en a été faite dans une composition actuellement célèbre dans le monde entier, intitulée le Désert, et due à un illustre musicien qui fut, dans sa jeunesse, enfant de choeur de la-Cathédrale d’Aix, Félicien David.
M. Faillon racontait aussi avec le plus grand charme, et avec une vérité d expression extraordinaire, ces scènes qu’il avait vues dans son enfance aux processions principales, et conservées du bon Roi Réné, dont la mémoire est en bénédiction en Provence.
On voyait aux processions, des personnages chargés de représenter tous les saints de l’ancien et du nouveau Testament, depuis les Patriarches, jusqu'aux Saints Martyrs et Apôtres, etc, etc, de la loi nouvelle.
oui- rappeler le souvenir des différentes erreurs qui avaient affligé le monde avant la venue du Sauveur, des personnages représentaient le culte s differentes idoles ; les peuples payens, en grand costume, conduisaient des \ lotîmes aux sacrifices, et au milieu d’eux, des personnages portant un c mt en triomphe, qu’un individu avait pour fonction, durant toute la
Directeur des Catéchismes.
marche de la Procession, de lancer dans les airs à la plus grande hauteur et de reprendre en ses mains assez habilement pour ne lui faire aucun mal. Ceci était peut-être destiné à rappeler le culte bizarre de certains peuples.
Ensuite venait ce qu’on appelait la scène des démons : Un enfant habillé en blanc, représentait la destinée de l’âme en ce monde, il était accomgné par un ange pourvu d’une épée et d’un bouclier, qui, pendant toute la marche de la Procession, avait à protéger l’âme contre les attaques d’une troupe de démons. L’âme était environnée, saisie, accablée, enlevée même, mais l’ange, toujours vainqueur, dispersait les assaillants, les repoussait et trouvait moyen de recevoir sur son bouclier et son épée, tous les coups destinés à l’âme.
Enfin, à la suite du cortège, apparaissait un personnage sinistre armé d’une faux, et coiffé d’une énorme tête de mort, qui poursuivait sur tout le parcours de la procession, les plus avancés des assistants, en les menaçant de les faucher, le tout aux grands applaudissements de la foule.
Il est vrai, disait M. Faillon, que l’on ne peut plus revenir à ces exhibitions qui paraîtraient trop naïves, en des temps où la discussion, appliquée aux vérités les plus saintes, a rendu les esprits plus difficiles et plus sceptiques, mais on peut au moins s’inspirer de la pensée qui avait suggéré ces pieuses interprétations.
Il faudrait, disait il, sans rien faire de ce qui est contraire à la gravité du ministère, éviter ce sérieux monotone et absolu qui engendre l’ennui et la contention, et qui a si souvent pour résultat l’éloignement le plus complet.
Il citait à ce sujet, la recommandation de St. Anselme de Cantorbery, dans un couvent, où l’on avait adopté la discipline la plus austère pour l’enseignement des clercs.
“ Si vous plantiez un arbuste, en le renfermant dans une boîte, quel arbre auriez- vous au bout d’un an ? un arbre informe, mutilé et dont les branches repliées et tordues ne pourraient donner ni fleurs, ni fruits, ni ombrage.”
Révérend Messire Faillon,
Mais si cela est vrai pour l’éducation des jeunes gens qui se vouaient à la vie religieuse, combien cela l’est il encore plus quand il s’agit d’enfants que l’on destine à la vie du siècle ?
Enfin, ce qui complète admirablement le travail de M. Faillon, et ce qui est d’ailleurs le but de tout le reste, est ce qui concerne l’éducation morale et la sanctification des enfants.
C’est là que se rapportent toutes les pensées du prêtre, quand il s’occupe de la jeunesse. Les ecoles qu il fonde, les sacrifices qu’il s’impose pour répandre l’instruction, n’ont pas d’autre fin que d’éclairer les âmes sur leurs plus grands intérêts. On ne recueillera jamais dans l’âge mur, que ce que l’on aura semé dans l’enfance. L’homme sera à son dernier soupir, ce qu’il aura été dès le commencement, nous dit la Sagesse ; les instructions, les enseignements, les attraits que l’on donne a la religion, à quoi doivent-ils se rapporter, sinon à la formation de ces jeunes coeurs, de ces tendres esprits, de ces caractères encore délicats et flexibles ?
Il faut profiter de ces premières années, où les bonnes habitudes sont décisives pour la vie tout entière, et où la tâche est secondée par les dispositions si accessibles de l’enfance.
“ La tendresse d’âge, la docilité d’esprit, la facilité du naturel des enfants, les rendent susceptibles de toutes les bonnes impressions qu’on voudra leui donner . . Rien n est plus aise que d’inspirer à ces coeurs encore tendres des sentiments de piété, la crainte de Dieu, l’horreur du péché, l’amour de la vertu.” (le P. Neveu. )
C est une tache facile et souverainement efficace ; facile : parcequo l’âme de l’homme est d’abord comme une cire molle qui prend toute impression ; et efficace • parce que cette ame devient ensuite comme un métal, un bronze inflexible qui conserve indélébilement toutes les empreintes ou’elle a reçues.
Ensuite M. Faillon indique les moyens à employer : le zèle et la douceur. Nous ne le suivrons pas dans ces développements, il faut lire tous ces conseils de la sagesse, de l’expérience, mais surtout d’un grand coeur qui
Directeur des Catéchismes.
demandait sans cesse les inspirations à la lumière d’en haut ; et Ton connaîtra encore mieux celui que nous avons voulu glorifier pour le bien, et l’enseignement des âmes.
Sur la douceur, qu’on remarque en particulier ce passage : “ Il est plus facile de reprendre que de persuader ; il est plus commode à la hauteur et à l’impatience humaine de frapper ceux qui résistent, que de les édifier, que de s’humilier, que de prier, que de mourir à elle-même. Dès qu’on trouve quelque résistance dans les cœurs, chacun est tenté de dire comme les apôtres au Sauveur : Voulez-vous que nous disions au feu du ciel de descendre pour consumer ces pêcheurs indociles ? mais Jésus-Christ, au contraire, repousse ce zèle indiscret et répond : vous ne savez de quel esprit vous êtes.”
Mais il faut une douceur toute chrétienne, sans complaisance pour le mal, sans condescendance pour les passions ; qui ne ferme pas les yeux sur les défauts ; une douceur éclairée par la sagesse et qui n’exclut pas la fermeté.
Après avoir exposé les principaux points de la Méthode, il nous reste encore à faire remarquer, qu’ils sont encore développés dans les autres ouvrages sur l’enseignement du Catéchisme, tels que le Coutumier pour la préparation à la première communion , et enfin dans le volume sur la Persévérance, où le pieux auteur complète son œuvre ; car suivant lui, l’on ne doit pas borner l’enseignement religieux, à ce qui se rapporte à la première communion.
Ces deux ouvrages sont encore des chefs-d’œuvre d’enseignement et répondent l’un et l’autre de la manière la plus parfaite, aux intérêts des âmes. Dans le premier, l’auteur donne tous les avis relatifs aux dernières séances qui précèdent la première communion, avec des exemples et des comparaisons, choisies avec le plus grand soin, et qui sont des modèles de ce genre si accessible à la jeunesse.
V Révérend Messire Faillon,
Dans le second ouvrage, M. Faillon donne les motifs les plus puissants pour établir les œuvres de la Persévérance dans toutes les Paroisses ; puis l’ordre et la suite des instructions et des moyens à prendre pour répondre aux intérêts d’un âge plus avancé.
C’est d’après lui, ne donner qu’une instruction incomplète, et ne fournir qu’une éducation qui ne peut nullement répondre au besoin des âmes, et aux circonstances du temps présent, que de se borner aux œuvres de la
première Communion. *
“ L’ enseignement de l’enfance pour la première communion, ne peut suffire pour fa vie toute entière, il faut profiter de l’âge où s’accomplit le développement de l’intelligence, pour donner aux enfants ùn enseignement plus fort, qui montrera les devoirs à remplir au milieu du monde, et qui d’ailleurs servira de contre-poids aux entraînements et au développement des passions.”
« j] est pénible de voir, ajoute-t-il, qu’un grand nombre d’enfants abandonnent à ce moment les pratiques de la Religion, parce qu’on les abandonne eux-mêmes.’
L’illustre auteur de X Œuvre par excellence a confirmé cette considération, du poids de son autorité et de son expérience.
u gt. Charles Borromêe avait fait la même observation, et il dit même : que les Pasteurs qui délaissent les enfants après la première communion, sont pires que les bêtes féroces qui, après avoir engendré leurs petits, ne les abandonnent pas, mais prennent mille soins pour leur conserver l’existence. Que penser donc des pasteurs qui, après avoir communiqué la vie spirituelle aux enfants en leur donnant L. S., ne prennent ensuite aucun soin- de la leur conserver, mais les abandonnent et les délaissent ? ” Ces pratiques et les enseignements de St. Sulpice recueillis, co-ordonnés et formulés par M. Faillon, dans ses dix années de Direction des Catéchismes, ont porté leur fruit, ont donné naissance à des œuvres semblables dans des milliers *de Paroisses, et ont même inspiré des ouvrages considérables, tels que l’œuvre de la Persévérance, en dix volumes, de Mgr.
Directeur des Catéchismes.
Oaume ; le grand Catéchisme de Rhodez, le Catéchisme du Mans et bien d’autres, dont on peut dire qu’ils ont fait pour la conservation de la foi, et la pratique des vertus chrétiennes, un bien que l’on peut comparer jusqu’à un certain point, à celui produit aux XVe et XVIe siècles, par les ouvrages de piété, dus à St. François de Sales, Pierre de Blois, Thomas à Kempis, le P. de Grenade et le P. Rodriguez.
Et en effet ces œuvres de zèle ont sauvé des milliers d’âmes, suscité des milliers de .vocations, même dans les pays où l’iniquité avait jusque-là fait le plus de progrès, tandis qu’on a vu des contrées qui semblaient à l’abri des efforts de l’incrédulité et qui étaient pourvues de bien des secours religieux, lesquelles se sont trouvées envahies tout à -coup par l’impiété pareequ’on pensait n’avoir rien à faire de particulier pour la jeunesse.
Aujourd’hui, où l’on voit combien la foi est de nouveau menacée, l’on doit comprendre quel recours il faut avoir à ces puissants moyens de salut.
Voici comment, il y a quelques années, un des auteurs les plus vénérés dans l’Eglise et les plus accrédités à Rome, s’exprimait sur la Persévérance et les œuvres de M. Olier, et combien ses assertions ont-elles été vérifiées par les évènements dont nous sommes actuellement témoins !
“ Où en sommes-nous ? Reste-t-il encor quelque espoir de salut pour la société ? Ou bien, est-ce la fin, et faut-il nous voiler la tête ?
“ Telles sont les questions que s’adressent chaque jour, les hommes habitués à réfléchir sur les grands intérêts de l’humanité. On demande des nouvelles de la société comme d’une armée en campagne, qui chaque jour peut périr, ou comme d’un malade aux prises avec la douleur et dont chaque instant peut être le dernier. Ces questions n’ont rien qui doive étonner, tant notre état est critique et précaire ! Et certes elles sont assez graves pour mériter qu'on s'en occupe."
Et l’auteur, continuant par cette pensée : que tous les esprits sérieux admettent que le monde ne triomphera d'une si grande crise qu'en revenant à la Religion , il conclut en affirmant : qu’il ne peut y avoir de meil-
Révérend Messire Faïllon,
leur moyen d’atteindre ce but qu’en établissant, dans toutes les paioissesr les oeuvres de M. Olier à -St. Sulpice, et en particulier : L’œuvre de l<$ Persévérance après la première communion.
C’est ainsi qu’il s’exprime : “ Examinez la question, tournez-la,
retournez-la sous toutes ses faces et dites si vous connaissez un meilleurmoyen.”
“ Tout ce que nous savons déjà c’est que les Souverains Pontifes necessent d’encourager ce moyen de salut si impérieusement réclamé par les circonstances. (*)
« Tout ce que nous savons encore, c’est qu’ils pensent comme le Pasteur des Pasteurs, les pieux Evêques qui gouvernent nos Eglises. De toutes parts ils s’empressent d’établir dans leurs Diocèses cette précieuse institution.” .
“ Sans doute, les autres Institutions paroissiales sont utiles ; elles produisent toujours de grands fruits, mais elles répondent moins directement aux nécessités actuelles. Destinées à nourrir la Piété, elles supposent la connaissance des Vérités de la Foi, que jadis savait donner l’enseignement de la famille.”
« Mais aujourd’hui, hélas ! on ne peut plus compter sur cet enseignement. Et dès lors que reste-t-il à faire ? Il ne reste plus qu une chose, c’est de recourir aux moyens pris par M. Olier, curé de St. Sulpice, dans des circonstances semblables ; moyens qui, de la paroisse la plus dépravée de l’univers, ont fait la paroisse la plus édifiante et la plus pieuse de la capitale et on peut dire Modèle dans toute l'Eglise .”
Et, ajoute ce pieux prélat : « O prêtre saint ! que le monde vous bénisse,
pendant que le ciel couronne vos mérites.”
L’on voit comme ces idées répondent à celles de M. Faillon lui-même ;
(*\ yoir les rescrits de Pie VIII, 10 Mai 1830; de Grégoire XVI, 13 Septembre 1831; de Pie IX, 11 Décembre, 1846, et depuis ce temps un nombre considérable de rescrits semblables du même Pontife à différents Diocèses dans le monde entier.
Directeur des Catéchismes.
iBais ne sont-elles pas devenues encore plus dignes de considération depuis les derniers malheurs de l’Eglise.
Et en effet, nous sommes placés en ce moment au milieu des plus graves dangers, et des éventualités les plus redoutables. Que voyons-nous ? l’Eglise désolée, le Souverain Pontife dépouillé, prisonnier dans son palais, et exposé aux dernières violences ; les plus saintes congrégations dispersées et jetées aux quatre vents du ciel ; les grands peuples catholiques désunis et menacés au dedans comme au dehors, par des ennemis si nombreux et si puissants que non seulement ces grandes nations ne peuvent tenter rien d’efficace pour V appui de la société spirituelle , mais qu’elles peuvent à peine répondre pour elles-mêmes, d’un seul jour d’existence.
Or, comment rémédier à de pareils maux ? Ah ! sans doute, il faudrait que la Foi fut plus vive et plus puissante dans les coeurs ; mais pour cela combien y a-t-il surtout à compter» sur l’enseignement religieux des jeunes générations ? Ainsi, quoiqu’il advienne : soit qu’on parvienne à faire rentrer dans leur lit les flots soulevés, soit qu’il faille se résigner à confier à ces débordements V Arche de la société sainte , combien est-il nécessaire que les lumières de la Foi brillent aussi éclatantes que possible aux âmes risquées dans la plus grande aventure qui fut jamais.
En terminant ce chapitre, en résumant tout ce que nous avons exposé, rendons hommage à M. Faillon pour la part qu’il a prise au développement de l’enseignement religieux.
Tous les défenseurs de l’Eglise en proclament la nécessité et indiquent particulièrement les moyens mis en pratique par M. Olier et ses successeurs ; or, c’est M. Faillon qui a fait connaître les pieuses traditions de St. Sulpicq^p’est lui qui a mis au jour les saintes industries de nos pères ^ c’est lui qui a fourni les moyens les plus efficaces de les répandre.
Trois œuvres, mises en pratique de nos jours, peuvent aider surtout l’Eglise contre ses ennemis : l’Œuvre de la Propagation de la Foi, qui soutient presque toutes les missions ; PArchiconfrérie pour la conversion
Révérend Messire Faillon.
des pécheurs qui compte des millions d’associés, l’Œuvre de la Persévérance répandue dans tous les Diocèses. (*)
Or, si nous aimons à remarquer que ces trois Œuvres sont dues au zèle religieux de la France, nous avons eu aussi bien à cœur de proclamer la part que M. Faillon a prise si spécialement à ce grand mouvement religieux.
(#) La Persévérance, répandue en France, en Italie, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne, est établie au Brésil, au Chili, au Pérou, au Mexique, aux Etats-Unis, mais nulle part elle n’ajjfait plus de fruit qu’en Canada, ou depuis les injonctions pressantes du Concile de Québec, en 1852, elle a été adoptée dans tous les Diocèses, suivant les ressources de chaque Paroisse. A Montréal seulement on compte, chaque dimanche, Six Réunions de Persévérance.
j^HAPITI\E
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UITIEME.
Vie de m. olier.
Nous voici arrivés à la vie de M. Olier , l’ouvrage le plus important que nous devons à M. Faillon ; celui qui nécessita le plus de recherches,, qui lui coûta le plus de travail, et auquel il put appliquer toute la force de son esprit développé par l’étude, et des œuvres déjà remarquées.
Il était parvenu à la plénitude de son talent par ses premiers travaux , c’est donc cette œuvre qui est par excellence le fruit de sa maturité ; d’ailleurs n’est-ce pas celle où il a réalisé le plus complètement toute la
pensée de sa vie ecclésiastique et religieuse ?
Il voulait glorifier et mettre dans la lumière, le saint, le génie fondateur de la compagnie bien aimée à laquelle il appartenait ; il voulait donner au clergé un modèle de piété et de zèle, applicable surtout dans les circonstances présentés ; enfin il voulait offrir à ses confrères, pour qui il aurait donné son sang et sa vie, autant qu’il était possible dans sa plénitude, l’esprit de cet admirable prêtre, et de ce grand docteur et
amant des âmes. <v
4u9si, a-t-il eu soin de présenter les faits de maniéré à faire comprendre les exemples qui s’y trouvent renfermés ; mais, outre les exemples, il expose la doctrine, où l'esprit céleste éclate de toutes parts; afin que les prêtres n’y rencontrent pas seulement des modèles pour des circonstances particulières, mais le génie et l’inspiration sublime et divine qui
doivent les diriger en toute leur vie. ,
Telle était la pensée qui animait M. Faillon dans la composition i ce grand ouvrage, et tous ceux qui l’ont médité, ont proclamé qu .1 aval, admirablement atteint son but, et même en énumérant tous les ouvrages
Révérend Messire Faillon,
qu’il a composés et qui ont chacun ..leur genre d’importance et d’intérêt, tous se sont plu à déclarer que la composition de ce seul livre eût assuré à M. Faillon une des premières places parmi les écrivains religieux et les hagiographes les plus célèbres. .Nous rapporterons plus loin? quelques-uns de ces témoignages.
Pour arriver à son but, il ne recula devant aucune recherche et aucune peine ; il commença d’abord par réunir avec le plus grand soin tous les ouvrages écrits sur M. Olier ; ensuite ceux où se trouvaient des renseignements sur les évènements auxquels furent mêlés la vie et les œuvres du saint fondateur.
Enfin, pour bien saisir son inspiration intime, la pensée de ses œuvres? ses sentiments, il analysa tous les écrits de M. Olier qui forment, on le sait’ un ensemble considérable, et ainsi il réunit des quantités de traits, de remarques et d’appréciations qui ont si profondément pénétré son ouvrage, que l’on n’en peut lire même quelques lignes, sans être étonné du travail immense qu’il a accompli.
En effet, tandis queM. Faillon asoin de faire marcher ensemble les faits et la doctrine, il ne cite pas un fait qu’il ne l’établisse par les autorités les plus nombreuses et les plus importantes, et enfin il n’expose la doctrine sur aucun point que par une concordance continuelle avec l’ensemble de toutes les œuvres.
Mais ce n’est pas encore là qu’il borne son travail ; en même temps qu’il donnait les autorités les plus nombreuses, il se fesait un devoir de les citer textuellement, et cela avec une telle habileté que quelle que fut la diversité du style et des documents, il parvint à fondre ces éléments de manière à en faire un tout uni et complet, que les plus habiles critiques ne peuvent se lasser d’admirer.
Le succès de la vie de M. de Lantages et de M. Demia, avait été assez grand pour faire penser que peu d’écrivains, dans la compagnie, se trouvaient aussi bien préparés que M. Faillon pour entreprendre une biographie aussi importante, mais quelqu’ait été le mérite de ces deux ouvrages, on peut bien
Vie de M. Olier.
dire qu’il a été tellement dépassé, que rien ne pouvait y faire prévoir quelle serait l’excellence du nouveau travail de l’auteur.
Quoi qu’il en soit, du reste, de ses dispositions pour entreprendre un si grand travail, et indépendamment de toute indication à cet égard par les supérieurs, il arriva une rencontre qui lui inspira tout-à-coup le plus vif désir de consacrer ses soins à élever un monument a la mémoire du pieux fondateur de St. Sulpice; ce fut lorsqu’une circonstance particulière vint lui révéler l’esprit et lé génie de M. Olier.
D’abord à son entrée dans la compagnie, il avait été frappé de 1 élévation des écrits de M. Olier, d’après quelques ouvrages généralement répandus. Il avait écouté avec bonheur ce qui se transmettait a Ici Solitude sur l’esprit du saint Fondateur.
Enfin, c’est avec le plus grand attrait qu’il avait lu la vie si édifiante donnée par M. Nagot, et qui a des qualités si reelles et si solides. Mais avec tous ces préliminaires à la connaissance de M. Olier, on peut dire que rien encore ne lui avait fait soupçonner ce qu il devait lui-meme y découvrir plus tard.
Ce fut quelques années après son entrée dans la compagnie et lorsqu’il se trouvait à Lyon. C’est alors qu’il fit une découverte qui lui donna en quelques instants de la grandeur du génie de M. Olier, une idee bien supérieure à tout ce qu’il en avait pu avoir jusque-là.
Il avait déjà beaucoup étudié et parcouru les Pères, il en admirait la richesse et cette profondeur qui ne révèle ses leçons qu’à l’étude et à la méditation la plus assidue. Souvent, dans ses lectures, il avait, éprouvé le regret que les grands écrivains religieux modernes, n’aient pas eu recours plus souvent à ce fond si grand de lumière et d’enseignement, et de plus qu’ils n’eussent pas appliqué la force de leur esprit à ces mystérieuses révélations d’en haut, que n ont tait qu effleurer meme les génies les plus vantés des derniers siècles. Mais quel fut son étonnement lorsque s’étant mis à lire dans la Bibliothèque du Seminaiie, 1 un des manuscrits de M. Olier, il y découvrit une si grande intelligence
132 Révérend Messire Faillon,
et connaissance des Pères, qu’il lui semblait y trouver des lumières jusquedà inaccessibles.
Plus il avançait dans cette lecture et plus son admiration augmentait, découvrant dans une abondance d’expressions et de sentiments inépuisables, l’explication claire et profonde de tout ce qu’il avait trouvé jusque-là de plus profond, de plus secret et de plus caché.
Ainsi la doctrine de M. Olier l’éclairait dans les voies les plus difficiles et les plus ténébreuses, tandis que la connaissance qu’il avait déjà acquise des Pères, avait pu seule lui faire comprendre la grandeur et la profondeur du génie de M. Olier.
Ce fut pour lui comme un trait de lumière qui décida de la pensée et de l’application de tous ses moments ; il continua pendant de longs jours ces lectures si précieuses et si douces à son coeur, et ensuite il redescendait de la Bibliothèque, tout transporté, et l’on voyait sur ce calme et doux visage, un rayonnement de joie qui l’illuminait et ressemblait à cet éclat qui faisait resplendir les prophètes antiques, au sortir de leurs entretiens avec les esprits célestes.
On comprend que cette satisfaction eut un effet fructueux et durable ; dès lors il se dévoua irrévocablement à l’étude et à la méditation du pieux fondateur, il recueillit à Lyon et bientôt à Paris, tous les documents qui pouvaient lui être utiles.
Ce fait avait eu lieu depuis plusieurs années, lorsque, suivant ses désirs et ses aspirations les plus chères, il lui fut proposé de récrire la vie éditée par M. Nagot ; en peu de temps il disposa et détermina son plan, se proposant d’écrire un livre qui, outre les faits de piété et d’édification qu’elle devait renfermer, se compléterait par l’exposition de la grande doctrine du pieux fondateur.
Il réunit tous les ouvrages qui se rapportaient à M. Olier, d’abord ses propres mémoires qui comprennent 3 vols, in 4°, puis les six cahiers écrits sur l’injonction du P. Bataille, procureur général des Bénédictins ; enfin, les abrégés faits sur les mémoires par M. Bourbon et M. Lechassier.
Vie de M. Olier.
De plus les .travaux de M. de Bretonvilliers, de M. Tronson, de M. Baudrand sur la vie de M. Olier, enfin outre les lettres de M. Olier, qui forment un volume in-folio, il réunit les lettres de M. Tronson, de St. Vincent de Paul, du P. de Condren, du P. Amelotte, qui se rapportaient au même sujet.
Il recueillit encore toutes les Biographies des Saints Personnages qui ont illustré l’Eglise au XVIIe siècle, des Evêques, des supérieurs des ordres religieux, des Curés du temps, les grandes biographies de St. Vmcent-de- Paul,de M.de Condren, du Cardinalde Berulle,de M.Bourdoise,du P.Yvan, du P. Bernard, du P. Fourrier ; puis ce qui concernait les laïques, M. de Dent j, M. de Queryolet, Mlle de Melun, etc., et ayant parcouru toutes les bibliothèques de Paris, outre les ouvrages cités plus haut et assez généralement connus, il découvrit encore près de cinquante ouvrages manuscrits non encore édités, et ou il trouva bien des renseignements importants.
Ses recherches furent si heureuses, qu’il put se servir de deux grands ouvrages que l’on croyait perdus pendant la Révolution, c est-à-diie les mémoires de M. Baudrand, curé de St. Sulpice, et les mémoires si considérables de M. du Ferrier, compagnon des premiers travaux de M. Olier.
M. Baudrand, en 1682, avait écrit la vie de M. Olier sous ce titre : Mémoires sur lu vie de M. Olier et sur le Séminaire de St. Sulpice , ce mémoire fut égaré pendant la révolution, et 1 on en regardait la peite comme irréparable, lorsqu’en 1835 un chiffonnier présenta à MM. les conservateurs de la bibliothèque royale, divers manuscrits, parmi lesquels était une copie de ce mémoire et une autre copie incomplète du meme ouviage.
Là, suivant la remarque de M. Faillon,se lisent des particularités qu on ne peut trouver ailleurs, ce qui n’est pas étonnant, puisque l’auteur s’ était proposé de remplir bien des lacunes laissées dans la vie composée pai M. de Bretonvilliers.
Maintenant, nous allons parler des mémoires de M. Du Ferrier et rapporter comment cet ouvrage, si précieux et perdu depuis longtemps, tut
134 Révérend Missive Faillon ,
retrouvé tout à coup merveilleusement, par M. Faillon, pendant le cours de son travail.
Par toutes ses recherches, il avait compris qu’il devait exister des mémoires assez étendus de M. Du Ferrier, cet ami dévoué de M. Olier et si attaché à ses oeuvres. Ces mémoires étaient cités dans les deux historiens de M. Bourdoise, dans un manuscrit de l’Oratoire, et enfin dans la vie du P. Condren ; M. Faillon avait même trouvé à la bibliothèque royale un fragment de ces mémoires renfermant 105 pages, et qui ne se rapportait qu’aux relations de M. Du Ferrier avec M. de Condren.
Il en était ainsi et il y avait déjà plusieurs années qu’il poursuivait ses recherches, et plus il travaillait, plus il voyait s’agrandir devant lui la voie qu’il avait à parcourir ; il continuait donc ses courses dans Paris, augmentant chaque jour sa collection de documents, délivrés, de notes, d’extraits, au point de remplir sa bibliothèque.
C’est dans ces circonstances, qu’enfin M. Garnier, Supérieur Général, crut devoir lui faire des représentations ; il lui fit observer qu’il fallait mettre enfin un terme à ces accumulations incessantes, à ces extraits infinis, et aussi à ces pérégrinations qui étaient si peu en rapport avec le régime delà maison ; il ajouta que, d’ailleui'S, il devait avoir épuisé toutes les recherches, qu’il ne devait plus retarder l’exécution de son oeuvre, mais songer enfin à mettre en oeuvres ses matériaux.
Ces observations affligèrent sensiblement M. Faillon qui se croyait encore bien loin d’avoir fini ses préparatifs et il réclama avec tant de d’insistance, que M. Garnier voulut bien lui laisser encore quelque temps, mais il lui annonça qu’il lui donnait encore quinze jours, après lesquels il serait inflexible.
Ce fut avec la plus vive douleur que M. Faillon vit qu’il devait se soumettre, et alors il redoubla de soins et d’applications. Les journées se passaient ainsi et M. Faillon était arrivé à l’avant dernier jour; il se trouvait à la Bibliothèque Ste. Geneviève et il travaillait avec le regret de penser qu’il fallait mettre un terme à ses recherches.
Vie cle M. Olier.
Il en était là de ses travaux, lorsqu’en 'remuant des archives et des documents dans des cartons qu’il croyait avoir visités plus d’une fois, il fut frappé par cette suscription qui aurait pu lui présager la rencontre bien souvent désirée, Œuvres de M. Du Février ; il avança avec hâte la main, il examina ces manuscrits et il vit qu’il ne s’y trouvait que des ouvrages de droit d’un M. Du Ferrier, ancien jurisconsulte, et!” qui n’avait probablement que le nom de commun avec le compagnon "de^M. Olier et du premier supérieur de la communauté de St. Sulpice ; il referma donc ces volumes, mais en les remettant à leur place, il vit qu’ils étaient suivis d’autres volumes manuscrits qui portaient cette suscription : Mémoires de AT. du Ferrier , il les ouvrit aussitôt et quelle fut sa surprise, et en même temps son ravissement en voyant qu’ihavait enfin trouvé ces bienheureux mémoires qu’il cherchait en vain depuis tant d’années.
Il a raconté souvent lui-même combien il fut saisi et ému dans cette rencontre, et en faisant ce récit il montrait, sans y prendre garde, quel intérêt il portait à ces travaux et à ces recherches infatigables.
Il resta, dit-il,- comme stupéfait en voyant ces mémoires, il les avait enfin devant lui, après les avoir si longtemps cherchés ; et il les trouvait complets, sans lacunes, et sans altérations. Il n’en croyait pas ses yeux, il lui semblait être dans un rêve et il en était même tellement persuadé,
. qu’il saisit la table, la. frappant à plusieurs reprises avec ses mains, pour se convaincre qu’il n’était pas le jouet d’une illusion.
Il parcourut le carton et il compta 13 cahiers in-4° de différentes mains formant 709 pages, et en ayant pris connaissance, il trouva ce qu’il avait soupçonné, c’est-à-dire mille détails sur la vie de M. Olier, rapportés par un témoin digne de foi, et qui avait toutes les qualités requises pour bien observer et bien présenter les faits.
M. Du Ferrier, était le fils d’un lieutenant général, et neveu du^grand maître de l’ordre de Malte; vers l’âge de 20 ans il était venu à Parisjpour terminer ses études, et chercher fortune ; le Cardinal de Richelieu, en gran-
Révérend Messire Faillon,
■ des relations avec le grand maître de Malte et sollicité depuis longtemps, avait désigné le jeune du Ferrier pour un des principaux évêchés de France, lorsque celui-ci fit annoncer au Cardinal qu’il avait renoncé à toutes faveurs, et il se mit dès lors à la disposition de M. Olier, sous la direction du P. de Condren pour toutes les oeuvres que ceux-ci avaient en vue.
Voici ce que M. Faillon dit de ces mémoires ; “Ces récits sont pleins de naturel et de vivacité, et l’on s’aperçoit que l’auteur, malgré son grand âge, n’avait rien perdu des souvenirs de sa jeunesse, de la facilité de son esprit, ni même de la gaieté de son humeur. ”
En parcourant les deux volumes de la vie de M. Olier, on peut juger du prix que M. Faillon a attaché à ces récits : il cite M. Du Ferrier plusieurs fois dans chaque chapitre, et il en a même extrait souvent des pages entières qui sont du plus haut intérêt : ainsi la conversion d’un régiment de cavaliers suédois, la conversion du Maréchal de Rantzau et de sa femme, etc., etc., les détails sur Françoise Fouquet ; tout ce qui est relatif au couvent de la Regrippière, aux Missions et à leurs commencements, ainsi qu’à M. de Queryolet, etc., etc. ; tous les rapports de M. Olier avec M. de Condren, et enfin les débats du Jansénisme, etc.,, etc.
Pour terminer ce que nous avons à dire sur les documents employés par M. Faillon, nous parlerons d’une importante découverte qu’il a faite vers 1867, à la grande Bibliothèque de Paris.
Il préparait sa seconde édition de la vie de M. Olier, et il allait souvent à la Bibliothèque pour consulter encore les sources originales, lorsqu’un jour le chef du dépôt des manuscrits, le vénérable M. Claude, lui dit qu’il avait trouvé une réunion de documents qui pourraient l’intéresser, comme se rapportant au XVIIe siècle, et traitant de sujets religieux ; c’était une trentaine de volumes manuscrits*, attachés ensemble, et qui avaient été intitulés officieusement par quelque bibliothécaire bénévole : Récits d'une Visionnaire du X Vile siècle , il lui remit quelques-uns de ces volumes, mais alors quelle fut la surprise de M. Faillon, lorsqu’en parcourant ces documents, il découvrit qu’ils n’étaient autre chose que les écrits mêmes de la
Vie de M. Olier.
sainte et admirable Marie Rousseau, qu’il a citée tant de fois dans la première édition d’après les différents écrits contemporains, qui attribuent unanimement à cette âme d’élite une si grande influence, sur l’institution des séminaires.
Nous n’avons pas besoin de dire quelle confiance elle inspirait à St. Vincent de Paul, à M. de Condren, au Cardinal de Richelieu, à la Reine Mère, mais pour comprendre l’intérêt que ces écrits pouvaient inspirer à M. Faillon, l’on n’a qu’à consulter la vie de M. Olier, et l’on verra comment il parle de cette sainte personne. Aussi ce jour fut l’un des plus saisissants de toute sa vie et quel ravissement éprouva-t-il lorsqu’en tirant ces cahiers, il vit qu’ils étaient un véritable trésor pour l’oeuvre qu’il avait entreprise.
Ces volumes étaient les écrits mêmes de Marie Rousseau, qu’elle avait commencés sur l’injonction formelle de son directeur, et où elle rapportait jour par jour les pensées, les lumières qu’elle avait reçues de Dieu et les oeuvres auxquelles elle avait employé son zèle.
M. Faillon en commença l’étude, et il trouva dans cette immense correspondance, rédigée au jour le jour, toute la suite des événements religieux se rapportant précisément aux années où Marie Rousseau avait le plus contribué aux commencements et à la fondation de l’oeuvre des séminaires ; oeuvré qu’elle entoura toujours de sa sollicitude et à laquelle elle continua le secours de ses prières et de ses conseils jusqu’à sa mort, arrivée en 1680, 24 ans après celle de M. Olier.
M. Faillon trouva assez de matériaux pour y faire en six mois près de cinq mille extraits, qu’il a fait entrer dans sa nouvelle édition, lesquels ont porté l’ouvrage à trois volumes, et lui ont domré un tel accroissement, que M. Faillon disait que • il v aurait autant de différence entre la “ et la 1ère édition, qu’il y en avait entre celle-ci et la première vie écrite “ par le vénérable M. Nagot.’’
Mais avant de passer à l’examen de l’oeuvre de M. Faillon, nous montrerons l’estime qu’elle inspira a tous les meilleurs espiité.
Révérend Mess ire Faillon,
Le livre ayant paru en 1841, se répandit aussitôt dans tous les diocèses, fut accueilli avec la plus extrême faveur et fut salué d’un concert universel d’hommage. Nous citerons particulièrement l’avis de l’Ami de la Religion, de M. Rohrbacher, du rédacteur de l’Université Catholique et d’autres publicistes distingués.
Ainsi s’exprime Y Ami de la Religion :
u L’auteur de la vie de M. Olier, n’a rien négligé et a puisé dans une multitude d’ouvrages; aussi cette vie est une biographie ecclésiastique de l’époque ; elle est pleine de faits, mais elle est surtout pleine de piété. Il y a tant de renseignements, de précision, de recherches que eela ne ressemble guère à la manière actuelle d’écrire l’histoire : on ne prend pas tant de. peine; nos écrivains ne réunissent jamais tant de faits, et ne sont pas si scrupuleux sur l’exactitude ; mais l’auteur a mieux compris ses devoirs d’historien et le travail consciencieux auquel il s’est livré honore à la fois son caractère, son goût, son jugement -et sa piété.”
Et dans un autre article Y Ami de la Religion termine ainsi :
“ En tout, l’estimable auteur a fait preuve d’une exactitude, d’un discernement, d’une érudition, et d’une piété qui doivent lui concilier l’estime et la reconnaissance du public religieux.”
M. Rohrbacher, dans son admirable histoire de l’Eglise, a mis l’ouvrage de M. Faillon à contribution ; il en résume la partie principale dans une analyse d’une trentaine de pages, faite avec un grand soin ; il reproduit textuellement les jugements de M. Faillon sur les principaux personnages du temps, et enfin il consacre une dizaine de pages à reproduire les réglements donnés par M. Olier à la paroisse de St. Sulpice et qui ont une si grande importance puisqu’ils ont été adoptés dès lors dans un si grand nombre de paroisses et qu’enfin on ne cite nulle part un travail pour l’organisation des paroisses aussi complet, aussi étendu et aussi pratique que celui-ci. Enfin dans l’une de ses préfaces il a cité avec un grand éloge le nom de M. Faillon.
Un des principaux comptes-rendus est celui qui a été donné dans la
Vie de M. Olier.
Kevue de l Cniversité Catholique en 1841, qui comptait pour rédacteurs les hommes les plus éminents ; cette appréciation a été faite avec soin, et montre une connaissance peu commune de la grande époque que M. Faillon a si bien et si complètement décrite.
On loue avec intelligence les qualités qui distinguent cette belle œuvre, et 1 on répond, avec beaucoup de tact, à des reproches émis par des écrivains peu au courant des exigences de la critique historique.
Ils avaient blâme M. Faillon d’avoir parlé à propos de M. Olier d’un si giand nombre de personnages de son temps ; il est intéressant de voir comment répond le critique de F Université Catholique :
Vie de M. Olier : Voici un livre à la manière Allemande ; à propos d’un seul homme, il parle de tout le siècle où il a vécu, mais il en devait être ainsi pour plusieurs raisons.
M. Olier était d’une famille très nombreuse et ayant un grand nombre de ses membres attachés aux hauts emplois ; lui-même a été en relations. avec les grands personnages d’une époque si remarquable ; ses établissements l’ont mis en rapport* avec ce qu’il y avait d’éminent dans l’Episcopat, le Clergé et la Cour.
Enfin il a eu pour auxiliaires, les personnages les plus admirables par la piété, le zèle et les œuvres.
D abord, quant à la famille de M. Olier, elle était l’une des principales du Parlement et alliée avec les illustrations de la magistrature et de la noblesse . Molé, Pasquier, Seguier, de Meliand, de Bellièvre, de Mesmes, de Chamillard, de Polignac, et de Chavigny.
Il a eue en relation par les circonstances ou par ses œuvres, avec de saints personnages comme St. François de Sales, St. Vincent de Paul, le Pere de Condren, M. Bourdoise, le P. Yvan ; il a eu pour protecteurs les Supérieurs Généraux des Bénédictins et des Augustins, enfin le Cardinal de Richelieu et le Cardinal Mazarin.
Il a eu pour auxiliaires M. de Bretonvilliers, M. Tronson, M. de Lantages, M. Demia, M. de Foy, M. du Ferrier, M. Amelotte, M. Meyster,
Révérend Messire Faillon ,
M. Picoté, M. de Poussé, le Prêtre Bernard, le P. Véron, le frère- Claude.
Parmi les laïques, M. de Renty, M. de Queryolet, M. de la Dauversière, les MM. de Fénelon, et enfin Clément et Beaumais.
Parmi les femmes : la Mère Agnès, Mad.de Chantal, Mad. de Marillac, Marie Rousseau, Mlle, de Melun, Mad. de Pollalion, la Princesse de Condé, la Princesse de Conty, la Duchesse d’Orléans, et même la Reine Anne d’Autriche.
M. Faillon ne pouvait donc faire connaître M. Olier sans parler de ceux qui l’entouraient, et qui pour la plupart eurent une influence si directe sur ses oeuvres ; c’est ainsi que son ouvrage est un tableau très étendu et très complet de l’Eglise de France au XVIIe siècle.
Le style de l’ouvrage est clair et pur ; et s’il ne vise pas à des formes brillantes, il se fait remarquer par un ton noble, simple qui est vraiment ecclésiastique.”
On peut dire que M. Faillon n’était étranger à aucune des ressources du style ; on n’a qu’à lire ses expositions, ses caractères, ses portraits, ses anecdotes principales,' *se3 descriptions, comme celle du Faubourg St. Germain au moment où M. Olier y arriva avec ses disciples, et l’on verra s’il n’a pas eu éminemment les qualités qui recommandent le3 grands historiens.
Enfin le critique remarque, comme l’oeuvre grandit “ toutes les fois que M. Faillon met en scène son héros, et qu’il reproduit ses propres expressions.” C’est ce que dit la Revue : “ l’historien s’élève lorsqu’il cite son héros, homme à hautes vues et à grand style.”
Pour en donner une idée, le judicieux critique rapporte en entier le tableau des destinées de l’Eglise que M. Faillon a donné dans sa préface, d’après M. Olier :
“ L’Eglise, dit-il, figurée par la lune dans les Ecritures,” (et c’est ce que nous affirment les grands docteurs, St. Ambroise, St. Augustin, St. Grégoire le Grand, Origène, St. Anastase le Sinaite, etc., etc.,) a comme cet
Vie de M. Olier.
astre ses accroissements et ses décroissements, ses temps de perfection et de déclin.” D abord, en scs commencements, elle ne parait pas, elle est dans l’obscurité, cachée dans les cavernes, accomplissant ce queNotre-Seigneur a prédit de lui et de ses disciples : “ Si le grain de froment ne tombe en terre et ne meurt , il demeurera seul. ” Elle s’accroît ensuite, elle sort du tombeau et elle se répand par une sorte de résurrection, brillant partout avec les Peres et les Docteurs ; ensuite elle décroit encore ; et il en sera ainsi de ces alternatives pendant toute sa dures. Mais ces décroissements ne sont pas définitifs, et elle sa relève d’abord avec St. Grégoire le Grand et St. Benoit, ensuite avec St. Bruno et St. Bernard, plus tard avec St. Dominique et St. François d’ Assise, et enfin la défaillance survenant encore?
des nations se laissant envahir par Vhe rêsie , des religieux tombant dans V apostasie , des prêtres et des prélats ignorants et vicieux couvrant V Eglise d'opprobres ,” Alors Dieu sauve son Eglise, y rétablit la ferveur, suscite les plus grands exemples, met une digue au mal eu assemblant par sa miséricorde, un célèbre Concile qui décide de la Foi, donne des règles aux monastères, et prescrit des moyens efficaces pour la réforme du Clergé dans l’institution des Séminaires.”
Nous citerons encore un jugement que l’on doit au Prince des publicistes de notre temps, et qui nous a été rapporté par de3 témoins dignes de foi.
“ Cette vie de M. Olier, disait M. L. V-euillot dans une réunion, est un livre extraordinaire ; c’est assurément la biographie la plus admirable que j aie jamais lue ; elle est composée d’après tous les documents que peut fournir cette grande époque du XVIIe siècle et elle renferne de3 détails empruntés à des centaines d’ouvrages, mais qui plus est, elle est rédigée avec un si grand soin, que tous ces éléments ont pu être intercalés dans le texte et fondus dans le récit, de manière à ne jamais en interrompre la suite. C’est donc comme une mosaïque admirable tellement unie et reliée ensemble qu’elle forme un tout complet ; il est impossible de saisir la différence de style entre les différentes parties dont
Révérend Messire Faillon,
il se compose. Que cela ait pu être opéré pour quelques pages, cela nous paraîtrait un véritable trait de force et d’habileté, mais qu’est-ce donc quand l’on trouve ce procédé appliqué avec tant de suite, à deux volumes énormes ; ceci parait merveilleux.”
Après ces dilférentes appréciations, nous citerons de la vie de M. Olier, ce qu’elle nous offre de plus actuel, nous réservant d’en donner un examen plus étendu lorsque la nouvelle édition en trois volumes aura paru. Ici nous allons montrer surtout ce que M. Faillon a ajouté aux anciennes biographies, d’après l’immense quantité de documents qu’il avait recueillis.
Il nous fait remarquer d’abord que M. Olier, Jean Jacques, né le 20 Sept. 1603, un Samedi, jour consacré à la très Sainte Vierge, élevé dans l’habitude du recours à la Sainte Vierge, par une mère pieuse qui portait le nom de Marie, témoigna dès son enfance la plus grande dévotion à la Reine du Ciel ; et ainsi nous est expliqué ce sentiment si profond qui a dominé toute sa vie.
Sa bonne mère le faisait prier et le menait à l’Eglise, et l’on voit comme l’enfant montra dès ses premières années, les signes d’une vraie prédestination à la vocation sacerdotale ; tout petit, il manifestait le plus grand contentement à l’Eglise, à ce point que lorsqu’il avait quelque vive peine, il suffisait pour le calmer que sa nourrice le portât à l’Eglise ; un peu plus tard, il avait une si haute idée du Saint Sacrifice de la Messe, qu’il «était comme effrayé et scandalisé, lorsque pendant la Sainte Messe le Prêtre se dérangeait pour tousser, ou se moucher; en même temps il ne voulait commencer aucune action sans recourir à la très Sainte Vierge, et il avait une si vive horreur de tout ce qui pouvait altérer la pureté de son âme que dès qu’il croyait avoir quelqu’ offense à se reprocher, il n’avait pas de repos qu’il ne fut aussitôt trouver son confesseur.
Avec des dispositions si admirables, il était d’une vivacité extraordinaire et d’une humeur pleine d’emportement ; il se précipitait dans les escaliers de manière à s’exposer à mille accidents, il courait sur les toits, Il s’en allait seul à de grandes distances se baigner dans les eaux les
Vie de M. Olier.
plus profondes et les plus rapides ; le tout à la grande frayeur de sa mère qui craignait autant pour sa vie que pour son âme. Mais combien sa peine fut-elle encore plus vive, lorsqu’elle le vit lancé dans le monde, semblant ne rien craindre, ne rien appréhender des épreuves et des dangers au milieu desquels l’impétuosité de son caractère l’emportait.
Cependant il est à remarquer comme au milieu de ces apparences inquiétantes, il avait un fonds de sagesse et de conviction religieuse que l’avenir et sa correspondance à la grâce mirent bientôt en lumières. Il conservait toujours une grande idée des vérités du salut, un profond respect pour les Saints mystères, une tendre dévotion pour la Reine du Ciel, une grande horreur du péché et un mépris profond et raisonné pour les illusions du siècle. Au milieu de ses plus grandes légèretés, et dans l’entraînement des compagnies frivoles, il sentait toujours la vanité des amusements et des recherches du siècle ; il a raconté depuis, qu’au temps où il était le plus attaché à ses plaisirs, et qu’il ne pouvait s’en séparer, il y sentait cependant si peu de goût et de satisfaction véritable qu’on s’en apercevait, et qu’on était étonné de le trouver sérieux au milieu du monde, sombre parmi les distractions ; et comme on lui en faisait la remarque, il répondait alors : “ qu’il y avait sans doute quelqu’un qui priait pour lui, qui le détournait de ces emportements et qui le tenait suspendu sur le bord de l’abîme ; ” et il ajoutait “ que c’était ce secours qui lui montrait le néant du monde, même quand il n’était pas assez fort pour s’en détacher,” sa mère en effet, priait avec larmes pour lui mais elle n’était pas la seule, comme il parut plus tard.
M. Olier se trouvait dans ces dispositions, et il y avait un fort combat en cette âme réservée à de si grands desseins, lorsqu’un jour, revenant de la foire de St. Germain avec de jeunes abbés appartenant aux plus riches et nobles familles de France, ils rencontrèrent une pauvre femme, misérablement vêtue, qui s’arrêtant devant eux, leur adressa cette parole :
“ Hélas, messieurs, que vous me donnez de la peine ! il y a longtemps
144 Révérend Mess ire Faillon,
“ que je prie pour votre conversion, j’espère qu’un jour Dieu m’exau- “ cera.”
Or, ces prières furent si efficaces, que tous ceux à qui cet avertissement fut donné, quittèrent le monde “ pour suivre Jésus-Christ, et faire profession de ses maximes.” C’est dès lors que M. Olier décida son voyage à Rome, et c’est dans ce centre de l’unité et de la grâce ecclésiastique que s’effectua son complet retour à Dieu. Tous ces détails sur son retour et la part qu’y prit Marie Rousseau par ses prières, sont très-incomplets dans les autres biographies de M. Nagot, et cependant combien importe-t-il de les connaître pour se rendre compte du retour de M. Olier à toute la ferveur qui fit de lui le modèle des ecclésiastiques de Paris. Il en est de même du récit des peines intérieures que M. Olier ressentit après sa conversion ; M. Faillon en a fait un chapitre de son oeuvre, tandis qu’on ne trouve sur ce sujet intéressant que quelques lignes dans les autres biographes.
Cependant M. Faillon ne s’est pas livré à des commentaires personnels, ni à des considérations purement gratuites ; il cite la relation même donnée par M. Olier, dans ces mémoires qu’il rédigeait sur l’injonction de son Directeur, ensuite il discute les faits et montre le rapport qui existe entre ces épreuves et ce que les grands maîtres de la vie spirituelle ont exposé sur les peines intérieures.
Le Démon avait vu avec peine se tourner si résolument contre lui une âme qu’il avait cru pouvoir éloigner de sa vocation, et n’ayant pu la retenir ni l’empêcher de faire les derniers pas qui la séparaient de Dieu, furieux de se voir éloigné d’un cœur qui pourrait plus tard accomplir de si grandes choses, il revint plein de rage pour se venger, et une grande puissance lui fut laissée d’abord, à cause du fruit que Dieu prétendait tirer de l’extrémité des peines auxquelles il abandonnait son serviteur.
En effet, le Seigneur avait ses desseins en laissant accabler d’une manière extraordinaire, celui qui s’était donné si généreusement à lui, et qu’il destinait à une grande mission dans l’Eglise. Ces peines devaien^
Vie de M. Olier.
le purifier et le sanctifier, mais aussi l’instruire et l’éclairer dans les fonctions qu’il devait remplir dans l’Eglise, comme guide et soutien des vocations ecclésiastiques, et la divine Providence a voulu que ces incidents fussent mis en écrit dans les plus grands détails, afin qu’ils servissent d’enseignement à ceux qui devaient succéder a M. Olier dans l’emploi de Directeurs de3 Séminaires.
Il était nécessaire que M. Faillon tint compte de ces documents et qu’il donnât des détails circonstanciés sur cette période de la vie de M. Olier, tandis que les autres biographies n’y avaient consacré que quelques lignes ; il cite de nombreux fragments des mémoires intimes de M. Olier ; ifmet en scène la victime elle-même ; il fait entendre ses plaintes si touchantes et ses cris de détresse qui pénètrent de sympathie et d’émotion, mais qui sont en même temps remplis des plus précieuses lumières ; il montre comme le récit de ces épreuves est conforme à ce qu’ont rapporté les grands auteurs spirituels sur les peines intérieures, et il cite St. Jean de la Croix, le P. Surin, dans son Cathéchisme spirituel , M. Boudon, en sa Vie du P- Surin, Bossuet dans ses Instructions sur les états d’oraison; et enfin l’Archevêque de Cambray dans ses Instructions pastorales. Il rapporte les réflexions de ceux qui ont. connu particulièrement M. Olier, et ainsi nous avons en ces pages si remplies^ de documents, une exposition pleine d’intérêt pour ceux qui veulent connaître le St. Fondateur, mais aussi des plus instructives pour ceux qui aspirent à cet art sublime de la direction des âmes ; Ars artium, regimen animarum.
M. Faillon rapporte ensuite les circonstances de l’établissement des Séminaires, et en passant il rectifie les historiens qui avaient attribué aux Oratoriens et aux Lazaristes la fondation des Séminaires ; il montre, d’après les annales et les histoires mêmes de ces congrégations, que leurs maisons n’étaient que des collèges, et non pas des Séminaires, où l’on n’enseignait que subsidiairement la théologie pour l’utilité des maîtres qui se destinaient à l’état ecclésiastique ; il donne les documents avec cette grande abondance d’érudition qui l’accompagne en ses recherches.
Révérend Messire Faiïlon,
Il cite le Grdllia Ohristiana, le journal des Oratoriens, les actes des Fondations, la vie du Cardinal de Berulle, celle du P. de Condren, les Annales de l’Oratoire, la vie de M. Bourdoise, les Mémoires de M. Du Ferrier, la vie de St. Vincent de Paul, etc., etc.
M. Faillon explique ensuite avec une grande clarté comment M. Olier, tout en se chargeant de la grande oeuvre des Séminaires, n’hésita pas à accepter les fonctions de Curé, bien que ces deux emplois paraissent si incompatibles au premier abord. Or, combien ces détails sont-ils importants de nos jours ou l’on a tant à s’occuper des intérêts, et de l’organisation du ministère paroissial. Tout le monde religieux était pénétré à cette époque de la nécessité de répondre aux injonctions du Concile de Trente et aux prescriptions des Souverains Pontifes sur l’établissement des Séminaires. Enfin, les membres les plus éminents du Clergé à Paris, pensaient que tandis que bien d’autres y avaient échoué dans l’établissement des ecoles cléricales, M. Olier, par les qualités de son esprit et 1 ardeur de son zele, était vraiment doue pour réussir dans une mission si difficile.
C’est alors que des ouvertures lui furent faites en ce sens par le P. de Condren et St. Vincent de Paul, et M. Olier, tout en se défiant de luimême, ne put s’empêcher de reconnaître que ces invitations répondaient aux insinuations pressantes de l’esprit saint dans son cœur, tandis qu’elles étaient confirmées par les lumières qui lui avaient été données par les âmes les plus éclairées avec qui il avait été en rapport : St. François de Sales, la mère Agnès, et enfin l’admirable Marie Rousseau. Cependant il y avait quelque chose qui pouvait le faire hésiter et qui lui donnait quelque doute, c est qu il avait été averti plus d’une fois par des visions surnaturelles, qu d était destiné a occuper une Cure de paroisse.
Mais toutes ces hésitations furent bientôt tranchées par un incident inattendu : au moment où M. Olier venait d’établir sa fondation à Vaugirard, M. de Fiesque, curé de St. Sulpice, lui offrit de lui-même, de résigner en sa fave .
Vie de M. Olier.
Ses incertitudes cessèrent dès lors, car il put aussitôt considérer que non-seulement cette offre ne l'empêcherait de remplir aucun des devoirs delà grande œuvre qu’il avait entreprise, mais que bien au contraire, il y trouverait le% ressources qui lui étaient nécessaires, et la solution des difficultés principales qu’il avait rencontrées dans son etablissement a
Yaugirard. . .
Il voyait qu’avec le titre de curé de St. Sulpice, il pourrait établir sa
communauté dans une localité convenable, où il pourrait la soutenir par les ressources de la Paroisse, la faire participer aux avantages du voisinage de la Sorbonne, et aux exercices élémentaires du Samt-Mimstere. Nous
allons ici entrer dans quelques détails.
Aussi, malgré l’avis de ceux qui lui faisaient observer qu on peut difficilement allier le ministère paroissial avec la direction des Séminaires, et qu’il s’agissait d’une Paroisse immense et dépravée, il accepta la proposition de M. deFiesque, et se décida à se fixer à St. Sulpice, où il pourrait installer son Séminaire là où il lui plairait ; de plus, envoyer ses élèves aux cours de la Sorbonne autant que cela serait nécessaire ; en m initier les séminaristes à la pratique du Saint-Ministère, non-seulemen pendant leur noviciat, mais pendant les commencements de leur sacerdoce comme prêtres auxiliaires de la Paroisse. 11 avait enfin un autre dessein, que l’événement justifia d’une manière fructueuse et éclatante.
Il voulait, nous dit Abelly dans sa vie de St. Vincent de Paul, “ donner « dans St. Sulpice l’exemple d’une maison curiale qui servit de modèle a a toutes les Paroisses de France en y établissant la vie commune et toutes “ les pratiques curiales suggérées par le Concile de Tl ente, es apes e^ « les Prélats, le3 plus zélé3 propagateurs de3 mesures du Grand Conci e.
Nous aimons à exposer ici toutes les intentions que M. Olier a eues en établissant l’œuvre des séminaires, et nous allons, citer ses piopies
expressions.
Révérend Messire Fciïllon,
M. Olier nous dit lui-même comme cette oeuvre de St. Sulpice, qui était le seul moyen d’établir son Séminaire, (1) lui donnait les moyens d’accomplir sa vocation en toute son étendue. (2) D’abord elle accomplissait un songe significatif qu’il avait eu plusieurs années auparavant (3) 5 ensuite elle le mettait à même de compléter et de rendre durable le fruit qu’il avait commencé par les missions (4) ; ce serait un moyen de réforme pour toute la France en donnant à la fois le modèle d’une maison cléricale, et d’une maison paroissiale (5). Ainsi l'on pourrait manifester, par l’établissement de cette oeuvre extérieure £< l’esprit 4‘ intérieur du Séminaire qui autrement demeurerait caché, dit M. Olier, “ et ne pourrait donner exemple à l’Eglise, ni mettre en pratique pour “ l’édification des fidèles les vertus et les grâces qu’on y aurait reçues ”(6). Et, ajoute M. Olier, Dieu me manifeste ma vocation qui est de ranimer par trois moyens la piété chrétienne dans ces quartiers : le premier sera l’instruction et la sanctification du peuple ; le second sera la sanctification des Docteurs et des Prêtres; le troisième, la formation des jeunes clercs (7;. Ces intentions ont toujours été si fidèlement conservées dans la compagnie que tandis qu’à l’établissement de chaque Séminaire dans les provinces on y adjoignait des paroisses autant que les circonstances le permettaient, on a toujours tenu à maintenir à Paris l'union entre le Séminaire et la Paroisse, les prêtres du Séminaire faisant toujours partie du clergé de la Paroisse. (8)
M. Faillon rapporte encore qu’après la révolution, M. Emery regardait cette union avec la Paroisse comme si nécessaire au maintien de l’esprit du Séminaire de St. Sulpice, qu apres la démolition du vieux Séminaire en 1802, il acheta a ses frais près de 1 Eglise une maison très-incommode
(1) Tome 1er, page 385.
(2) Tome 1er, page 387.
(3) Tome 1er, page 58 et 389.
(4) Tome 1er, page 390.
(5) Tome 1er, page 393.
(6) M. Olier cité par M. Nagot, livre III, page 131.
(7) Tome 1er, page 391 et suivantes.
(8) Tome 1er, page 416.
Vie de M. Olier.
plutôt que d’accepter à des offres avantageuses une demeure, éloignée de l’Eglise, parce que cet éloignement eût rompu 1 union qu’il jugeait si indispensable. (9) Ce furent aussi les sentiments de M. de Courson qui détermina le Séminaire en 1850 à reprendre l’administration de la
Paroisse qu’il a conservée jusqu’à ce jour.
Après cette exposition, M. Faillon nous donne le règlement de la Paroisse et tout le clergé aura une reconnaissance profonde à cet écrivain pour nous avoir conservé ce Directoire de la Paroisse rédigé d’après les prescriptions du Concile de Trente, les recommandations des Souverains Pontifes et les instructions des grands Prélats, St. François de Salles et St. Charles Borromée. Il parut si sage et en même temps d’une application si pratique qu’il fut dès le commencement, adopté dans un nombre considérable de Paroisses.
Par ces dispositions, M. Olier prenait tous les moyens pour amener les prêtres à l’excellence et la perfection de leur état, et pour subvenir au besoin des âmes. Enfin, pour en montrer l’efficacité, il en donna un exemple vivant dans cette paroisse de St. Sulpiee, comme dans les differentes paroisses qu'il forma en France et qu’il confia aux Pretres des
Séminaires, au Puy, à Viviers, à Bourges, etc., etc.
On sait combien il aurait été difficile pour St. Sulpiee de continuer cette oeuvre des Paroisses après la Révolution. Il a fallu y renoncer ma gre e bien qu’on aurait pu en espérer pour la formation des jeunes pretres et pour l’exemple des avantages de la vie en commun dans chaque diocese. Mais puisque le malheur des temps n’a pas permis de continuer ces anciennes institutions'du zèle sacerdotal de M. Olier, combien est-il utile que la lettre et le souvenir en aient été conservés par les travaux infatigables de M. Faillon.
M. Olier avait une paroisse immense qui comprenait plusieurs circonscriptions actuelles : S Jnt Sulpiee, Saint Germain des Prés Saint Thomas d’Aquin, Notre Dame des Champs, Sainte Clotilde, te Invalides et le gros Caillou. File réunissait plus de cent mille âmes, près de trente com-
(9) Tome 1er, page 416.
150 Révérend Mesure Faillon,
munautes religieuses y étaient établies, parmi lesquelles plusieurs pouvaient le seconder, telles que les RR PP. Jésuites, les Dominicains, les Au*ustins, les Cordeliers, etc., etc., auxiliaires si dévoués du ministère paroissial.
Il divisa sa paroisse en huit quartiers consacrés chacun à la très Sainte Vierge, sous le titre d’une de ses fêtes. Il réunit cinquante prêtres et en préposa plusieurs à chacun de ces quartiers, sous la conduite de l’un d’entre eux ; ensuite, il forma dans chaque division une société de laïques qui devaient visiter les maisons, et faire part aux directeurs ecclésiastiques de quartier, des besoins spirituels ou corporels qu’ils avaient pu connaître.
Il était établi qu’on visiterait chaque malade, et tous les jours ceux qu’on savait être en danger de mort.
D’autres prêtres étaient chargés des baptêmes, des mariages, des enterrements, et de porter les sacrements.
Chaque prêtre de quartier devait rédiger le titre de Statu animarum suivant la prescription du Pape Paul V, et d’après le formulaire donné par bt Charles Borromée.
Il établit des conférences fréquentes des confesseurs, pour se consulter ensemble sur les cas difficiles, et pour les diriger il fit éditer les instructions pour la Pénitence , du grand Cardinal Borromée, qu’il distribua également à tous les ecclésiastiques de son séminaire. Afin de subvenir' aux plus pressants intérêts des âmes, il multiplia les catéchismes pour tous les âges et suivant les quartiers, afin d’atteindre tous ceux qui en avaient besoin.
Il y avait d’abord les catéchismes des plus jeunes enfants, les catéchismes de semaine pour la première Communion, catéchismes de Persévérance pour la jeunesse, des adultes, des vieillards, des serviteurs, des pauvres, des hérétiques ; puas des catéchismes déguisés sous forme de conférences pour ceux qui auraient eu de la répugnance à suivre les catéchismes proprement dits ; il établit encore des conférences pour les maîtres et maîtresses d’écoles, pour les sages-femmes, etc., etc.
Dans l’ouvrage de M. Faillon, nous avons à admirer cette grande qualité que nous avons déjà signalée dans la vie de M. de Lantages, et dans celle
Vie de M. Olier.
de M. Demia, ainsi que dans ses travaux sur l’éducation religieuse que nous avons analysés au chapitre précédent ; c’est l’attention continue e rm’il avait à ramener ses recherches et ses considérations a un but pratique et actuel ; ainsi il considère les malheurs arrivés dans le temps présent par le défaut de l’instruction religieuse, et il montre ce qu il faut faire en exposant les moyens que M. Olier prit dans des circonstances semblables. Les désordres venaient en grande partie de ce qu on ignorait les premiers éléments de la doctrine chrétienne et que les perce et les mères étaient aussi peu éclairés que leurs enfants ; or n en estel pas de même de notre temps et n’est-ce pas la principale cause des maux actuels de l’Eglise L’auteur nous montre ensuite que M. Olier n établit pas seulement ces couvres, mais qu’il en exerça le ministère s. pénible et si assujettissant et il s’en acquittait “ avec un amour et une humilité admirables il établit des confesseurs pour les enfants et to-memt i en onfessait un grand nombre ; il forma encore une société de dames pour sub venir aux besoins spirituels des jeunes filles qui se trouvaien abandonnées, ou exposées par la négligence ou la mauvaise conduite de eurs parents , c’est dans ces œuvres que se distingua particulièrement madame de Pollalion ; il avait établi l’œuvre des demoiselles de 1 instruction ehrétienne dont nous avons parlé à l’occasion de la vie de M. de Lantages, et c’est à cette institution que la pieuse dame Marie Rousseau
consacra principalement sa piété et son zèle.
Outre les prêtres employés au ministère des enfants, il y avait pour les aider soixante ecclésiastiques du Séminaire qui déployaient un tel zele u qu’as semblaient n’être venus de toutes les provinces de France que pour “ travailler à l’édification et au salut des âmes des paroissiens. Fnfin i
fonda différents asiles pour les enfants abandonnes, pour les jeunes es dalées, et enfin pour les enfants des protestants qu'il pouvart soustrarre
“ Po« seconder ces œuvres, il fit rédiger un grand Catéchisme qui ren
fermait tous les points princpaux de la foi, exposes et développés avec
Révérend Messire Faillon ,
plus grand soin ; ensuite, il en fit faire un abrégé destiné aux enfants, et qui était une préparation pratique à renseignement donné dans la paroisse.
Ce n’est pas tout; il fit imprimer un grand nombre de feuilles contenant les prières, les devoirs du Chrétien, les maximes de la vie chrétienne, et il les fit distribuer dans toutes les familles.
Enfin, il établit à la porte de l’Eglise, une bibliothèque de bons livres que l’on vendait ou que l’on prêtait aux familles pour subvenir à leurs besoins spirituels et les détourner d’accepter les livres et traités que les Protestants répandaient partout à profusion.
îl ne se contenta pas de subvenir aux moyens d’instruction, mais il multiplia les oeuvres de piété de manière à entretenir la dévotion la plus active et la plus fervente dans sa paroisse ; il établit différentes con^ré-abons pour honorer le très-saint Sacrement, et pour propager la confiance et le recours en la très-sainte Vierge.
Ces différentes confréries avaient leurs communions du mois, leurs îeures de réunion et d’adoration ; et pour tous les fidèles, il établit les visites au St. Sacrement, les 40 heures, des saluts et des bénédictions et des exercices en l’honneur de la très-sainte Vierge.
Il ne se contentait pas de recourir au zèle des Congrégations religieuses établies sur sa paroisse ; il fit venir le P. Veron, célèbre controversée, pour les Protestants et il lui adjoignit deux laïques qui avaient par excellence le don de réfuter les erreurs propagées par les réformés ; savoir le coutelier Clément et le mercier Beaumais.
. 11 fonda une socidtd Pour la répression des duels, à la tête de laquelle iî mit les principaux seigneurs de la cour, le maréchal d’Estrées et le maréchal Fabert, ainsi que le marquis de Pénélon ; et qui donna toute efficacité aux efforts que l’autorité souveraine avait faits pour abolir cette détestable coutume. (1)
(1) Les mémoires du temps affirment qu’il y avait chaque jour à Paris plus de vingt
Vie de M. Olier.
Il fonda plusieurs sociétés de messieurs et de dames pour la visite et l’assistance des pauvres, et enfin c’est lui qui, le premier, établit sur sa paroisse les Soeurs de la charité fondées par St. Vincent de Paul, et qui depuis ont pris un accroissement si merveilleux.
En même temps il restaura son église, en débarrassa les alentours de plusieurs établissements profanes, nuisibles à la piété des fidèles, et il fit des règlements pour la sacristie et les ornements de l’Eglise, qui donnèrent au culte la convenance et la magnificence désirables.
Ces règlements, que M. Olier n’avait rédigés qu’après y avoir longtemps pensé devant Dieu, et avoir consulté les hommes les plus marquants du clergé, parurent si sages et si efficaces, que dès leur mise en exercice, tous les curé3 de Paris, pour la plupart docteurs et maîtres en Sorbonne, les adoptèrent unanimement.
Il y avait longtemps qu’ils aspiraient à une organisation et à une réforme complète de la pratique alors subsistant du samt ministère, et aussitôt ils s’unirent de coeur à M. Olier, pour établir dans leur paroisse les dispositions qu’avait suggérées à l’homme de Dieu son zèle pour le salut des âmes.
M. Faillon termine ce résumé, en nous faisant voir pour l’édification jlu temps présent, les résultats de cette admirable organisation.
Ces mesures furent suivies du plus merveilleux effet . six ans après, cette paroisse la plus désordonnée de Paris, devint la plus exemplaire’ au point qu’elle offrit comme une imago de la société des premiers chrétiens.
Un grand nombre de paroissiens faisaient oraison, donnaient 1 exemple de toutes les vertus, et s’approchaient si assidûment des sacrements que chaque année, on comptait à l’Eglise plus de deux cent mille communions, bien qu’il y eut trente autres sanctuaires établis sur la paroisse.
Les duels cessèrent, et les maisons de jeu, d’intempérance, et de désordre furent presqu’entièrement supprimées. Le Pré aux clercs
rencontres, et c’était le Pré aux Clercs situé sur la paro’sse St. Sulpice, qui en ôtait ordinairement le théâtre.
Révérend Messire Faillon.
perdit le sinistre renom qu’il avait eu jusque là, et le Faubourg St. Germain devint encore plus célèbre par sa piété et ses bonnes œuvres, qu’il ne l’avait été par ses désordres et ses scandales.
D’après ce que nous rapportons ici, l’on voit quel est l’intérêt pratique d’un tel ouvrage, n’est-ce pas comme un vrai manuel du ministère paroissial, et avec quelle intelligence des besoins de notre temps l’auteur a-t-il su sauver de l’oubli les mesures de la sagesse admirable de son héros.
M. Faillon, après avoir exposé dans les deux premières parties de son ouvrage, ce qui se rapporte aux commencements de M. Olier, et ensuite à ses différentes œuvres comme Curé de Paroisse, consacre la troisième à faire connaître ce que le saint fondateur a accompli dans le Séminaire pour l’éducation des clercs. Ici nous avons à admirer quels principes solides présidèrent à l’établissement de ces précieux foyers d’éducation et d’instruction religieuses ; M. Olier les a exposés avec la plus grande force et la plus grande lumière dans plusieurs de ses ouvrages et principalement dans le Pietas Seminarii, le Traité des saints ordres, et enfin L' explication des cérémonies de la messe. Mais M. Faillon a cité de plus les nombreux écrits où se trouvaient encore les renseignements les plus importants et les plus circonstanciés, comme les Mémoires authentiques, Y Esprit de M. Olier, etc. Il cite en commençant ces paroles mêmes de M. Olier, qui expose quel doit être l’esprit qui doit animer cette grande œuvre, l’esprit même de N. S., et c’est pour répondic à ce but qu il établit la dévotion à la vie intérieure de N. S., comme la dévotion principale de la maison, et la pensée fondamentale à laquelle doivent^ se rapporter les sentiments de tous ceux qui feront partie des Séminaires.
“ Fieu, dit le pieux fondateur, pour renouveler maintenant la piété
piimitive du christianisme, a résolu d’employer les mêmes moyens “ dont il se servit au commencement. Ce fut par Jésus-Christ qu’il se fit “ connaître aux hommes ; et comme le dessein du Père n’était pas de u montrer son fils visiblement à toute la terre, il le multiplia et le répandit
Vie de M. Olier.
dans les apôtres qui, remplis de son esprit, de ses vertus et de sa puis- “ sance, le portèrent partout avec eux dans le monde, montrant extérieu- “ rement dans leurs personnes sa patience, son humilité, sa douceur, sa “ charité et toutes ses vertus. Il faut donc pour répondre aux desseins de “ Dieu, que nous inspirions à la jeunesse cléricale, les sentiments et les “ vertus de Jésus-Christ, et qu’il vive dans chacun aussi réellement que “ dans l’apôtre qui disait: je vis, mais non pas moi; c’est Jésus-Christ qui vit « en moi.” Telle est la dévotion essentielle et fondamentale du Séminaire de Saint-Sulpice, dévotion consacrée par l’institution de la fête de la Vie intérieure de Notre Seigneur , que l’on y célèbre solennellement tous les ans, et de plus, chaque semaine pendant une partie de l’année, etc.
Ce fut le principal objet de M. Olier d’établir dans ses disciples cette vie intérieure et il ajoutait qu’ils seraient dignes de leur vocation si l’on pouvait dire d’eux quand ils parlaient, qu’ils agissaient, qu’ils souffraient : c’était ainsi que Jésus-Christ parlait, agissait et souffrait, etc., etc.
En terminant, nous n’avons pas à revenir sur le travail qu’a demandé un ouvrage exécuté avec un si grand soin ; ce que nous avons dit en commençant suffit pour apprécier le mérite de l’auteur ; on n’a pas été habitué de nos jours à tant de recherches et tant d’exactitude ; pour trouver quelque chose de semblable il faut revenir aux grands ouvrages des Bénédictins, c’est ce qu’a proclame la Bibliographie catholique qui signale avec admiration que la liste des manuscrits cités, occupe à elle seule treize pages. On est presqu’effrayé de cette érudition. On observe le soin que s’est imposé l’auteur d’indiquer en marge de chaque page les ouvrages auxquels il a eu recours ; bien qu’un grand nombre de noms et d’événements soient cités, les personnages qui passent sous les yeux sont tous des hommes importants dans l’histoire de l’Eglise et tous les faits cités jettent le plus grand jour sur les intérêts religieux du XVIIe siècle. Enfin, cette histoire est faite de manière à réfuter victorieusement les attaques des Jansénistes contre l’œuvre de M. Olier, et aussi de
Révérend Messire Faillon.
manière à mettre en lumière toute la portée de ce mot de Fénélon : “ Je “ ne connais rien de plus vénérable et de plus apostolique que Saint Sul- “ pice.”
Quant à la forme de l’ouvrage, elle mérite, il nous semble, plus d’un éloge ; le style est abondant, mais sans excès, simple mais digne et noble, et il se rattache à la grande école historique ; il est varié comme il convient suivant les détails, et les différents personnages mis en scène sont présentés avec un grand naturel et une remarquable vérité d’expression. Tout ce qui se rapporte à M. de Condren, à St. Vincent de Paul, au cardinal de Berulle, et à ces âmes d’élite qui, dans le secret de la vie religieuse, accomplissaient de si grandes choses, est exprimé avec un ton de gravité et d’onction, qui inspire les sentiments de la piété la plus douce et la plus pénétrante.
Lorsque le sujet amène des détails de la Cour, de la vie politique, l’auteur les expose avec brièveté et autant qu’ils rentrent dans la narration, mais même quand ils ne sont qu’effleurés, ils sont nets, caractéristiques, pleins de sentiment et conformes à la plus rigoureuse critique historique.
On voit alors quelle juste connaissance de l’époque M. Faillon avait puisée dans l’immense quantité de documents qu’il avait analysés ; on voit de plus quel exact sentiment il avait de l’importance des faits extérieurs, car pour juger des évènements religieux d’une époque, il faut savoir aussi donner la connaissance des intérêts du siècle, sur lesquels ils ont pu avoir la plus décisive influence.
Il nous parle des Princes de Condé, du Maréchal de Rantzau, du Marquis de Fénelon, etc., etc., avec cette fidélité qui donne aux différentes conditions leur vrai caractère. Enfin les descriptions de Paris, des monastères, des missions, du Faubourg Saint Germain, sont tracées de main de maître, c’est-à-dire avec cette distinction qui peut satisfaire les esprits les plus délicats, et avec cet intérêt, cette vie qui sont si nécessaires, pour soutenir l’attention du grand nombre.
Du reste, tout le soin que M. Faillon a pris pour composer cet ouvrage
Vie de M. Olier.
est bien justifié par l’importance du sujet, il s’agit de l’un des plus grands personnages de l’Eglise en France, à cette illustre époque du XVIIe siècle ; bien moins connu il est vrai que Saint François de Sales et Saint Vincent de Paul, mais qui bientôt va être l’objet d’un procès de canonisation et qui a eu tant d’influence sur les événements de son temps ; influence qui se prolonge jusqu’à nous et peut encore prendre plus d’importance par le développement toujours croissant des œuvres, dont il a conçu la pensée, et auxquelles il a mis la main.
Sa gloire n’est pas seulement de son époque et du souvenir de ses actions, mais de la perpétuité et du développement inouï de ses fondations.
Ainsi l’œuvre des séminaires en France et en Amérique, qui forme chaque année les membres les plus distingués du clergé, et fournit aux paroisses et aux missions tant de dignes ouvriers évangéliques.
De plus, la paroisse de Saint Sulpice qu’il a réformée, aujourd’hui l’une des plus belles paroisses du monde catholique et qui servira peut-être un jour de digne modèle, suivant les vœux pressants des Evêques, pour la vie en commun dans le ministère paroissial.
La fondation merveilleuse de Ville Marie qui a déjà dépassé cent mille âmes, qui envoie chaque année des colonies de catholiques dans tout le continent, et qui devient en se développant un puissant boulevard de la foi en Amérique.
Ajoutons aussi les écrits dont M. Olier a enrichi l’Eglise et où les Prêtres et les fidèles trouvent une nourriture si solide, si abondante. Mais que seia-ce quand ces écrits seront mis au jour dans toute leur étendue, grâce aux travaux et aux recherches de M. Faillon, quelle gloire nouvelle et inattendue pour ce XVIIe siècle déjà si grand ; et enfin que sera-ce lorsque les institutions de M. Olier auront à s’incliner devant leur fondateur, comme devant un saint nouvellement canonisé par l’épouse de Jésus Christ.
JDhapiti\e
M. Faillon, Directeur a la Solitude.
Ce fut à la fin de l’année 1837, que M. Faillon'' fut nommé Directeur à la Solitude. M. Mollevant, accablé d’infirmités, vint à Paris pour se reposer, M. Caduc, devint le Supérieur et M. Faillon fut envoyé près de lui comme Directeur. Il en a rempli les fonctions pendant près de vingt ans, en comptant même son séjour en Amérique, pendant ses visites aux Séminaires de Montréal et de Baltimore.
En quittant Paris, il abandonnait l’exposition de la Patrologie, et la direction des Catéchismes, enfin il s’éloignait du voisinage de ces grandes bibliothèques qu’il connaissait si bien, et où il savait trouver tant de trésors ; il lui fallait donc laisser une position pleine de satisfactions pour lui, mais s’il éprouva quelques regrets, nous n’avons pas à en parler car il ne s’est jamais plaint ; et voyant qu’il avait à préparer les novices de la compagnie, il remercia Dieu et ne songea plus qu’à leur faire connaître l’esprit de leur pieux fondateur.
D’ailleurs cette pieuse retraite était favorable à bien des dispositions de son cœur, et pour le comprendre, il est utile de se représenter ce qu’était ce lieu de prière et de recueillement.
Pour le visiterai faut, en sortant de la barrière de Yaugirard, traverser la longue zône des fortifications qui conduit aux premières maisons du village d’Issy. Après quelques minutes de chemin, on entre dans une enceinte presque toujours vouée au plus complet silence : c’est la maison des étudiants en Philosophie, et déjà en passant cette première porte on est frappé d’un contraste qui saisit l’âme, et lui fait éprouver une pro-
Révérend Messire Faiïlon,
onde émotion ; on vient de quitter les derniers bruits de la grande ville et l’on trouve ici le silence et le désert, on trouve la Thébaïde.
Mais ce n’est que le commencement : on traverse une seconde enceinte, puis on arrive à une troisième dont on voit la porte au haut de plusieurs degrés, avec cette inscription si expressive de St. Bernard :
O Beata Solitudo,
O sola Beatitudo :
Ici recueillez-vous, c’est là que M. Mollevant a exercé son saint ministère de Directeur des âmes, et c’est du haut de ces degrés que M. de Ravignan fit ses derniers adieux aux amis de sa jeunesse, qui étaient venus lui exprimer leur surprise et leur douleur.
On avance quelques pas en montant vers cette maison si calme et si tranquille, et le contraste paraît encore plus grand, lorsqu’en se retournant on voit se lever devant soi tout Paris dans le lointain, avec ses immenses faubourgs et ses monuments qui se détachent sur 1 horizon, mais Paris, sans une voix, silencieux dans le lointain, Paris qui apparaît comme une image immobile et muette ; et ici, la nature, recueillie, grave et sans bruit, mais où tout vous parle de Dieu.
C’est là que M. Faillon a consacré pendant l’espace de vingt années au moins, les efforts de son zèle dans la société continuelle de ces jeunes gens qui venaient se préparer aux fonctions sérieuses et dévouées du ministère des séminaires, près du vénérable M. Caduc.
Nous ne pouvons rappeler ce nom si estimé, sans lui consacrer un souvenir qui répond aux sentiments les plus tendres, de tous ceux qui ont connu ce pieux Directeur de St. Sulpice.
Lorsque les infirmités de M. Mollevant l’obligèrent de revenir à Paris, on ne vit personne qui put le remplacer plus dignement que M. Caduc, ni mieux continuer les saintes traditions de la Solitude, lui qui avait passé tant d’années dans sa société, et qui d'ailleurs connaissait si bien les obligations des Séminaires. Partout où il avait professé, il avait conquis
Directeur à la Solitude.
l'affection par ses qualités admirables. Il édifiait les communautés par une piété éminente, il enseignait avec une science sûre et profonde, et il charmait les coeurs par une humilité parfaite et la bonté la plus tenlre. Combien inspirait-il de vénération lorsqu on le voyait avec un tempérament délicat, épuisé par des études et des occupations accablantes, suivre tous les exercices de la maison, pénibles meme pour les plus jeunes, et les suivre avec une assiduité constante et on peut dix e héioique dans son état de santé ; il avait à supporter chaque jour comme un pénible martyre, mais aussi il savait en faire fructifier les épreuves, aupiofit des jeunes élèves du sanctuaire, priant pour eux, considérant leurs besoins avec une sollicitude tendre et compatissante, s’offrant sans cesse en sacrifice et étant au milieu d’eux comme une image touchante de N. S. sur la croix. Il méditait sans cesse sur les obligations de la vie du Séminaire, il connaissait les devoirs d’un vrai Directeur des élèves , la vie de recueillement et de prière, l’oubli du monde et de soi-meme, le renoncement aux inclinations propres et en même temps l’ obligation du dévouement le plus complet. Il apprenait aux solitaires cet art si grand et si puissant de se faire tout à tous. Il leur montrait à ramener les coeurs à un même esprit, tout en sachant tenir compte des différences de dispositions et de caractères et de la diversité des vocations.
Ainsi ce que M. Faillon découvrait dans les écrits de M. Olier, il le voyait réalisé dans le bon Supérieur qui, de son côté, attachait tout
intérêt à ces pieuses découvertes de chaque jour.
M. Faillon, profitant des grâces de la vie de cette retraite continuelle, s’appliqua désormais avec un zèle nouveau aux saintes obligations de la prière et de l’étude. Toute la journée il semblait attentif à la sainte présence de Dieu, auquel il ramenait toutes ses actions. Il paraissait a la prière simple, mais constant en ses témoignages de dévotion, calme, recueilli et comme vivant dans un monde surnaturel, et il portait avec lui
cette impression, tout le reste du jour.
A la sainte messe, on aimait à le voir si complètement séparé de
Révérend Messire Faillon,
toute impression extérieure, s’entretenant avec son Dieu, lisant chaque parole de l’office et du canon comme une révélation immédiate, et remplissant son âme avec une douce satisfaction des trésors de la doctrine divine. Combien il recueillait alors le fruit de ses pieuses études et de ses longues méditations dans la lumière des Pères, comprenant si parfaitement les mystères déposés par l’esprit divin dans l’office de chaaue jour, et goûtant si bien ces paroles profondes et mystérieuses du canon et des prières quotidiennes du Missel ; connaissant l’enchaînement et la disposition de ces merveilles de la foi, ayant longtemns étudié le sens et la raison de chaque mot et ayant là-dessus tant de lumières que tout ce qu’il disait dans la conversation, et où il semblait intarissable, n’était que comme un faible rayon, ou quelques gouttes de cet océan de clartés que l’étude et la prière avaient, jour par jour, depuis tant d’années, déposé en lui.
Mais en toutes ses pieuses occupations, il comptait peu sur lui ; il aimait à se rappeler sans cesse qu’il avait tout à attendre de N. S. et après lui de la Trôs-Ste. Vierge ; de là ses réflexions continuelles stfr le sens de ces paroles si grandes qu’il trouvait au canon et qu’il appliquait à toutes choses : per ipsum, cum ipso et in ipso ; et ces autres paroles per quem omnîa , etc., etc., et ces formules, ces terminaisons sacramentelles per Dominum Nostrum Jesum Ohristum ; et ses commentaires sur le propter nos et propter nostram Salutem , s’attachant à ces sens avec une affection douce, aisee, mais céleste, profonde, pleine de simplicité mais aussi de grandeur et d’une vraie majesté ; de là aussi ses messes dans l’intention de la Trôs-Ste. Vierge et tout ce qu’il voyait en ces paroles des saintes Litanies de l’Eglise :
Vas insigne devotionis , Or a pro nobis.
Ce recours vers la Très-Ste. Vierge, dont il était toujours occupé il cherchait à en répandre la dévotion ; nous avons vu plusieurs personnes auxquelles il en avait parlé avec tant de zèle et de persuasion, qu’elles n’ava.ent plus d’autre pensée.
Directeur à la Solitude.
“ Ah! qu’il disait bien la Sainte Messe, "nous ont dit souvent des prêtres vénérables, modèles eux-mêmes de la plus grande dévotion.
u Ah i qUqi nous inspirait la piété, quand nous le contemplions au Saint Autel, ” nous ont dit des âmes d’élite, dans le monde, dans le clergé* dans le cloître, dans la vie religieuse.
Tous ceux qui l’ont connu, l’ont considéré comme un de ces doux saints, que le ciel a donnés à la terre, dans ses jours de bénédiction, ou comme l’un de ces pieux docteurs pleins de lumière et de grâce, du temps passé, et enfin, si nous osions répéter ce que nous avons entendu dire à bien des âmes éclairées, “ comme un autre Jésus-Christ, ” ce qui ne nous a pas surpris en songeant qu’on l’a dit de pretres qui ne 1 emportaient pas sur lui en piété, en zèle et en oeuvres dans 1 Eglise.
Dans ces premiers instants il était occupé des saints exercices de la piété, comme s’il devait y consacrer exclusivement toute la journée ; il n’avait plus d’autre pensée ni d’autre préoccupation que d’honorer N. S. suivant le cours des saints mystères et dans les intentions de^l’Eglise Universelle ; et ensuite, il était tellement rempli de ces premières impressions que dans ses occupations, il voyait Dieu en tout ; Dieu dans la suite des siècles, dans la vie et les œuvres de ses serviteurs, et c’est ce qui paraît, on peut dire surabondamment, dans tous les travaux
qu’il a accomplis.
Il se levait assez matin pour que vers sept heures il put commencer a se mettre à l’étude, après trois heures entièrement données aux grands intérêts de la vie spirituelle ; et alors il trouvait à peu près six ou sept heures d’étude jusqu’au soir ; et c’est dans ce laps de temps, distrait de ses autres occupations et continué pendant vingt années qu’il a accompli et préparé des travaux si considérables : Les documents pour la vie de M. Emery , les Monuments inédits sur Ste. Marie Madeleine, presque tous ses ouvrages sur le Canada, de plus la révision et la classification de toutes les œuvres de M. Olier ; enfin une vie de la Très-Ste. Vierge et une vie de St. Joseph, une
histoire générale de la Religion d’après les écrits de M. Olier. Nous ne devons pas omettre sur les origines des Eglises des Gaules, un travail considérable, presqu’entièrement terminé.
Quand on entrait dans sa chambre, on le trouvait toujours dans la prière ou dans l’étude, plongé sur ses livres avec une attention constante et soutenue, poursuivant avec force la suite de se3 recherches, n’oubliant lien de ce qu il avait envisagé une seule fois, et à mesure de son travail, réunissant continuellement dans son esprit l’ensemble des faits et des vérités qu’il avait déjà rencontrés. Ses tables et les murs de sa chambre étaient garnis de livres qu’il avait à consulter et auxquels il savait d’avance qu’il avait à recourir. Enfin il avait fait fabriquer pour son usage un pupitre gigantesque en forme de lutrin de Cathédrale, qui lui rendait, disait-il, des services inappréciables ; les étrangers qui le visitaient étaient tous frappés des dimensions de cette immense construction dont il se plaisait à expliquer le mécanisme. Un double ou triple pupitre pouvant porter plusieurs infolios, ensuite différents compartiments, des tiroirs, des casiers formant un ensemble qui joignait l’utilité à la plus complète solidité. Ce pupitre avait tellement frappé les visiteurs que l’on nous a dit en exister des reproductions en plusieurs maisons religieuses, et nous en avons même vu dans un presbytère à deux mille lieues de la France.
Cette vie d études pieuses et de saintes prières, se complettait ainsi d elle-meme ; 1 esprit d’oraison l’animait en toutes ses recherches où il n avait qu un but : faire connaître Dieu, ses oeuvres, et glorifier son nom et son action continuelle au milieu du monde, mais si l’esprit de prière le soutenait dans l’étude, celle-ci aussi animait sa prière et son union continuelle, douce et constante a Dieu, elle lui révélait chaque jour ses grandeurs, ses perfections et de nouveaux titres à notre admiration, à notre affection, à notre reconnaissance.
Ses sujets d’oraison, ses sermons, ses explications en classe, étaient remplis de cette grande science qu’il augmentait chaque jour avec une
Directeur à la Solitude.
application infatigable, qu’il possédait si bien comme en ayant fait la recherche de toute sa vie, l’exposant avec une abondance et une vie, un intérêt qui captivaient ses auditeurs et les gagnait a ses idées et a
ses préoccupations incessantes. ,
Et il savait donner un tel intérêt à ses lectures et a ses découvertes de chaque jour, que le temps même des classes ne suffisait pas h combler l’avidité des nouveaux disciples qu’il avait conquis a M. Olier , aussi pendant la récréation il se formait chaque jour autour de lui un croupe nombreux d’auditeurs qui l’interrogeaient, avec la plus vive insistance, sur tout ce qu’il avait pu découvrir encor dans ses dernieres recherches. “ C’était, nous dit un des Solitaires de ce temps, un eu “ roulant de questions, d’interrogations sur ce qu’avait encore révélé le u maître vénéré, l’oracle aimé,” et on peut comprendre comme ce empressement pouvait plaire à M. Faillon. Enfin, cet intérêt lui rendu le plus grand service et quand il voyait l’impression qu avait produite t lie ou telle vérité, il s’y appliquait avec une nouvelle ardeur, et >1 » en fallait ras d’avantage pour lui inspirer un redoublement do zele pour ses
"ifatssi l’occasion de communiquer le fruit de ses recherches lors que d’éminents prélats et de vénérables prêtres venaient passer quelq Surs it la Solitude, et c’était avec plus entière déférence, qu .1 s inspirai de leurs observations, et de l'impression que ces fragments avaient fait sur
eux. Souvent aussi la chambre voisine de la sienne était occupée par quelque solitaire qui venait prendre connaissance de ces recueils, ai ilaboneusement amassés et qui trouvait près de lui, une bienveillance inépuisable. Voie.
les paroles que nous avons recueillies des lèvres meme d mn oui vers cette époque, passa un temps considérable a la Solitude. Au bo de'quelques jours, ayliit souvent entendu parler de M. Cher et de sa doctrine je fus frappé de la grandeuret de l’élévation de ces pensées et je
h v Tv/r -pvqion de prendre connaissance de ces
demandai avec instance a M. haillon ae pren^
écrits admirables. Pendant près d’une année que j P
Révérend Messire Faillon,
Solitude, je profitais de tous les instants que je pouvais trouver pour m’en aller consulter ce trésor, et c’est là que j’ai puisé l’estime profonde que j’ai toujours gardée pour M. Olier et ses œuvres, et qui m’a donné la plus vive admiration pour cet homme aussi extraordinaire par ses lumières que par ses vertus. Jusque là j’avais lu, parmi les auteurs spirituels, ceux que l’on regarde comme les plus habiles, mais en parcourant M. Olier il me semblait trouver des lumières encore plus vives, et une élévation plus grande. Je me suis souvent demandé si mon admiration ne venait pas de l’opportunité que j’avais de pouvoir ainsi me nourrir de ses œuvres et d’entendre journellement les lumineuses interprétations de M. Faillon, mais depuis lors, mes occupations m’ont souvent amené à parcourir d’autres auteurs de piété de différentes nationalités ; j’ai lu presque tous les auteurs italiens et allemands dont on a donne la traduction ; j’ai du lire aussi presque tous ces auteurs éminents qui ont répandu un si grand éclat sur l’Eglise Catholique en Angleterre dans les derniers temps, et tout en ayant une profonde estime pour les plus illustres, comme le Cardinal Wiseman,Mgr. Manning, M. Newman et le P. Faber, si je suis vraiment fidèle à mon impression personnelle, je puis dire qu’il y a encore plus dans M. Olier, de cette science mystique qui est en rapport avec la sainte et auguste tradition d une part, et de l’autre avec les besoins sans cesse nouveaux des âmes de tous les temps. Voilà ce que j’ai dans la plus intime conviction ; quant aux auteurs Français, nul plus que moi n’admire l’élévation de Bossuet, le génie de Fénélon, la richesse et l’exactitude de Bourdaloue, mais je suis persuadé que lorsque les écrits de M. Olier auront été édités suivant le travail préparé par M. Faillon, que l’on partagera le culte qu’il lui a voué, et qu il savait si admirablement nous communiquer.”
Aussi si nous admirions M. Olier, quelle estime n’avions-nous pas pour 1 homme éminent si rempli de la doctrine des Pères et qui aurait pu, s’il avait voulu, dire tant de choses de lui-même, mais qui semblait entièrement s’oublier pour porter la lumière dans ces trésors déposés depuis tant d’années, dans les archives de Saint Sulpice.”
Directeur à la Solitude.
Pendant son séjour à la Solitude, la maison fut considérablement aggrandie et mise en rapport avec les exigences d’une vie de. communauté. M. Paillon fut chargé de s’occuper de ces détails et il y mit cet esprit pratique qui accompagnait ses autres qualités. Il disposa les différentes chambres de manière à ce qu’elles ayent la forme de cellules re lieuses ; il y ménagea une place convenable pour le prie-Dieu et la table de travail. Enfin il réserva l’endroit le plus en vue dans chaque chambre poulie Crucifix, et la Sainte Vierge qu’il plaça dans un petit Oratoire, où il eut grand soin de donner une place d’honneur à la Sainte Bible : afin que chaque Solitaire fut rappelé continuellement aux grandes pensees de respect et de vénération profonde qui doivent occuper sa vie tout entière pour le Verbe de Dieu communiqué par Marie, et sous le voile des
Saintes Ecritures.
La maison des Solitaires devint donc assez grande, commode mais sans aucun luxe. Enfin tous les soins furent pris, pour que la chapelle, fut aussi belle et aussi digne que possible de sa pieuse destination, c est a ois surtout que M. Faillon révéla des qualités éminentes dont il n’ avait jamais fait montre, et qui prouvèrent qu’il y avait en lui non seulement un architecte compétent, mais aussi un exécutant des plus habiles.
Comme Archéologue, il n’avait rien oublié de ce qu il avait appris à Avignon ; dans ses travaux aux Bibliothèques et ses voyages aux principaux sanctuaires, il avait recueilli une foule .de notions ; ü avait bien compris l’utilité qu’il y a à saisir le rapport existant entre les evene ments et les monuments de chaque âge, et de meme que pour ses recherches historiques, il s’aidait de la diplomatique qu’il avait étudiée a fond, il savait aussi donner sa place à cette grande et indispensable science
de l’archéologie. . . ,
Il savait qu’il y avait on ce moment dans Pans un grand mouvemen
d’études archéologiques qui avait déjà produit des ouvrages censurérâbles ; il consultait ces travaux et comprenait le part, qu ,1 pouvait en tirer pour ses recherches ; or il travaillait aux monuments de Ste. Marie
Révérend Messire Faillon,
Madeleine et il réunissait déjà des matériaux pour les origines des Eglises des Gaules.
Il n’eut pas l’occasion de se mettre en rapport avec les savants qui s’occupaient de ces travaux, mais il savait apprécier leurs efforts et il puisait aux mêmes sources. Plus tard il visita les RR. PP. Cahier et A. Martin lorsqu’ils préparaient la grande Monographie des vitraux de Bourges, et il s’inspira de leurs conseils pour les vitraux de la chapelle de la Solitude, et il se soumit entièrement à leur haute expérience.
Nous l’avons entendu parler des visites qu’il avait faites aux RR. PP. et nous nous souvenons comme il admirait le zèle qu’ils déployaient pour la rénovation de l’art religieux en France, et comme l’on disait à M. Faillon qu’il aurait pu lui-même contribuer à ce mouvement salutaire, il se récriait très fortement en disant qu’il avait assez de ses obligations de Directeur de la Solitude.
Il reconnaissait donc avec toute conviction la supériorité des RR. PP. et il déclarait n’être près d’eux qu’un élève, mais tandis qu’il n’avait jamais cherché à faire montre de ses connaissances, sa réputation était telle chez les érudits de Paris, que lorsque des éditeurs entreprenants commencèrent à publier le grand ouvrage de M. Louis Perret sur les Catacombes de Rome , sous la direction d’une commission composée de MM. Ampère, Ingres, Mérimée et Vitet, on vint proposer à M. Faillon d’en rédiger le texte. Plusieurs personnes influentes avaient lu ses dissertations sur les tombeaux de Ste. Madeleine, Ste. Marthe St. Lazare, St. Maximin et les comparaisons qu’il avait si bien établies avec les sépultures des Catacombes, et elles avaient déclare qu ils ne connaissaient personne qui pourrait remplir cette tache comme le modeste et savant sulpicien. M. Faillon se défendit beaucoup d’entreprendre un travail si considérable, et l’éditeur n’ayant pu vaincre ses résistances, se retira bien assuré qu’il n’obtiendrait rien, mais non aussi convaincu qu’il s’était mal adressé.
En effet l’ouvrage fut édité avec le plus grand soin, il fut illustré par
Directeur à la Solitude.
M. Perret avec des planches remarquables, dont on ne peut trop admirer l’exactitude et l’élégance, mais en le parcourant on ne peut s’empêcher de regretter que M. Faillon n’ait pas voulu consacrer à un si beau travail les ressources de ses talents d érudit, et d’historien.
Quant à l’Architecture il la connaissait bien ; il avait vu les coustructions romaines du midi de la France, et ensuite les basiliques principales des siècles de foi ; il avait étudié les unes et les autres et il savait les apprécier.
Or de même que l’admiration qu’il avait conçue pour les auteurs de l’Antiquité, ne l’avait pas empêché de découvrir ce qu’il y a de beau dans les Pères et les Docteurs, de même l’estime qu’il avait pour les chef-d’oeuvres de l’antiquité monumentale, ne l’avait pas rendu incapable de découvrir ce qu’il y a de vraiment admirable, dans les monuments que la pensée chrétienne a semés avec une telle richesse et une telle profusion.
Il avait l’intelligence et le cœur ouverts largement aux beautés de l’art, et son admiration n’était pas épuisée, comme pour certains esprits, par un seul genre de grandeur. A ses hautes facultés d érudit, il joignait a un degré très élevé le sentiment de l’art. Enfin quant à la sculpture ii l’avait pratiquée et même il était un exécutant assez habile. Rien n etait intéressant comme de l’entendre exposer le fruit de ses observations ; il s’étonnait qu’au nom de l’Architecture payenne, on réprouvât celle qui a illustré les siècles de foi et ju’on la reléguât à un rang inférieur : “ elles ne se ressemblent pas, disait-il, mais elles ont chacune leurs beautés ” et il ajoutait : “il en est ainsi des œuvres de la nature.” Il blamait qu’on attachât peu d’importance à ces belles formes du culte qui viennent toutes, disait-il, de l’Esprit Saint, et il ajoutait “ ce n est pas l’homme qui a inventé ces merveilles, pas plus qu’il n’a inventé son langage.” Il n’aimait pas qu’on attribuât absolument aux Grecs le mérite des°magnifiques monuments qu’ils ont élevés, il disait “ ce que les Grecs ont eu de plus beau ils l’ont emprunté à la Bible et aux rapports qu’ils avaient avec les Juifs.” “ Ehquoi ! dit un de ces interlocuteurs en notre présence “ même l’Architecture ? ” mais sans doute,” reprit M. Faillon “ il3 connaissaient bien le temple de Jérusalem.”
Révérend Messire Faïllon,
Il faisait remarquer en plaisantant doucement, que les nouveaux constructeurs, imitateurs prétendus de l’Architecture Grecque ou Romaine, n’avaient le plus souvent élevé que des monuments empreints d’un caractère de lourdeur et de mauvais goût, qui les rendait bien différents des anciens monuments qui nous frappent par leur grandeur et leur grâce, leur majesté et leur élégance. Il indiquait sans se tromper d’où venait le mal en affirmant que les monuments modernes ont été élevés, d’après les prescriptions fautives de certains théoriciens qui n’étaient pas architectes, qui n’avaient jamais mis la main à l’œuvre, tandis qu’on aurait du recourir à l’étude attentive et intelligente des modèles admirables de l’antiquité.
Il disait aussi que beaucoup de constructeurs d’Eglise depuis les derniers temps avaient attiré le plus grand discrédit sur l’art gothique, parce qu’ils n’avaient pas su reconnaître les grandes époques, et de plus qu’ils n’avaient pas pris la peine d’étudier les modèles qu’ils se proposaient de reproduire : de là il en était résulté qu’ils avaient donné comme types, des œuvres de transition ou de décadence, ensuite qu’ils mêlaient les âges sans discernement, faute d’attention et d’études suffisantes, et que pour la même raison ils n’attachaient pas d’importance à reproduire l’harmonie des différents éléments de la construction, se contentant d’à-peu-près qui pouvaient gâter même les plus beaux modèles, et n’aboutissaient qu’à des traductions tellement infidèles, qu’elles étaient souverainement déplaisantes.
Il faisait encore remarquer comme les grands Architectes des siècles de foi avaient bien compris les exigences de l’optique, de l’acoustique et delà perspective. Quant à l’optique, sachant placer leurs fenêtres au haut des travées de manière à éclairer le sommet des voûtes d’une clarté vive et douce, qui de là se répandait dans tout l’édifice. Construisant des édifices immenses eten même temps si sonores ; sachant de plus, d’après les lois de la perspective, donner tant de caractère à leurs différents plans dans l’intérieur des nefs ; et tirant un si juste parti du contraste des dimensions, qu’ils observaient si bien, tandis que beaucoup de constructeurs modernes, ont
Directeur à la Solitude. 271
détruit l’effet imposant de la hauteur et de la profondeur de leurs 'nefs, en exagérant inconsidérément les dimensions de la largeur.
Quand il en vint à l’exécution de la chapelle, on peut au moins rendre cette justice à M. Faillon, qu’il mit tous ses soins pour ne pas tomber dans ces différents défauts qu’il avait su si bien signaler depuis longtemps. Il choisit d’abord l’époque regardée comme l’apogée de l’art relideux et il ne se mit à l’œuvre qu’après avoir complété avec le plus grancfsoin les études qu’il avait faites sur les monuments du XIII siècle qu’il avait pu contempler à Paris.
Avec les ressources dont il pouvait disposer, il ne put faire autrement que de prendre ses ouvriers à Issy, or comme ils n’étaient pas des plus capables et qu ils n’avaient jamais travaillé qu’à des constructions du style le plus
simple, il eut à les former, comme à les diriger pendant tout le temps du travail. 1
Il exécuta donc le plan de tous les détails avec la plus grande exactitude, il fit les modèles des bases, des chapiteaux, des nervures, recourant
pour cela aux règles les plus exactes.
Ici prend place un trait que nous ne devons pas passer sous silence car il est assez caractéristique.
? Les ouvriers éprouvèrent d’abord la plus vive admiration en le voyant à l’oeuvre, dessinant ses modèles, les moulant lui-même et donnant toutes les instructions nécessaires ; et en travaillant ils lui faisaient souvent cette réflexion :
“ Mais, monsieur, comment se fait-il que le bon Dieu donne de tels talents à des gens comme vous qui n’en avez pas besoin pour vivre, tandis
“ fl1*’11 les a refusés à nous qui pourrions si bien en tirer profit, et à qui “ ils seraient si utiles.”
Plus tard ils changèrent de langage, et après plusieurs mois ayant été formés par M. Faillon et commençant à devenir assez habiles, il lui représentaient qu’il serait bien convenable qu’il les augmentât de prix comme des ouvriers de premier ordre.
Révérend Messire Faillon ,
M. Faillon ne voulut pas accéder à ces demandes, et comme pour le contraindre ils lui annoncèrent qu’ils ne voulaient plus travailler ; il les congédia et en prit d’autres qu’il rendit suffisamment habiles en peu de temps.
M. Faillon avait choisi l’époque du XIII siècle comme la plus parfaite ; il y avait encore une autre raison, c’est que cette époque nous offre plusieurs excellents modèles d’édifices de petite dimension qui sont de vrais chefs d’oeuvres, comme la Chapelle de Paris, la Chapelle du Chateau de Saint Germain et la Chapelle du Chateau de Vincennes,etc. On peut dire que la Chapelle de la Solitude est une réduction parfaitement entendue de l’admirable Oratoire de Saint Louis, qui, suivant les artistes les plus compétents, est assurément la plus belle Chapelle Palatine qui existe en France. Cette réduction si ingénieuse a été exécutée avec une habilité parfaite, et a excité l’admiration des plus grands Artistes.
Les dimensions sont à peu près la moitié de la Ste. Chapellequi a 10 mètres de largeur, 80 mètres de longueur et 20 mètres de hauteurs, du moins en dessus du soubassement ; la Chapelle de la Solituie a à peu près la moitié de ces dimensions.
Comme à la Ste. Chapelle on entre d’abord dans un porche dont la partie supérieure est occupée par un petit oratoire qui sert aussi de tribune à la chapelle principale. Le porche sert de communication avec l’intérieur de la maison. Lorsqu’on pénètre dans la nef, comme dans la Ste. Chapelle, on est frappé de la justesse des proportions et de l’élégance de toute la construction ; il y a trois travées jusqu a 1 arc doubleau du sanctuaire et chacune des travées a 3m 50 de largeur sur dix mètres environ de hauteur ; les fenêtres ont 1 mètre 50 de largeur et vont jusqu’ausommet de l’arcade suivant les vrais principes ; elles sont encadrées, comme les arcades avec des nervures, les plus élégantes, les -plus variées et les plus justement appropriées à leur objet. Ce détail si important est admirablement exécuté et fait un ensemble de lignes qui s elandent, retombent, s’entrelacent, avec la plus juste proportion. Comme à la Ste. Chapelle, les Statues des douze apôtres portées sur des soubas-
Directeur à la Solitude.
sementset surmontées de pinacles sont adossées à chaque pilier. Autour de la nef règne une suite de petites arcades élégantes ornées de statues des principaux baints, ce détail rappelle l’effet du Triforium dans les anciennes Eglises. A l’extrémité de la Chapelle se trouve placé l’autel et audessus une niche qui renferme une Statue de la Très-Ste. Vierge, portant 1 enfant Jésus, d’une assez bonne exécution.
Telle est cette oeuvre à laquelle M. Faillon consacra tous ses soins et dont il dut faire lui-même les principaux modèles. On peut admirer la délicatesse des nervures, la variété et la richesse des chapiteaux, les détails des pendentifs et des culs de lampe, la pureté du style etla délicatesse de 1 exécution, et on doit d’autant plus lui en rapporter le mérite, que le tout a été exécuté non-seulement sur ses dessins mais sur des modèles faits par lui. Il dessinait ses ornements, il faisait ensuite les modèles, puis il en tirait les moules.
^ Nous n’en dirons pas plus sur ce sujet des travaux de M. Faillon à la bolitude, nous compléterons ce que nous avons à faire remarquer sur ses aptitudes pour l’art religieux, lorsque nous parlerons des' travaux qu’il a exécutés lors de ses voyages en Amérique, à Montréal et à Baltimrre.
PHAPTF\E X.
L’Apostolat de Ste. Marie Madeleine.
La vie de M. Olier eut tout le succès que l’on pouvait désirer ; la presse religieuse en fit le plus grand éloge, les évêques la rcommandèrent, elle fut prise comme sujet de lecture aux retraites ecclésiastiques, les élèves des séminaires y trouvèrent un fond inépuisable de réflexions et d’édification, et les Supérieurs des plus grandes congrégations religieuses témoignèrent leur admiration, quelques uns même exprimèrent le regret de n’avoir rien de comparable dans les biographies de leurs fondateurs.
M. Faillon bénit Dieu, en pensant qu’il avait pu être utile au bien des âmes, et qu’il avait contribué à répandre l’estime et l’amour des vertus ecclésiastiques, ensuite il se remit à ses chères études avec un nouveau courage.
Nous voyons par son propre témoignage, que c’est vers ce temps qu’il conçut l’idée d’un grand travail sur les premiers Apôtres de la Provence. En effet la vie de M. Olier avait paru en 1841, or aux vacances suivantes M. Faillon s’étant rendu en pelèrinage à la St. Baume, ainsi qu’il nous le dit au Tome 1er. page 456 des monuments de Ste, Marie Madeleine , et ayant considéré les tombeaux des St. Apôtres qui se trouvent à St. Maximin, il fut tellement frappé de leurs caractères d’authenticité qu’il conçut aussitôt nous dit-il, l’idée du grand ouvrage auquel il résolut de se donner tout entier.
Il est vrai qu’il s’était déjà occupé de ce sujet et qu’il avait publié quelques pages sur les amis du Sauveur, mais nous verrons bientôt, comme les circonstances le portèrent à donner à son nouvel ouvrage, les proportions les plus étendues.
Il commença dès lors ses recherches, il réunit un certain nombre de matériaux, lorsque l’exécution de ses projets vint trouver un grave obstacle dans une décision nouvelle des supérieurs. Ceux-ci lui firent connaître, qu’ils aimeraient à lui voir entreprendre une biographie aussi complète que possible de M. Emery.
C’est lui qui avait été le restaurateur de la compagnie après la Révolution, et l’on trouvait que l’existence qu’il avait accomplie au milieu de si grandes épreuves, offrirait bien des exemples utiles pour les temps actuels qui se ressentent encore si vivement de toutes ces grandes pertubations que le digne supérieur a si noblement traversées.
M. Faillon qui pouvait prévoir les difficultés de cette tâche, et qui gémissait de différer indéfiniment ses études sur les premiers Apôtres de la Gaule, se soumit néanmoins avec la plus entière déférence, et prit dès lors tous les moyens que pouvait reclamer une si grande entreprise.
Il commença ses recherches dans les grandes Bibliothèques et chez les libraires, il ne négligea pas les marchands des livres les plus vulgaires, il se mit aussi en devoir de recourir aux membres du clergé comme aux membres de la Compagnie qui avaient pu connaitre M. Emery, il s’adressa aussi à ceux qui avaient eu l’idée de recueillir déjà d’importants documents sur la Révolution, et sur les persécutions qu’elle avait exercées contre l’Eglise et ses ministres.
On s’empressa de lui donner tous les renseignements possibles et c’est avec la plus vive satisfaction que l’on voyait l’auteur de la vie de M. Olier entreprendre une histoire de ces jours néfastes ofi le clergé avait joué un rôle si grand et si magnanime, tandis qu’il n’avait trouvé jusque là dans les différents historiens de la Révolution que des narrateurs prévenus, malveillants, et si odieusement infidèles.
La réunion des matériaux demandait un temps considérable. M. Emery, par la force des circonstances, avait dû prendre la part la plus grande aux événements de son temps, ayant eu à administrer plusieurs diocèses vacants, ensuite ayant du travailler à la reconstitution de différente sémi-
U Apostolat de Ste. Marie Madeleine.
mires, enfin ayant eu à s’occuper des négociations du concordat, et ensuite de la direction du clergé, lors des regrettables entreprises de l’Empereur contre le Chef de l’Eglise.
Mais aucune difficulté n’arrêta le zèle do M. Faillon, et au bout de cinq années environ, il avait réuni une bibliothèque, a-t-on dit, de mille volumes ; déplus il avait rédigé trois volumes in folio de documents, qu’il avait mis en ordre et qui n’avaient plus besoin que d’un dernier travail de rédaction, lorsque se présentèrent des difficultés qui l'obligèrent à suspendre son œuvre.
En rédigeant ses documents, il s’apperçut qu’il ne pourrait donner une histoire complète des faits qu’en faisant des citations qui déso* bligeraient un nombre considérable de personnages encore vivants, ou des familles dont les chefs avaient eu en ces temps une célébrité fâcheuse ; mais, comme il était persuadé qu’on ne pourrait faire connaître M. Emery sans produire la plupart de ces faits, il résolut d’attendre des temps plus favorables. Il mit bien à profit ce retard, en continuant à s’occuper de l’oeuvre de Marie Madeleine, ce qui l’entraîna dans des recherches qui prirent bientôt un développement immense.
Nous avons dit qu’il s’en était déjà occupé; d’abord il avait fait un résumé de tout ce qu’il avait trouvé dans les Bollandistes et dans les traditions de la Provence, et il avait réuni de quoi remplir un volume d’une centaine de pages qu’il avait fait paraître en 1835 ; il lui semblait, nous a t-il dit, avoir donné tout ce que le sujet comportait, et que quelqu’envie qu’il put en avoir, il ne pourrait rien y ajouter, mais dans le voyage qu’il fit à la Ste. Baume en 1S PI, comme nous l’avons rapporté, il découvrit à l’Eglise de St. Maximin un sarcophage dont il ne soupçonnait pas l’existence et qui le plongea dans l’étonnement le plus profond. Il avait devant les yeux dans les reliefs qui accompagnent le tombeau, un témoignage incontestable de la mission de St Maximin, et il "e pouvait comprendre comment un pareil document était demeure, jusque 'A inaperçu et complètement ignoré. La vue de ce bas relief lui fit conclure
Révérend Messire Fcdllon ,
qu’il existait bien d’autres preuves du même fait, soit en Provence, soit ailleurs, et qu’on pourrait les trouver en se donnant la peine de les chercher? et ce fut à cette occasion et en présence même de ce sarcophage, ajoute-il, qu’il forma le dessein de réunir toutes ces preuves.
Ce qui est tout particulièrement remarquable, c’est qu’à partir de ce moment les documents les plus précieux lui arrivèrent de tous côtés, et même les rencontres les plus inattendues vinrent lai fournir les moyens d accomplir un travail aussi considérable, enfin les découvertes qu’il fit, furent si. nombreuses qu’elles l’obligèrent à donner à son ouvrage, les proportions les palus grandes. En voici quelques exemples :
Ainsi au retour de St Maximin, il se disposait à repartir pour Paris ; il lui fallut se rendre à la Mairie de Marseille pour faire viser son passeport, il était assis dans le bureau, attendant son tour après un certain nombre de voyageurs. Lorsqu’il vit dans l’embrasure d’une fenêtre, un tas de vieux parchemins réunis, pour être détruits ou déposés aux greniers de la municipalité. Or, quel fut son étonnement en prenant quelques-uns de ces papiers, il découvrit qu’il avait sous la main, une suite innombrable de documents qui se rapportaient à la grotte de la Ste. Baume, et au couvent de St. Maximin. C’était en grande partie les pièces des donations, ou des pèlerinages des princes au Sanctuaire de Ste, Madeleine. S’étant levé aussitôt et ayant demandé la permission de sauver de la destruction tous ces papiers abandonnés, le chef du bureau lui accorda tout ce qu’il pouvait désirer, mais de plus l’un des employés, originaire de la ville d’Aix, lui indiqua en cette ville un fondé de pouvoirs du Marquis d’Albertas qui possédait un nombre considérable de papiers, relatifs à l’abbaye de St. Maximin. En effet, pendant la révolution, ces documents étaient tombés entre lesmains de la famille d’Albertas, qui possédait près de St. Maximin de grandes propriétés.
Cet avis lui fut des plus utiles, car il le mit sur la voie de documents, qui avaient échappés à la révolution, et qui se trouvaient conservés dans les différentes municipalités de la Provence. Les années suivantes
L' Apostolat de Ste. Marie Madeleine. 179
il parcourut les archives des villes principales, et c’est là qu’il découvrit de quoi remplir plusieurs volumes de pièces justificatives, parmi lesquelles il a fait un choix. Ensuite il visita successivement les différents lieux de la Provence illustrés par le souvenir des Apôtres, amis du Sauveur, tandis que dans l’intervalle il continuait ses recherches, aux Bibliothèques de Paris, où il fit les plus précieuses découvertes. C’est alors qu’il trouva la première vie de Marie .Madeleine du IVe siecle, differentes pièces qui ne sont citées nulle part relativement à St. Marthe, les documents relatifs à la mission des premiers Evêques de la Gaule, et enfin la collection des anciennes liturgies qui lui ont rendu un si grand service, et où il a retrouvé en particulier les actes de St. Lazare, que l’on croyait perdus.
C’est vers ce même temps, c’est-à-dire en 1842, qu’il réussit à se procurer l’ouvrage si important sur Ste. Marie Madeleine, de Rhaban Maur, dont personne ne soupçonnait l’existence. Il en avait d abord découvert la trace^dans l’histoire des écrivains ecclésiastiquess de Dom. Rémy Cellier. Il y avait vu cette indication assez vague ! “ Que dans les Bibliothèques d’Angleterre d’après Cave, on trouve une vie de Ste. Marie Madeleine sous le nom de Rhaban Maur ” il recourut alors à l’histoire littéraire de Cavé à la page indiquée et il vit cette indication :
De vitâ Stæ Mariæ Magdalenæ, liber manuscriptus in Collegio S. Magdalenæ, Oxonii, vol. 166. Rabani Mauri, Opéra inedita.
M. Faillon a souvent raconté, et même consigné dans son ouvrage, les circonstances de cette découverte ; il demanda par écrit au supérieur du Collège de Ste. Madeleine si l’on pouvait trouver dans la bibliothèque l’ouvrage de Rhaban et pria que dans ce cas on lui envoya seulement quelques chapitres. M. Bloxam, supérieur du Collège, lui répondit en ces termes: “J’aime toujours à obliger quelques-uns de nos frères catholiques en France et ailleurs, et c’est avec un double plaisir que je rends un service, à un prêtre du Séminaire de St. Sulpice.
D’après l’envoi qui lui fut fait de quatre chapitres, relatns a 1 aposto-
Révérend Messire Faillon ,
lat et à la mort de Ste. Madeleine, M. Faillon s’étant convaincu que l’ouvrage était véritablement du style et de la manière de Raban Maur, il demanda alors la copie qui arriva, au mois de septembre 1842, c’est-àdire une année après la résolution prise au tombeau de St. Maximin.
Or on peut comprendre combien cette découverte était importante, puis qu’elle donnait le moyen de vérifier la valeur des actes de Ste. Madeleine et des relations les plus anciennes, que les PP. Bollandistes n’avaient pu employer, parce que faute de ce moyen de comparaison, ils n’avaient pu distinguer ce qui- était authentique, d’avec ce qui avait été interpolé par certains copistes ignorants.
Aux années suivantes, M. Faillon compléta ses découvertes dans ses visites aux bibliothèques, et dans ses pèlerinages aux sanctuaires de la Provence, dont il tira tant de profit pour son ouvrage, mais encore plus pour son ame, qui trouva tout a gagner dans la précieuse compagnie des Saints.
Enfin il se mit à l’œuvre, il commence d’abord par exposer et par réfuter toutes les erreurs dans lesquelles les adeptes d’une fausse critique, étaient tombés à l’égard de la personne même de Ste. Marie Madeleine, ensuite il leduit a néant les difficultés qui avaient ete soulevées contre la venue des amis du Sauveur dans les G-aules, puis il expose toutes les preuves merveilleuses qu’il en a découvertes dans ses nombreuses recherches, et enfin il donne une série considérable de pièces justificatives, discutées et commentées, avec la critique la plus consciencieuse et la plus rigoureuse. Les explications données par M. Faillon, et ses réfutations de toutes les difficultées apportées contre la doctrine de Rome, par les sectaires et les faux critiques du XVIIe siècle, ont paru d’une telle force qu’elles ont été accueillies à Rome avec la plus grande faveur, et que les revues romaines ont proclame que c était 1 ouvrage qui faisait le plus d’honneur à la science en France depuis nombre d’années. Aussi M. Rohrbacher arrivé à cette partie de son histoire, s’est fait un devoir d’exposer les faits d’après le texte même de M. Faillon.
V Apostolat de Ste. Marie Madeleine.
- On a toujours tenu et enseigné universellement dans l’Eglise, que le christianisme avait été prêche dans les Gaules dès le premier siècle par St. Lazare, ses deux soeurs et quelques autres disciples envoyés de Rome par Pierre lui-même; c’est-à-dire Trophyme à Arles, Paul à Narbonne? Martial à Limoges, Austremoine à Clermont, Gatien à Tours, Yalère à Trêves. St. Denys l’Aréopagite converti par St. Paul, vint un peu plus tard sous le Pape Clément. Quelques Pères du IVe siècle admettaient même que les Apôtres les avaient secondés, et ils affirment que les épitres de St. Paul aux Galates étaient adressées aux habitants des Gaules ; c’est ce qui peut expliquer que nous voyons des conciles tenus dans les Gaules au 3e siècle et même au 2e siècle la foi de ces pays invoquée par Tertullien et Justin et donnée comme preuve de l’universalité de la foi dans le monde entier. Cette croyance fut toujours conservée, et nous en trouvons des témoignages dans les liturgies des différentes nations. Ce n’est qu’au NVIe siècle que les nouveaux réformés ayant commencé à critiquer témérairement les traditions des églises primitives, quelques écrr vains catholiques se livrèrent à cet esprit de discussion, et soumirent es pieusesc royances de ces églises, aux recherches d une critique indépendante et non suffisamment éclairée.
On cite d’abord Lefevre d’Etaple, et Joseph Clictone au XYIe siècle qui imaginèrent de distinguer plusieurs personnes dans St. Marie Madeleine et ensuite Launoy au XVIIe siècle, qui nia de plus la vérité de 1 apostolat des disciples du Sauveur dans les Gaules, affirmant que St. Lazare était mort dansTile de Chypre, Ste. Madeleine àEplièse et Ste. Marthe a Béthanie. L’unité de personne fut aussitôt défendue en Angleterre par Fisher, évêque de Rochester ; en Flandre par le célèbre Erasme ; à Paris par l’Université qui condamna les assertions de Lefevre d’Etaple, tandisque Rome maintenait l’ancienne tradition. Mais par une prévention inexplicable, quelques années plus tard, ces fausses assertions se répandirent dans les esprits et l’on vit les évêques modifier en ce sens, leurs Bréviaires; tandisque d’estimables savants, tels que Dom Calmet,
182 Révérend Messire Fcdllon,
Dom Cellier et Mabillon, sans examiner les faits, embrassèrent l’erreur, se prononcèrent contre l’unité de personne, contre l’apostolat des saints de Provence et affirmèrent que les premiers envoyés des Papes ne vinrent qu’au troisième siècleles, suivant les assertion^ téméraires de ces’ faux critiques.
Et c’est ainsi que sur l’autorité d’écrivains favorables aux idées protestantes, quelques uns des plus fermes champions de la foi, par une confiance aveugle dans une critique erronnée, prétendirent changer sur ces points, l’enseignement universel et traditionnel de l’Eglise. Alors Ste. Marie Madeleine fut divisée en trois personnes : la femme pécheresse dont parle St. Luc ; Marie soeur de St. Lazare dont parle St. Jean, et Marie Madeleine dont le Sauveur avait chassé sept démons ; l’arrivée de Lazare et de ses soeurs en Provence fut déclarée non avenue. et la mission des sept premiers évêques, fut retardée de deux siècles.
Après avoir exposé ces attaques, admises ainsi sans examen et sans discussion par les meilleurs esprits ; M. Faillon montre d’abord sur quelles preuves nombreuses, s’appuie l’unité de personne ; il commence par exposer la tradition perpétuelle et générale des Grecs, et des Latins* Chez les Grecs, sauf deux ou trois exceptions, l’unité a toujours été reconnue et enseignée par l’universalité des pères, et il en donne la liste ; 1 on voit : Clément d’Alexandrie, Ammonius Saccas maitre d’Origène, Eusebe de Césaré, St. Ephrem, Apollinaire, Théodore de Mopsuetse, Ste. Barbe, l’auteur du centon d’Homère, St. André de Crète, etc. etc. Les seuls qu’on peut citer contre l’unité, sont Origène et St. Jean Chrysostome, et encore ne sont ils pas constants dans leurs affirmations: Origène parfois ne semble admettre qu’une seule personne, et St. Jean Chrysostome affirme que les Evangiles ne paraissent parler que d’une personne. Origène d’ailleurs a été souvent pris en défaut dans la doctrine : et 1 adhésion de St. Jean Chrysostôme sur ce point, peut s’expliquer par la désapprobation qu’il avait, à juste titre, pour certains adversaires outrés d Origene paimi lesquels, se trouvait lheophile d Antioche, son ennemi personnel.
U Apostolat de Ste. Mar ie Madeleine.
Après avoir exposé l' unanimité presque générale de l’Eglise Grecque, M. Faillon passe à l’église Latine et il montre qu’elle est absolument unanime; il donne les textes des plus illustres, parmi lesquels nous remarquons Tertullien, St. Hilaire, St. Ambroise, St. Jéiome et et. Augustin; St. Pierre Chrysologue, St. Grégoire le Grand ; St. Isidore de Séville, en Espagne; en Angleterre, le vénérable Bede, St. Anselme et St. Thomas de Canterbury ; Alcuin, Smaragde, Raban Maur, St. Odon de Cluny, Flodoard, l’Abbé Rupert, Hugues de St. Victor, St. Bernard ; puis les grands docteurs du XlIIe et XlVe siècle, St. Bonaventure, St. Thomas d’Aquin, St. Antoine de Padoue, Ludolphe et Denys le chartreux. Nicolas de Cusa, St. Vincent Ferrier, Pierre de Blois, Gerson et l’auteur de l’imitation, etc, etc.
M. Faillon cite ainsi plus de cent auteurs, qu’il a pris soin de vérifier. Ensuite il montre encore l’unanimité de la tradition d apres 1 interprétation de la Ste. Ecriture, l’enseignement des Papes, la liturgie, les
dévotions établies dans l’Eglise entière.
Enfin M. Faillon ne s’en tient pas là, et avec la profonde intelligence qu’il
avait des sens mystiques de la Ste. Ecriture, il confirme la voix unanime de la tradition par l’exposition de la doctrine des Pères sur les figures renfermées dans la conversion de Ste. Marie Madeleine; doctrine qui prouve encore si invinciblement : que les Pères ne voyaient'.dans la pécheresse, la sœur de Lazare et dans Marie Madeleine qu’une seule et meme personne. Et en effet les Pères voient toutes les actions de la pénitente, devenue ensuite repentante, puis amie dévouée du Sauveur, comme figures de ce qui est arrivé à la gentilité, qui d’abord pécheresse, puis repentante, et convertie par le Sauveur, a été enfin son épouse dévouée dans la personne de
la Ste. Eglise. ,
Les Pères et les Docteurs nous disent tous, que Marie Madeleine, la
pécheresse dont parle St. Luc et la Soeur de Lazare fut le type de cette gentilité, Sœur égarée de la Nation fidèle, asservie au culte des démons, et aux infidélités les plus monstrueuses.
Révérend Mess ire Fait! on,
Elle est la Maria in civitate peccafrix, c’est-à-clire, la pécheresse vivant dans la cite du monde et livrée a 1 infidélité, c’est ce que nous disent Eusèbe et St. Pierre Chrysologue. Et N.-S., qui s’était plu à figurer dans l’ancien Testament son union avec la gentilité infidèle par l’image de Rahab et Thamar, deux pécheresses ; Ruth la moabite, Bethsabée l’adultère et 1 épouse prostituée du prophète Osée a voulu représenter cette même union par Madeleine la pécheresse, dans le Nouveau Testament, c’est ce que nous disent tous les Pères et voici leur doctrine :
La gentilité d abord fidele, fut fiancée à Dieu au commencement des siècles, et lorsqu elle s éloigna par 1 idolâtrie que l’écriture désigne sous le nom de fornication et d adultéré, alors l’epoux abandonné et trompé s’unit a une sei vante, une mercenaire la Nation juive, c’est ce que nous disent expressément avec Theodoret, St. Augustin et l’Abbé Rupert.
Mais enfin N.-S. vient dans le monde et il trouve son épouse indifférente et infidèle, ce qui est exprimé par Judas qui reproche le dévouement de Marie, Simon le Pharisien qui se scandalise, et même par Marthe qui ne comprend pas le culte que l’époux reclame, alors il abandonne son épouse, il revient à la fiancée et il la prend pour sa véritable épouse ; de là les paroles du Sauveur à Simon : “ Vous ne m’avez pas lavé les pieds;”
U ^ °^s ne m’avez pas donné le baiser des amis ; ” “ vous n’avez pas oint ma tête ; ” or toutes ces paroles indiquent l’ingratitude et l’indifférence de la Nation juive, suivant St. Grégoire le Grand, St, Pierre Chrysologue, Eusèbe, Evêque de la Gaule, Bede et Rupert. Enfin les Pères montrent encore comme les circonstances des recherches de Marie au Tombeau,
figurent les circonstances de la conversion de la gentilité à la foi chrétienne.
M. Faillon, en citant les Pères et en donnant les passages les plus formels montre l’importance qu’ils attachaient au sens mystique de 1 Eciiture. Dieu, suivant eux, a toujours voulu montrer son action dans le monde par des figures que lui seul peut réaliser par sa toute puissance, ce sont des témoignages divins qui, d’ailleurs, conviennent si bien au
U Apostolat de Ste. Marie Madeleine.
génie de l’homme. Ces figures nous plaisent et nous convainquent plus que des raisonnements et des discours, de plus elles gravent mieux le faits dans notre esprit, parce qu’il suffit de nous rappeler un trait pour nous faire ressouvenir de tout l’événement, et de la doctrine qui y es^ renfermée.
M. Faillon relève en passant plusieurs quiproquos des adversaires de l’unité, et il en trouve aussi un grand nombre dans les affirmations contre l’Apostolat des disciples du Sauveur. Ainsi les deux principaux arguments qu’on invoquait en faveur de la distinction étaient d’abord un passage de St. Théophile d’Antioche qui vivait au deuxième siècle. Or ce texte est de Théophylacte, écrivain du onzième siècle, ce qui lui ôte donc toute sa valeur ; il parait que les savants critiques n’avaient pu lire son nom. Voici un second quiproquo, encore plus inexcusable. Les réformateurs du bréviaire s’appuyèrent du martyrologe romain pour établir la distinction, en lisant au dix-neuf janvier la fête de Ste. Marie et de Ste. Marthe qu’ils introduisirent au bréviaire de Paris, mais tel est le texte du martyrologe romain qu’ils avaient falsifié : Fête de St. Marins et de Ste. Marthe, sa femme, et de l'eurs enfants t nobles persans, qui, venus à Rome, sous Claude, empereur, sou ffrirent le martyre. Et ces deux erreurs qui formaient la base de la distination, furent admises sans examen par les Evêques d’un grand nombre de diocèses, et avec la meme confiance par les grands érudits et savants de ce temps.
Mais il y a bien d’autres méprises énormes à relever ; ainsi les adversaires de l’apostolat des premiers disciples du Sauveur dans les Gaules nièrent la venue de Madeleine en Provence parce qu’ils la confondirent avec Ste. Madeleine, martyre à Ephèse, mais ils ne remarquèrent pas que celle-ci ne vécut qu’au IVe siècle ; ils prirent aussi Lazare morne de Chypre, au IXe siècle pour St. Lazare, et ils affirmèrent qu’on ne pouvait montrer son tombeau en Provence, enfin ils falsifièrent un texte de Elodoard, qui dit que de son temps on voyait la maison de Ste. Marthe à Béthanie, en affirmant qu’il avait parlé de son tombeau, d’autres confondirent Ste. Marthe avec Ste. Marque martyrisée en Afrique, au IVe
Révérend Messire Faillon,
siècle; enfin quant à Marie, mère de Jacques le Mineur et compagne de Marie Madeleine en Provence, ils la prirent pour Marie, mère de Jacques le Majeur et de St. Jean, morte à Veroli dans le Latium. C’est sur de pareilles méprises qu’ils construisirent tout leur système, et qu’ils le firent admettre aveuglément des meilleurs Esprits de leur temps.
Du reste, Launoy, sur lequel les savants critiques et réformateurs de bréviaire prétendaient s’appuyer, n’était ni très ferme ni très constant dans ses affirmations.
M. Faillon rapporte à ce sujet deux anecdotes curieuses qui montrent si bien les idées du temps, que nous devons au moins en dire quelques mots. Il les a trouvées au Mercure de France de l’année 1725 dans une notice sur le savant P. Pagi, continuateur de Baronius. Le Cardinal de Mazarin ayant rencontré dans sa bibliothèque, M. de Launoy et M. de Suarez, Evêque de Vaison, qui fut plus tard bibliothécaire de la Yaticane et qui avait écrit une réponse assez vive contre les assertions de Launoy, le Cardinal engagea alors Launoy à proposer les arguments les plus forts contre la tradition de la Provence pour voir ce que M. de Suarez pourrait y répondre. Launoy après s’être excusé le- fit néanmoins et le Cardinal fut si surpris de la faiblesse de ses raisons et si satisfait de la réponse de M. de Suarez qu’il fit présent à celui-ci d’une fort belle montre, ce qui fut l’occasion pour M. Suarez de remercier vivement M. de Launoy de lui avoir procuré l’honneur d’un tel présent. Plus tard ajoute le P. Pagi, M. de Launoy ayant rencontré encore M. de Suarez et touché de la force de ses raisons, promit d abandonner son opinion,
M. de Launoy, dit 1 illustre P. Pagi, n’avait que deux arguments, 1 un tirés de la négative (F est-à-dire de l’absence de tous monuments antérieurs au dixième siècle), l’autre de la préteudue supposition de tous les titres qu’on lui présentait, et il affectait de regarder comme apocryphes toutes les pièces qui contrariaient son système. Un jour dans une bibliothèque de Paris, Launoy ayant objecté au P. Pa^i comme preuve de la nouveauté et de la supposition dé cette tradition
L apostolat de Ste. Marie Madelaine.
qu’on ne voyait en Provence aucune église dédiée à Ste. Madeleine qui eut plus de trois cents ans d’ancienneté ; ce savant religieux lui répondit à l’instant même, que Charles le Chauve faisait mention d’une Eglise de Ste. Madeleine d’un monastère de la ville d’Arles. Launoy nia d’abord le fait. Mais le P. Pagi prit aussitôt le volume où l’on trouve les lettres de Charles le Chauve et lui montra le passage, en en prouvant l’authenticité par d’excellentes raisons, et en ajoutant qu’il était persuadé qu’on finirait par découvrir bien d’autres témoignages anciens de cette tradition.
C’est ce que Launoy niait si fortement, et c’était là son plus grand argument, il supposait que les Sarrasins dans leurs incursions avaient détruit toutes les archives et les monuments des Eglises, et il en inférait que l’on ne pouvait apporter aucun témoignage des évènements antérieurs, mais suivant toutes les conséquences de son système il avouait que si l’on trouvait des pièces remontant au moins à l’an mil, il serait obligé de laisser son sentiment.
Or c’est à quoi M. Faillon s’est attaché tout particulièrement, et il a été si bien inspiré dans cette idée de faire des recherches, qu’il est parvenu à découvrir dix séries de documents différents se rapportant aux huit premiers siècles de l’Eglise, et justifiant pleinement l’enseignement de l’Eglise de Rome, sa liturgie et les traditions primitives de tous les peuples chrétiens. Nous n’avons pas à énumérer tous les produits de ses recherches et de ses travaux incessants ; qu’il nous suffise de dire qu’ils se rapportent à quatre classes principales
lo L’abord les différents manuscrits qu’il a pu recueillir dans les bibliothèques, et qui comprennent, outre la vie par Raban Maur retrouvée en Angleterre ; l'ancienne vie de Ste. Madeleine écrite au Ve. ou Vie. siècle ; les actes de S. Lazare intercalés dans le bréviaire d’Autun, les actes du martyre de St. Alexandre de Brescia en Italie du Ier siècle qui parlent de la présence de St. Lazare et de St. Maximin, en Provence au même temps ; ensuite les martyrologes, les bréviaires des différentes Eglises, qui donnent dans leurs offices, et
Révérend Messire Faillon.
principalement dans leurs hymnes, toutes les circonstances de l’Apostolat des disciples du Sauveur.
2o Les preuves qu’il a trouvées de ces circonstances dans ses visites aux lieux saints de la Provence, où il a vérifié les traditions, les archives, examiné et soumis aux règles de la critique la plus rigoureuse les documents qui prouvent que bien avant les ravages des Sarrasins le village des Stes. Maries était regardé comme le lieu des débarquement des disciples de N. S. ; Marseille, Aix, Avignon et Tarascon comme le champ de leur apostolat, et la Ste. Baume comme la retraite de Ste. Madeleine.
3o Les différents tombeaux qui existent à Tarascon, à St. Maximin qu’il a examinés et comparés aux anciens tombeaux des Catacombes, de manière à pouvoir leur attribuer une date contemporaine des premiers siècles de l’Eglise.
4o Tout ce qui se rapporte à la soustraction des reliques des Saints Apôtres lors des invasions des Sarrasins, la découverte dn corps de Ste. Madeleine au Xlle siècle, la translation du corps de St. Lazare à Autun, etc., etc., puis les honneurs rendus aux lieux saints témoins de leurs travaux.
Dans une analyse telle que celle que nous avons à faire nous ne pouvons présenter un résumé complet des découvertes de M, Faillon, mais pour en donner au moins une idée nous citerons quelques extraits de la vie de Raban Maur, ensuite nous continuerons par les observations sur les sanctuaires de Provence et nous terminerons par l’examen qu’il a fait des tombeaux des St. Apôtres.
Raban dans la vie de Ste. Madeleine , donne un commentaire de la Sainte Ecriture qui est exact, mais en même temps intéressant et rempli de charmes.
Il est exact, parce qu’il suit l’évangile mot à mot ; il est vrai qu’il est est abondant en considérations, mais il ne s’éloigne jamais du texte et dans ses réflexions il ne fait que l’expliquer, et aider à en saisir le sens.
Il y montre continuellement une science étendue et profonde et ainsi
L Apostolat de Ste. Marie Madeleine.
•que le remarquent les auteurs de la France littéraire en parlant de ses autres écrits, l’on voit qu’il était très versé dans la doctrine des pères de l’Eglise, et qu’il connaissait de la science ecclésiastique tout ce qui avait été produit depuis les premier siècles ; dans ses ouvrages il faisait entrer ce qu’il avait trouvé de meilleur dans les pères, et enfin, le texte sacré lui était si familier que la plupart de ses ouvrages n’en sont qu’un tissu, où il semble que les choses coulent comme de source.
De plus ses ouvrages plaisent beaucoup aux lecteurs à cause de l’onction de sa piété, c’est ce qu’on remarque dans la vie de Madeleine, et : “ Il en est, dit M. Faillon, de cet ouvrage, comme de ces belles statues du Moyen Age, où l’on voit reproduit avec tant de vérité et de naturel, les diverses émotions que la religion fait éprouver aux âmes pures, et qu’elle inspirait aux pieux artistes de ce temps là. Aussi nous sommes persuadés que les âmes chrétiennes nous sauront gré d’avoir retiré de la poussière, un écrit si propre à augmenter en elles la dévotion . .
Quant aux qualités littéraires, on reconnaît un auteur nourri de la lecture des genies de l’antiquité. On y voit un très vif sentiment des beautés du style, qui n’est pas inférieur à ce que l’on a publié de mieux en notre temps. M. Faillon remarque que l’on trouve parfois des vers, dans le cours de la narration.
Nous allons citer quelques uns des passages : et ensuite nous résumerons nos observations.
Le début est noble et a beaucoup d’analogie avec les meilleurs types littéraires, on pourra en juger par soi-même.
Dans le territoire de Jérusalem, sur le mont des Oliviers, à quinze stades et à l'Orient de la cité sainte, est située la patrie de Marie Madeleine, de Lazare et de Marthe, la petite ville de Béthanie, très souvent nommée parles Evangélistes, fort connue par les fréquents séjours du Sauveur, consacrée par l'hospitalité qu’il y reçut et par les repas qu’il honora de sa présence, illustrée parles miracles qu’il y opéra et les larmes qu’il y répandit, immortalisée enfin, par la pompe de son triomphe, l’empreinte de ses derniers vestiges et l’éclat de son ascension.
Ce fut dans cette petite ville ' que naquit la bienheureuse Marthe, hôtesse vénérable et très dévouée servante du fils de Dieu, Jésus-Christ Notre Seigneur.
Révérend Messire Faillon ,
Il continue ensuite par le portrait de Marthe et de Marie : ensuite il expose les faiblesses de celle-ci :
Marthe faisait un noble usage de ses biens. Vivant dans le célibat, sa réputation fut toujours intacte ; elle était douce et aimable envers les siens, affable et compatissante envers les pauvres, enfin miséricordieuse et libérale envers tous. En un mot elle jouissait du respect et de la vénération universelle pour la noblesse de son extraction, pour ses grandes richesses, sa rare beauté, et l’éclat de sa modestie ; ajoutez encore son hospitalité, sa bonté à l'égard de tous. Tel était le caractère de Marthe.
Quant à Marie, lorsqu’elle eut atteint l’âge nubile, brillant alors de tout l’éclat de la plus rare beauté, elle se faisait admirer pour l’élégance et les proportions de sa personne, les charmes de sa figure, la beauté de sa chevelure, les grâces de son langage et la douceur de son caractère. Enfin elle brillait de tant de grâces, qu’elle était regardée comme un des chefs-d’œuvre du Créateur.
Mais la pureté ne reste pas ordinairement unie à une beauté trop éclatante, et l’affluence des avantages de ce monde est an danger pour la vertu. Cette jeune personne dans l’abondance des délices, commença par se complaire dans les dons de son esprit, et ensuite se laissa entraîner par les inclinations du cœur. La fleur de l’âge, la bonne grâce extérieure et l’abondance des richesses n’ont que trop coutume d’énerver les bonnes dispositions de l’âme ; un corps trop bien fait, un cœur enclin au plaisir respirent d’eux-mêmes l’amour profane et ses douceurs funestes : l’élévation du rang unie aux richesses et aux dons extérieurs font bientôt perdre la retenue de son cœur. Mais de plus l’emportement de la jeunesse, les attraits des sens et la faiblesse du sexe achèvent de ruiner sa modestie Hélas 1 ô douleur ! le plus précieux des biens de Marie fut terni par l’attrait des choses de la terre. L’éclat qu’elle avait reçu d’une éducation recherchée fut obscurci par des désirs abjects ; emportée par les affections les plus coupables, tous les dons qu’elle avait reçus pour le bien, elle en fit deB moyeus ae désordre et de ruine. La douceur de son caractère mit son âme en péril, sa beauté déshonora son cœur, la fleur de sa jeunesse flétrit la fleur de sa pureté. Ainsi elle perdit son éclat, ses avantages s’évanouirent, déchue de son premier état, elle devint bien differente d’elle-même, et enfin comme l’enfant prodigue elle finit par dissiper tous les biens qu’elle tenait de la nature, ou de l’éducation.
Raban Maur ne donne pas d’autres détails sur les désordres de Marie, et l’on peut remarquer avec quelle retenue il sait tracer les traits les plus expressifs. Il en dit assez, pour être d’accord avec les Pères qui pensent que la pécheresse s était précipitée au fond même de l’abîme du mal, sans toutefois contredire ceux qu; étaient d’une autre opinion.
Pendant ce temps N. S. commençait le cours de ses bienfaits, il soulageait les infirmités, consolait les douleurs et guérissait les âmes, Marie néanmoins continuait le cours de ses désordres, aussi bientôtle monde répétait qu’elle était possédée de sept démons.
L Apostolat de Ste. Marie Madeleine.
Marie voyant qu’elle a tout perdu, dans son cœur, dans son âme et dans l’estime extérieure dont elle jouissait, rentrée en elle-même, elle déplore son état, regrette tous les biens perdus, et commence enfin à se rappeler celui qu'elle a offensé; sans retard elle veut rentrer en grâce, elle pleure en voyant ses crimes, sa ruine et son ingratitude.
Nou3 ne ferons pas plus de citations pour donner une idée du charme de ce récit, qui nous montre comme tout en suivant l’évangile pas à pas, Raban sait revêtir le texte des commentaires, de la piété la plus tendre et la plus pure. Mais cette légende n’a pas seulement d’intérêt pour les âmes pieuses, et pour les amateurs des richesses littéraires des temps passés, elle a en outre une immense importance au point de vue de la critique, et c’est pour cela que M. Faillon lui a fait une si large place dans ses monuments.
D’abord elle nous montre ce que l’on pensait de l’Apostolat des Saints de la Provence au huitième siècle, elle résume toute la critique de l’Eglise en ce temps, ensuite elle confirme la valeur des anciennes vies de Marie Madeleine.
En effet, Raban dit lui-même qu’après l’Evangile il a suivi les écrits les plus anciens, ce dont M. Faillon put facilement s’assurer, puisqu’il avait retrouvé les anciens documents et qu’il a constaté qu’ils étaient répétés presque mot pour mot dans l’histoire de Raban Maur, et c’est ainsi que M. Faillon, en comparant ces différents documents, a pu reconnaître tout ce qui avait été altéré dans les anciennes vies de Madeleine, et dans la vie de Marthe attribuée à Ste. Marcelle. Enfin il a même pu distinguer ce que Raban Maur avait ajuste titre rejette comme interpolations et ce qu’il avait exclu inexactement par les procédés d’une critique trop sévère, tels que le séjour prolongé de Marie Madaleine dans le désert sans nourriture, ses ravissements, ses extases, etc., etc.
M. Faillon montre ensuite comment on peut admettre le récit de ces faveurs qui est consacré par les traditions populaires, et qui ne renferme rien de différent de ce qu’on raconte de plusieurs saints qui n’avaient pas eu les mêmes rapports avec le Sauveur et qui n’avaient pu lui donner des preuves
Révérend Messire Fciillon,
aussi vives de leur dévouement. Il faut lire ce commentaire au tome II. page 57 et suivantes, pour comprendre l’élévation et la sûreté de doctrine de notre pieux auteur.
M. Faillon donne encore les documents qui sont relatifs à la mission des disciples du Sauveur en Provence ; ces documents sont nombreux et nul pays n’a conservé plus de monuments, de son premier appel à la foi. Or combien ces souvenirs sont précieux pour nous ; des historiens studieux pleins d’érudition et de patriotisme ont fait de notre temps les recherches les plus profondes pour retrouver les souvenirs de nos ancêtres, et des qualités qui les distinguaient. Delà, des ouvrages si remarquables sur le génie et les grandes entreprises des nations Gauloises; delà ces grands récits Mérovingiens, qui ont rendu de nos jours si présents à tous les esprits les commencement de notre patrie ; mais quel gré ne doit-on pas avoir à M. Faillon d’avoir consacré tant de travaux aux commencements chrétiens des fils aînés de l’Eglise, et d’avoir en faisant la part de l’élément chrétien, complété les recherches des grands historiens de notre temps.
C’est là que se trouve la plus excellente origine de notre histoire. Il ne nous suffit pas de connaître tout ce qui concerne les commencements temporels de cette agglomération de peuples qui ont formé la France, mais il nous importe surtout de bien comprendre comme la précieuse semence du christianisme a été déposée profondément en notre patrie, dès les commencements merveilleux de l’Eglise.
Combien ces renseignements sont intéressants, et qu’elle idée ils nous donnent de ces temps.
Les Apôtres se partagent le monde, les uns vont vers l’Asie, d’autre abordent l’Afrique ; la Grèce et l’Espagne ont leurs envoyés ; le chef de l’Eglise va au centre de l’empire, et N. S. donne son cœur, et envoie ses amis préférés à ce pays qui était réservé à une destinée si haute, et si privilégiée dans le monde.
Ce n’était point une terre barbare, et qui devait accepter aveuglement
L Apostolat de Ste. Marie Madeleine. 193
toute doctrine. Les provinces de l’Empire Romain n’étaient pas en arrière de la civilisation de Rome même. C’est ce que nous dit Strabon qui est de la même époque, il ajoute cette particularité que les étudiants tes plus illustres préféraient les écoles de Marseille aux écoles d’Alhènes, et cette illustration de Marseille existait depuis longtemps puisque un siècle avant Strabon, Cicéron et César, étaient venus à Marseille pour s’y perfectioner dans les sciences morales et politiques.
Indépendamment des assertions de l’histoire sur l’état de la Provence 5 nous avons d’autres preuves de son degré de civilisation ; les ruines qui couvrent le midi de la France, attestent une grandeur qui n’a pas été dépassée depuis, on y voit les restes de temples, de palais d’une splendeur qu’on ne connait plus, des cirques d’une étendue qui semblent indiquer à Arles, à Nimes à Orange des populations supérieures à celles d’aujourd’hui.
C’est donc à ce pays si civilisé et si capable d’examiner la vérité, que les amis du Sauveur sont envoyés.
Les lieux qu’ils ont successivement évangélisés, à Marseille, à Aix, à Tarascon, sont consacrés par des sanctuaires où tout vient vous parler des saintes circonstances de leur mission. C’est d’abord l’endroit où ils ont débarqué (1). Ensuite c’est le souvenir de la petite chapelle ou les pieux envoyés se réfugièrent en face du temple des idoles à Marseille, pour annoncer Jesus-Christ (2). Ce sont les souterrains où St. Lazare réunit les premiers fidèles (3). C’est l’oratoire bâti par St. Maximin à Aix et où il annonça le Sauveur du monde (4). C’est le sanctuaire de Tarascon où tout vous rappelle les oeuvres de l’hotesse de N.-S. (5). C’est la retraite éloignée et presqu’inaccessible où Marie Madeleine alla se réfugier dans la compagnie de son divin maître, c’est