‹ M. Faillon, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 18 sur 42 · OR NUE + ONCAU D ONE - A · texte numérisé non relu

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Directeur des Catéchismes. iii

cours sur l'instruction, indiqué plus haut, est donné presaw’en entier par Mgr. Dupanloup dans son livre intitulé, Méthode Générale du Catechisme, recueilli des ouvrages des Catéchistes les plus célèbres, et où M. Faillon est cité entre Gerson, Bossuet et Fénélon.

Du reste, dans cette méthode, le dévoué Catéchiste a surtout résumé les usages et traditions de S6. Sulpice; il a ajouté les développements rendus nécessaires par les circonstances actuelles, et il n° eu garde d’omettre les travaux de ceux qui l'avaient précédé, parmi lesquels M. Borderies et M. Teyssère avaient laissé de si précieux enseignements, |

Après quelques considérations très-sages surle local et les dispositions pour le Catéchisme, sur le nombre et le placement des enfants, il donne des instructions sur chacun des exercices du Catéchisme. 10. Le chant des cantiques. 20. La récitation et l’interrogation. 30. L'instruction. 40. L'homélie ; etenfin sur les fêtes, et les moyens d'encourager les enfants.

Ces instructions sont si judicieuses et si bien appropriées au besoin des enfants, et à l'instruction des catéchistes, qu’elles ont toujours été suivies depuis ce temps, non-seulement dans les paroisses de Paris, mais encore dans toute la France, et enfin, qu’elles sont invoquées dans toutes les recommandations données dans lŒuvre par excellence.

“€ Il est à désirer, disait M. Faillon, que l’on ait dans chaque Eglise, une chapelle destinée au Catéchisme; elle doit être assez grande pour contenir plusieurs centaines d’enfants, et elle doit être disposée de la manière la plus propre à établir l’ordre et la discipline, et à maintenir l’émulation parmi les enfants, par la disposition des places et des bancs.”

M. Faillon attachait une grande importance pour le succès du catéchisme, au chant des cantiques bien choisis et bien exécutés : ensuite il donne les règles de l’Instruction ; ce qu’il en dit est comme un traité de co: position qui fournit le meilleur complément aux ouvrages classiques, où l’on à surtout en vue les principes de l’art d'écrire ; ici il s’agit des moyens à prendre pour se rendre accessible aux enfants : parler à leur intelligence et les habituer à réfléchir,

112 Révérend Messire Faillon,

C’est un art très difficile et très pratique ; mais on n’en trouve pus les règles dans les rhétoriques ordinaires ; il n’est rien de plus délicat, que de se mettre à la portée de ces jeunes esprits, de les frapper et de les captiver; tout ce qu’il dit à cet égard, est un modèle du genre.

Une observation importante que nous avons entendu souvent exprimer à M. Faillon, c'est que : de même que tout ce qui comp. . ‘a catéchisme, est ce qui est demandé par les conciles, c’est ce qui est le plus favorable à l'instruction proprement dite. Et en effet, qu’y at-il de plus propre à développer la mémoire que l'obligation que l’on impose aux enfants, de donner textuellement la lettre du catéchisme et de l’Evangile, de manière à leur faire prendre l’habitude de ne jamais rien dire sur la religion qui ne soit exact et rigoureusement appuyé sur l’enseignement sacramentel de l'Eglise ; ainsi on remplit leur esprit de principes et de maximes qui développent leur jugement, et qui sont comme la forme de tout bon esprit.

Ensuite, qu'y a-t-il de plus propre à fortifier l'intelligence et à apprendre les règles du style et de la composition, que l'obligation imposée aux enfants de rédiger l'instruction sur des notes prises pendant la séance ? et l’on peut observer que les catéchismes ainsi pratiqués, loin d’entraver la marche des études, en sont le plus puissant auxiliaire, Aussi a-t-on remarqué, et il pouvait à ce sujet citer le témoignage de l'un des plus éminents dignitaires de l'université de France, (*) que les élèves appelés aux grands concours, qui chaque année montraient le plus de dispositions pour écrire, étaient précisément ceux qui avaient été formés aux exercices de l'instruction religieuse.

Pour bien convenir à l’esprit des enfants, l'instruction doit être courte, bien divisée, d'un style simple, mais frappant, et enfin très-méthodique, Procédant selon la gradation enseignée par Quintilien, il faut commencer par des arguments qui convainquent ; il faut développer ensuite son sujet par des considérations explicatives; enfin il faut tr’ terminer par les preuves que l’on regarde comme les plus fortes.

(*) M. Du Chayla, Inspecteur Général de l'Université,

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Directeur des Catéchismes. 113

(Fortiora, fortia, fortissima.)

Ainsi s'exprime Quintilien: les premières preuves excitent l’attention, les secondes éclairent l'esprit, les dernières enlèvent la volonté.

Il faut surprendre de temps en temps par des mots concis, et frappants comme ceux-ci :

“ Celui qui vous à fait sans vous, ne vous sauvera pas sans vous.”

‘ Dieu vous promet le pardon, mais personne ne vous a promis le lendemain.”

Il faut aussi recréer agréablement ses jeunes auditeurs par des saillies inattendues ; pas même leur refuser au besoin, un mot pour rire ; mais rien de trivial ni d’inconvenant, qui ne puisse être répété dans la société la plus’grave et la plus relevée.

Mgr. Dupanloup a reproduit tous ces préceptes de la méthode de St. Sulpice, en les commentant. avec cette supériorité et cette haute expérience qui caractérisent tous ses admirables écrits sur l’enseignement.

M. Faillon veut aussi qu’on appuye ses instructions par des traits bien choisis de l'Histoire Sainte, de la vie des Saints, et avec modération dans l'histoire profane. Pour la vie des Saints, n'est-ce pas la doctrine sainte elle-même mise en action et revêtue de tous les charmes de la vie ? C’est ce que disait avec tant de force St. François de Sales :

“ Il y a autant de différence entre l'Evangile et la vie des Saints, qu'entre une musique notée et une musique chantée.”

Enfin, M. Faillon en vient à un genre de preuves auquel il attachait la plus grande importance, ce sont les comparaisons. Ils’appuie même sur l'exemple de N.S., des Saints et de tous les grands prédicateurs de la vérité.

Nous donnerons ici quelques détails, parce que M. Faillon y revenait souvent, et qu’après avoir cité la Bible, les grands catéchistes, comme Fépélon et St. François de Sales, l’auteur en particulier du Catéchisme de Uonstance, auxquels il conseille de recourir, il a pris lui-même la peine de faire un recueil de comparaisons, comprenant deux gros volumes qui doivent se trouver au Séminaire de Paris.

114 Révérend Messire Faillon,

Voici ce qu'il rapporte du prix que St. Vincent de Paul attachait à ce genre de preuves, pour se rendre accessible à tous les esprits qui ont tant besoin de voir les choses spirituelles représentées et illustrées par des images sensibles :

“ Il faut que la compagnie se donne à Dieu, pour expliquer, par des comparaisons familières, les vérités de l'Evangile ; façonnons notre esprit à cette méthode, imitant en cela N. S., lequel, comme dit l'Evangile, ne disait rien sans y recourir: sine parabolis, non loquebatur ad e08.”?

St. François de Sales était du même avis sur l'importance de ces assimilations : “ Le livre de la Nature est bon pour les similitudes ; les Pères en sont pleins, l’Ecriture sainte en mille endroits.

Vade ad formicam : sieut gallina congregat pullos suos : quemadmodum desiderat cervus ; quasi struthio in deserto ; considerate lilia agri, etc. et cent mille semblables, ajoute St. François de Sales.

Et il ajoutait en citant les paraboles de N. S.; c’est un père de famille, c’est un fils, un serviteur, un soldat, un gardien, un voleur dans la nuit, un souverain, un guerrier, un laboureur.

Moins encore, c’est un repas, une mesure, un peu de farine, un flambeau, un champ, un arbre, une fleur, un passereau.

Le P. Romillion excellait en ce genre : voulant faire comprendre le malheur d’une confession mal faite, il représentait un homme qui, ayant boutonné son pourpoint, est obligé de tout recommencer lorsqu'il s’aperçoit qu’il y a un bouton qui reste.

En voici une autre qui a un certain intérêt d’actualité ; elle est de St. François de Sales : pour expliquer que N.S$. n’a prié que pour St, Pierre, quoique toute l'Eglise fut aussi en péril, il représente un jardinier qui,

arrosant une plante, verse toute l’eau au pied, sans s'amuser à arroser chaque branche et chaque fleur. ** Ainsi Notre Seigneur pria pour le chef, et arrosa cette racine, afin que, par l’entremise du chef, la foi fut toujours conservée en l’Eglise.”?

St. François de Sales, dans son a@mirable lettre à l’Archevêque de Bourges,

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Directeur des Catéchismes. 115

indique non-srlement les sources, mais les moyens à prendre pour découvrir les comparaisons renfermées en la Sainte Ecriture.

“ Il faut, dans la Ste. Ecriture, considérer les mots, pour voir s’ils sont métaphoriques, et quand ils le sont, il y a une comparaison pour qui sait la découvrir. Ainsi en ces paroles :

Viam mandatorum cucurri cum dilatasti cor meum, considérez, dit-il, les mots métaphoriques qui sont ici : c’est dilatasti et cucurri ; ensuite cherchez : quelles sont les choses qui vont vite par dilatation, ainsi les navires, quand le vent gonfle leurs voiles, les étend, les remplit, alors ils vont rapidement ; de même quand le vent de l’Esprit Saint remplit nos cœurs, il les dilate et nos mes alors courent à pleines voiles dans la mer des commandements.

David parlant des mondains dit : perit memoria eorum cum sonitu ; je tire de ces mots, deux comparaisons de deux choses qui se perdent avec le son ; quand on brise un vase, il périt en sonnant : ainsi quand les méchants meurent, on parle d’eux, mais comme le vase cassé demeure inutile, ainsi les malheureux demeurent perdus, ete., etc., de même quand un riche meurt, on sonne les cloches, on fait de grandes funérailles, mais ensuite qui parle de lui, qui s’en souvient ? Personne.

En tout ceci, nous faisons quelques citations qui ne peuvent denner la substance même du travail de M. Faillon sur la méthode, mais qui doivent sufire pour montrer sa manière, et quel intérêt il sait répandre sur les sujets les plus arides par les citations sans nombre que lui fournissait son érudition inépuisable,

Vient ensuite un chapitre des plus importants sur la nécessité de rendre le catéchisme agréable aux enfants. Nous le citons ici, parce que l’on sait tous les efforts que les ennemis de la religion ont fait pour décrier ses charmes, et donner des préventions contre les œuvres les plus aimables de la piété, efforts que nous voyons redoubler maintenant. On représente partout dans les livres, les journaux et l’enseignement public, le joug de la piété, comme un joug pénible et insupportable ; on fait appel aux délicatesses de la jeunesse et de l’enfance, qui craint ce qui est sérieux et

116 Révérend Messire Fuillor…

austère ; on lui cache les douceurs de la piété ; on lui en exagère les véritables obligations ; et combien, par ces imputations gratuites et mensongères, a-t-on éloigné d’âmes, et les a-t-on rebutées pour jamais. .)'un autre côté, il faut avouer, suivant la remarque très-juste de plusieurs des instituteurs les plus distingués de la jeunesse, qu’il s’est introduit parfois avec les meilleures intentions du monde, un genre de piété sombre, implacable, qui a fait naître ces fâcheuses dispositions contre la religion. C’est la remarque de Fénélon, et dans les derniers temps, de St. Liguori, ete., des Théologiens Romains et enfin de Mgr. Dupanloup et de M. Faillon luimême.

Combien nous semble-t-il donc important d'exposer les idées de M. Faillon sur ce sujet, idées qui ont été adoptées par les Institutions de la jeunesse et qui même ont donné naissance à plusieurs œuvres spéciales telles que les œuvres de Récréation de la Jeunesse, Nous pourrions à ce sujet citer les œuvres de M. Allemand, à Marseille, les institutions des Cercles et les institutions catholiques, où l'on fait tout pour donner de l'attrait à la pratique d’une religion, qui est si remplie d’amabilité et de douceur.

M. Faillon citait à ce sujet, les recommandations des souverains Pontifes(1), les prescriptions des Conciles et des Synodes (2), l’enseignement des Saints-et des plus éminents Catéchistes (3) : il montre quelle nécessité il y a de présenter à la Jeunesse si vive et si impressionnable, sous un aspect aimable et attrayant, l’enseignement de cette religion qui, suivant un

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(1) Clément VIII, dans sa lettre à Mr. de la Chétardie ; Benoit XIV, dans ses Institutions.

(2) Synode de Constance, synode d'Anvers 1610, Concile de Besançon 1571. Pastores, pueros ad discendum alliceant blandè et humaniter.—Synode de Brescia 1603. Pueros quasi per ludum ad discendum alliceant.—Synode de Constance 1609.

(3) Amet puer quod Cogitur discere ut non opus sit sed delectatio, non necessitas sed voluntas. St. Jérome, lettres, etc.

Si les enfants se forment de la religion, une idée sombre et triste, tout est perdu.— Fénélon.

Avec un enseignement pareil, tout parait triste et ennuyeux. Idem.

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Directeur des Catéchismes. 117

illustre auteur, joint à sa sainte austérité, tant de côtés aimables et ravissants.

Ceci est le grand défaut d’un certain système d’éducation austère et sans ménagements, et c'est par ce défaut qu’on a achevé de perdre la jeunesse dans certains pays, nous dit M. Faillon : cette éducation a fait peut-être autant de mal que tous les dangers et les dépravations du monde. |

‘ On met, nous dit Fénélon, tout l’ennui dans l’étude et tout le plaisir dans les récréations, et alors la religion se présente comme une médecine salutaire peut-être, mais à coup sûr pénible et désagréable ; elle apparaît comme une loi dure, présentée par des maîtres pleins de préventions et sans condescendance ; les meilleurs enfants ne la suivent que par crainte, mais sans goût et sans affection, la mettant, comme ieurs instituteurs, où elle n'est pas, et faisant tout consister dans des formalités désagréables. D'autres, plus emportés, s'écartent tout à fait, prévenus des fausses idées que leur ont donné la dureté de ces enseignements, et la simplicité et la maladresse des instituteurs, ils ne veulent rien écouter, et supposent sans s’en éclaircir que tous ces discours ne méritent pas seulement d’être examinés. C’est ce qui fait les libertins, et voilà jusqu'où peuvent aller les mauvais effets des instructions désagréables.”

Après ces considérations, M. Faïllon donne les moyens de faire aimer le Catéchisme. Ces moyens, dit-il, sont plus simples et plus faciles qu’on ne pense, et il cite en preuve cette belle pensée de St. Cyrille d’Alexandrie: c’est que ‘ de même qu’une légère occasion suffit pour causer à un enfant une grande aflliction et lui arracher des larmes, il n’en faut pas plus pour lui arracher les transports de la joie la plus vive.”

M. Faillon a énuméré dans sa méthode, plusieurs moyens de rendre le Catéchisme attrayant et agréable aux enfants ; mais de plus, dans sa conversation, il revenait souvent sur ce sujet et en indiquait d’autres, donnant pour règle générale, de se conformer aux goûts et aux inclinations des enfants que l’on a à diriger ; pour cela il faut étudier les dispositions et

118 Révérend Messire Faillon,

s'en servir dans tout ce qu’elles ont de légitime, leur donner toute la satise faction possible, autant qu’elle peut aider au succès de l’œuvre si importante que l’on à à remplir, pour leur instruction et leur éducation.

Ainsi tous les penchants de l’enfance à la curiosité, à la nouveauté, à l’émulation, au plaisir, à tout ce qui parle aux Jeux, au cœur, à l’imagination, doivent être utilisés pour le bien, car dit M. Faillon, “ïilne faut jamais oublier que ces penchants sont dans l’enfance aussi entrafnants pour la vertu, qu’ils sont puissants pour le mal.”

M. Faillon, dans sa conversation, revenait souvent sur ce sujet ; il aimait à rappeler les moyens indiqués dans saméthode pour rendre les catéchismes intéressants : les cantiques bien choisis, bien préparés et bien exercés, et en parties, si l'on peut, comme faisait St. Francois de Sales, grand admirateur des beautés de l’harmonie ; des chants composés suivant les circonstances, comme l'ont pratiqué si bien les plus saints catéchistes : le P. Grignon de Montfort, Fénélon, les disciples de M. Olier et, de notre temps. Mer. le Tourneur, Mgr. Giraud, le P. Marquet, le P. Herman, et les RR. PP. Lambillotte, devenus si célèbres, et dont les chants apportent un tel éclat aux plus grandes cérémonies, dans le monde entier.

Ensuite les Billets sur les fêtes principales, récités par les plus capables des enfants, et expliqués par le Président.

Les Dialogues et les Conférences composés avec soin, et d’un attrait qui les rend souvent plus touchants et plus émouvants que les meilleurs sermons.

I parlait aussi des histoires et des paraboles et il disait : les catéchistes doivent avoir un recueil d’histoires curieuses, extraordinaires et de paraboles bien préparées"; il en avait fait lui-même des recueils qui se trouvent à St. Sulpice, et qui sont sans doute bien intéressants, si l’on en juge par les comparaisons dont il a enrichi sa méthode pour la préparation à la première communion. On sait comme dans les derniers vemps les grands historiens de l'Eglise, parmi lesquels on peut citer M. Rohrbacher et M. Darras, ont tiré de l’oubli et mis en lumière des quantités de traits

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Directeur des Catéchismes. 119

intéressants, qui sont comme un trésor tout nouveau pour les Apologistes de la foi chrétienne.

Enfin, il conseillait de faire des emprunts aux usages des différents pays, et des différents siècles, en les accommodant toutefois au ‘genre du temps présent ; et il était on ne peut plus intéressant, lorsqu'il énumerait les moyens employés pour donner de l'attrait à l’instruct'on religieuse à Rome, en Italie, en Espagne et dans les provinces les plus pieuses de la France.

À Rome, les plus petits enfants, chargés du grave ministère de la Prédication pendant les temps de Noël, principalement à l'Ara Cœli, et atti. rant autant de monde que les plus illustres prédicateurs.

Pendant le carême et la semaine sainte, les grandes Symphonies religieuses des PP. de l’Oratoire, puis les solennités musicales de la chapelle du Pape et du chapitre de St. Pierre, qui exercent une si grande influence sur les esprits les plus éloignés de la vérité catholique, et ont si puissamment contribué aux conversions les plus célèbres des derniers temps, etc., etc.

M. Faillon aimait aussi à raconter les cérémonies populaires dont il avait été témoin dans sa jeunesse à Aix : et il le faisait avec le plus grand charme.

À Noël et aux Rois, toute la population s’empressait dans les Eglises, pour contempler les Bergers et les Mages, et les crèches faites avec un luxe et une perfection de décors qui frappaient les masses, et étaient au niveau des plus magnifiques productions de l’art.

Ces démonstrations n'étaient que la reproduction de ce qui se faisait à Rome, aux grands siècles de l'Eglise et dans ses plus beaux jours de triomphe. Elles ont eu la plus heureuse influence en Provence ; et tous ceux qui en ont été témoins, ne peuvent douter qu’elles n’aient beaucoup contribué à conserver les grandes qualités d’une population si riche en témoi. gnages de foi, et encore remarqueble par les vertus les plus belles et les plus pures.

120 Révérend Messire Faillon,

Aux jours des Rois, disait M. Faillon, l’orgue représente par une marche, le voyage des Mages dans le désert; on entend d’abord la caravane dans le lointain, puis approchant peu à peu, puis semblant se perdre dans l’immensité du désert; à un certain moment, elle semblait passer par les différentes épreuves d’un long voyage, un ouragan, une tempête, et enfin elle arrive, faisant entendre des chants de joie, et des fanfares avec des gra. dations et des modulations qui ravissent les étrangers venus des plus grandes distances, et laissent une joie toujours nouvelle à une population si merveilleusement douée pour l'intelligence de l’art musical,

Et en effet, les organistes préparés longtemps à l'avance, se plaisent à montrer en ce jour, toutes les ressources de leur instrument et toutes les puissances de leur talent; on ne peut dire combien ces pieux exercices contribuent au goût et au développement de la musique religieuse.

Cette marche des Rois Mages, a repris de nos jours une nouvelle célébrité par une imitation heureuse qui en a été faite dans une composition actuellement célèbre dans le monde entier, intitulée le Désert, et due à un illustre musicien qui fut, dans sa jeunesse, enfant de chœur de la Cathédrale d’Aiïx, Félicien David.

M. Faillon racontait aussi avec le plus grand charme, et avec une vérité d'expression extraordinaire, ces scènes qu'il avait vues dans son enfance, aux processions principales, et conservées du bon Roi Réné, dont la mémoire est en bénédiction en Provence.

On voyait aux processions, des personnages chargés de représenter tous Jes saints de l'ancien et du nouveau Testament, depuis les Patriarches, jusqu'aux Saints Martyrs et Apôtres, etc., ete., de la loi nouvelle.

Pour rappeler le souvenir des différentes erreurs qui avaient affigé le monde avant la venue du Sauveur, des personnages représentaient le culte des différentes idoles ; les peuples payens, en grand costume, conduisaient des Victimes aux sacrifices, et au milieu d'eux, des personnages portant un chat en triomphe, qu’un individu avait pour isaction, durant toute la

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Ensuite venait ce qu’on appelait la scène des démons : Un enfant habillé en blanc, représentait la destinée de l’âme en ce monde, il était accomgné par un ange pourvu d’une épée et d'un bouclier, qui, pendant toute la marche de la Procession, avait à protéger l'âme contre les attaques d’une troupe de démons. L'âme était environnée, saisie, accablée, enlevée même, mais l'ange, toujours vainqueur, dispersait les assaillants, les repoussait et trouvait moyen de recevoir sur son bouclier et son épée, tous les coups destinés à l'âme.

Brin, à la suite du cortège, apparaissait un personnage sinistre armé d’.ne faux, et coiffé d’une énorme tête de mort, qui poursuivait sur tout le parcours de la procession, les plus avancés des assistants, en les menaçant de les faucher, le tout aux grands applaudissements de la foule.

Il est vrai, disait M. Faillon, que l'on ne peut plus revenir à ces exhibi.,

ions qui paraîtraient trop naïves, en des temps où la discussion, appliquée aux vérités les plus saintes, a rendu les esprits plus difficiles et plus sceptiques, mais on peut au moins s'inspirer de la pensée qui avait suggéré ces pieuses interprétations.

Il faudrait, disaitil, sans rien faire de ce qui est contraire à la gravité du ministère, éviter ce sérieux monotone et absolu qui engendre l’ennui et la contention, et qui a si souvent pour résultat l'éloignement le plus complet,

Il citait à ce sujet, la recommandation de St. Anselme de Cantorbery, dans un couvent, où l'on avait adopté la discipline la plus austère pour l’enseignement des clercs.

“Si vous plantiez un arbuste, en le renfermant dans une boîte, quel arbre auriez-vous au bout d’un an ? un arbre informe, mutilé et dont les

branches repliées et tordues ne pourraient donner ni fleurs, ni fruits, ni om. brage.””

Directeur des Catéchismes. 127.

122 Bévérend Messire Fuillon,

Mais si cela est vrai pour l'éducation des Jeunes gens aui se vouaient À la vie religieuse, combien cela l’est-il encore plus quand il s’agit d'enfants, que l’on destine à la vie du siècle ?

Enfin, ce qui complète admirablement le travail de M. Faillon, et ce qui est d’ailleurs le but de tout le reste, est ce qui concerne l'éducation morale et la sanctification des enfants.

C’est là que se rapportent toutes les pensées du prêtre, quand il s'occupe de la jeunesse. Les écoles qu'il fonde, les sacrifices qu'il s'impose pour répandre l'instruction, n’ont pas d'autre fin que d'éclairer les âmes sur leurs plus grands intérêts. Onne recueillera jamais dans l’âge mur, que çe que l’on aura semé dans l'enfance, L'homme sera à son dernier soupir, ce qu'il aura été dès le commencement, nous dit la Sagesse ; les instructions, les enseignements, les attraits que l’on donne à la religion, à quoi doivent-ils se rapporter, sinon à la formation de ces jeunes cœurs, de ces tendres esprits, de ces caractères encore délicats et flexibles ?

Il faut profiter de ces premières années, où les bonnes habitudes sont décisives pour la vie tout entière, et où la tâche est seconGéo par les dispositions si accessibles de l'enfance.

‘ La tendresse d'âge, la docilité d'esprit, la facilité du naturel des enfants, les rendent susceptibles de toutes les bonnes impressions qu’on voudra leur donner. . Rien n’est plus aisé que d'inspirer à ces cœurs encore tendres des sentiments de piété, la crainte de Dieu, l'horreur du péché, l’amour de la vertu.” (le P. N eveu. )

C’est une tâche facile et souverainement efficace ; facile : parceque l’âme de l’homme est d’abord comme une cire molle qui prend toute impression ; et efficace: parce que cette Âme devient ensuite cdmme un métal, un bronze inflexible qui conserve indélébilement toutes les empreintes qu’elle a reçues.

Ensuite M. Faillon indique les moyens à employer : le zèle et la douceur. Nous ne le suivrons pas dans ces développements, il faut lire tous ces con: seils de la sagesse, de l’expérience, mais surtout d’un grand cœur qui

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tra encore mieux celui que nous avons voulu glorifier pour le bien, et l’enseignement des âmes,

Sur la douceur, qu'on remarque en particulier ce passage : “ Il est plus

, facile dé reprendre que de persuader ; il est plus commode à la hauteur et

à l’impatience humaine de frapper ceux qui résistent, que de les édiñer, que de s’humilier, que de prier, que de mourir à elle-même. Dès qu’on trouve quelque résistance dans les cœurs, chacun est tenté de dire comme les apôtres au Sauveur: Voulez-vous ge nous disions au feu du ciel de descendre pour consumer ces péchéurs indociles ? mais J ésus-Christ, au

contraire, repousse ce zèle indiscret et répond : vous ne savez de quel esprit vous êtes.”

Mais il faut une douceur toute chrétienne, sans complaisance pour le mal, sms condescendance pour les passions ; qui ne ferme pas les yeux sur les défauts ; une douceur éclairée par la sagesse et qui n’exclut pas la fermeté.

Après avoir exposé les principaux points de la Méthode, il nous reste encore à faire remarquer, qu’ils sont encore développés daus les autres ouvrages sur l’enseignement du Caséchisme, tels que Ze Coutumier pour læ Préparation à la première communion, et enfin dans le volume sur /& Per. sévérance, où le pieux auteur complète son œuvre ; car suivant lui. l’on ne doit pas borner l’enseignement religieux, à ce qui se rapporte à la première communion.

Ces deux ouvrages sont encore des chefs-d’œuvre d'enseignement et répondent l’un et l’autre de la manière la plus parfaite, aux intérêts des âmes. Dans le premier, l’auteur donne tous les avis relatifs aux dernières séances qui précèdent la première communion, avec des exemples et des

comparaisons, choisies avec le plus grand soin, et qui sont des modèles de ce genre si accessible à la jeunesse.

124 Révérend Messire Faillon,

Dans le second ouvrage, M. Faillon donne les motifs les plus puissants pour établir les œuvres de la Persévérance dans toutes les Paroisses ; puis l’ordre et la suite des instructions et aes moyens à prendre pour répondre aux intérêts d’un âge plus avancé.

C'est, d’après lui, ne donner qu’une instruction incomplète, et ne fournir qu’une éducation qui ne peut nullement répondre au besoin des âmes, et aux circonstances du temps présent, que de se borner aux œuvres de la première Communion.

“ L'enseignement de l'enfance pour la première communion, ne peut sufiire pour la vie toute entière, il faut profiter de l’âge où s’accomplit le développement de l'intelligence, pour donner aux enfants un enseignement plus fort, qui montrera les devoirs à remplir au milieu du monde, et qui d’aifleurs servira de contre-poids aux entraînements et au développement des passions.”

“ Ii est pénible de voir, ajoute-t:il, qu'un grand nombre d'enfants abandonnent à ce moment les pratiques de la Religion, parce qu’on les abandonne eux-mêmes.”

L'illustre auteur de ? °7.:7> par excellence a confirmé cette considéra-

-tion, du poids de son auts'1ic de son expérience.

“ St. Charles Borromé: . :a:. fait la même observation, et il dit même : que les Pasteurs qui délaissent les enfants après première commui..on, sont pires que les bêtes féroces qui, après avoir engendré leurs petits, ne les abandonnent pas, mais prennent mille soins pour leur conserver l’existence. Que penser donc des pasteurs qui, après avoir communiqué la vie spirituelle aux enfants en leur donnant N. S., ne prennent ensuite aucun soin de la leur conserver, mais les abandonnent et les délaissent ii

Ces pratiques et les enseignements de St. Sulpice recueillis, co-ordonnés et formulés par M. Faillon, dans ses dix années de Direction des Catéchismes, ont porté leur fruit, ont donné naissance à des œuvres semblables dans des milliers de Paroïisses, et ont même inspiré des ouvrages considé.

sables, tels que l’œuvre de la Persévérance, en dix volumes, de Mgr.

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Directeur des Catéchismes. 125

Gaume ; le: grand Catéchisme de Rhodez, le Catéchisme du Mans et bien d'autres, dont on peut dire qu’ils ont fait pour la conservation de la foi, et la pratique des vertus chrétiennes, un bien que l’on peut comparer jusqu’à un certain point, à celui produit aux XVe et XVIe siècles, par les ouvrages de piété, dus à St. François de Sales, Pierre de Blois, Thomas à Kempis, le P. de Grenade et le P. Rodriguez, :

Eten effet ces œuvres de zèle ont sauvé des milliers d’âmes, suscité des milliers de vocations, même dans les pays où l’iniquité avait jusque-là fait le plus de prosrès, tandis qu’on a vu des contrées qui semblaient à l’abri des efforts de l’incrédulité et qui étaient pourvues de bien des secours religieux, lesquelles se sont trouvées envahies tout à coup par l’impiété parcequ’on pensait n'avoir rien à faire de particulier pour la Jeunesse.

Aujourd’hui, où l’on voit combien la foi est de nouveau menacée, l'on doit comprendre quel recours il faut avoir à ces puissants moyens de salut.

Voici comment, il y a quelques années, un des auteurs les plus vénérés dans l’Eglise et les plus accrédités à Rome, s’exprimait sur la Persévérance et les œuvres de M. Olier, et combien ses assertions ont-elles été vérifiées par les évènements dont nous sommes actuellément témoins !

‘ Où en sommes-nous ? Reste-t-il encor quelque espoir de salut pour la société ? Ou bien, est-ce la fin, et faut-il nous voiler la tête ?

‘“ Telles: sont les questions que s’adressent chaque jour, les hommes habitués à réfléchir sur les grands intérêts de l'humanité. On demande des nouvelles de la société comme d’une armée en campagne, qui chaque jour peut périr, ou comme d’un malade aux prises avec la douleur et dont chaque instant peut être le dernier. Ces questions n’ont rien qui doive étonner, tant notre état est critique et précaire! Æt certes elles sont assez graves pour mériter qu'on s'en occupe.”

Et l’auteur, continuant par cette pensée : que tous les esprits sérieux admettent que le monde ne triomphera d’une si grande crise qu'en revenant à la Religion, il conclut en affirmant : qu'il ne peut y avoir de meil-

En TT ane

126 Révérend Messire Faillon,

leur moyen d'atteindre ce but qu’en établissant, dans toutes les paroisses, les œuvres de M. Olier à St. Sulpice, et en particulier : L'œuvre de læ Persévérance après la première co:nmunion.

C’est ainsi qu’il s'exprime : “ Examinez la question, tournez-la, retournez-la sous toutes ses faces ei dites si vous connaissez un meilleur moyen.”

‘ Tout ce que nous savons déjà c'est que les Souverains Pontifes ne cessent d’encourager ce moyen de salut si impérieusement réclamé par les circonstances. (*)

“ Tout ce que nous savons encore, c’est qu'ils pensent comme le Pasteur des Pasteurs, les pieux Evêques qui gouvernent nos Eglises. De toutes parts ils s’empressent d'établir dans leurs Diocèses cette précieuse institution.”

“ Sans doute, les autres Institutions saroissiales sont utiles ; elles produisent toujours de grands fruits, mais elles répondent moins directement aux néces:ités actuelles. Destinées à nourrir la Piété, elles supposent la connaissance des Vérités de la Foi, que jadis savait donner l’enseignement de la famille.”

“ Mais aujourd’hui, hélas ! on ne peut plus compter sur cet enseignement. Et dès lors que reste-t-il à faire ? Il re reste plus qu’une chose, c’est de recourir aux moyens pris par M. Olier, curé de St. Sulpice, dans des circonstances semblables ; moyens qui, de la paroisse la plus dépravée de l'univers, ont fait la paroisse la plus édifiante et la plus pieuse de la capitale et on peut dire Modèle dans toute l’ Eglise.”

Et, ajoute ce pieux prélat: © prêtre saint ! que le monde vous bénisse, pendant que le ciel couronne vos mérites.”

L'on voit comme ces idées répondent à celles de M. Faillon lui-même ;

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