M. FAILLON, DIRECTEUR DES OATÉCHISMES
En même temps que M. Faillon professait le cours de Patrologie, il remplissait encore d’autres fonctions, car il avait été nommé Directeur des Catéchismes. Or, si l’on songe au travail que lui demandait sa classe, on ne peut qu'être étonné de tout ce qu'il accomplit dans les mêmes années, pour cette œuvre des Catéchismes qu'il regardait comme si importante.
Pour la classe, il ne se contentait pas de mettre à profit ses premiers travaux, qui représentaient au moins dix années de lectures assidues et de recherches infatigables, mais il augmentait chaque jour ses acquisitions, dans un champ dont il commençait à connaître si merveilleusement les richesses et l'étendue. Il nous reste à dire ce qu'il trouva moyen, en même temps, de produire pour l’œuvre des Catéchismes.
Nous avons déjà vu précédemment quelle haute estime il avait pour l’éducation religieuse de la jeunesse ; nous avons fait remarquer avec quelle ferveur il s’était acquitté de ses fonctions de Catéchiste, pendant ses années d’études cléricales ; or, c’est ainsi qu'il s'était préparé à comprendre la grandeur des obligations qu’il avait à remplir, lorsqu'il fut placé à la tête de l’œuvre, à une époque où les intérêts des âmes étaient si gravement menacés.
En présence des périls de l'Eglise et de la société, partout on redoublait de zèle pour l’enseignement de la religion. Dans toutes les paroisses. de Paris on établit avec le plus de développement possible, tous ss moyens d'instruction, retraites, stations de prédications, conférences pour les. fidèles ; et pour la jeunesse, Catéchismes multipliés pour les différents âges, et enfin œuvres de la Persévérance, sur le modèle de St, Sulpice.
98 Révérend Messire Fuillon,
C’est ce que nous voyons surtout dans les paroisses principales où étaient envoyés annuellement de jeunes prêtres récemment formés au grand Séminaire : ainsi à St. Thomas d'Aquin, St. Roch, la Madeleine, St. Philippe du Roule, etc., etc., une sainte émulation animait ces différentes œuvres, où l'on avait à cœur d'appliquer les traditions reçues, tandis qu’elles restaient dans un lien de dépendance filiale vis-à-vis de St. Sulpice, où en ce moment M. Faillon dirigeait, avec 50 Catéchistes pleins de zèle, l'instruction religieuse. |
Les Annales des Catéchismes nous ont conservé les noms de ses princi. paux collaborateurs : M. Didon, depuis supérieur du petit Séminaire de Paris; M. Bouillier, depuis curé au Mans ; M. Georges, depuis Evêque de Limoges ; M. Caverot, depuis Evêque de St. Dié; M. Lacarrière, depuis Evêque de laGuadeloupe ; M. Estève, depuis Supérieur Général des Missions des Pères Jésuites en Syrie; M. De Borie, depuis curé de St. Philippe du Roule ; M. de St. Mare, depuis Evêque de Rennes.
Entre toutes les réunions qui honctaient l’œuvre mère, celle qui se dis. tinguait le plus était la Persévérance dirigée, à la Paroisse de la Madeleine, par les anciens collaborateurs de M. Faillon: Mgr. Dupanloup, et M. Petetot, depuis curé de St. Louis d'Antin et fondateur des Oratoriens.
Cette Persévérance, grâce au talent et au zèle de ses Directeurs, attirait la jeunesse la plus brillante de Paris ; on y voyait, remarque Mgr. Dupanloup dans “ ses souvenirs,” des énfants appartenant aux conditions et aux positions les plus diverses, et qui ne faisaient ‘“ qu’un cœur et une âme.” Les enfants des conditions les plus humbies étaient sur un pied d'égalité parfaite avec ceux qui appartenaient aux conditions les plus hautes, et parmi ces derniers on voyait unis par la cordialité la plus touchante : les enfants de M. de Polignac et ceux du Général Foy, les fils de M. de Villele et ceux de M. Casimir Périer.
On voyait aussi aux séances de la Madeleine et de St. Roch, des
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Directeur des Cutéchismes. 99
illustrations telles que la Princesse Dona Maria, depuis Reine de Portugal ; l’Impératrice du Brésil ; la Princesse Louise, depuis Reine des Belges ; la Princesse Marie, depuis duchesse du Wurtemberg; la princesse Clémentine, depuis duchesse de Saxe Cobourg, et leur mère la Reine Marie- Amelie.
On cherchait par tous les moyens à entretenir l’union et l'émulation qui existaient entre les différentes œuvres de Paris ; aux fêtes principaies, le Président était choisi parmi les chefs des autres Catéchismes et il venait faire part des résultats obtenus, tandis qu'il remportait des sujets d’édification de tout ce qu’il avait contemplé ; enfin, en certaines circonstances, des associés allaient visiter d’autres paroisses. Le lundi, 14 février 1831, le jour même où une foule aveuglée se jetait sur l'Eglise St. Ger. main l’Auxerrois et l’Archevêché pour les dévaster, la Persévérance de St. Sulpice, qui terminait sa retraite, reçut la visite de la Persévérance de la Madeleine, conduite par M. l’abbé Dupanloup.
M. Faillon assistait à cette visite ; à la fin de la cérémonie, les principaux dignitaires des deux paroisses signèrent un acte d’union entre les deux congrégations, et enfin M. Faillon remit aux associés de la Ma: deleine une estampe qu’il avait fait graver pour la circonstance : Ste. Marie Madeleine environnée des patrons de la Paroisse de St. Sulpice, et enfin au-dessous, St. François de Sales bénissant M. Olier dans sa jeunesse. On y voit les chiffres des deux paroisses entrelacés, et ces paroles : un seul cœur, une seule ême, 14 février 1831 ; paroles suggérées par Mer. de Quelen, Archevêque de Paris, dans une visite qu’il avait faite précédemment.
M. Faillon se voyait done ainsi confirmé dans la haute idée qu’il avait de l’importance de ces œuvres, par l'élan de toutes les paroisses de Paris, mais aussi principalement par l’encouragement qu’elles recevaient du premier pasteur du Diocèse, Mgr. de Quelen, l’un des plus admirables Catéchistes de son temps, et qui donnait continuellement des témoignages de sa vive ct profonde affection à ses successeurs dans l'instruction religieuse.
100 Révérend Messire Faillon,
C'est ainsi que M. Faillon a fait ressortir son zèle dans “l’histoire des Catéchismes.°?
“ Ce digne prélat a fait paraître en mille rencontres une prédilection flatteuse pour cette portion privilégiée de son troupeau qui eut le bonheur de recevoir les prémices de son zèle,” (présidant souvent les fêtes et les réunions générales comme Grand Vicaire, puis Coadjuteur et même Archevêque,) il a fait revivre de nos jours les beaux exemples que donnèrent à leur clergé, Dom Barthelemy des Martyrs, Bellarmin, St. Charles Borromée et St. François de Sales”?
Mais les associations de St. Sulpice n'étaient pas seulement répandues dans les paroisses de Paris, elles s'étaient aussi propagées dans tous les diocèses de France. Chaque année, de jeunes Prêtres formés au Séminaire, allaient porter dans leur pays, le zèle et la connaissance de ces saintés œuvres, et d'ailleurs la plupart des Evêques instruits dans St. Sulpice, et ayant eux aussi, commencé leurs premiers travaux par les Catéchismen de la paroisse, demandaient que les principdux sujeis qu’ils envoyaient, fussent initiés à ces œuvres, afin qu’ils pussent rapporter ensuite dans leurs diocèses toutes ces saintes et pieuses pratiques ; car partout on sentait vivement comme à Paris, le besoin d’une forte et profonde instruction.
C’est dans ces circonstances que M. Faillon songea à publier une série d'ouvrages destinés à aider le zèle des Catéchistes dans toute la France, en réunissant les méthodes suivies à St. Sulpice et toutes les pieuses traditions et pratiques recueillies depuis 200 ans.
Nul plus que M. Faillon ne pouvait entreprendre ce travail qui était considérable: dès son entrée au Séminaire, il avait eu entre les mains le dépôt des documents destinés aux Catéchistes ; il en avait pris connaissance, il en avait même analysé une grande partie ; il avait avec soin distingué tout ce qui pouvait être utile de notre temps, de ce qui ne pouvait plus avoir d’objet, et il avait pu facilement se faire une idée de ce qui méritait d’être mis en lumière.
Il songea donc à donner l’histoire des œuvres de F*. Sulpice, ensuite la
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Directeur des Catéchismes. 101
méthode que l’on employait pour l’ordre et la discipline ; enfin la forme de Pinstruction à donner aux enfants. Il fit d’abord paraître un recueil des réglements de toutes les œuvres ; ee recueil fut approuvé par Mr. de Quelen dans une lettre du 11 mai 1831. 7
L'année suivante, il faisait paraître l'Histoire des Catéchismes de St. Sulpice, et c’est ainsi qu’il annonce les ouvrages qui devaient l’accompagner et qui, en effet, ont été rédigés plus tard ; plusieurs, il est vrai, sont restés en manuserit.
‘ Cette histoire, dit-il dans son introduction, est le commencement d’un grand ouvrage qu’on se propose de mettre an jour sous le titre de W6thode de St. Sulpice dans la direction des Catéchismes. 11 séra destiné à MM. les Ecclésiastiques, et voici quel en doit être le plan: Un volume de cet ouvrage sera consacré à l'exposition des principes touchant la discipline des Catéchismes et l'instruction des enfants. Un autre volume contiendra des dialogues et des billets pour les grands et petits Catéchismes, et des lectures pour les jours de retraite ; on y joindra dans un volume à part, les vies édifiantes de plusieurs enfants des Catéchismes de St. Sulpice. Tout ce qui à rapport au Catéchisme de Semaine, destiné à préparer prochainement les enfants à leur première Communion, sera objet d’un volame. Un autre contiendra des plans d'instruction pour les divers Catéchismes, avec une exposition des premières vérités de la foi, mise à la portée des petits enfants, par le moyen des comparaisons et des histoires. On joindra aux plans d'instruction deux volumes d'histoires édifiantes, classées selon l’ordre des instructions observé dans le volume précédent. Un autre volume donnera des plans d'homélie: enfin l'ouvrage sera terminé par un nouveau livre de Cantiques, où se trouveront les usages des Catéchismes que les enfants doivent observer.”
Ceci forme dix volumes qui ont été rédigés plus tard et dont qaelquesuns même ont été augmentés dans la suite ; ainsi outre les ouvrages qui ont été donnés au public, sur l'Histoire, ta Méthode de St. Sulpice, le Cours Instruction, la Persévérance, nous savons que l’on conserve au Sémi-
102 Révérend Messire Fuillon,
aire de Paris,en manuscrit, pour-l’usage des Séminaristes, un volume pour le Catéchisme de semaine; de plus, plusieurs volumes de dialogues, deux volumes de comparaisons et d'histoires, différentes biographies qui ont été recueillies et rédigées en grande partie, par M. Faillon,
Nous pouvons ainsi compter douze volumes environ composés par lui pour l’avantage et l'utilité non-seulement des élèves du Séminaire, mais encore de tous les prêtres qui veulent s'inspirer des méthodes suivis au Séminaire.
Il fit précéder le premier de tous ces ouvrages d’un discours sur /’Znstruction chrétienne des enfants, qui renferme toute l'expression de son zèle, et qui nous montre les sentiments de cette grande âme si intelligente deg intérêts de la jeunesse.
Nous y voyons en outre un témoignage caractéristique des qualités qui distinguaient déjà M. Faillon.
Doctrine forte, solide, élevée, accompagnée d'autorités qüi donnent une grande idée de sa science et de son érudition inépuisable. Ses pensées sont exposées avec une grande précision, une grande vigueur, avec une abondance de diction qui le distingue constamment et qui le rend toujours animé et éloquent.
C’est ainsi qu’il commence son introduction sur l'instruction chrétienne : “ L’ignorance de la religion et la corruption des mœurs, sont les causes “ naturelles de l’extinction de la foi parmi les peuples.
“ La génération qui s’éleva il y à quarante ans, privée à son berceau “ des secours de la religion, est demeurée presqu'étrangère au Christia- ‘ nisme. Aujourd’hui qu’elle compose la plus grande partie de la société ‘ et qu’elle forme les générations qui commencent, il est difficile de n’être ‘ pas effrayé à la pensée de notre avenir.
“ Car la foi n’est attachée à aucun des lieux qu’elle éclaire, elle aban- ‘“ donne ceux qui la méprisent, et elle va éclairer des yeux plus purs.
“ En considérant les progrès de l'incrédulité et la diminution sensible “ de la foi, on serait tenté de se demander avec Fénélon ‘ si le flambeau de
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Directeur des Catéchismes. 103
“ l'Evangile qui doit faire le tour de l'univers, n’achève pas pour nous sa ‘ course.”
“ Et que voit-on déjà, les pasteurs qui annoncent la parole de Dieu, ne “ sont plus compris, parce qu’ils ont des auditeurs qui ignorent même les “ premiers éléments des vérités chrétiennes ; il faudrait, dira-t-on, les ra- “ mener aux premières notions de l'enfance. Mais quelle apparence qu'ils “sy soumettent ? Ils n’en sentent pas la nécessité, et d’ailleurs, ‘ la honte “ de redevenir enfants, mettra toujours un obstacle invincible aux soins ‘ des pasteurs à leur égard. C’est ce que nous dit Massillon.”... ..
Mais s’il en est ainsi, faut-il se croire libre de toute obligation, le pasteur sera-t-il à l’abri de toute responsabilité? Un pareil état de choses ne doit-il pas le faire réfléchir et lui faire rechercher les moyens qui lui restent encore pour accomplir ses devoirs ; l'âge mûr nous échappe, il nous reste Penfance et la jeunesse. Il n’est que trop vrai l'ignorance de la vérité religieuse amène l’incrédulité et l'oubli de tout principe; mais n’est-il pas possible que lenseignement de la vérité donné à cet âge qui n’est pas prévenu, qui est encore préservé de toute influence extérieure, puisse toucher des âmes encore pures et intactes ?
Voilà les résultats qui ont été déjà obtenus au moment où les intérêts de la religion étaient le plus gravement compromis, et voilà ce que nous pourrions vérifier par nous-mêmes, car il sufit d'un effort de quelques années pour amener les fruits les plus consolants.
Et en effet, “il en est des États comme des familles, les hommes se suc- “ cèdent les uns aux autres: une génération arrive, une génération s’en “va; les enfants prennent la place de leurs pères, et deviennent à leur “tour, les chefs des familles ; ils donnent le mouvement à la société. “ Rendre chrétienne la génération qui commence, c’est done couper le ‘ mal en sa racine, et assurer le salut des peuples.”
L'auteur appuie sa pensée par le sentiment des grands hommes du Christianisme et ensuite par l’exposé des faits, Or combien ces raisons sontelles devenues puissantes de notre temps, où l'instruction des enfants est
104 Révérend Messire Fuillon,
soustraite au Clergé, et est confiée.à des maîtres qui ont la prétention de former la jeunesse en excluant toute instruction morale et religieuse.
M. Faillon, dans ses conversations, revenait souvent sur ce sujet et il faisait remarquer que, même au temps où les familles étaient profondément chrétiennes, l’on n’avait jamais pensé qu’on dut s'en remettre entiàrement à elles, du soin d'élever les enfants dans la Connaissance et la pratique de la religion.
Qu'on lise les auteurs sacrés des siècles de foi, et l’on verra quel soin l'Eglise prenait des enfants ; qu'on parcoure l’histoire des communautés
religieuses, ct l’on se rendra compte de la part qu’elles faisaient à l’instruction de l'enfance.
Dans tous les couvents, des bâtiments étaient affectés à ce soin, des maîtres désignés parmi les plus capables des religieux ; enfin à chaque Eglise étaient annexées des écoles paroissiales, où le pasteur dirigeait luimême l’enseisnement,
Mais ensuite ces saints usages tombèrent en désuétude, la vigilance sur le premier âge se ralentit ; un des signes les plus Caractéristiques de l’af faiblissement de la discipline ecclésiastique, fut l’oubli de la Jeunesse. On crut pouvoir s’en rapporter à la prudence et au zèle des familles ; on pensait qu’il valait mieux employer les forces et le temps des :ainistres du Sanctuaire au soin des adultes ; on abandonnait ces œuvres comme trop secondaires ou trop assujetissantes, Les attaques dont Gerson fut l’objet au XVe siècle, à la veille de la Réforme, lorsqu'il se consacra au ministère des enfants, nous donnent des preuves du relachement, et du changement survenu dans les idées.
Mais qu’en résulta-til ? Un affaiblissement de la foi, une ignorance des vérités fondamentales du salut, qui se répandirent de proche en proche et qui laissèrent les populations chrétiennes, sans défense, devant les premières attaques des novateurs.
Pour comprendre les effets funestes de cette négligence coupable, il fallut les coups de foudre de la Réforme. Toute l’Eglise divisée, les races
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Directeur des Catéchismes. 105
du Nord se séparant des races Gu Midi; les efforts des Apôtres envoyés de Rome pendant plusieurs siècles, anéantis en quelques années ; des populations immenses qui avaient enfanté des, milliers de saints, avaient couvert leur sol de monuments impérissables, avaient marché aux croisades, semblaient animées de tout l'esprit chrétien et qui s'en vont tout d'un coup méconnaître les principes les plus essentiels et les plus élémentaires de la Religion.
Ainsi les vit-on se révolter contre le Représentant de Notre Seigneur, contre l'autorité de l'Eglise, la vérité de son enseignement; ne sachant plus reconnaître le vrai Dieu présent spirituellement dans son Vicaire, et réellement dans l’Eucharistie Sainte.
Et non pas seulement une foule ignorante, rude et barbare, mais les grands da peuple, les princes, les Souverains ; non pas seulement les meiubres de l'Eglise, mais des chefs, des guides et des docteurs, les plus haut placés dans la hiérarchie sacrée.
Mais d’où venait ce terrible désastre ; il venait, nous dit le savant auteur, autant de l’ignorance que de la corruption des mœurs qui l'accompagne toujours.
Or, lorsque des maux semblables menacent encore l’Eglise, n'est-il pas de remède, n’y a-t-il aucune défense à opposer, que devons-nous faire en notre temps environné même, de plus grands dangers, que ceux que Mr. Faillon signalait alors.
Oui, il en est des remèdes ; de grands et d’efficaces, qui ont déjà accompli des merveilles et qui sont faciles, puisqu'ils dépendent du zèle et de Ja bonne volonté des pasteurs.
Ces remèdes, nous les trouverons dans l’instruction chrétienne des enfants : “ moyen, dit M. Faillon, aussi sûr dans ses résultats, qu’il est simple en lui-même.”
Et il continue en ces termes :
“ Mais un fait public, éclatant, va mettre cette vérité dans la dernière “ évidence ; quelle cause produisit, au 17e siècle, cette heureuse révolu- “ tion qui rendit également chrétiennes toutes les classes de la société, et
106 Révérend Messire Faillon,
“ qui imprima le sceau de la religion à tout ce qui tient à cette époque ? “ l'éducation chrétienne des enfants.”
De tous les décrets que l'Eglise a rendus à Trente, il n’en était peut-être pas de plus récessaire que celui qui enjoint à chaque pasteur l'obligation d'enseigner avec soin, au moins les jours de dimanche et de fête, les éléments de la foi chrétienne aux enfants.
Saltem Dominicis et aliis festivis diebus, Pueros in singulis parochiis, fidei rudimenta...diligenter, doceri curabunt.
Que cette mesure fut devenue absolument nécessaire, qu’elle fut jugée comme l’une des plus indispensables de toutes celles portées par le St. Concile, c’est ce dont nous ne pouvons douter, si nous considérons avec quel empressement elle fut accueillie par les hommes les plus éminents de l'Eglise.
Par le malheur des temps, la fonction de Catéchistes était tombée dans le mépris ; l'exemple de Gerson en est une preuve trop certaine pour pouvoir être contestée, nombre de pasteurs négligeaient entièrement ce devoir essentiel de leur charge. Mais à peine l'Eglise eut-elle fait entendre sa voix, que de toutes parts on se livra avec un zèle admirable à l'instruction chrétienne de l’enfance.
Une multitude de Conciles confirmèrent et publièrent le décret de Trente ; des horumes du premier mérite voulurent l’oxécuter eux-mêmes, et pour en perpétuer l’heureux effet dans l'Eglise, il se forma des compagnies uniquement occupées du soin de donner rette instruction.
Ces dispositions du Concile de Trente ont été confirmées par l’enseignement incessant des Souverains Pontifes. Qu'on lise les bulles des Papes Jules III et Paul III, en faveur de la Ste. Compagnie de Jésus et l'on verra combien sont applaudis les travaux des fondateurs de cette Compagnie dans l'enseignement du Catéchisme. On sait de plus avec quel soin les Souverains Pontifes firent rédiger le Catéchisme du Concile de Trente. On peut lire aussi dans l'ouvrage de Mgr. Dupanloup sur l’œuvre par excel. lence, la lettre du Pape Clément XI à M. de la Chetardie, curé de St,
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Sulpice ; le Pape Benoit XIV a consacré plusieurs de ses admirables : travaux à cette œuvie, les Papes Pie VIII et Grégoire XVT. l'ont sou: vent recommandée au zèle des Evêques. Enfin l’on connait les différents actes du Pape Pie IX à l'égard des Catéchismes, actes couronnés par les travaux du grand Concile œcuménique sur le Catechismus ad Laicos, qui est actuellement en exécution.
Quant aux Conciles, M. Faillon en a cité un grand nombre qui enjoignent la mise en pratique des dispositions du Concile de Trente, et donnent même tous les détails des moyens à employer pour attirer les enfants, déterminer les parents et régler la discipline et la méthode des Catéchismes telles qu’elles sont observées actuellement.
Les Conciles tenus à Milan 1565, Salerne 1595, Monza, Arè7zo, Parme, Albano en Italie, Valence et Tarragone en Espagne, (1565 et 1591), Olmutz, Osnabruck en Allemagne, (1591), Bésançon, Bourges, Metz, Melun, Rouen, Orléans, Troyes, Angers, (1570 et années suivantes), Lima et Mexico en Amérique, (1582 et 1585), recommandent aux Pasteurs de réunir les enfants tous les Dimanches et jours de fête, au son des cloches . comme pour les offices, de leur faire réciter le texte, de l’expliquer, en langue vulgaire, de procéder par voie d'interrogation, d'expliquer. le Catéchisme par des comparaisons, des faits, des histoires, de traiter les enfants avec la plus grande bonté, de les encourager par des dons et des récompenses.
D'autres, comme le Concile de Constances et le synode d'Anvers en 1610, enjoignent aux pasteurs de rendre le Catécuisme si agréable qu'il soit pour les enfants, plutôt une sorte d'amusement qu'une étude sérieuse.
D'autres, comme le synode de St, Omer, 1649, et le synode de Gand, exhortent les Magistrats de la ville à assister aux distributions des récompenses.
Il est bien à remarquer que toutes ces prescriptions, fruits de l'expérience
et de la sagesse des siècles, composent actuellement le réglement des
Catéchismes, tels qu’ils sont pratiqués dans le monde entier et en particulier Romeo dans chaque paroïsse. (1)
En même'temps que les Conciles répondaient de toutes parts aux injonctions du Concile de Trente, les hommes les plus émiuents par leur dignité et leur sainteté se dévouaient à leur accomplissement, et l’on vit ‘ des prélats du premier ordre, les lumières de l’Eglise, des Saints honorés du don des miracles,” remplir eux-mêmes la fonction de Catéchistes.
St. Charles Borromée à Milan, le grand Cardinal Bellarmin dans son diocèse, St, François de Sales, allant tous les dimanches présider le Ca. téchisme entre les Saints offices ; Dom Barthelemy, Archevêque de Brague, exerçant ce saint ministère jusque dans ses derniers jours, et même après s’être demis de sa charge. St. Ignace de Loyola, St. François de Borgia, St. François-Xavier y consacrant chaque semaine un‘'temps considé. rable.
La France en particulier a donné ici les plus grandes preuves de son acquiescement aux dispositions du grand Concile ; nulle part on n’a vu
plus d’élan et plus de persévérance dans cette grande œuvre. Alain de
Solminiac, Evêque de Cahors ; Abelly, Evêque de Rodez ; César de Buz, fondateur d’une Congrégation de Catéchistes, le P. Grignon de Montfort, le P, Romilion, St. François Regis, St, Vincent de Paul, le P. Yvan, M. le Nobletz, le P. Maunoir, M. Olier et tous ses disciples ont répandu l'institution des Catéchismes dans toute la France.
M. Faillon se plaisait souvent à rapporter les pieuses industries de ces grands instituteurs de la jeunesse pour répandre l’instruction.
Les uns, cemme le P, Grignon de Montfort, Fénélon, composaient des recueils de Cantiques, où étaient exposés les principaux points de la doctrine et de la morale Chrétiennes ; on sait le bien que ces cantiques ont
(1) M. Gaume rapporte dans son voyage à Rome, «12 +: :ni1i, des enfauta parcourent les rues avec des cloches, appelant leurs compagnons : :4 :: iuivu des Paroisses, tandis qu’à la
fin de l’année on promène dans des Chars de triomphateurs, avee des couronnes et des palmes, ceux qui se sont le plus distingués pendant l’année.
Directeur des Catéchismes. 109
fait non seulement dans les Catéchismes mais encore dans les missions et les retraites,
Les autres comme M. le Nobletz, le P. Maunoir, le P, Yvan avaient fait exécuter des tableaux où était représentée toute la suite mise de la religion, qu’ils expliquaient et développaient dans leurs instructions,
D'autres comme le P. Romilion composaient des pièces et des d'- vues sur les Sts. Mystères, débités par de jeunes enfants habillés en anges ou autrement; et ainsi il excitait l'intérêt des enfants et attirait les parents.
M. Faillon citait aussi ce fait de l’un des principaux curés de St, Sulpice, qui, pour attirer un plus grand nombre d'enfants, avait établi sur sa paroisse des écoles de dessin, où l'enseignement de la religion était donné chaque semaine par les prêtres du Séminaire. (1)
Enfin il termine cette exposition en rappelant les fondations d'ordres institués pour répandre l'instruction Chrétienne.
À Rome, la Confrérie des Catéchistes instituée par le St, Pape Pie V, qui est répandue actuellement dans toutes les Paroisses.
Dans le diocèse de Milan, la Confrérie de la doctrine Chrétienne établie par St. Charles Borromée, et qui acquit de telles proportions, qu’à la mort du pieux Cardinal, elle comptait 8000 Catéchistes, instruisant dans T40 Catéchismes plus de 40,000 personnes. St. François de Sales et St, Philippe de Neri suivirent ces grands exemples.
En France, César de Bus fonda de même une société célèbre d’instruc-' tion, qui au moment de la révolution, comptait quinze maisons et vingt-six Colléges.
St. Vincent de Paul, le Cardinal de Bérulle, M. de Lasalle, plus tard fondèrent des sociétés de missionnaires et d’instituteurs qui ont rendu de grands services ; depuis ce temps, plus de quinze sociétés de Sœurs, ont
(1) M. Faillon a cité ce trait dans l’histoire des Catéchismes et il l'accompagne de cette réflexion, ‘il est glorieux à la religion d’avoir fait naître la pensée d’un établissement si ‘avantageux aux progrès des beaux arts, le premier de ce genre qu’on ait vu à Paris et “ peut-être en France,”
110 Révérend Messire Faillon,
été fondées dans le même but, et parmi ces sociétés, les Ursulines, les Sœurs de St. Vincent de Paul, celles du P, Grignon 4e Montfort, la Congrégation de Notre-Dame, comptaient, à l’époque de la Révolution de 1/89, des centaines de couvents,
La Révolution n’a pas arrêté l'essor de ces associations : les anciens ordres ont disparu en partie, mais il est à remarquer que les Congrégations établies en vue de répondre aux dispositions du Concile de Trente, ont conservé leur importance et même ont pris une extension qu'elles n'avaient pas au dernier siècle, et cependant les difficultés et les oppositions ne leur ont pas manqué.
Les ennemis de la religion ont compris qu’ils n'avaient pas de plus grands adversaires ; et que c’étaient elles qui pouvaient surtout éclairer et moraliser ces masses aveuglées et circonvenues avec tant'd’effort, par les partisans de l’incrédulité et de l’impiété.
Ces humbles Congrégations ont donc grandi par une disposition mystérieuse de la divine Providence, qui ne leur a pas fait dire encore leur dérnier mot, et qui veut se servir de ces instruments si méconnus, et si faibles en apparence, pour remporter une des plus grandes victoires qui aient jamais signalé la marche de l'Eglise.
Et en effet l’incrédulité et l’impiété n'ont pas de plus grands adversaires que ces humbles congrégations de l'instruction chrétienne.
C’est là que les masses trompées et détournées du chemin du bien et de la vérité, verront la lumière qui les sauvera de l’abîme, et trouveront le secours qui les arrachera à la ruine sociale, comme à la pertr éterneile des âmes.
Après avoir publié son histoire des catéchismes de St. Sulpice, M .Faïiion fit paraître en 1832, sa Méthode, dans la direction des Catéchismes. Elle se répandit aussitôt dans toute la France, et elle a conservé une telle autorité, que, dans le dernier ouvrage de Mgr. Dupanloup, intitulé l’ Œuvre par excellence où Entretiens sur le Catéchisme, la méthode de M. Faillon est citée,presqu'à chaque chapitre. Nous devons aussi mentionner que le dis-