‹ M. Faillon, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 3 sur 42 · CRE · texte numérisé non relu

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2 Révérend Messire Foillon.

tiens, on s’aperçoit qu’il avait pu étudier les admirables secrets de l’amour maternel dans une âme grande, et profondément pénétrée de l’esprit de Dieu.

Nous avons trouvé, entr'autres preuves de ce que sa mère avait été pour lui, le fragment d’une lettre de M. Faillon à l’un de ses confrères : . “ Je fais à la Très-Sainte Vierge pour vous, lui dit-il, la même prière que ‘ ma mère lui faisait pour moi-même autrefois, comme je le lisais l’autre ‘ jour dans une de ses lettres du 20 décembre 1830... ... ihrisii: “ Toutes les fois que je vais à l'Eglise, je dis un Pater et un Ave “ @ la Très-Sainte Vierge pour qu’elle te tienne toujours par la main ‘et qu’elle ne te laisse jamais à toi-même.” sur quoi M. Faillon ajoute : ‘“ cette demande me touche beaucoup, et il me semble qu’elle renferme ‘ toutes les autres que l’on peut faire puisque, comme dit St. Bernard : “€ Ips@ tenente, non corruis, celui que la Très-Sainte Vierge tient par la ‘main ne saurait tomber.” C’est bien en effet une âme élevée en piété ‘“ qui pouvait s'exprimer ainsi, et dans ce seul mot de la pieuse mère, on peut voir comme le premier germe et même le rapport de ces sentiments, avec toutes les idées que M. Faillon développa plus tard d’une manière si remarquable et si édifiante, sur l’esprit de la dévotion envers Marie. Comme M. Faillon ne parlait presque jamais de lui-même et de ce qui le concernait, on n’a pu tirer de lui que fort peu de détails sur ce qui se rapporte à ses premières années, Mais quoiqu'il en soit à ce sujet, on peut dire qu'il y eut toujours dans sa personne un témoignage et comme un signe de ce qu’il avait du être duns son enfance et sa jeunesse ; c’est ce qui à été remarqué presque par tous ceux qui ont joui de se société. On l’a constamment vu si bon, si uni à Dieu, si excellent, qu’on trouvait en lui comme une jeunesse toujours conservée. C’était une ouverture, une candeur, une amabilité qui semblaient refléter les plus belles prérogatives de cet Âge, nous dirions presque la candeur et l'ingénuité de l’enfance. Et cette apparence ne se déclarait pas seulement dans ses manières, ses procédés, dans son entretien si doux et si ouvert, dans cette absence

Ses premièrez études. 3

de tout intérêt et de toute préoccupation personnelle, enfin dans cette paix continuelle que rien en pouvait altérer ; mais ce cachet de jeunesse et d’amabilité apparaissait jusque dans les traits de se figure, si purs et si calmes, et dans ce teint d’une délicatesse enfantine qu'aucune émotion violente ne semblait avoir jamais troublé.

Dès que la paix fut rétablie en France, on sait que, de tous côtés et sur tous les points à la fois, une multitude de saints prêtres, confesseurs de la Foi, revenus de l’exil ou sortis de prison, voyant avec douleur les ruines faites dans les Âmes pendant le triomphe du mal, se mirent à l’œuvre avec un zèle infatigable pour rétablir, sous toutes les formes, les moyens et les foyers d’instruction religieuse. Un document que nous avons sous les yeux nous montre qu’à Tarascon en particulier, ces saints prêtres devaient être fort ncmbreux, car dans le récit d’une translation solennelle de Reliques qui eut lieu en 1805, on cite les noms de plus de vingt prêtres résidant dans cette ville, tous anciens membres de communautés, Dominicains, Capucins, Bénédictins, ete., dont les maisons avaient été détruites pen dant la Révolution.

Le zèle et la science de ces anciens du Sanctuaire ne laissaient rien à désirer. M. Faillon eut donc le bonheur de trouver parmi eux des catéchistes habiles, dévoués, des Instituteurs du premier mérite : et la vaste érudition qui devait plus tard le signaler lui-même, atteste la sage direction qu’il dût recevoir dès que commencèrent à poindre les premières lueurs d’un esprit, du reste magnifiquement doué et avide de connaître.

Enfin on pût voir à quelle école de zèle et de dévouement il avait dû être, lorsque devenu catéchiste à St. Sulpice, il se ft distinguer par une aptitude et dès qualités si marquées. Plus tard, nommé Directeur des Catéchismes, son zèle se déploya encore plus librement. Il était plein d’éloquence lorsqu'il expliquait, aux sujets les plus distingués du Séminaire, l’excellence de cet important ministère : il les transportait d’admiration et les pénétrait d’une sainte ardeur lorsqu'il leur représentait les exemples des grands personnages qui, au XVIe siècle, répandirent si

À Révérend Messire Faillon.

infatigablement l'instruction religieuse. Ainsi St. F rançois de Sales, St. Charles Borromée et le grand cardinal Bellarmin qui avaient tout sauvé en s'astreignant à passer la moitié de Chaque Dimanche dans leur cathédrale, à catéchiser la jeunesse.

M. Faillon, en enseignant pendant ses dix années de la Direction . des catéchismes, la grande tradition qu’il avait reçue dans son enfance, exerça la plus grande influence, non seulement sur tous les catéchismes de Paris, mais encore sur ceux de toute la France, dont beaucoup de ses élèves allèrent occuper les principaux siéges épiscopaux.

Tandis que l'exercice du culte, interrompu par dix années de violence et de compression, recommençait partout avec ardeur, on vit en même temps se renouveller ces démonstrations extérieures de la foi populaire, qui ont un Caractère si marqué en Provence. En particulier, on vit reprendre ces pieux pèlerinages, ces concours et ces processions qui ont pour objet principal d’honorer les Sts. Lazare, Marthe, Marie-Madeleine, Marie-Salomé et Jacobé, disciples, hôtes, amis intimes du Sauveur, et honorés en Provence, comme les premiers apôtres du pays.

Dès 1802, on avait recommencé à exposer, chaque année aux jours de leurs fêtes, à la vénération des fidèles les reliques de ces grands Saints, dans leurs anciens sanctuaires à Tarascon, Aix, Marseille, St. Maximin et à la Sainte-Baume. (1) Le concours et les processions recommencèrent avec tant d’empressement qu’à la Sainte-Baume, aux Jours principaux de pèlerinage, on compta des dix mille et vingt mille personnes. Cette affuence alla depuis toujours en augmentant; nous avons sous les yeux

un document qui nous frontre, qu’au lundi de la Pentecôte 1814, le nombre des pèlerins à la Sainte-Baume s’y éleva à trente mille personnes.

À Aix, on reprit ces Processions connues sous le nom de Jeux du Roi Réne, et où l’on représentait des scênes de l'Histoire Sainte et de la Conversion de la Provence par ses Saints Apôtres.

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(1) Grotte, sur le flanc d’une haute Montagne, à quelques lienes de Marseille, célèbre par la pénitence et la retraite de Ste, Marie-Madeleine.

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À Tarascon, les démonstrations en l’honneur de Ste. Marthe, Sœur de Madeleine, patronne et apôtre de cette ville, n’excitaient pas moins d’attrait : on faisait chaque année deux grandes processions, l’une le lundi de la Pentecôte, l’autre le 29 juillet, jour de la fête de la Sainte.

À la première de ces solennités, au milieu d’un immmense concours, une procession, composée de Gardes, vêtus et armés à l'antique, parcourait la ville avec un cortége de musiciens, de Jeunes gens et de jeunes filles, ornés de fleurs ; ils étaient suivis d’un énorme dragon de bois et de carton peint, destiné à représenter un monstre que la légende porte avoir infesté autrefois le pays, et que Sainte Marthe auraitenchaîné.

La représentation du monstre, ayant près de vingt pieds de long, portée par une quantité d’hommes cachés à l’intérieur, courait, caracolait en.

jetant des cris épouvantables, lançant feu et flammes par les naseaux, et se précipitant sur la foule avec une force et une impétuosité si peu ménagée qu’elle renversait des groupes entiers, tandis que, de sa queue formée d’un mât de navire et manœuvrée en tous sens de l’intérieur, elle pouvait parfois fouler les bras et les jambes, aux applaudissements de la multitude.

Le 29 juillet, fête de la Sainte, le spectacle changeait. Au milieu du cortége le monstre apparaissait soumis, paisible, et conduit par une jeune fille vêtue à l’antique et représentant la Sainte triumphant du monstre.

Voilà les spectacles que M. Faillon, dans sa Jeunesse, vit renouveller avec une vogue toute nouvelle, et qu’il savait raconter avec tant d'intérêt Jusque dans leurs plus petits détails ; nous avons cru que nous devions en faire mention dans notre récit, car qui peut dire quelle influence ces démonstrations naïves eurent sur son esprit, et si elles ne contribuèrent pas pour quelque chose à susciter en lui, lorsqu'il fut devenu maître dans la science, la pensée de rechercher s'il était possible de démontrer par les règles de la plus sévère critique, la vérité de ces pieuses croyances populaires.

Vers 1812, Mr. Faillon alla faire ses études classiques au Collége d'Avignon, tenu alors par des maîtres graves et instruits, et qui exercèrent

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une heureuse infiuence sur une intelligence si bien douée pour apprendre. Chacun sait qu’Avignon fut au Moyen-Age du XIIe au XIVe sièelé le séjour des Papes, et que même après leur retour à Rome et jusqu’au siècle

dernier, cette ville continua d’être une propriété du St. Siége, aussi bien

que tout le Comtat Venaissin dont elle était la capitale. De là, cette

physionomie particulière et cette importance qui la distingue entre toutes

les villes du Midi de la France et qui en fait comme une ville à part, Pendant le séjour des Papes à Avignon, des églises, des communautés,

des Palais furent bâtis en nombre considérable, et devinrent les objets de

la munificence pontificale. M. de Falloux, dans un célèbre discours sur la puissance temporelle des Papes, a remarqué qu’il est une époque du

Moyen-Age restée à Rome, tout-à-fait stérile en monuments, et qui ne

s’y trouve représentée par aucune trace notable, à cause, sans doute, de l'absence des Papes résidant alors à Avignon. Mais aussi cette dernière ville a grandement profité de ce que Rome perdit alors, et il en reste encore des signes magnifiques, et des chefs-d’œuvre qui ont fait d'Avignon comme une pieuse relique des siècles de foi, et un souvenir vivant de l’hospitalité donnée au vénérable vicaire de Jésus-Christ,

M. Faillon, dans sa jeunesse, vit ces précieux restes, et ils ne contribuèrent, sans doute, pas peu à former ce goût, qui l’a distingué pour l’art religieux ; il vit aux églises et aux monuments publics des autels, des Stalles, des chaires qui sont des chefs-d’œuvre de décoration et de sculpture, des fresques des plus grands maîtres de l'Ecole Italienne du XVe siècle, tels que Simon Memmi, Giotto et Giottino si admirés de nos jours, et dont les génies du XVIe siècle n’ont pas effacé la gloire.

IT vit aussi ces dix tombeaux des Papes la gloire d'Avignon, admirables de style et d'élégance, et dont on peut dire qu’ils ne sont guère surpassés par les plus beaux du Vatican. Avec les connaissances qu'il avait, il savait apprécier également les constructions civiles et municipales des Papes, l'Hôtel de ville, le Palais Pontifical, qui est un des plus beau modèles conservés des habitations princières du Moyen-Age ; enfin, cette enceinte

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Ses premières études.

de remparts accompagnés de tours, de doubles et triples portes que l’on a . magnifiquement réparées dans ces derniers temps, comme l’un des plus beaux restes d'architecture militaire des anciens âges. |

Après le départ des Papes, leur Souveraineté temporelle dans Avignon continua son œuvre, et y maintint toujours par ses légats, ses dignitaires ecclésiastiques et politiques, une vie religieuse, scientifique et littéraire dont. on retrouvait encore des traces éclatantes, quand les mauvais jours de la Révolution furent écoulés.

C’est à cette Souveraineté des Papes que l’on doit attribuer les goûts sérieux et élevés, qui y ont produit un nombre considérable d’érudits, de théologiens distingués, d’archéologues, d'artistes, et en particulier de quelques-uns des grands peintres de France parmi lesquels Mignard, Parrocel et toute la famille des Vernet : Antoine, Joseph, Carle et Horace.

C’est aussi à cette influence.que l’on peut attribuer la richesse de la Bibliothèque publique et du Musée de la ville, qui furent encore augmentés pendant le séjour de M. Faillon à Avignon, par les dons magnifiques d’un Archéologue Avignonais, le docteur Calvet, qui laissa en 1812, outre 80,000 volumes, l’une des plus belles collections en médailles, bronzes, vases et verres antiques qui soit en Europe.

M. Faillon séjourna quelques années au Collége de la ville; et ce furent des années bien employées pour la piété et la vertu, nous er aurons bientôt la preuve. Enfin ce fut là qu’il prit le goût et la bonne tradition des connaissances élevées qui le distinguèrent plus tard. On a pu remarquer que, dans la multitude de notions qu’il possédait, il y en avait qui marquaient le travail du collége même : ainsi une connaissance approfondie des langues classiques, comme ille montra si bien dans ses tra. ductions des anciens auteurs, une, véritable érudition des Annales de l’histoire sacrée et profane, et de tout ce qui s’y rapporte, une notion très-étendue et très-profonde sur les antiquités, les médailles et les monuments. . Il avait aussi étudié les Arts, et il s’y trouvait d’ailleurs admirablement servi par des dispositions hors ligne, qui le mirent à même, plus

8 Révérend Messire Fuillon.

tarä, de dessiner comme un graveur ou un architecte, et même de mouler comme un habile sculpteur.

Or, tous ceux qui ont la plus légère notion de ces arts savent qu’on

ne peut y exceller comme ïï le faisait, à moins d’en avoir une pratique

très-avancée dès la jeunesse.

Et ce qui peut d'autant mieux le faire présumer de M. Failon, c’est qu’il était par excellence l’homme de l'occupation présente. Aussi une fois qu'il fut appliqué à la Théologie ou à l’Ecriture Sainte, dans les séminaires, aucun de ceux qui l’ont connu ne peut supposer, que pendant la journée, il se fut réservé un instant, ou même une pensée pour l'initiation à la pratique des Beaux-Arts qui demandent tant d’instants et d'application, même pour ceux qui sont doués des aptitudes les plus remarquables.

C'était en ce moment que l’on réorganisait l’enseignement sur tous les points de la France bouleversée par dix années de tempête. Tous les esprits, effrayés des souvenirs de J’explosion si récente des plus mauvaises passions, sentaient vivement la nécessité d’un enseignement religieux ; même les hommes du nouveau pouvoir, et en particulier celui qui était à leur tête.

Napoléon venait de rétablir la Congrégation des Frères, et regrettait l'anéantissemeut des Congrégations religieuses chargées de l’éducation, tandis qu’il avait complètement interdit la réimpression des mauvais livres qui avaient perdu les générations précédentes.

Dans toute la durée de l'empire, on ne laissa-réimprimer pas un seul exemplaire des ouvrages de Voltaire, de Rousseau, et des auteurs impies du XVIIIe siècle.

“ Tant que l’on n’apprendra pas à l’enfant, disait l'Empereur au Conseil “ d'Etat, qu’il faut être républicain ou monarchique, catholique et reli- “€ gieux, l’Etat ne formera pas une nation, il reposera sur des bâses incer “ taines et vagues, il sera constamment exposé aux désordres et aux “ changements ; les Jésuites ont laissé un grand vide. J'aimerais mieux << confier l’instruction à des Religieux, que de la laisser telle qu'elle est.

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“ L’instruction a toujours été accompagnée d'idées religieuses, et je ne “ comprends pas l'opposition de quelques gens aux Frères, ete.”

En même temps qu'on interdisait les mauvais auteurs, l’on était si près des ruines qu’ils avaient faites, qu’on n'entretenait dans l'université qu'une médiocre admiration pour le talent dont ils avaient pu revêtir leurs funestes idées.

Voici comment s’exprimait M. de Fontanes, le grand maître de l’'Uni versité, dans une de ses principales circulaires :

‘ Nous avons vu en France ce qui s’est accompli dans l'antiquité ; “€ chez les Latins; les auteurs du second âge, sauf Tacite, sont inférieurs ‘ pour l’art de la composition, les convenances, l'harmonie, les grâces, et ‘ils ont aussi moins de substance, de vigueur, de vraie philosophie et ‘ d'originalité que Virgile, Horace, Cicéron, Tite-Live. La France offre ‘ les mêmes résulttas ; à l'exception de deux ou trois vous verrez que ‘ Pascal, Fénélon, La Bruyère, Racine, Corneille, La Fontaine, Bossuet ‘€ ont répandu plus d’idées justes et profondes, que ces écrivains à qui l’on “ donne l’orgueilleuse dénomination de Penseurs, comme si l’on n'avait “pas su penser avant eux, avec moins de Jaste et de recherche. ?’

C’est ainsi que l’on comprenait alors l'enseignement, et telle fut la voie dans laquelle M. Faillon se trouva engagé, secondé par des talent, d'expérience, qui avaient vu les ruines des giè pensaient que le salut était dans l’éducation et la dire tions naissantes,.

S'il en était ainsi dans les régions officielles, qu’en devait-il être dans ce pays de la Provence, si ferme, si impétueux et si impressionable ?°

La divine Providence avait magnifiquement proportionné les secours au besoin du temps, en suscitant des hommes de génie, de talents de difté. rents genres, doués de qualités variées, il est vrai, mais qui ne s’excluaient pas, se complétaient, et en s'adressant à l'universalité des esprits, leur

offraient un enseignement proportionné aux dispositions différentes de ceux qu’ils avaient à ramener aux principes de la vérité.

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Les hommes politiques trouvaient de salutaires enseignements dans ce grand publiciste qui savait si bien proclamer la mission providentielle de la France, et montrer par quelles illusions et quelles infidélités elle avait * mérité d’être purifiée par de si terribles épreuves, dans toutes les classes dont elle était composée. (1).

Les esprits raisonneurs les plus séduits par le talent trompeur des sophistes du dernier siècle, trouvaient dans l’un des nouveaux apologistes, une puissance de raisonnement et une aptitude pour les matières philosophiques, qui les inclinaient à admettre les principes les plus inflexibles et les plus absolus du respect, que les peuples doivent aux formes de la société et aux bases de la vraie législation. (2).

Un Prédicateur de talent, environné d’un auditoire immense dans la capitale de la France, exerçait une influence qui avait du retentissement dans tout le pays. Il exposait avec dignité et une logique irrésistible, une belle et complète apologie du Chtistianisme, et il élevait d’une manière suivie, et d'années en années, un puissant faisceau de vérités religieuses, qui présentait la Religion comme la base des connaissances humaines, l’appui des institutions politiques et sociales, et la solution à tous les problèmes qui intéressent l'esprit, le cœur et l’âme de l’homme, (3).

Un autre apologiste d’un genre moins austère, mais aussi plus accessible aux masses, sans s’astreindre autant à la rigueur de la méthode, savait se montrer uu puissant écrivain, et hi peintre incomparable de la nature et des sentiments de l’âme. Il avait saisi et compris profondément les beautés si longtemps méconnues de la littérature sacrée et de toutes les créations religieuses ; il les exposait avec une force entraînante, et relevée par une magie de style qui créait une langue nouvelle pour des sentiments tout nouveaux ; il démontrait donc d’une manière qui captivait surtout la RE RES RS PMR TR P Re CPP 0 (1) M. Joseph de Maistre.

(2) M. le Vicomte de Bonald.

(3) Mgr. de” Fraissynous.

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jeunesse, les magnificences de cette Religion dont les autres établissaient si solidement et si éloquemment les bases inébranlables. (1)

Nous ne pouvons préciser jusqu’à quel point M. Faillon fût mis au

courant de ce mouvement, qui entraînait les esprits vers une véritable

-renovation religieuse et morale ; mais ce que nous pouvons assurer, c’est

que nulle part, l'apparition radieuse de ces génies chrétiens ne fût saluée avec plus de sympathie et d'enthousiasme qu’en ces pays où se passèrent les premières années de son éducation. ç

Enfin, en voyant M. Faillon, au sortir du collége, songer à entrer dans PEtat ecclésiastique, on peut conjecturer avec une certaine assurance, que la direction qu’il recût de sesmaîtres ne fût pas très-éloignée de celle qu'il avait trouvée près de sa mère, dans les premiers enseignements de son enfance.

Lorsqu'il sortit du Collége, sa piété était si grande et les marques qu'il en donnait étaient si vives, que sa bonne mère, éclairée par une lumière surnaturelle, comprit que son fils bien aimé était appelé à l'Etat ecclésiastique par une prédisposition très-précise de la divine providence. Elle ne voulut pas, néanmoins, inposer sa manière de voir, et en mère prudente et remplie de l'esprit de discrétion, elle attendit que Dieu eût parlé au cœur du jeune homme,

Aussi, bien que convaincue de la réalité de cette vocation qu’elle regardait comme la plus grande bénédiction du ciel, et comme la plus haute récompense accordée aux soins qu'elle avait prodigués dès les plus tendres années, à son enfant si noble, si pur, si bien doué de tons les dons de l'intelligence et du cœur, elle se contenta de prier, et de recommander à la bonté infinie, le plus cher de ses vœux.

En fils dévoué et respectueux, M. Faillon, au sortir du collége, ouvrit son Cœur à sa mère, et lui parla des divers sentiments qui agitaient son âme. Il lui semblait que Dieu l’appelait à lui, et cependant il ne voyait

pas encore assez clairement la disposition divine à son égard, et en consé-

(1) M. de Chateaubriand. ()

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