HISTOIRE DE LA COLONIE FRANÇAISE EN CANAT ETC
“ Voici une histoire de longue haleine, une histoire consciencieuse, puisée aux sources, et dont la religion et le patriotisme ont inspiré toutes les pages. Nous avons de très-nombreux ouvrages sur le Canada, mais ils sont loin d’avoir épuisé un sujet si intéressant ; uu savant pieux et modeste a voulu apporter le fruit de ses recherches. De nombreux voyages au Canada, sept ans de séjour en ce pays, lui ont rendu possible la composition de cet ouvrage sur le lieu même. Dans ce but il a compulsé les archives de la marine, celles du ministère des affaires étrangères, celles du ministère de la guerre, du dépot des fortifications, les archives de l'Etat, les manuscrits des grandes bibliothèques ide Paris, du Séminaire St. Sulpice, de la préfecture de Versailles, de l’Archevêché et de la préfecture de Rouen, du musée Britannique. Cette énumération n'est même pas complète, car à la marge des pages nous voyons figurer beaucoup d’autres documents où il a puisé. Au milieu de tous ces matériaux, la marche de son livre n’est ni embarassée, ni confuse ; tout est clair, net et précis; tout vient à sa place et à son heure. En se conformant d'habitude à l’ordre chronologique, il n’a eu garde d’entasser, année par année, tous les faits de la même date ; il a souvent, ponr être plus clair et pour soulager la mémoire du lec. teur, donné tout un chapitre d’une catégorie spéciale d'évènements, indiquant ceux d’une autre nature qu’il trouvait sur sa route, et qu’il se réser. vait de développer plus tard, rattachant par quelques brèves paroles le passé au présent, et faisant par là de la succession des choses une chaîne où l’œil ne rencontre aucune solution de continuité, où tout se déroule dans un ensemble harmonieux et sympathiqi
‘# En interrogeant les sources pour leur demander la vérité historique qu'elles seules possèdent, il n'a pas uéyligé les travaux connus, il se plai!
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Histoire de lu Colonie Francaise en Cunada. 263
souvent à les citer; mais avec une grande sureté de critique, il sait aussi les combattre dans une discussion où il y a toujours autant de ch:rité que de savoir et de bon goût ; il n’est pas jusqu’au Père Charlevoix :lont P Histoire de la Nouvelle France jouit, du reste, d’une réputation méritée, qu'il ne prenne à partie, soit dans les notes sobres qui sont répétées au bas du texte, soit dans les autres beaucoup plus étendues, qui terminent le premier volume, et nous ont paru un modèle du genre. Enfin pour compléter cette vaste étude, dont l'érudition doit eïrayer la légèreté de notre temps, il résume dans des tables fort étendues, av commencement de chaque volume, toute la série des faits. C’est un compendium précieux de l'ouvrage. —Jetons maintenant un regard sur cette œuvre de bénédictin. Enfin le critique termine l’examen de la première partie en disant : Dans sa modestie, l’auteur croit n’avoir fait qu'une ébauche ; aucun de ses lecteurs ne partagcra son avis; tous féliciteront la religion, la science et le Canada, en voyant un sujet d’une telle richesse confié à des mains si expérimentées.”
Voici donc ce qu’on à pensé d’un pareil travail, et en le parcourant on voit comme ces assertions louangeuses d’une critique éclairée sont méritées.
Dans son introduction où il parle des premiers voyages ‘la commence. ment du seizième siècle accomplis par Jacques Cartier, il ne se contente pas de faire mention des sentiments des prin cipaux auteurs sur la date des premiers explorateurs du continent transatlantique, mais il les cite tels que Davity qui écrivait en 1660, Brutel de la Rivière en 1727, l'Art de vérifier les Gates, 2t Ramusio ; en indiquant avec soin l'édition, l'endroit, la page de manière à faciliter toute recherche à ceux qui voudraient vérifier les textes, les cuustater et en apprécier la valeur. Ensuite il prend le récit äe Jacques Cariier, il l'analyse, pu‘: le commente avec les réflexions les plis judic::48. Enfin il prend soin de l’appuyer des pièces justifica üves qu'i a su trouver, en grand nombre; il cite les lettres patentes de Francois Ier accordées à Jacques Cartier en 1540, sur la recomman lation
264 Révérend Messire Fuillon.
instante de Philippe de Chabot, grand Amiral de France ; il cite encore les passages des relations de Champlain, de Lescarbot, du-pilote Alfonse de la Saintonge qui confirment les assertions de leur illustre devancier.
A propos de Philippe de Chabot, M. Faillon sait faire ressortir la ‘dire qu'il a eue de décider cette expédition, et de choisir un homme d'un aussi grand mérite que Jacques Cartier.* Quand il parle de l’Evêque Briconnet qui bénit le second voyage du capitaine Malouin, il nous dit d’après le Gallia Christiana quel était le mérite de cet illustre prélat; il en sera ainsi toutes les fois qu’il nommera quelques uns des personnages éminents qui ont pris part en France à ces expéditions lointaines, tels que le Président Jeannin, le Prince de Condé, le Cardinal de Richelieu, le grand miristre Colbert.
Dans la narration, il expose avec détail les découvertes de Jacques Cartier dans le Saint-Laurent, il laisse quelquefois parler cet illustre ça. pitaine qui s'exprime souvent, ävec la plus haute éloqnence, principalement sur les motifs religieux qui avaient déterminé |: e France àces établis. sements lointains, qui devaient avoir de si g, +onséquences.
Ensuite :l rapporte les entreprises qui o1. suivi les tentatives de Jacques Cartier, et dans un chapitre particulier sur la première occupation de l’Acadie et des terres avoisinantes comme Port-Royal, etc., par le Baron de Poutrincourt et son fils ; il donne une analyse sucsincte, de ce brillant narrateur de l’expédition, Marc Lescarbot Avocat au Parle ment de Paris, grand ami du commandant, qui nous a laissé près de dix volumes écrits avec talent, mais qui sont empreints de l’esprit du temps et de préjugés contre les religieux de la Compagniede Jésus. M. Faillon
* Philippe de Chabot grand amiral de France, qui eut tant de part à l'établissement de la Nouvelle France, était un des plus grands militaires de son temps ; il s'était dis‘ingué aux oatailles de Marignan et de Pavie ; enfin en 1535 il conquit le Piémont sur les Espagnols On voit sa statue funèbre au Musée du Louvre. C'est un chef-d'œuvre admirabie du grand artiste que l’on appelle Jean Cousin, il a «1 en cette œuvre rappeler le style de Michel-Ange, dont il avait été l'élève,
cite Lescar le récit du allégations M. Faillon reconnait u cause de |’:
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Histoire de la Colonie Française en Cunada. 265
cite Lescarbot, mais en même temps, à chaque page, il met en opposition le récit du P. Biard qui avait été composé pour servir de réponse aux allégations peu réfléchies de Lescarbot. On peut remarquer comme M. Füaillon sait attribuer la plus grande autorité au P. Biard en qui il reconnait un esprit droit, et des sentiments auss! purs que dévoués à la cause de l’apostolat Catholique.
Il passe ensuite à tout ce qui concerne les voyages de Champlain dont il analyse les relations de 1603 à 1635 ; il n’y a pas d’histoire ancienne du Canada qui ait consacré autant de place aux œuvres de Champlain en Amérique ; mais s’il consacre plus d’étendue aux commencements de Montréal, c'est que la plupart des matériaux pour Montréal, n'avaient pas encore été mis au jour, et que l'importance de ces œuvres, n'avait pas été appréciée à sa juste valeur.
Il aime aussi à citer les éloges qui ont été donnés de Champlain par ses contemporains ; parmi lesquels on peut citer celui qui les résume tous M. de la Chesnaye : ‘ Champlain, dit-il, était très propre à assurer le succès de l’établissement de Québec ; il était d’un Courage à toute épreuve, d’une grande expérience, d’un sens droit, d’une piété sincère et solide, et sa constitution robuste le rendait d’ailleurs infatigable au travail, capable de résister au froid, au chaud et à la faim.”
Il explique ses relations par la concordance de quatre auteurs différents ; Marc Lescarhot, le P. Leclerq, le P. Sagard, la relation des PP. Jésuites ; il ne néglige aucune occasion de faire ressortir ses bonnes qualités ; de plus, il justifie en général toutes ses mesures, mais il est vrai qu’il cite du P. de Charlevoix sa désapprobation de l'intervention armée de Champlain dans les querelles des nations sauvages, (Histoire de la Nouvelle France, tome IUT, page 200) ; c’est aussi le sentiment de l'excellent auteur du Cours d’histoire du Canada, M. Ferland, tome ler, page 148, etc., etc.
M. Faillon explique avec beaucoup de clarté, les deux grands obstacles
266 Révérend Messire Fuillon.
que Champlain rencontra dans le succès d’une si belle entreprise : d’abord l’avidité des membres de la Compagnie, qui voulaient que l’on ne s’occupât absolument que de la traite avec les sauvages et des intérêts du commerce, et ensuite la mauvaise volonté des Huguenots qui tenaient plusieurs des principaux emplois de la Compagnie et qui étaient absolument opposés aux succès de la religion catholique.
M. Faillon nous montre comment Champlain ne se laissa pas abattre par ces difficultés; lorsqu'il était arrêté dans les efforts de son zèle pour la conversion des sauvages, il repassait aussitôt en Europe pour exposer l’état Gss affaires et pour se faire donner un appui et des injonctions plus formelles. C’est ainsi que jasqu’à sa mort il fit entre 1607 et 1635, près de quinze voyages. Nous voyons en ses écrits comment il exposait vers 1615 les difficultés qu’il rencontrait en ses enterprises. D'abord il se plaint du scandale que donnent les employés de la Compagnie, qui se laissent gagner par les désordres des sauvages, et même les dépassent par leur vices.
Ensuite, il déplore la présence des Huguenots dans la Compagnie, qui contredisaient les missionnaires et altéraient la foi des nouveaux convertis : il mentionne aussi l'opposition de la part des habitants qui combattaient toute œuvre qui compromettait suivant eux le commerce, telle que la vie sédentaire que les missionnaires voulaient introduire parmi les sauvages.
Enfin difficultés de la part des sauvages qui sont sans intelligence, et sans conscience et se laissent facilement décourager ; mais il y avait bien d’autres obstacles de la part des étrangers :
Les Hollandais qui dès lors, avaient fondé New Amsterdam à l’embouchure de la grande rivière de l’'Hudson, et plus haut le port d'Orange pour le commerce ; les Anglais établis au Cap Cod et dans la Virginie ; les Suédois à New Jersey qu’ils appeli'ent Nouvelle Suède ; les uns et les autres seconvrient les entreprises des sauvages contre les établissements français en fournissant des armes et des munitions.
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Histoire de la Colonie Française en Canada. 267
Enfin les Calvinistes de la Rochelle en guerre avec le roy, causaient aussi du tort à la Colonie.
Bien qu’éclairé par ces raisons, le gouvernement n’accorda d’abord qu’une partie des demandes de Champlain, sans prendre de décision contre les réformés; mais ces moyens ayant paru insuffisants, alors le grand Cardinal Richelieu se décida à accorder toute confiance aux vues de Champlain. 11 décréta d’exclure entièrement les Huguenots de la société qu’il établit sur une nouvelle base, sous le titre de Compagnie de la Nouvelle France. Il est décidé que la compagnie doit faire passer au moins 300 hommes et promettre d’en envoyer 4000 en 15 ans, elle doit les nourrir pendant 3 ans et ensuite leur donner des terres, elle doit exclure tous autres que les catholiques et nommer trois ecclésiastiques par chaque habitation (daté du siége de la Rochelle 1628.)
Or voilà ce qui arriva : les Huguenots se trouvant exclus par ces dispositions, excitèrent aussitôt les Anglais à s'emparer de Québec et deux français David et Thomas Kerk se mirent à la tête d’une expédition qui de 1626 à 1629 envahit le St, Laurent, brûlant des postes, interceptant les communications, et enfin finit par s’emparer de Québec le 19 Juillet ë mais déjà un traité de paix était signé à Breda entre la France et l’Angleterre.
Champlain revenu aussitôt en France fait valoir ses droits et l’antériorité du traité de Breda à la reddition de Québec ; il obtient gain de cause, et en mémoire du fait, aussitôt après le retour de la colonie française en 1632, il fait élever la chapelle de Notre Dame de la Recouvrance.
M. Faillon, ayant décrit les principaux événements, jusqu’à la mort de Champlain en 1635, énumère les obstacles que présentait l'établissement d’une colonie en Canada.
François Ier. y avait renoncé après l’envoi de six expéditions : ses successeurs de 1547 à 1600 avaient été mal secondés par des spéculateurs intéressés et sans souci du bien des Âmes. Au commencement du XVIIe
siècle, se présentent des hommes dévoués, parmi lesquels Champlain brille ë
258 Révérend Messire Faillon.
au premier rang. Mais après vingt années d'efforts, Champlain ne voyait à Québec en 1629, que quelques familles de colons bien établis et affectionnés au sol. Alors le cardinal de Richelieu prend l’œuvre en main et veut la seconder de tout son pouvoir ; il fonde la société de la Nouvelle- France qui comptait 110 membres et envoie dos colons, et des religieux. Or en 1640, au bout de dix ans, tous ces efforts n'avaient réussi qu’à établir deux cents personnes dans tout le pays, en comprenant même prêtres, les religieux, les femmes et les enfants.
Mais d'où venait cet insuccès ? Il pouvait venir de bien des causes que nous ne pouvons toutes connaître maintenant : voici quelques unes des principales qui sufiront pour tout expliquer: d’abord le froid excessif qui semblait rendre le pays à jamais inhabitable. Les nouveaux arrivés ne trouvant ni maisons, ni abris, ni chemins, ni moyens de transport, étaient soumis à des épreuves désespérantes, c'est ce que remarquent les auteurs du temps : La relation de 1635 des PP. Jésuites ; Marc Lescarbot ; Thevet en son ouvrage sur la France Antartique ; l'historien de l’établissement de Baltimore, ce dernier, fait observer que le climat au-dessus du 40e degré de latitude, était regardé comme trop rude pour des constitu. tions anglaises.
Un second obstacle venait de l’interdiction du commerce faite aux colons ; la compagnie des associés ayant le monopole.
Enfin l'agriculture était si difficile, dans ces commencements, qu’elle ne pouvait rémunérer les travailleurs.
Pour avoir un établissement, il fallait de grands secours de la mère patrie : mais des secours constants, persévérants et tout à fait désintéressés, sans prévision de rénumération dans l’avenir ; de plus il fallait des colons guidés par des vues de sacrifice et de dévouement, déterminés à tout supporter ; non seulement les rigueurs du climat, les privations, mais des dangers extrêmes, car il y avait à lutter contre des peuplades nombreuses, implacables et fournies abondamment d'armes à feu par les établissements voisins de la Nouvelle Angleterre et de la Nouvelle Orange.
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Histoire de la Colonie Française en Cunadu. 26 9
Or, quand après la mort de Champlain, tout semblait en détresse, le Sei. gneur vient en aide à la jeune colonie et lui procure miraculeusement des ressources inattenducs qui devaient assurer un succès jusque là vainement poursuivi. Des hommes de foi et de dévouement se décident à fournir les moyens d’une nouvelle entreprise, et en même temps des héros s'offrent, pour les seconder et assurer l'établissement de la religion, en ces contrées inhospitalières.
Il est intéressant de voir les circonstances de ce fait, circonstances merveilleuses, et dont le caractère surnaturel est appuyé sur des preuves incontestables.
Champlain, le grand champion de l'établissement du règne de Dieu en ces contrées, était mort le 25 décembre 1535, et quelques semaines après, le 2 février 1636, un pieux gentilhomme de la Flèche, M. de la Dauversière, étant en prières, recoit l’avis de fonder un établissement à une certaine distance de Québec, pour couvrir les voies qui conduisaient au centre
de la colonie française et pour être plus au centre des populations que l’on voulait gagner et convertir. L'endroit où il doit fonder ce nouveau poste, lui est montré de la manière la plus claire et la plus distincte, et il lui est dit en même temps, qu’il doit songer à y envoyer une compagnie d’hospitalières qu’il établira lui-même dans ce dessein. Cet avis devait lui être réitéré, plusieurs fois, avant que l’œuvre fut en voie d’exécution.
Mais chose étonnante, il n’était pas le seul qui eut reçu cette injonction, et en effet le même jour, un Jeune ecclésiastique qu’il ne connaissait pas, M. Olier alors agé de vingt six ans établi à Vaugirard avec quelques prêtres, est averti qu’il doit se consacrer à fonder un établissement pour le bien de la religion à un endroit du Canada qui lui est montré de la manière la plus distincte et en même temps, il lui est enjoint d'établir une compagnie de prêtres pour prendre soin des intérêts spirituels de l’entreprise.
Or dans ces deux révélations arrivées le même jour, il s'agissait de la même œuvre, l'endroit indiqué était le même, et pour l’occuper il était ordonné à l’un'des deux serviteurs de Dieu d'établir une société d’hospi-
270 Révérend Messire Faillon.
talières pour l’assistance matérielle des colons, et à l’autre une compagnie de prêtres pour l’assistance spirituelle. Un certain temps se passa et fut employé de part et d’autre à préparer la réalisation de ce dessein, lorsque cinq années après chacun des deux élus de la providence divine eut fortuitement la pensée de se rendre à un même endroit, c’est à-dire à la résidence du garde des sceaux à Meudon pour l’entretenir d'intérêts particuliers. M. Olier attendait son audience dans la galerie du chateau, lorsqu'il voit venir à lui Mr. de la Dauvereière qu’il ne connaissait pas.
Ces deux hommes se voyaient pour la première fois, mais ils sont avertis de la communauté de leur vocation et de leur mission, ils se saluent par leur nom, et tombent dans les bras l’un de l’autre en bénissant le Seigneur de cette rencontre merveilleuse,
L'œuvre prit alors tous les développements désirables : de riches sei. gneurs s’y associèrent, M. de Liancourt, M. de Renty, 1. de Montmore, M. de Fancamp, des princes du sang. Enfin au monsnt où la nouvelle compagnie achetait l'Ile de Montréal du propriétaire M. de Lauzon, un gentilhomme encore jeune, retiré du service, désirant se consacrer à une œuvre de zèle, se présentait: c’était M. de Maisonneuve. C’est lui qui devait être le fondateur de Montréal, et en faire le boulevard de la colonie pendant vingt-cinq années d’un dévouement intrépide et de l’administration la plus sage,
C’est pendant ce laps de temps que M. de Maisonneuve établit Montréal et installa les colons, les protégea contre tout danger, donnant en même temps l’exemple de toutes les qualités d’un homme de guerre, et des vertus d’un chrétien consommé,
Ce sont les temps héroïques de la Colonie dont les détails étaient disséminés dans des recueils ignorés pour la plupart jusque dans les dernières années : l’histoire de Montréal par M. Dollier de Casson, les documents des ministères en France, les pièces des différents greftes, les annales des communautés religieuses.
M. de Maisonneuve arriva en Canada en 1641 avec une recrue nom-
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Histoire de la Colonie Française en Canadu:. 271
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L'année suivante au 17 mai 1642, il vient prendre possession de l’Ile de Montréal, et il commence son installation. Ses hommes abrités sous les grands arbres, restent toute une année sans être découverts par les chasseurs et les coureurs indiens. Pendant ce temps on élève une enceinte, on creuse un fossé profond, on construit un fort spacieux avec logements et magasins, et enfin l’on installe une belle chapelle, toute revêtue à l’intérieur, de l’écorce des immenses bouleaux qui environnaient le fort. Dieu assiste l’enterprise et lui assure toutes les faveurs spirituelles et temporelles ; le Pape Urbain VIII bénit l’œuvre en 1642. Louis XIII en 1643 et Louis XIV en 1645, approuvent l’entreprise et promettent leur concours et les colons sont remplis de courage et d'assurance.
Ce site de Montréal découvert et nommé par J. Cartier, signalé par Champlain, désigné miraculeusement à M. de la Dauversière et à M. Olier, était donc ainsi mis en possession de sa grande destinée,
Là, à soixante lieues du centre, était fondé ce poste défenseur avancé de la colonie française, et au milieu même de ses ennemis,
Or,quelle destinée merveil\vuse que celle de ce retranchement attaqué à chaque saison et ne se laissant pas entamer, se recrutant et se ravitaillant sans cesse sous le feu et les surprises des Sauvages ; commandant toutes les voies qui conduisent au centre de la colonie, arrêtant tous les Coups portés contre elle, vigie toujours en éveil, sentinelle perdue au milieu du désert, lançant parfois 17 hommes contre des milliers d'aggresseurs, tombant comme la foudre sur leurs entreprises, puis à la première trève envoyant des explorateurs, jusqu’au fond de l’ouest, à 800 lieues. Et au milieu de ces luttes, de ces surprises, de ces attaques, fondant une ville riche, puissante, popu leuse et dont l'avenir n’offre pas de limites. Tel est ce berceau jeté sur les rives du St. Laurent, et d’où devait sortir un jour Montréal.
Vers l’année 1648, les Sauvages, dans une de leurs courses sur le fleuve, furent surpris de voir des constructions nouvelles. Ils cherchèrent d’a-
bord à deviner la force des nouveaux venus, puis se placèrent en embus-
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272 Révérend Messire Faillon.
cades ; ils furent déjoués plus d’une fois et à la fin de l’année, ils n’avaient pu surprendre que six travailleurs dont ils tuèrent trois, emmenant leg: autres en esclavage. Il est intéressant pour nous de savoir que les noms de ces trois premières victimes sont sur le régistre de la paroisse Notre- Dame.
L'année suivante, les Indiens reviennent, ils entourent M. de Maison. neuve à la tête de quelques hommes, lui en tuent trois, mais n’osent l’attaquer dans son fort après avoir perdu leur chef qui périt de la main de M. de Maisonneuve. En 1645, après quelques tentatives infructueuses, les Iroquois demandent la paix, ils voulaient pouvoir réunir les tribus, et M. de Maisonneuve que ces ouvertures pacifiques ne peuvent tromper, met ce temps à profit en allant chercher du renfort en France.
L'année suivante, en 1646, la guerre recommence ; elle devait durer quatre ans, pendant lesquels le commandant brave toutes les surprises, et augmente le nombre des colons. Il est secondé par deux nouveaux arrivés qui sont des héros : Lambert Closse, qui devint son lieutenant, et Charles LeMoyne, le chef de la famille des Longueuil, qui furent les grands hommes de guerre de la Nouvelle-France, C’est dans ce laps de temps que les sauvages immolèrent le P. Daniel, les PP. Lallemand et de Brebeuf.
Après une trève de peu de durée, la guerre recommence en 1652 avee un nouvel acharnement. Les tribus sauvages descendent en masse par le Richelieu et le St. Laurent et veulent en finir, elles multiplient les attaques de jour comme de nuit, elles croient le succès assuré. Les gens de Québec eux-mêmes pensaient que Montréal était perdu ; il est vrai que ses défenseurs eurent à faire les efforts les plus héroïques. Souvent ils se battirent un contre dix, mais jamais ils ne se laissèrent entamer. Un jour, à la Pointe St. Charles, M. LeMoyne avec quelques hommes, défit un corps d’Indiens et leur tua trente hommes ; de son côté: Lambert Closse, avec 20 ou 30 hommes, dans une renconire, mit en fuite 200 ennemis, et dans une autre avec 24 hommes, repoussa plusieurs cen: taines d’assaillants, et en mit 80 hors de combat. Une autre fois, à la
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Histoire de la Colonie Française en Canada. 273
Pointe St. Charles, 16 hommes attaquent un corps considérable d’ennemis et tuent 32 hommes à la première décharge de leurs fusils et de leurs pistolets.
Ï y aurait, dit un historien du temps, bien d’autres traits du même genre à citer, mais ils étaient si fréquents qu’on ne les a pas tous relatés, Enän, ces attaques furent si redoutables et si multipliées qu’à Québec on croyait que Montréal était anéanti. Au printemps de 1658, on envoie une embarcation de Québec pour savoir ce qui s’est passé, l’embarcation arrive par un brouillard très épais, passe plusieurs fois près de l'habitation sans la voir, et revient annoncer à Québec qu'il ne reste plus rien de l’établissemeut.
Cependant les efforts des Indiens ne diminuaient pas la résolution des colons, leur piété les rendait inébranlables, ils se battaient comme des lions et rien 1 pouvait étonner leur intrépidité.
On ne peut trop admirer les vertus de ces temps héroïques : les chefs étaient des saints et les colons suivaient leurs exemples. M. de Maisonneuve et ses lieutenants; Mlle. Manse, Mlle. Bourgeris, Mme. D’Aïlleboust, et sa sœur Mile. de Boulogne, rappelaient les temps de la primitive église. Aussi, malgré les dangers, le dessein de fonder une ville chrétienne au milieu des déserts est poursuivi; on élève des habitations, les campagnes voisines sont mises en culture et M. de Maisonneuve, plein de confiance dans le succès de l’œuvre, va en France pour aller demander à M. Olier de réaliser la promesse qu’il avait faite, d’envoye: des prêtres de sa compagnie.
En 1657, arrivent des prêtres de St. Sulpice, ayant à leur tête M. de Queylus, directeur du séminaire de Psris, Ils viennent avec une recrue de 110 personnes et peu de temps après leur arrivée, ils sont cémoins des incidents les plus tragiques de la guerre. Les Iroquois assassinent plusieurs habitants aux portes de la ville: St. Père et ses compagnons.
En 1660, Daulac, avec dix-sept hommes, va soutenir l’effort de plusieurs milliers d’ennemis. L'année suivante, Montréal fait des pertes sensibles ;
274 Révérend Messire Fillon.
M. Lemaitre, et peu de'temps après M. Vignal, tous denx prêtres du séminaire, sont tués avec des colons, mais Montréal se développe. Lambert Closse reçoit en fief une partie du faubourg St. Laurent, il y met une redoute et des hommes pour la défendre. Charles Lemoyne occupe l’autre côté du fleuve. M. de Queylus bâtit une redoute à l’est de la ville, au quartier Ste, Marie, et une autre vers la Pointe St. Charles. M. de Maiscnneuve élève une redoute au Côteau St. Louis, là où at ensuite la citadelle, et la ville composée déjà de quarante maisons, est ainsi environnée de défenseurs.
Ce fut de 1662 à 1664 que M. de Maisonneuve consolida l’organisation des milices qui devait assurer la sécurité de la colonie. Il établit d’abord la milice mobile, qui devait toujours être prête à se porter à tous les points du pays menacé par l'ennemi et qui fut remplacée plus tard par les troupes régulières envoyées par le Roi; enfin il établit la milice sédentaire qui eut une influence encore plus décisive, c'était un corps Composé de 20 escouades, où l’on trouve dès 1660 presque tous les noms des familles résidant actuellement dans le district de Montréal ; cette société, mise sous le patronage de la Ste. Vierge, après avoir souvent payé de son sang la défense du pays, continue de nos Jours sous forme d’assaciation de piété, avec son ancien nom de Congrégation de Notre-Dame, comptant actuellement encore plus de deux mille associés.
M. de Maisonneuve ayant accompli près de vingt-cinq années de travaux pendant lesquelles le sort de Montréal fut définitivement assuré pour l'avenir, voyant la ville déjà remplie, les territoires voisins occupés par des cultivateurs laborieux et des défenseurs intrépides, reçut la récompense que le Seigneur a promis tout particulièrement à ses dévoués serviteurs : comme son maître il fut méconnu et disgracié.
En 1664 il est remplacé par des hommes revêtus de la confiance souveraine, ‘ bien qu'ils ne le valussent pas.”* Rien de plus touchant que les
(*) Histoire de l'Hôtel Dieu de Québec, page 125.
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Histoire de lu Colonie Française en Canada. 275
derniers temps de la vie de M. de Maisonneuve, réfugié à Paris dans une demeure obscure, où il avait construit une cabane de sauvage, s’intéressant toujours à l’œuvre de Montréal, et enfin nous dit M. Faillon : ‘ s’endormant dans le Seigneur avec une confiance d'autant plus parfaite, que n’ayant pas reçu sur la terre la récompense de ses services, il était plus assuré de la recevoir tout entière dans le ciel.”
Pour toute cette première partie de l’histoire, M. Faillon a donné les plus complets développements, qu'il aureit pu mettre sous ce titre : Comment on fonde une ville ; titre d'autant plus frappant que cette ville est devenue providentiellement la plus importante du Canada ; quant aux Chapitres suivants ils pourraient être intitulés ainsi : Comment on établit une colonie. M. Faillon, dans l’étendue de son troisième volume, nous donne les détails de l’organisation conçue par le premier ministre Colbert et exécutés par son envoyé M. Talon. Ces renseignements sont pleins d'intérêt, surtout à notre époque où l’on comprend de nouveau l'importance des colonies, et où l’attention est fixée sur le développement des dernières entreprises en Australie, en Algérie et dans l'extrême Orient.
Louis XIV en 1659, à l'âge de 21 ans ayant conclu la paix avec les puissances ennemies de la France, entrainé par une activité infatigable ayant le sentiment des grandes choses, soutenu, guidé et déterminé par les conseils de Colbert, résolut de prendre tous les moyens pour accroître la prospérité et les ressources de son royaume, en secondant au dedans l'industrie, et au dehors le développement des colonies.
Dès lors nous voyons l'ensemble des moyens que le ministre employa sous l'impulsion de ce roi qui tout jeune se révéla avec les qualités qui font les grands souverains. Ayant des idées neuves, grandes et étendues, sachant donner sa confiance à des hommes capables ; d’un coup d’œil devinant des génies ; allant les chercher au milieu de son peuple, les mettant dans l’emploi qui leur convenait, les soutenant ensuite de toute sa puissance, contre le vulgaire, et contre leurs propres défail-
276 Révérend Messire Faillon.
lance, et tandis qu’il agrandissait le domaine de la France, établissant à Québec et à Montréal un foyer d’action qui embrassa toute l'Amérique du Nord, et qui l’eurait assurée à la France sans les fautes et l’incurie qui survinrent un siècle plus tard.
Il établit d’abord la Jompagnie des Indes Occidentales avec des.
règlements si admirables que si elle avait suivi les errements de son fondateur elle aurait pu porter tous les établissements français en Amérique, de l’embouchure du St, Jaurent à l'embouchure du Mississipi, au plus haut degré de prospérité. Ainsi elle aurait été inattaquabie à ses ennemis,
elle aurait offert un débouché inépuisable au trop plein de la population.
et elle aurait sinon prévenu, du moins atténué l'explosion des ambitions et des passions qui ont amené les catastrophes de la in du XVIIIe siècle, Ensuite le Ministre envoya des représentants de l'autorité Royale en les mettant au-dessus des autorités locales qui pouvaient se laisser gagner par des intérêts personnels. M. de Courcelles était gouverneur, M. de Tracy, lieutenant général, et M. Talon, intendant de la Colonie. Nous trouvons de précieux renseignements dans les instructions adressées. par le ministre Colbert à M. Talon. L’Intendant est chargé d’abroger les décisions prises par l’ancien gouverneur; il doit réduire la dîme au vingtsixième d'après les représentations des habitants ; il doit composer le Conseil de membres indépendants de toute autre fonction ; il doit rendre au Séminaire de Montréal l’administration de la justice et le droit de nomination Qu gouverneur, dont il avait été privé par le gouvernement. Enfin il est recommandé à M. Talon de parcourir les maisons de tous les habitants, d’aller même aux :ys les plus éloignés afin de s'enquérir des besoins et des plaintes contre l’administration, et en cas de nécessité pressante, il doit les secourir. On voit comme les moyens étaient pris pour donner l'efficacité à la mission des représentants de l’autorité. Après cet exposé M. Faillon énumère les mesures prises pour assurer l’accroissement de la Colonie, il examine 1o l’augmentation de la population; 20 le développement de l’agriculture ; 80 l’indûstrie et le come
mérce ; 40 paroisses el lo. Qua voyer chaq à leur éta portés et | leur soutie choisis par ments relig tivateurs.
dans les c pauvres et de Bellevill etc., etc. ; plus à l’al la Picardie départ étai femme du sieurs fois, :
logeait chez ainsi plus d leur mariag l’accroissem dix enfants 1200 et 16( Avec ces 1640 la pop core que de en 1671 prè taient à pro]
Histoire de la Colonie Française en Canada. 277
merce ; 40 l'instruction publique ; 50 l’organisation des seigneuries, des paroissés et des bourgades.
lo. Quant à l'augmentation de la population :—le roi prit soin d’envoyer chaque année des centaines de familles, avec l’argent nécessaire à leur établissement. De 1661 à 1662 mille colons avaient été transportés et le gouvernement avait envoyé deux cent mille livres pour leur soutien : l’on continua les années suivantes, Les hommes étaient choisis parmi les plus recommandables pour la conduite et les sentiments religieux, et ayant la ferme intention de s'établir comme cultivateurs. En même temps l’on envoyait des jeunes filles, prises dans les couvents, ou même appartenant à des familles nobles, mais pauvres et chargées d’enfants. On a conservé les noms de Mdlles. de Belleville, de Bélestre, de Laborde, des Granges, de la Bardillière, etc., etc.; elles étaient choisies principalement dans les provinces les plus à l’abri des atteintes de l’hérésie : la Bretagne, la Normandie, la Picardie, l’Ile de France, la Champagne. Les jeunes filles à leur départ étaient confiées à des personnes respectables: Mde. Bourdon, femme du secrétaire du Conseil, Mdile. Etienne qui fit le voyage plusieurs fois, ainsi que la Sœur Bourgeoys ; à leur arrivée Mde. Bourdon les logeait chez elle à Québec et la Sœur Bourgeois à Montréal, il en arriva ainsi plus de mille en dix ans et elles trouvaient à se marier aussitôt. A leur mariage elles recevaient vingt livres, plus tard on promettait suivant l’accroissement des familles, des pensions de 800 livres aux familles ayant dix enfants et 400 livres à ceux ayant douze enfants ce qui fait environ 1200 et 1600 fr de la monnaie actuelle.
Avec ces moyens le pays accrut considérablement en peu de temps ; en 1640 la population n’était que de 200 personnes, en 1660, elle n’était encore que de 2500 personnes ; mais dix années après il y avait 5000 âmes et en 1671 près de 700 enfants étaient nés dans la colonie ; les villes augmentaient à proportion : ainsi à Montréal on ne comptait que 500 personnes en
278 Réverend Messire Fuillon.
1668 ; en 1672 il y avait près de 1500 âmes, et 1200 âmes dans le district de Québec.
Passons maintenant au développement de l'agriculture. Colbert avait de grandes idées sur les ressources de l’agriculture ; il comprenait que pour établir solidement une colonie, il fallait la faire subsister du produit de son sol. C'est pour cela que le Conseil reçut l’ordre de donner des terres à tous les soldats qui voudraient cultiver, comme aussi des lettres de noblesse aux officiers qui s’adonneraient à l'agriculture et non au commerce. Le Conseil fit envoyer des chevaux et des bêtes de trait, qui se multiplièrent extraordinairement, Grâces aux soins des officiers établis sur les terres, tels que M. de Chambly, M. de Sorel, M. de Contrecœur, M. de St. Ours, M. de Varenne, M. de la Chesnaye, M. de Repentigny, etc., etc., l’agriculture prit un développement considérable.
Toutes les précautions étaient prises avec un grand soin, on donnait cent arpents à chaque occupant, des denrées pour un an et de l'argent : 100 livres aux soldats, 150 aux sergents, 1000 livres aux officiers qui faisaient des concessions. Il fallait deux ou trois ans de culture, et ensuite la terre en plein rapport était suffisante pour une famille. On devait mettre deux arpents en culture chaque année ; l’occupant, sous peine de perdre sa Concession, devait tenir feu et lieu dans l’année, couper les arbres et arracher les souches de plus d'un pied de diamètre. Sans cela les terres restant boisées auraient porté humidité aux autres, et auraient offert un repaire aux animaux sauvages,
On obligea les propriétaires d’établir des chemins, de les entretenir, de faire des digues, des chaussées et des ponts suivant le besoin; les chemins avaient dix-huit pieds dans les terres et trente-six le long des rivières pour le hâlage des bateaux. Ces mesures eurent des résultats considérables ; au bout de dix ans les rives du St. Laurent, du Richelieu, du St. Maurice étaient occupées. Sur le Saint Laurent, il y avait plus de 80 lieues de
parcours occupé complètement par des habitations de 3 arpents en 3 arpents de distance, les terres avaient 30 arpents de profondeur. Depuis
Montréal jus Saguenay, t Après l’agr pour assurer :
tructif de vo homme de gé en France, ( les ressources des relations devaient être monopolisé pa nassent pas le Quant aux d'abord les 1 l'on avait ouve à la tête del'i et pour la sub nière à assure rope, pour la Enfin les b pour toute l’E qui se trouvi d'exportation.
Les mines mines de euivi
(1) Encore au.
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(2) Le commer de piastres.
Histoire de la Colonie Française en Canada. 279
Montréal jusqu’à Québec, et depuis Québec jusqu’à l'embouchure du Saguenäy, tout était cultivé »vec des bourgades de distance en distance.
Après l'agriculture nous avons à parler des mesures prises par Colbert pour assurer le développement du commerce et de l'industrie, il est instructif de voir les dispositions prises dans un pays de colonie par cet homme de génie qui a élevé à un si haut point la science du commerce
en France, Colbert comprit que la nouvelle colonie, pouvait compter sur
les ressources du commerce et qu’ainsi seraient établies avec les sauvages des relations favorables à la paix et à l’instruction religieuse. Mais elles devaient être réglées avec sagesse, pour que le commerce ne fut pas monopolisé par quelques uns et ensuite que les agriculteurs n’abandonnassent pas leurs travaux.
Quant aux richesses du pays, elles étaient d’une exploitation facile ; d’abord les fourrures qui étaient extrêmement abondantes et à qui l'on avait ouvert trois marchés considérables à Tadoussac,à Trois Rivières et à la tête de l'ile de Montréal. Ensuite la pêche qui fournissait en abondance et pour la subsistance de la colonie et pour le commerce extérieur, de manière à assurer la prééminence à la France sur tous les marchés de l'Europe, pour la vente du poisson salé et des huiles. (1)
Enfin les bois qui servirent dès le principe à construire des vaisseaux pour toute l’Europe, dès 1667 il y eut des navires de 4 à 500 tonneaux qui se trouvèrent du meilleur service ; il y avait aussi le commerce d'exportation. (2)
Les mines étaient d'un grand produit, mines de fer à Trois Rivières, mines de cuivre au lac Supérieur, mines de plomb, de charbon et d’ardoise.
(1) Encore aujourd’hui la France envoye chaque année vers l'embouchure du St. Laurent une flotte de 2000 vaisseaux montée par 10,000 pécheurs qui font un profit net de plus de dix millions de francs.
(2) Le commerce d'exportation du bois rapporte annuellement encore, plus de 30 millions de piastres,
280 Révérend Messire Fuillon.
Enfin le blé dont on put exporter 60,000 boisseaux dès 1686 et dans les trente années suivantes plus de 250,000 boisseaux.
Des manufactures furent établies dès ce temps, manufactures de chaussures, de coiffures, de draps, de linge, qui fabriquaient aussi bien qu'en France, et que les communautés adoptèrent et encouragèrent,
Les rapports de commerce avec les Sauvages développèrent l'esprit aventureux des colons ; un grand nombre s’adonna aux fatigues de la vie des Sauvages, qu’ils surpassèrent bientôt, par les ressources que leur donnaient, l'esprit de prévoyance et de discipline auquel ne purent jamais se soumettre les Sauvages. Les Canadiens comme coureurs de bois, chasseurs, guides, interprètes, bucherons, furent les occupants les plus marquants du territoire américain, et figurent comme les héros de toutes les légendes de la Nouvelle Angleterre.
Voici quelles furent les dispositions prises pour le commerce: les bâtiments envoyés de Frauce chargés d'objets manufacturés étaient approvisionnés au Canada de bois, huiles, poissons et dirigés aux Indes Occidentales, Antilles, Açores, Iles Canaries ; là ils prenaient du sucre, du café et revenaient en France. Ce conseil donné par Colbert fut mis en pratique et accueilli avec confiance par les hommes les plus au courant des ressources de la colonie.
Enfin M. Faillon termine cet exposé en donnant le prix des denrées qui a suivi très exactement le cours de la monnaie, ce qui prouve l'abondance des denrées en ces premiers temps.
En même temps que le Ministre s’occupait du développement matériel de la colonie il n’oubliait pas ce qui est la base de toute société durable l'éducation morale et religieuse. I] comprenait très bien nous dit M. Faillon que pour établir solidement une colonie, la rendre forte contre ses ennemis, pouvant se suffire à elle-même et exercer autour d’elle une influence durable, il fallait procurer à ces pays lointains une éducation au niveau de celle que recevait alors la population dans la mère-patrie ; il fallait former des colons capables de résister aux dégradations de la race
sauvage, e vations, et dons de la La Mà dès l’anné elles furen Ce fut pour le féli des secour:
c’est le m capables d trouvent e Eten e principes 6 à répondre au Canada ceux qui 86 de plus il d'arts et m neurs eb € donnaient Outre le C où l’on éta 1664, il y bientôt des enfants sau A Villecause de l’ former à la Quant à soins de la
Histoire de la Colonie Française en Canada. 281
sauvage, et aux difficultés de cette vie isolée. pleine d'éprenves et de privations, et enfin assez éclairés pour tirer parti d’un pays qui a sa part des dons de la Providence.
La Mère de l’Incarnation vint en Canada pour l'instruction religieuse dès l’année 1639 et la Sœur Bourgeois résidait À Montréal depuis 1653 : elles furent encouragées aves leurs sœurs par Mgr. de Laval.
Ce fut vers 1667 que le roi lui écrivit ainsi que son premier ministre, pour le féliciter de son zèle pour l’éducation religieuse, et pour lui envoyer des secours afin de l'aider dans cet objet important. Ils lui disent que c’est lo meilleur moyen de policer la colonie, et d'y former des gens capables de servir Dieu et le Prince dans toutes les professions où ils se trouvent engagés.”
Et en effet les autorités ecclésiastiques ne s'étaient pas bornées aux principes de l'instruction, mais elles avaient cherché dès le commencement à répondre au besoin de toutes les conditions qui se trouvaient représentées au Canada. Ainsi il y avait d’abord des écoles élémentaires pour instruire ceux qui se destinaient aux métiers d'agriculteurs, chasseurs ou pécheurs de plus il y avait au cap Tourmente, à 40 milles de Québec, une école d'arts et métiers de manière à préparer d'excellents ouvriers, entrepre neurs et conducteurs de travaux; enfin il y avait des institutions qui donnaient l’enseignement convenable aux professions les plus élevées. Outre le Collége des PP. Jésuites pour les enfants des familles riches, ec où l’on établit des exercices publics pour les classes supérieures dès l'année 1664, il y avait un petit Séminaire établi par Mgr. de Laval qui fournit bientôt des vocations au sacerdoce ; on admettait en cet établissement les enfants sauvages qui annonçaient des dispositions.
A Ville-Marie les prêtres du Séminaire se firent maîtres d'écoles, à cause de l'importance qu'ils attachaient à l’éducation des enfants pour les former à la piété et à la vertu tout en leur donnant l'instruction.
Quant à l'éducation des filles, il y fut abondamment pourvu par les soins de la Sœur Bourgeois et de ses compagnes qui donnaient gratuite-
282 Révérend Messire Faillon.
ment l'éducation à toutes les filles du pays; ces religieuses dévouées
soutenaient le: * maison, par les ouvrages qu’elles faisaient dans l'intervalle:
des classes,
Enfin les prêtres du Séminaire fondèrent d’autres œuvres. M. de Qreylus, M. de Fénélon et M. d’Urfé, pour subvenir aux besoins des enfants sauvages, fondèrent à une certaine distance de la ville, des établissements où ces enfants seraient plus à l’abri de la dissipation ; ils allèrent occuper à l’extrémité de l'Ile de Montréal vers Sainte Anne : Gentilly, les Iles Courcelle, et l’endroit qu’on appelle encore actuellement la baie d'Urfé.
Il est vrai que les efforts qui avaient les enfants sauvages pour objet réussirent médiocrement ; leur caractère indiscipliné et la faiblesse de leurs. parents mettaient un obstacle insurmontable à *sutes les tentatives ; à Sœur Marie de l’Incarnation avait fait : otte remarque dès 1660 et elle est toujours restée vraie : “ Les enfants sauvages ne peuvent être contraintes; si elles le sont elles deviennent mélancoliques et la mélancolie les rend malades. D'ailleurs les sauvages aiment extraordinairement leurs enfants, quand ils savent qu’ils sont tristes, ils passent par dessus toute considération pour les ravoir, etc., etc.”
Mais il en fut tout autrement vour les enfants des familles françaises, l'instruction se répandit dans toutes les classes ; les vocations ecclésiastiques furent nombreuses et remplirent l'Amérique de missionnaires. L'amour de la langue et des institutions de la mère-patrie prit de si profondes racines que rien ne put l’altérer, ni la distance, ni les aunées, ni la conquête, ni la séparation, et c’est cet attachement aux liens d’origine, qui à fait jusqu’à ce jour du peuple canadien, un tout, ‘un, Compact, plein de vie, d’individualité, de force et de spontanéité.
Nous terminerons cette revue en énumérant ce qui se rapporte à l’organisation des seigneuries, des bourgades et des paroisses.
L'établissement de la Colonie était fondé sur le régime féodal, tei qu’il est formulé par la coutume de Paris, ce régime était le seul que l’on con-
nut alors
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position di On ava se sufiire guerre, af tels que ( pour réscoi du gouver à l’établis conditions Ceax q défensn, d pour atta du territoi Une par manière à imposés a temps limi lot était to &.vait un do propriétaire au niveau d étaient don dans la par toise. Dans demie pinte que cinqua pas deux bo
bd EE. iii — de
Histoire d: la Colonie Française en Canada. 288
aut alors et quelques abus qu’on lui sit reprochés depuis, il est sertain qu'il éiait éminemment propre à faciliter l'établissement d'une colonie, et
‘Je plus favorable aux intérêts deg-particuliors : on peut en juger par l’ex-
position des faits,
On avait divisé le pays en fiefs, d’une étendue assez considérable pour se suflire à eux-mêmes. Les uns étaient attribués À des hommes de guerre, afin qu’ils pussent défendre les points principaux de la Colonie, tels que Québec, Trois-Rivières et Montréal ; les autres étaient érigés pour récompenser des services rendus par des officiers, des employés du gouvernement, ou des commun..atés religieuses qui avaient contribué
à l'établissement du pays. Mais ces fiefs n'étaient concédés qu’à des conditions nnéreuses.
Ceax qui ‘es recevaient étaient obligés de les constituer en état de défensn, de es cultiver, de les mettre en valeur ; de concéder des lots pour attacher au sol les colons qui venaient les aider dans la défense du territoire,
Une partie du fief ne devait pas être aliénée, et elle était calculée do manière à subvenir aux charges et aux frais considérables qui étaient imposés au propriétaire, Tout le reste devait être cédé dans un temps limité, suivant les intérêts de la Colonie. Lo prix de chaque lot était tout-à-fait libéral et sans proportion avec la valeur, ce qui &vait un double effet: d'attirer des censitaires, et ensuite de porter lo propriétaire à concéder autant de lots que possible, pour mettre son revenu au niveau de ses charges, etc, Les emplacements dans l’enceinte des villes étaient donnés à charge de payer annuellement cinq sous par arpent : dans la partie déjà habitée, on ne demandait qu'un liard de revenu par toise. Dans l'Ile de Montréal, on payait deux Jiards par arpent, et une demie pinte de blé; ea sorte que celui qui recevait cent arpents, n’avait que cinquante sous à payer annuellement et cinquante pintes, qui ne font pas deux boisseaux, et encore était-il dispensé les premières années,
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284 Révérend Messire Faillon.
Il n'avait jamais d’autres redevances à acquitter tant qu'il gardait $on lot, et même quand il le transmettait par donation, par succession, ou par mutation d'immeubles ; mais lorsqu’il le cédzit par vente ii était obligé de payer au seigneur une «vuzième partie du prix qu’il recevait, prix que lui-même n’avait jamais eu à débourser.
On ne peut citer aucun pays occupé régulièrement où des conditions plus larges aient été accordées aux colons. La faible rétribution qu’ils avaient à acquitter, était plus que compensée par les services que leur rendait le maître du fief, et la protection qu’il leur assurait contre les sauvages. M. Faillon donne la liste des fiefs établis pour pourvoir à la défense de Montréal et le nom des chemins conduisaut au centre de la colonie. Presque toutes les premières dénominations de ces propriétés, étant encore actuellement conservées, peuvent servir de pièces à l'appui des données de l’histoire.
La ville formait un parallélogramme établi dans le sens de la longueur, le long du fleuve, et incliné suivant son cours de l’ouest au nord. Adossée à une haute montagne, nommée Mont-Royal par Jacques Cartier, elle est précédée par deux grandes îles : l’une nommée Ste. Hélène par M. de Champlain en l’honneur de sa femme, Hélène Boullé ; l’autre nommée St. Paul qui rappelle M. Paul de Maisonneuve, fondateur de Ville-Marie. Aiïnsi en . se présentant devant cette grande cité, l’on trouve en ces trois dénominations des souvenirs frappants des trois grands fondateurs de la Nouvelle-France.
Dans le sens de la longueur de la ville, on traça trois grandes rues parallèles au fleuve ; celle du milieu reçut le nom de Not:s-Dame, en l’honneur de la protectrice et souveraine de la ville ; près de la rivière, la rue St. Paul en l’honneur de M. de Maisonneuve; de l’autre coté, la rue St. Jacques, à cause de M. Jacques Olier. Ces trois rues étaient coupées par six autre à angle droit. La première, appelée St Pierre, patron de M. de Fancamp; la seconde, St. François, en l’honneur de M. François Dollier de Casson, curé de Montréal ; la troisième, St.
Joseph, quatrièm St. Gatn de M. L qui a é La pa dans le f Maisonne gens de.
Laurent profond e Queylus Sur la vers la Ri et de M l’Assompt nord-est d M. Leber, tairement nation de rivière St.
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Histoire de la Colonie Française en Canada. 285
Joseph, parce quelle longeait l’Hotel-Dieu, placé sous ce patronage : la quatrième, St. Lambert, patron de M. Lambert Closse ; la cinquième, St. Gabriel, patron de M. de Queylus ; la sixième, 8t. Charles, patron de M. Lemoyne. Tous ces noms ont été conservés, excepté le dernier qui à été transféré à une autre rue, tracée au dehors dos remparts.
La partie nord de Montréal était protégée par deux fiefs : l'un donné dans le faubourg St. Laurent à M. Lambert Closse, lieutenant de M. de Maisonneuve ; l’autre, nommé Ste, Marie, établi et occupé par les gens de M. de Queylus. A l’est, la ville avait pour défense le fleuve St. Laurent qui en cet endroit a près d’une lieue de largeur et un chenal profond et rapide. Au sud dans le faubourg St. Joseph, M. Gabriel de Queylus établit un fief qui reçut son nom.
Sur la zone suivante, le supérieur du séminaire établit au nord un fief vers la Rivière des Prairies, pour M. de Hautmesnil ; à coté MM. de Carion et de Morel reçurent 400 arpents de terre, en face de la rivière de l’Assomption, un des chemins des sauvages. M. de Belestre fut placé an nord-est de l’île. En face de la ville, M. Lemoyÿne reçut l’île Ste. Helène ; M. Leber, l’île St. Paul, M. Dupuy, l’île au Héron. Ces îles occupées militairement pouvaient servir de citadelles. C’est encore actuellement la destination de l’île Ste. Hélène. Enfin au sud, M. Leber reçut pour fief la rivière St. Pierre, et plus tard, M. de la Salle, la côte de la Chine.
Sur la zone d’après, on établit au-delà du fleuve : à l’est, MM. Charles et Jacques Lemoyne ; près d'eux M. de Vitré et M. Michel Messier ; en remontant l'on trouvait les terres concédées aux PP. Jésuites à la Prairie ; ensuite le fief de Chateauguay donné par M. Lemoyne à l’un de ses fils. En descendant le fleuve, on trouvait M. Boucher, à Boucherville; M. de Varennes, M. de Verchères, M. de Boisbriant à l'île Ste.
Thérèse ; M. deRepentigny, M. de la Valterie, M. de la Chesnaye, M. de Contrecœur.
Sur la zone plus éloignée, on trouvait M. Berthier, M: Du Pads sur l’île
286 Révérend Messire Faillon.
de ce nom; M. de Sorel à l'embouchure du Richelieu; Mde. St. Ours, puis M. de Chambly, et enfin au sud, M. Perrot sur l'île de ce nom ;
M. de Senneville, fils de M. Leber; M. de Chailly, M. de Bellevue, M. Robutel de St. André.
Plus tard, on fit au sud trois établisse:nents sauvages qui servaient de refuge aux nouveaux convertis, et de défense avancée contre les déprédateurs. Les deux premiers pour les Iroquois, sur le fleuve St. Laurent au lac St. Louis et au lac St. François ; le troisième sur l’Ottawa, au lac des deux Montagnes, pour les Iroquois et les Algonquins. Ces trois postes importants réunirent une population de plusieurs milliers de sauvages, devinrent le centre de missions fructueuses, et rendirent les plus grands services aux sauvages convertis et à la colonie : ils existent encore actuellement et réunissent un grand nombre de familles indiennes.
Voilà donc cet établissement d’une colonie dont les noms, encore sub- Sistants, rappellent que ce pays a été fondé et occupé par le sang le plus noble et le plus pur de la France.
Ces différents fiefs furent mis en culture : ils furent pourvus d’églises, de moulins, de fermes. M. de Frontenac écrivait en 1680 que M. de Longueuil avait, en face de Montréal, un château aussi important que les plus grands de France. Ce fort renfermait l’église, le moulin, la résidence du seigneur.
Presque tous ces seigneurs étaient d’anciens officiers qui donnaient des terres aux meilleurs sujets de leurs régiments. Ces agglomérations ont formé des paroisses qui ont conservé le nom des concessionnaires. l'elle à été l’origine des paroisses de Longueuil, Boucherville, Varennes, Verchères, Contrecœur, La Valtrie, Repen:igny, Chambly, St. Ours, Sorel L'île du Pads, Berthier, etc., etc.
Ces villages s’établirent promptement et se mirent en état de défense. Les habitants furent réunis en compagnies de milice, comme les ci toyens de Montréal: ils avaient leurs chefs, le temps et le lieu des exercices
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Ce gran point de l’on ait eu
Histoire de la Colonie Française en Canada. 287
étaient désignés, on se réunissait tcus les mois comme à Ville-Msrie. Enfin chaque paroisse avait ses officiers municipaux et judiciaires.
Nous ne prolongerons pas ces remarques, et c’est par elles que nous avons voulu terminer ce résumé des travaux de M. Faillon sur le Canada. Nous avons ainsi montré comment l’historien ne se contente pas d’exnoser les faits, mais donne tous les renseignements désirables sur l'état de cette société naissante et sur leg éléments de son organisation. Ce volume qui traite en grande partie de l’ancien régime de la colonie fran. çaise semble avoir donné l'idée d’un ouvrage paru à Boston en 1874, intitulé : L'ANCIEN RÉGIME EN CANADA, par M. Francis Parkman, écrivain distingué, qui reproduit la plus grande partie des renseignements que M. Faillon s’est plu à révéler, en indiquant leurs sources avec un soin si scrupuleux aux marges de son ouvrage.
M. Faillon ne put étendre son travail au delà de l'année 1680, à cause des fonctions de Procureur de la Compagnie, qu’il dut remplir à Rome, comme nons le verrons dans le chapitre suivant,
Mais tous les matériaux sont réunis pour coutinuer le récit jusqu’à l’occu. pation anglaise en 1760, et ces matériaux étant accompagnés d’une table analytique très développée par ordre de temps, peuvent être facilement mis en œuvre, en suivant les indications laissées par l’auteur.
En outre M. Faillon avait l'intention, comme il l'a dit plusieurs fois, de faire suivre cette histoire d’une autre intitulée : L’histoire des Colonies de Montréal, c’est-à-dire l'histoire des établissements fondés en Amérique, sur les lacs et sur le cours du Mississipi par.des citoyens de Montréal. Il lui restait donc un chemin bien vaste à parcourir, mais une grande partie des matériaux concernant ce travail sont déjà analysés et disposés par ordre, et l’on peut aussi les mettre en œuvre.
Ce grand ouvrage attira l'attention, et il en était digne à plus d’un point de vue; d’abord, il était le répertoire le plus étendu de faits que l’on ait eu jusqu'alors, et même ce répertoire était illimité à cause des
288 Révérend Messire Faillon.
références qu’il donnait aux sources principales. Ensuite, il était une mine précieuse de saints exemples, de traits admirables : rien n’étant oublié pour montrer, comme au point de vue moral, l'histoire de ce pays est remarquable entre toutes les chroniques nationales. A chaque page, l’auteur signale des traits d'énergie et de dévouement, unis au plus parfait esprit de foi et de charité chrétiennes, et l’on ne saurait trop admirer comme il a su faire ressortir ce caractère particulier des fastes canadiens.
La publication de ce travail répondait d’ailleurs aux aspirations des hommes les plus distingués du Canada qui, connaissant l'esprit élevé de leurs origines avaient une pieuse curiosité d’en pénétrer les détails.
Il est vrai que bien des travaux remarquables avaient été publiés dans le pays, mais M. Faillon venait révéler des éléments d’information inexplorés jusqu’alors.
Parmi les Annalistes les plus estimables nous pouvons citer les suivants : M. Garneau qui a donné, en trois volumes, une histoire intéressante et très animée, depuis l’origine jusqu’à nos jours ; M. l’abbé Ferland, professeur à l’université Laval, qui a considéré les faits au point de vue religieux; M. Faribault qui a publié un catalogue raisonné et étendu de tous les ouvrages publiés sur l'Amérique; M. Jacques Viger qui a passé sa vie à réunir des documents, et a réussi à former une collection aussi rare que précieuse.
Nous pouvons encore citer dans les temps plus récents : M. l’abbé Casgrain qui a donné la vie de la Mère de l’Incarnaticn, et plusieurs autres ouvrages, où il a su faire ressortir les principales époques en dounant à son récit une forme dramatique ; M. l'abbé Laverdière, qui a publié des ouvrages considérables : les relations des Jésuites ; les mémoires de Champlain, ete. ; M. l'abbé Verreau, qui a réuni une quantité de documents sur les époques les moins explorées de l’histoire. Il a déjà publié celle de la fondation de Montréal, et le premier voyage dans l’ouest de M. de Casson, etc., etc. De plus il a commencé à faire paraître une
série d c'est-àla Sœu de Qu M. Fa caractè
C’est pouvon:
Boston, quence soin les amplem cette œ combier connaît que M.
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Histoire de la Colonie Française en Canada. 289
série de documents inédits sur la partie de l’histoire la moins connue, c’est-à-dire tout le XVIIIe. siècle. Il a déjà donné les lettres de la Sœur Tuplessis de 1720 à 1750, ainsi que deux volumes sur le siège de Québec en 1775. Mais auprès de tous ces travaux, l’œuvre de M. Faillon, commande l'attention par l'étendue de son cadre et le caractère d’universalité de ses renseignements.
C’est ce qui à frappé les érudits des Etats-Unis parmi lesquels nous pouvons citer, comme nous l’avons déjà dit, M. Francis Parkman, de Boston, qui s’est appliqué à exposer dans un style plein de vie et d’éloquence les événements de l’occupation française en Canada. Il a lu avec soin les travaux de M. Füaillon, et par des quantités d'extraits, il a montré amplement l'estime qu’il en faisait. On peut même dire qu’il a apprécié cette œuvre avec une sagacité rare, au point de vue scientifique ; mais combien est-il à regretter que des préjugés de secte, lui aient fait méconnaître l’esprit religieux qui anime ces grandes origines. C’est cet esprit que M. Faillon a si bien mis en lumière en commençant par l’illustre Champlain. Aussi on comprend à quel point ce travail se recommande aux amis de la vérité et quelle importance n’aura-t-il pas, lorsque arrivera le moment justement espéré, où il s’agira d'exposer les titres des premiers fondateurs de la Nouvelle France, à la vénération des fidèles ?
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