‹ M. Faillon, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 36 sur 42 · SÉJOUR DE M. FAILLON A ROME · texte numérisé non relu

SÉJOUR DE M. FAILLON A ROME

M. Faillon repartit de Montréal en l’année 1862 ; il retourna à Paris, où il séjourna pendant deux ans environ, qui furent employés fructueusement pour l'Histoire de la Colonie Française. En effet il passa ce temps à en surveiller l'impression, et il put faire paraître les deux premiers volumes en 1865, et le troisième en 1866. C’est vers cette époque qu’il fut nommé à la procure de Rome, où il devait séjourner plusieurs années,

En se rendant dans la capitale du monde chrétien, il apprécia surtout le bonheur qu’il aurait de voir le Père des fidèles, et de pouvoir déposer à ses pieds l'expression des sentiments de dévouement de la maison de St. Sulpice. L’étude qu’il avait faite des œuvres de M. Olier l'avait mis à même de recueillir bien des témoignages précieux de l’attachement de St Sulpice, pour la personne du Pape et pour les prérogatives du Saint-Siége ; et il profita de son séjour à Rome comme nous le dirons plus loin, pour porter à la connaissance du Saint Père, des faits qui pouvaient être précieux à son cœur. M. Faillon se proposait aussi d'étudier ces admirableg monuments du génie chrétien, qu’il était si bien préparé à apprécier par ses études antérieures ; enfin il remerciait Dieu de lui donner l’opportunité de consulter les trésors de la bibliothèque vaticane.

Le Souverain Pontife et les autorités ecclésiastiques reçurent M. Faillon avec une bienveillance, qui consola et ravit son cœur. On était déjà favorablement disposé à Rome en sa faveur, à cause de ses immenses travaux sur les origines de l'Eglise dans les Gaules. Dans l'ouvrage sur

292 Révérend Messire Fuillon.

Marie-Madeleine, M, Faillon avait mis, en lumière, les anciennes traditions de l'Eglise Romaine, et avait démontré par les preuves les plus abondantes, la véracité et l'authenticité des légendes de la liturgie Romaine.

Le Souverain Pontife entendit, avec une vive satisfaction, tout ce que M. Faiïllon lui rapporta des preuves nombreuses, qu’il avait trouvées sur les origines des Eglises des Gaules. Le St. Père aimait aussi à apprendre de M. Faïtlon tout ce que les œuvres de M. Olier renferment de remarquable sur les priviléges de Saint Pierre et de ses successeurs, et sur les prérogatives du Souverain Pontificat; pieux sentiments qui, jusqu’à M. Olier, étaient de tradition en France, et étaient partagés et proclanés par les plus saints personnages et les plus éclairés du clergé de France. M. Faillon pouvait montrer comme M. Olier les avait exprimés avec une clarté et une force, qui témoignaient de l’abondance de ses lumières et de son entier dévouement au chef de l'Eglise.

Avec quelle éloquence M. Olier nous dit au tome III de ses mémoires, comment-Saint Pierre est, avec ses successeurs, vraiment le représentant de N. S. dans ses prérogatives et dans sa puissance.

Saint Pierre est le vrai successeur de N. S. dans l'Eglise: 11 tient sa place et il réalise dans sa personne cette présence sensible que N. S. a promise à ses apôtres lorsqu'il a dit: “ Voilà que je suis avec vous jusqu’à la fin des siècles.” (*)

Ainsi Saint Pierre est, dans toute la force du mot, le Père, l'époux, le pasteur et l'oracle de l'Eglise. Comme pasteur, il a la conduite, non seulement des agneaux, mais des premières têtes du troupeau, d’après ces paroles : “ Paissez mes agneaux, paissez mes brebis.” (P)

C’est pour cela qu’il est le prince des Apôtres, il les conduit, il les dirige. |

Comme oracle, c'est lui qui donne les décisions, qui enseigne et qui

(*) Ecce ego vobiscum sum, usque ad consummationem seculi.St. Math. c. 28, v. 20. (f) Pasce agnos meos, pasce oves meas. S. Jean, c. 21. v. 15 et 17.

soutient & Aussi tout sièges que qu'il avait disciple S:

Comme les apôtres son aposto la chaire de l'Eglise est répand

Enfin c« elle conti que la mis:

dans le set en eux, les véritable 1 lunion hy les actions d’elle tout nos action:

existence c qui tient le

Et M. O D'abord n enseigné, 0 seignement foi doit êt:

la raison d

(t) Confins

Séjour à Rome. 293

soutient ses frères, suivant ces paroles: ‘ Confirmez vos frères.” ( +) Aussi toutes les églises fondées par les apôtres étaient soumises aux trois sièges que Saint Pierre était censé occuper; celui de Rome, celui d’Antioche qu’il avait fondés en personne, et celui d'Alexandrie, qu’il fonda par son disciple Saint Marc.

Comme époux de l’église, il engendre des enfants par lui-même, ou par les apôtres qu’il envoie à sa place, qui ne peuvent travailler que dans son apostolat. De là vient ce nom de père donné à celui qui siège dans la chaire de Pierre, pour y marquer la présence de N.S., l'unique père de l'Eglise et la source de la vie qu'il donne à son Eglise, partout où elle est répandue.

Enfin comme l'Eglise continue et persévère dans la suite des siècles, elle continue et persévère comme elle a été fondée, avec vette circonstance, que la mission d’apôtre, laquelle a 'infaillibilité conjointe, ne persévère que dans le seul successeur de Pierre. C’est pourquoi, par Jésus-Christ vivant en eux, les successeurs de Pierre sont la base de l'Eglise, et cela par une véritable hypostase c’est-à-dire par une union intime. Or, comme dans l'union hypostatique du Verbe avec la nature humaine en N.8., toutes les actions de l'humanité appartenaient à la personne du Verbe, et tenaient d’elle tout leur prix, de même dans cette union seule avec Pierre, toutes nos actions appartiennent à N.S. et tirent de lui tout leur prix, et notre existence comme membres de l'Eglise, est fondée sur notre union avec Pierre qui tient la place de J.C.

Et M. Olier montre qu’il en est ainsi de nos croyances et de nos œuvres. D'abord nos croyances: elles doivent embrasser tout ce que N.S. a enseigné, or elles ne sont légitimes qu’autant qu’elles sont basées sur l’enseignement de Pierre ; nous devons croire avec lui, comme lui, et notre foi doit être celle de Pierre, puisque N.S. l'a établi comme la règle et la raison dernière de la foi des fidèles et des Pasteurs.

(4) Confirma fratres tuos. 8. Luc. c. 22. v. 22,

294 Révérend Messire Fuillon.

Quant à nos œuvres, nous sommes obligés de pratiquer tout ce que N.S8. not ordonne ; mais nous ne satisfaisons à ce devoir, qu autant que nous nous conformons aux prescriptions de Saint Pierre et de ses successeurs, établis par Jésus-Christ, pasteurs universels en sa place. De telle sorte que le fondement certain que uous avons chacun en particulier d'être membres de l'Eglise de J.C. est dans notre union à Saint Pierre et à ses successeurs qui de cette sorte sont la base de l'Eglise et l’hypostase qui la soutient, à cause de la lumière du Verbe qui réside toujours en eux, pour éclairer et gouverner l'Eglise. Le successeur de Saint Pierre, chef visible de l'Eglise, continue la vie de Jésus-Christ comme chef visible de l'Eglise, comme fondement de cette même église, et c'est pour cela qu'il lui a été dit: lues Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, (4)

Pendant son séjour à Rome, M. Faillon eut aussi l'opportunité d’entre nir plusieurs fois le Souverain Pontife d’un sujet qui lui était bien cher, et qui était l’objet de tontes ses réflexions. Il exposa ce qu’il pensait de l’importance des séminaires et lui représenta les services qu'ils peuvent rendre à l’Eglise, surtout dans les pays les plus exposés aux ravages de l’impiété et de l'hérésie, Ce sont les séminaires qui ont guéri les plaies de la révolution en France, et qui ont fourni en peu de temps des ouvriers à la vigne du Seigneur. Ce sont eux qui ont fourni tant de vocations et qui ont ainsi rendu possible la résurrection des anciennes communautés religieuses : les Lazaristes, les Eudistes, les J ésuites, enfin los Bénédictins, les Oratoriens et les Louinicains, sans compter ce qu’ils ont accompli pour les missions étrangères, qui sont répandues dans le monde entier et qui doivent tant en particulier aux maisons de Paris, de Lyon et d Toulouse, etc. Ces communications étaient reçues avec le plus vif intérêt ; le Souverain Pontife encourageait ces ouvertures avec

la plus touchante bienveillance, et les provoquait même par des interrogations multipliées,

(6) Tu es Petrus et super hanc Petram, etc.

Ces ent investigati dignitaires témoignère surprise ce entretenait

Ces com est-il certai gande à p des sémina mouvement ments d’ins utilité ces 1 abondantes jusque-là e:

répondre a recruter de

M. Faille ment les ( études qu’

Il visitai se rendre c recherches :

conçu depui norabre d’E pouvait trou preuves qu‘

En consé Vatican et être utiles, ;

Séjour à Rome. 295

Ces entretiens se réitérèrent, -‘ le Saint Père les prolongeaïit par ses investigations bienveillantes ; aussi il arriva que plusieu-« des grands dignitaires de l'Eglise, qui venaient présenter leurs devoirs au pape, témoignèrent leur étonnement de la longueur de ces audiences ; mais leur surprise cessa, lorsqu'ils apprirent, de quels graves intérêts M. Faillon entretenait alors le Souverain Pontife.

Ces communications ne paraissent pas avoir été sans effet; du moins est-il certain que le Souverain Pontife fit écrire par le Préfet de la Propagande à plusieurs évêques des grandes missions, d'encourager l'œuvre des séminaires ; les Evêques des Etats-Unis se mettant à la tête de ce mouvement ont pris des mesures bien entendues pour multiplier les établisments d'instruction classique et ecclésiastique dans leurs diouèses, et quelle utilité ces mesures n’auront-elles pas en ces contrées si pleines d’avenir, si abondantes en populations catholiques, si riches de ressources, mais qui jusque-là en dehors de l’œuvre des séminaires, avaient tant de peine à

répondre aux besoins du ministère, et éprouvaient tant de difficultés pour recruter des sujets ecclésiastiques.

M. Faillon visita avec émotion, les sanctuaires de Rome, et principalement les Catacombes et les basiliques qu'il connaissait déjà par les études qu'il avait faites précédemment dans Ciampini, Muratori et Bozio.

Il visitait aussi assidument les Bibliothèques de Rome, et il chercha à se rendre compte de tous les trésors qu’elles renferment. C’est dans ces recherches assidues qu'il songea à mettre À exécution un projet qu’il avait conçu depuis longtemps et auquel il était de nouveau invité par un grand norabre d’Evêques : c’était de rechercher toutes les preuves que l'on pouvait trouver de l’Apostolat dans les Gaules, des diciples des À pôtres, preuves qu'il avais déjà résumées dans son ouvrage snr Marie-Magdeleine,

En conséquence, après avoir longtemps travaillé à la Bibliothèque du Vatican et parcouru une grande quantité des documents qui pouvaient lui être utiles, il se dirigea vers le Mont Cassin, dont il visita les richesses avec

296 Révérend Messire Faillon.

soin: plus tard il compléta ses découvertes en visitant les bibliothèques do Venise, de Florence et de Milan.

Nous avons eu quelques renseignements en particulier sur son excur. sion au Mont Üassin. Ii ge rendit, en compagnie de M. Larue, Directeur du séminaire de Montréal, jusqu’à San Germano au pied du Mont Cassin ; s’étant reposé quelques instants, il voulut faire à pied l'ascension de la montague qui est très-rapide et qui demande près de deux heures de marche. Etant entré dans le couvent, avec quelle douce émotion putil contempler cet asile du recueillement, de l'étude ot de la prière. L'entrée est ménagée dans une caverne spacieuse et assez profonde, qui vient se terminer dans les substructions du monument, on monte ensuite à travers deux étages de caves et alors on se trouve au rez-de-chaussée qui mesure près de 400 pieds sur chaque face. On voit au devant de l'Eglise trois cours spacieuses qui sont environnées de cloîtres et qui offrent la perspective la plus imposante ; au centre de la cour du miheu esi une citerne, creusée profondément dans le roc, et à l'extrémité, l’on voit les statues de St. Benoît et de Ste. Scholastique, sa sœur. Comme il est touchant de voir ainsi réunis le saint fondateur avec cette sœur bien-aimée qui l’aida si efficacement dans ses œuvres. Ces saints personnages frère et sœur jumeaux, unis toute leur vie par les mêmes sentiments, réunis après leur mort dans le même tombeau, ornent de leurs images protectrices l’enceinte qu’ils ont sanctifiée, l’un par sa direction puissante, l’autre par ses lumières, et ses prières. Ensuite l’on monte un escalier qui est de toute la largeur de la cour et qui aboutit à un quatrième cloitre au-delà duquel se trouve la façade de l’église principale. Cette église est vaste et a près de cent cinquante pieds de longueur. Sous le sanctuaire est une crypte qui renferme le tombeau où repose Saint Benoît avec sa sœur. 1,'4ulise a été rebâtie au XVIe siècle et est toute revêtue de marbr: » losaïques éclatantes. Presque toutes les chapelles du tour de l’église et du sanctuaire offrent des

mosaïques teur, Ce mosa istes et la maj ne pouvoir et qui, sui époques d Aprés :

bibliothèqr précieux.

Séjour à Rome. 297

mosaïques, représentant les traits principaux de la vie du saint fondateur. Ces tableaux par le dessin et le coloris témoignent du talent des mosaistes du XVIe et du XVIIe siècles, Mais quelles que soient la beauté eë la majesté de cette construction moderne, elle laisse le regret de ne pouvoir contempler l’aucienne église si vénérable qu’elle a remplacée et qui, suivant les anciennes relations, était un chef-d'œuvre des andes époques de l’art religieux en Italie.

Aprés avoir vénéré le tombeau du Saint, M. Faillon alla visiter la bibliothèque, dont il admira les trésors, et où il put trouver des documents précieux.

M. Fail assistants, de la Vie occasion d

C’est ai XVII sièc les mémot:

M. Bazin Mazarin, pendant 0 Bibliothèq in 4o., qu qu'elle av:

linjonction

M. Faille chacun, et comprendre

Marie Rou

estime qu’i

&vait conçt

les plus éle

eu ses écrit

‘ Quoiqu

faapirre XVIL

Page 1