DERNIÈRES ANNÉES DE M. FAILLON
Après avoir consacré la fin de 1869, et les premiers mois de 1870, à achever son travail, M. Faillon choisit un libraire, Ce fut M. Hoffman, de Colmar ; mais dès que la guerre fut commencée, et alors que l’imprimeur n'en était qu’à la Tème feuille, l'ouvrage fut interrompu pour n'être repris qu’au mois d'Août 1871, près d’un an après la mort de M. Füillon. Cependant tout était si bien préparé qu'il n'aurait probablement rien ajouté, lors même qu’il eût vécu jusqu’à la fin de l'impression, si ce n’est pour ce qui concerne les gravures et certains appendices. L'application de M. Faillon à la vie de M. Olier, ne l'ernpêcha pas cependant de s'occuper de quelques autres ouvrages : ainsi, à la fin de 1868, il termina une vie de Mademoiselle Monier en faveur des demoiselles et enfants de la petite Œuvre. Cet ouvrage qui forme 8 volumes in-24 n’est pas dans le commerce, n'étant que pour l’usage de cette association.
Dans le même temps, M. Faillon écrivait un petit traité de perfection Chrétienne pour répondre aux pieuses instances d’une maison religieuse, Admirable résumé des méditations du pieux auteur, et des lumières que lui avaient donné la prière, l’étude et le soin des âmes, cet ouvrage, s’il était donné à l'impression, procurerait à bien des âmes la consolation qu'il a déjà donnée à quelques privilégiés. C’est là que M. Faillon développe ces pensées si vives et si saisissantes : une religieuse doit: Lo. Vivre en morte ; 20. Travailler en servante ; 80. Souffrir en muette ; 40. Aimer en vierge. Dans toute son exposition, la doctrine de M. Olier se fait sentir à chaque page.
En même temps qu’il travaillait et avançait ces différents travaux, il
était ple et recou qu'il ava voir, pot Nous vier 187 c'était le et qui av bienséan La Salle, M. Faille novices.
taine de ] donné au 20. Quell sement di l'esprit qi l’Institut d’être an C’est a rée. M..
intérêts e fondément s’oubliait Rien ne } grand âge ainsi que
II continu
de tous ce:
connaissan
Dernières années... ... 815
était plein de zèle et de dévouement pour tous céux qui venaient le voir et recourir à ses pieux conseils. Quelque hâte qu’il eût de terminer ce qu'il avait entrepris, il se croyait obligé envers tous ceux qui venaient le voir, pour se donner tout entier À eux.
Nous avons un pieux témoignage de ce dévouement, Le ler Janvier 1870, il reçut la visite de l’un des Frères des Ecoles chrétiennes, c’était le Directeur du Noviciat, qui avait lu quelques-uns de ses ouvrages, et qui avait en Ini une confiance entière. Pendant cette visite qui était de bienséance, M. Faillon fit quelques observations sur l’Institut du Vénérable La Salle. Elles intéressèrent tellement ce bon Frère qu’il pria instamment M. Füaillon de les mettre en écrit afin qu’il pût les communiquer à ses novices. Ces considérations rédigées forment un cahier d’une quarantaine de pages, qui est divisé en quatre chapitres :—10. Jésus-Christ a donné au fondateur de l’Institut l'esprit qui devait animer tous les membres ; 20. Quelle est la fin que Notre-Seigneur s’est proposée dans l’établissement de l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes ? 3o. Quel est l'esprit que Notre-Seigneur a communiqué au vénérable La Salle pour que l’Institut des Frères atteignit sa fin? 4. Nécessité pour tous les Frères d’être animés de l'esprit de leur saint fondateur.
C’est au milieu de ces occupations qu’il apprit que la guerre était déclarée. M. Faillon ne se fit pas d’illusion sur la gravité des événements ; les intérêts engagés dans une Jutte entreprise si inopinément, touchaient profondément son cœur, et le désolaient, Mais au milieu de ces anxiétés, il soubliait lui-même, et ne tenait aucun compte de ce qui le concernait. Rien ne pouvait le troubler pour sa sureté personnelle, et malgré son grand âge et ses infirmités, il ne lui vint pas en pensée de quitter Paris, ainsi que faisaient plusieurs autres. Il croyait être où Dieu le voulait.
IT continua donc à travailler et à recueillir des documents. Au milieu
de tous ces soins, il ne songeait même pas à lire le journal et à en prendre connaissance, plus qu’il ne le faisait en d’autres temps, et quand on sé wW
316 Révérend Messire Faillon.
tonnait qu'il fut si peu préoccupé des événements, il répondait que chaque matin, en lui servant son déjeuner, le domestique le mettait parfaitement au courant de tout.
Cependant les nouvelles dévenaient de plus en plus inquiétantes ; il gémissait devant Dieu de tous les malheurs qui afiligeaient la France ; mais il ne perdait pas confiance. Plusieurs, néanmoins, ne partageaient pas sa tranquillité et lui témoignaient les appréhensions que leur donnait l'approche de l'ennemi: il leur disait: Ils ne nous ôteront pas Jésus- Christ.” Ses lettres respirent les mêmes sentiments: ‘ Fille de peu de foi, écrivait-il À une sœur d'Amiens, pourquoi doutez-vous de la puissance et de la bonté de Dieu ?”
C’est dans les premiers jours d'octobre, qu’il fut atteint de la maladie qui devait l'enlever quelques semaines plus tard.
La maladie ne surprit pas M. Faillon, il la supporta patiemment et il pensa qu’elle pouvait être dangereuse. Il y avait longtemps, du reste, qu'il songeait à se préparer à la mort. La fatigue qu'il avait ressentie pendant son dernier voyage, les différentes infirmités qu'il éprouvait au milieu de ses travaux lui faisaient soupçonner des altérations graves dans sa constitution et la possibilité d’une fin prochaine. Aussi, depuis son retour du Canada, M. Faillon ne cessait de solliciter des prières pour obtenir la grâce d’une bonne mort. Au 29 novembre 1863, il écrivait à l’un des Messieurs du Séminaire : “ demandez pour moi la grâce d’une sainte mort, qui est toute mon ambition; jamais je n'ai récité avec tant de bonheur qu’à présent le dernier article du symbole: ef vitam venturi sæculi ; c’est la conclusion de tout lo reste. Demandez à N. S. que j'y arrive heureusement en faisant tous1les jours sa sainte volonté.” Le 18 septembre 1866, il était à Langeac, où se trouve le tombeau de la B. Mère Agnès: il y était venu en pélérinage, comme il y était déjà venu plus d’une fois, et les Sœurs lui ayant présenté un cahier pour qu’il y écrivit quelques recommandations qu’elles pourraient conserver, il y
ait les 1 de m’ob Jésus, l:
confrère operari,
Quoiq pressenti Séminair vaient pe
‘6 Obse
lo. Ci “usqu'ici, trouvent désiré d” 20. Er éditions, | comme di Bourgeoi.
qu'il sera:
80. Je Joseph fu en partie Louis XI Olier.” M. Fail à l’effet d’ solennité € autres piè proposé de
Dernières années, . .... 317
ait les mots suivants : “ Je prie les religieuses Dominicaines de Langeac de m'obtenir, par l'intercession de leur bienheureuse Mère Agnès de Jésus, la grâce d’une sainte mort.” Enfin le 20 Août 1870, il disait à un confrère : ‘J'ai 71 ans, la nuit est là qui vient: in qua wemo potsst Operari, ergo dum tempus habemus, operemur bonum.”
Quoiqu'il n’y eût rien de grave au commencement, il eut comme un pressentiment de sa fin prochaine ; il appela l’un des Messieurs du Séminaire pour mettre en ordre ses papiers et détruire ceux qui ne de vaient pas être conservés. Il dicta ensuite ce qui suit :
“ Observations sur la vie de M.'Olier que je soumets à mes frères :
10. Comme cette vie fait connaître M. Olier plus qu’il ne l'a été ‘usqu’ici, ma pensée serait de mettre au frontispice ces paroles qui s trouvent dans une lettre de M. Tronson: Le Jondateur de St, Sulpice a désiré d’être caché, c'est à Dieu à le manifester en son temps.
20. En parlant de la fondation de Montréal, J'ai évité dans les autres éditions, de faire connaître les desseins de Dieu sur cette colonie ; mais comme depuis, ce dessein a paru dans l'introduction à la Vie de la Sœur Bourgeois, de l’aveu de M. Carrière qui l’a lue attentivement, il me semble qu’il serait à propos de le faire entrer en cette vie.
30. Je voudrais aussi montrer que la dévotion envers J ésus, Marie et Joseph fut renouvelée dans l'Eglise de France au temps de M. Olier, et en partie par son influence; c’est ce que prouvent les démarches que
Louis XIV fit près du Souverain-Pontife aussitôt après la mort de M. Olier.””
M. Faillon dicta ensuite une des trois lettres adressées par le Roi au Pape à l’effet d’en obtenir que l’Immaculée-Conception fut célébrée en grande solennité et avec octave. La fatigue ne lui permit pas de dicter les deux autres pièces. Le 17 octobre, M. le Directeur du Séminaire lui ayant proposé de recevoir les derniers sacrements, il accepta avec bonheur.
318 Révérend Msssire Fuillon.
C’est alors qu'il dit aux confrères qui l’environnaient, qu'il remerciait Dieu de quatre grâces spéciales :
I. De l'avoir appelé à la Compagnie de St. Sulpice, vers laquelle il s’ était senti attiré de très-bonne heure.
IT. D’avoir toujours été très affectionné à sa vocation.
III. De n'avoir n°: #té exclu de la Compagnie par ses supérieurs
IV. Enfin d’avoi ;::sque toujours été occupé de M. Olier, de sa vie et de ses écrits.
Il communia encore le 19 octobre, fête de l’Intérieur de la B. V. M. et sembla revenir à la santé les jours suivants, et il disait à un des MM. d’Issy qui ne l’avait pas vu depuis LA Le jours: ‘Il paraît que N.S. en visitant l’âme a voulu soulager le corps.”
Trompé par ce mieux, il ne continua pas à dicter, il se contenta d'indiquer de vive voix ce qu’il sa proposait de mettre en appendice à la fin de la vie de M. Olier, il voulait y insister :
10. Sur l'attachement traditionnel des enfants de M. Olier pour le St. Siège. (*) #
(*) Quant au premier appendice, M. Faillon avait réuni une grande quantité de documents qui montraient quels avaient été les sentiments de dévouement de la Compagnie envers le St. Siège. Ces sentiments étaient si prononcés qu'ils avaient excité contre la Compagnie, la plus vive hostilité de la part de l'autorité laïque et religieuse en France: et il est à remarquer que le Séminaire n'avait jamais abandonné ses principes, même au moment où ils auraient pu mettre en danger ses œuvres et son existence.
Les Jansénistes voyant qu’ils ne pouvaient gagner M. Olier et ses disciples, cherchèrent à les déconsidérer et à les entraver dans leurs œuvres. Ils réussirent au moins à exciter: des préventions dans l'esprit de plusieurs grands: personnages qui s'étaient attachés au parti, ils prévinrent contre eux plusieurs des Evêques—et enfin ils parvinrent même à détacher de. M. Olier quelques-uns de ses amis et de ses auxiliaires les plus précieux, tels que M. de Foix et M, du Ferrier, qui auraient pu du resté compromettre la Compagnie par la sympathie qu'ils manifestèrent, sinon pour les idées nouvelles, du moins pour ceux qui en étaient les plus ardents propagateurs.
Mais ce n'était là que le commencement des épreuves; vinrent ensuite les difficultés sus-
Do! & 30. $ toute la Le mi que le 1 membres octobre, quelques ceux qui
citées cont €xposèrent dès 1663, d les faire a; Sorbonne p Jègues. Il Quatre arti Quatre artic 10. Le St 20. Il est 30. Ilest 40.-Ses. j:
L'on trou Sulpice, et M. Leblanc, <xtrêmes po des protesta considérer‘ possède plus sité contre S pièce de Tar laïques fond Outre les la: Compagn croire d’auta à l'iapressio avec raison
Dernières années... 319
‘ 20: Sur l'esprit de l'Oratoire dont St. Sulpice à hérité.
30. Sur l’œuvre des catéchismes qui remonte à M. Olier et qui intéresse toute la France.
Le mieux quis’était fait sentir ne fus pas de longue durée, ce n’était que le résultat d’un déplacement du mal. L’érysipèle s'était retiré des membres pour se porter à l'intérieur. M. Faillon avait communié le 15 octobre, il communia encore le 23 qui était un dimanche, puis il reçut
quelques visites, il était un sujet d’édification et de consolation pour tous Ceux qui venaient le voir.
citées contre la Cour de Rome par les officiers du Roi et les membres du Parlement, qui <xposèrent St. Sulpice aux persécutions les plus violentes. Le Roi ayant fait rédiger dès 1663, des propositions tendant à attaquer les prérogatives du St, Siège et ayant voulu les faire approuver par la Sorbonne,—les MM. de St. Sulpice qui faisaient partie de la Sorbonne prirent fait et cause pour les droits du St. Sièse et entraînèrent tous leurs col- Jègues. Ilen fut de même, vingt ans après, lorsque ies mêmes propositions résumées en quatre articles principaux furent soumises à l’enrégistreme 1t de la Sorbonne, Voici ces quatre articles : lo. Le St. Pontife n’a aucun droit direct ni indirect sur le temporel des Rois,