‹ M. Flavien Martineau, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 19 sur 19 · DERNIERS MOMENTS.—MORT.—FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMENTS.—MORT.—FUNÉRAILLES

On demandait un jour à M. Martineau, quel genre de mort aimeriez-vous davantage ? La plus rapide, répondit-il immédiatement: je voudrais mourir comme le soldat sur la brèche.

Et pourquoi préféreriez-vous mourir de la sorte ? ajoutait-on. Parce qu'en finissant ainsi, je donnerais moins de peine aux autres.

Il a été exaucé,.

Les travaux accablants dont il était chargé et la fatigue qu'il s’imposait pour s’en acquitter avec fruit étaient de nature sans doute à épuiser la plus robuste constitution. Toutefois la santé de M. Martineau ne semblait pas trop ébranlée en dépit de ses occupations multiples. On l'avait vu d’ailleurs faire tant de choses étonnantes que personne ne prévoyait un accident prochain.

Il arriva néanmoins et avec une rapidité foudroyante. Dans les premiers jours de Décembre 1887, il eut à souffrir d’un rhume sérieux qui dégénéra bientôt en toux opiniâtre et de très-mauvais augure.

Devant les remarques de ses confrères et de ses amis qui s'inquiétaient de cette indisposition, il souriait et continuait à s'acquitter de ses fonctions accoutumées, Ce n'est rien, répétait-il, et de fait il agissait comme s’il en eût été réellement ainsi.

Nommé pour prêcher le jour de l’'Immaculée Conception, il fut prié d'accepter un remplaçant vu son état de

santé, Il refusa péremptoirement. Afin de ne pas lui faire de peine, on ne crut pas devoir insister. Il monta donc en chaire et parla de la fête du jour. Les auditeurs de ce jour-là le trouvèrent sublime. Ils crurent aussi remarquer dans son accent quelque chose d’étrange. Ce discours sentait les adieux. La voix brisée de l’orateur atteignait encore les dernières places de l'immense édifice, mais elle avait un son triste qui impressionnait vivement.

Le midi rien ne parut. Vers six heures du soir un confrère le rencontrant en surplis dans le corridor lui annonça qu'il allait assister à la réunion de ses congrénistes qui devait avoir lieu un peu plus tard. Oh! je vous remercie, dit-il, vous êtes vraiment trop bon !

Et ce confrère l’entendant tousser avec effort voulut le plaindre et lui conseiller des soins devenus indispensables, Soyez sans inquiétude, la fête n’en sera pas moins belle.

Elle fut en effet magnifique. Cependant, avant de laisser partir ses chères enfants, le zélé et paternel directeur voulut leur adresser un de ses merci du cœur qu’il savait si bien donner et qui étaient si bien compris.

La voix lui manqua et il dut y renoncer. Il était près de neuf heures quand la cérémonie prit fin. M. Martineau se rendit alors au réfectoire. Ne se sentant pas d’appétit, il résolut d'aller demander à un sommeil réparateur le repos dc"t il avait besoin.

Le lendemain matin vers huit heures un ami fut à sa chambre pour le saluer et s'informer de son état, Grande fut sa suprise. M. Martineau revêtu de sa soutane était couché sur son lit. Son visage lui parut boursouflé, son teint livide, et ses yeux sans vie entourés d’un grand cercle noir,

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Comment allez-vous ce matin, lui demanda-t-il en le voyant, Je suis très mal, très mal, pauvre ami! Ce fut sa réponse. Et comme le confrère insistait pour avoir plus de détails. C'est fini, ajouta-t-il, mon cher, bien fini! Quand on souffre ce que j'ai souffert depuis trois heures, quand dans ce court laps de temps on change d'état comme je viens de le faire, on ne s’en relève pas, il n’y a plus qu’à mourir !

Cette pensée de la mort, de la mort certaine, de la mort à brève échéance ne le quitta plus.

Lui si gai d'ordinaire, il demeura durant cette maladie d’une tristesse qui faisait mal à voir. Si les personnes présentes voulaient l'encourager, c’est inutile, leur disait-il, je suis frappé à mort, -

Le troisième jour, voyant que le mal au lieu de dimi-. nuer grandissait sans cesse, nous nous offrimes pour avertir de son état ceux qu’il aimait le plus et en particulier sa famille en Vendée, Il nous le défendit formellement, donnant pour raison que ses parents et amis souffriraient assez tôt de sa perte quand il ne serait plus:

Malgré les soins fraternellement dévoués d’un médecin de ses amis et du docteur de la maison, la fluxion de poitrine prenait des proportions de plus en plus alarmantes. Nous en fûmes tellement affecté que nous ne pûmes complètement dissimuler notre douleur au cher malade.

Pauvre enfant, nous dit-il, pourquoi pleurer ? je vais à mon Père, c’est-à-dire au bonheur. Réjouissez-vous donc plutôt avec moi; je suis dans la paix la plus entière.

Monseigneur l’Archevêque, ayant appris la gravité de l’état de M. Martineau, daigna l’honorer de sa visite. Le malade en fut fort touché.

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L'heure fatale approchait.

Le mercredi soir, vers dix heures, les crises commencèrent. Un des messieurs du Séminaire, revenant de remplir une des fonctions de son ministère, entendit du bruit dans la chambre de M. Martineau. S'y étant rendu immédiatement, il trouva le malade évanoui entre les bras de l'infirmier. La syncope ne dura que quelques HN minutes. Dès qu’il eut repris connaissance, M. Martineau pria son confrère de lui donner une dernière absolution, il s'était confessé quelques jours auparavant.

H4 Pendant ce temps, la communauté avertie s'était réu- | nie en toute hâte auprès du mourant. M. le Supérieur lui administra les derniers sacrements. Il les reçut avec cette foi et cette humilité dont il donna si souvent des preuves, puis un peu de mieux se fit sentir.

Le médecin arriva. En le voyant : C’est la fin, n'estce pas, docteur ? lui dit-il en lui serrant la main. Le b médecin l’encouragea et resta près de lui une grande li partie de la nuit.

A dix heures, le lendemain matin, M. dastineat ren- ! dait à Dieu sa belle âme en présence de tous ses con- | Ë frères réunis de nouveau autour de lui. À | Il mourait dans l’octave d’une des fêtes de la Sainte- Vierge qu’il avait tant aimée et si admirablement servie. Û Ce n’est pas étonnant, disait quelqu'un, il l’a tant prè- ù chée qu'elle est venue le chercher.

Les funérailles eurent lieu à Notre-Dame. Rarement | la vaste église paroissiale fut témoin d’un semblable concours de prêtres et de fidèles. C'était vraiment émouvant de voir défiler devant la dépouille mortelle de celui qui leur avait fait tant de bien ces chrétiens de tout sexe et de tout âge, le cœur débordant de reconnaissance et les yeux remplis de larmes.

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Durant la nuit qui précéda la sépulture les adorateurs nocturnes resèrent en prières autour du cercueil.

Le lendemain à huit heures et demie, le service commença. Mgr. l'Archevêque présidait au trône.

Le chœur de Notre-Dame chanta la messe des morts harmonisée, L’absoute fut donnée par Mgr. Grandin, O. M. I, évêque de St Albert. Aussitôt après eut lieu la translation des restes du défunt au Grand Séminaire.

La foule qui remplissait l'Eglise suivit le cercueil à travers les rues de la ville jusqu’à l'endroit indiqué pour la sépulture.

Ce spectacle n’était ni moin touchant ni moins grandiose que celui de la vaste basilique. C'était la dernière étape de ce généreux soldat entraînant les masses à sa suite jusqu’après sa mort, justifiant à merveille le mot de l'exergue : Defunctus adhuc loquitur.

Qu'il repose maintenant dans la paix du Seigneur celui qui combattit toujours si vaillamment pour la gloire de son Maitre!

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