DÉVOTIONS PARTICULIÈRES
M. Martineau était vraiment pieux, et sa piété formait la source la plus féconde où il alimentait ce zèle qui devait ensuite rayonner de toutes parts.
Mais la piété peut s'exercer sur différents objets. La sienne s'attacha en particulier au St-Sacrement, à la Croix, à Marie et à l'Eglise dans son plusillustre représentant le Pape. Ce furent là ses dévotions de prédilection.
Son amour pour le Saint-Sacrement éclatait dans sa tenue au pied du tabernacle. Nous avons toujours été frappés de son attitude respectueuse dans le lieu saint, de son zèle pour le chant sacré et les cérémonies du culte, pour l’ornementation des autels et la propreté du linge sacré.
Il suffisait de le voir à l'autel offrir la sainte victime pour ètre profondément édifié. On demandait un jour à l’un des grands séminaristes qui viennent à la paroisse chaque dimanche remplir les fonctions de diacre et de sous-diacre, quel est celui de ces Messieurs qui célèbre le mieux le saint Sacrifice? C'est M. Martineau, dit-il sans hésiter, et nous ne sommes nullement étonné de cette réponse,
N'est-ce pas son amour pour le St-Sacrement qui le fit s'occuper avec tant de dévouement et de charité de l’œuvre de l’adoration nocturne et de l’adoration diurne? N'est-ce pas en l'honneur de l'Eucharistie qu'il composa quelques-uns de ses plus beaux cantiques ?
icoutez ses accents meus quand il parle de Jesus- Hostie :
‘ Sur nos autels, o sublime miracle, Un Dieu pour nous descend du haut des cieux.
Pour nous chrétiens dans Île saint tabernacle Un Dieu repose invisible à nos yeux.
Quelle merveille ! En cet humble ciboire Se cache un Dieu plus grand que l'univers ; A nos regards il dérobe sa gloire Mais sur son peuple il a les yeux ouverts.
De tant d'amour admirant le mystère Les anges saints entourent le Sauveur ; A l’adorer ils invitent la terre
A partager leur céleste ferveur!”
Veut-il traduire ses sentiments à cet instant sublime du sacrifice où s'opère la transsubstantiation, il paraît mieux inspiré encore :
6 Prosternez-vous l'heureux moment s’avance Je vois s'ouvrir le séjour immortel; Le Dieu d’amour, de paix et de clémence
Du j'aut des cieux descend sur cet autel.
I1 vient, Ô bonté ravissante, L'amour l'abaisse jusqu’à moi.
Chante, Ô mon âme, chante
"fon Dieu, ton Roi !
O Dieu d’amour prodigue de toi-même, Sois mon bonheur et mon souverain bien, Pour le mortel qui te possède et t’aime
Toi seul est tout, l'univers n’est plus rien L]
I1 vient, à bonté ravissante,
L'amour l’abaisse jusqu’à moi.
Chante, Ô mon âme, chante Ton Dieu, ton Roi !
sublime il paraît
Chante-t-on ainsi quand on n'aime pas véritablement, et n’y a-t-il pas qu'une piété tendre et ardente pour mettre sous la plume de pareilles expressions ?
Ce prêtre, amant passionné de Jésus au tabernacle, n’oubliait pas non plus Celle qui nous le donna. Quand il parlait de Marie, on sentait l'enfant qui parle de sa mère. Jamais, à son gré, il n’en parlait trop souvent ou trop longtemps, et ce n’est pas lui qui aurait trouvé exagéré le mot de St. Bernard: De Maria nunquam satis.
Comment rapporter tout ce qu'il a entrepris pour célébrer sa gloire et faire aimer son culte? Et les mois de Marie qu’il a prèchés, et les nombreux cantiques qu’il composa en son honneur ne sont-ils pas des témoins irrécusables de son filial dévouement à cette divine Mère ?
Outre ces cantiques et ces mois de Marie, tous les dimanches et fêtes, il récitait en public sa prière préférée,le chapelet, et ne laissait pas les fidèles sortir du saint lieu sans leur dire un mot de leur Reine.
Nous ne citerons pas ici ses sermons à la gloire de la Très-Sainte Vierge, ils sont tous, nous l'avons répété, à l’état de simples notes, mais nous avons mieux à notre disposition. Car s’il n'a pas écris ses entretiens sur l’auguste Mère du Sauveur, il nous à laissé quelquesunes des consécrations à cette bonne Mère qu'il lisait ou faisait lire à la fin de chaque mois de Mai.
Nous trouverons dans ces lignes plus que nulle part ailleurs ces sentiments pieux auxquels nous avons fait allusion à l'instant,
Mais auparavant, comment passer sous silence le tra. vail qu’il s'imposait chaque année à l’époque du Mois de Marie. C'était lui qui voulait de ses propres mains
orner la statue de la Vierge ; c'était lui qui de ses propres mains voulait arroser les fleurs qui devaient embellir sa couronne. Détails petits, dira-t-on ? Peut-être. Mais en prouvent-ils moins l'assertion que nous avons émise, M. Martineau aimait et traitait la Très-Sainte
Voici maintenant la consécration à Marie, qu’il composa pour le 31 mai 1872 :
“O Mère bien-aimée, après avoir reçu pendant tout un mois vos bénédictious et vos caresses, ce n'est de notre part qu'un acte de justice de vous offrir nos sentiments de reconnaissance et le don de nos cœurs.
“ C’est pour nous une joie douce et sans pareille de vous redire nos serments et de renouveler notre consécration à votre aimable service.
“ Vous avez bien daigné accepter de prendre notre cité sous votre garde spéciale: vous avez bien voulu devenir la Reine de notre patrie, et depuis deux cents ans qu'à la prière de M. Olier votre sceptre royal s'étend sur notre pays, nous avons vu ce pays grandir et prospérer sans cesse, comme grandissent et prospèrent les états sous la protection d'une souveraine toute puissante et toute bonne.
“Ce n'est pas encore assez pour vous d’être notre Reine, vous avez voulu devenir notre Mère, et pour que lon sût bien que votre famille privilégiée était ici, vous avez ordonné que notre demeure s'appelât Ville-Marie, ce qui veut dire la ville, la maison de Marie et de ses enfants, Combien ce titre nous doit être cher, puisqu'il est si glorieux. Pourtant il nous est hélas! arrivé de l'oublier. Désormais, du moins, il n’en sera plus ainsi, nous l’espérons.
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& Maintenant, après avoir été l'objet de vos particulières faveurs, laissez-nous deposer à vos pieds, dans votre cœur, nos hommages de sujets et notre amour d'enfants. Recevez cet amour et ces hommages avec votre bonté ordinaire, et obtenez nous d’être toujours des sujets dévoués et des enfants dignes de leur Mère. Donnez vous-même nos cœurs au cœur de votre divin Fils, et puisqu'il faut dire adieu à vatre mois si doux, conservez dans nos âmes la sainte espérance d'aller vous voir et vous chanter éternellement au ciel !”
En attendant qu'il chantât au ciel les gloires de Marie, son cœur les lui fit chanter ici-bas sous une multitude de formes. Il prenait nccasion de tout pour se donner cette filiale satisfaction. Nous avons trouvé à l'honneur de la Très-Sainte Vierge jusqu’à trois cantiques qu'il composa pour le Rosaire. Chacun des mois de Marie qu’il prêcha eut son cantique spécial à la bonne Mère.
Le seul pèlerinage de Lourdes vit naître trois ou quatre hymnes nouvelles. Notre-Dame de Bonsecours eut aussi ses strophes émues.
Enfin, qui n’a lu et admiré la pièce intitulée ; NOTRE- DAME DE PITIÉ ?
“L'ombre du soir enveloppe la terre...
O mon Sauveur où portez-vous vos pas?
Ah! vous allez au jardin solitaire
Vous préparer à l’horrible trépas.
Mon Dieu, sauvez-le de cette heure
Car pendant qu’il souffre sans bruit
Sa tendre mère pleure Toute la nuit.
A mes regards quel horrible spectacle!
Mon doux Jésus, au milieu des bourreaux!
Et sans se plaindre, il endure, à miracle!
A chaque instant des supplices nouveaux.
Mon Dieu, sauvez-le de cette heure Car pendant qu'il souffre sans bruit
Sa tendre mere pleure
Toute la nnit,
Pauvres pécheurs pour nous ce sacrifice Pour nous ces pleurs, pour nous ce sang divin. O mon Jésus, c’est assez d'un supplice Que de nos cœurs l'amour triomphe enfin !
Sortons du péché dès cette heure La mort vient et le temps s'enfuit
Et notre Mère pleure
Toute la nuit.
Comme il a bien su unir dans ces beaux vers les deux amours de son àme, Jésus et Marie! Dans ces strophes apparaît aussi un nouvel aspect de sa dévotion à Notre- Seigneur.
Ce n’est plus le Dieu du tabernacle qui l'inspire, c'est le Dieu du calvaire, le Dieu de la croix.
Il ne fut pas moins dévoué en effet au culte de la Passion du Sauveur qu’au culte de l'Eucharistie. Sur l’un et l’autre de ces théâtres il trouvait son Dieu, son Dieu qui l'aimait et s'immolait pour lui donner le ciel.
C'est sous le souffle de cet amour de la croix que M. Martineau organisa ce pèlerinage superbe des Deux- Montagnes et du cimetière de la Côte des Neiges. C'est sous le souffle de cet amour de Jésus souffrant qu'il accepta si volontiers la direction de la confrérie de la Sainte Face de Notre Seigneur.
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Enfin M. Martineau aima d’une amour extraordinaire le chef de l'Eglise, le Pape.
Nous ne rappellerons pas ici son oraison funèbre de Pie IX ou son discours aux zouaves, nous ne citerons pas davantage les poésies enthousiastes qu'il dédia au souverain Pontife à l'occasion du 5oème anniversaire de son sacerdoce ou de plusieurs autres circonstances salennelles de sa vie, que tout le monde a pu lire,
Qu'il nous suffise de reproduire en partie les deux pièces suivantes moins connues, mais non moins touchantes et non moins belles :
Reine du ciel et de la terre De Pie IX montrez-vous la Mère.
Priez pour Lui !
Douce Patronne Votre couronne Par lui rayonne Priez pour Eui!
De son amour, précieux gage Pie IX nous donne votre image Priez pour Lui !
Vers vous Marie
Votre cœur crie
Gardez sa vie
Priezpour Lui !
Daignez apaiser la tempête Qui gronde toujous sur sa tête
Priez pour Lui !
A son histoire
Joignez la gloire
De la victoire
Priez pour Lui!
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Lu
Oo.
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Qu'un jour au ciel votre main donne À tous nos fronts une couronne
Auprès de Lui!
La seconde ne le cède en rien à la première sous le rapport de la piété filiale : —
O puissante et douce Marie Secourez-nous dans le danger Pour un Père à Vierge bénie Vosenfants viennent vous prier; Pie IX est successeur de Pierre De l'Eglise il est le Pasteur,
De Jésus il est le vicaire
Couvrez-le d'un bras protecteur.
Assez longtemps de notre Père L'infortune a navré le cœur, Ses vertus a toute la terre
Ont assez montré sa grandeur.
Du Pontife-Roi, tour d'ivoire,
Venez défendre le drapeau
Et ramenez par la victoire
Près du Pasteur tout son troupeau:
ne A RU SRE a
ous le