‹ M. Flavien Martineau, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 2 sur 19 · CHERS AMIS · texte numérisé non relu

CHERS AMIS

Pendant que vous poursuivez le cours de vos bonnes œuvres, et que vous accomplissez ces actes de zèle, de charité et d’édification, dont il vous donna l'exemple, sinon l'inspiration, n'avez-vous pas oublié cet ami de vingt ans à qui vous devez les consolations des jours passés et la garantie du bonheur à venir ?

Quels que soient la mobilité de l'esprit humain et le délaissement ordinaire à l'égard de ceux qui sont disparus, je croirais vous faire injure que de le supposer un instant.

Il est donc inutile d'évoquer cette voix d'outretombe qui vous fut chère à tous, pour vous dire à cette époque de sa mort qui rouvre toutes nos plaies et fait saigner toutes nos blessures : “ Frère, sœur, enfant, souviens-toi de moi —Memento mei, tu!”

Ce que nous entendons, ce que nous voyons, vos louanges et vos prières, ces innombrables sacrifices que vous faites offrir pour hâter son entrée dans la Jérusalem céleste, s'il n’y avait pas déjà pris place, tout de votre part proteste contre un pareil oubli.

Vous êtes toujours fidèles au souvenir de ce père vénéré, et cette fidélité est son plus bel éloge,

Qu'une mort si soudaine eût créé une sensation profonde parmi nous, et des manifestations de sympa-

thie universelle, on eût pu l’attribuer au mouvement de

cœurs généreux vivement touchés d'une si grande perte. Mais cette persistante douleur qui depuis un an fait cortège à sa mémoïre, et ces inconsolables regrets que vous ne cessez de montrer en toutes circonstances, prouvent mieux que les plus éloquents discours quel attachement sincère, quelle estime véritable, quelle tendre et impérissable affection vous lui aviez voués,

Jamais prêtre peut-être ne fut plus pleuré de vous, et jamais prêtre peut-être aussi ne mérita mieux de l'être.

C'est pour ce motif que nous avons voulu vous dédier cette esquisse d’un grand portrait, cet essa de biographie, si imparfait qu'il soit.

Sans prétendre faire revivre cette belle figure dans sa puissante et attrayante originalité, et peindre, comme il conviendrait, cette nature pleine de fougue et d'éclat en même temps que de profonde madestie et de touchante bonté, nous essaierons de raconter quelques traits de la vie de M. Martineau, comme un frère aîné, près du cercueil de son père, raconte à tous les membres de la famille les actes de celui qui n’est plus.

Daigne, Notre Seigneur, bénir ces lignes fraternelles et filiales, trop humble hommage de notre reconnaissance !

Montréal, 14 Décembre 1888, jour anniversaire de la mort de

M. Martineau.

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