SON PAYS.—SA FAMILLE.—SON ENFANCE.—SA VOCATION. SA PREMIÈRE COMMUNION
ST. FKANÇOIS DE SALES, dans son Traité de l'Amour de Dieu, raconte un fait bien singulier dont Pline prétend avoir été le témoin,
“ J'ai vu, dit le savant naturaliste, à Tivoli, un arbre enté de toutes les façons que l’on peut enter, et qui portait toutes sortes de fruits. Sur une branche on trouvait des cerises, sur une autre des noix, sur les autres des pommes, des figues, des grenades, des raisins, et généralement toutes sortes de fruits.”
Malheureusement le pauvre arbre de Tivoline dura guère, comme Pline le rapporte, car cette variété de productions tarit incontinent le suc que lui apportaient ses racines ; ilse dessècha et mourut.
En lisant ce récit où l'imagination de Pline semble se complaire encore plus que la fidélité de sa mémoire, nous n'avons pu nous défendre d’un souvenir pour ce prêtre enlevé si soudainement à notre affection.
Lui aussi était un arbre généreux; lui aussi portait des fleurs et des fruits de goûts et de parfums divers.
Orateur, poète, musicien, homme d'œuvres, rien ne lui semblait impossible ; il abordait tout avec une facilité prodigieuse, une bonne grâce parfaite, et un succès qui ne se démentit jamais.
Mais le pauvre arbre de Tivoli mourut |
en in ismisieme
Heureux serions-nous qu'il ne se fût pas dépensé si prématurément, et qu’il eût endigué la sève exhubérante de son intelligence, de son imagination et de son cœur, afin de nous en faire goûter plus longuement les fruits !
Il avait été planté dans une terre généreuse et féconde cet arbre qui devait grandir et tomber au Canada.
Ce fut en Vendée (France) que naquit M. Flavien Martineau, d’une famille justement honorée, qui avait donné à Dieu des martyrs pendant la Révolution,
Nous avons appelé terre généreuse et féconde le lieu de naissance du regretté défunt. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de reproduire ici ce qu'il écrivait luimême, il y a quelques années, au sujet de son pays:
“ La Vendée, dit-il, est un des plus beaux fleurons de la couronne de France, qui en compte tant de magnifiques.
“ Placée par la divine providence sur les bords de l'Océan atlantique, son éloignement des grands centres que la corruption recherche de préférence pour y exercer ses ravages et s’y cacher plus à l’aise, a valu à ma patrie le privilège de conserver mieux que bien d’autres ses mœurs pures, ses habitudes de travail, de simplicité patriarcale et de piété qui font d'elle, aujourd’hui encore, une contrée tout-à-fait à part, et de ses habitants un peuple exceptionnellement énergique et religieux.
‘“ Elevé dans les grandes idées de fidélité à son Dieu et à son roi, le peuple vendéen fut toujours un des plus solides appuis de l'autel et du trone. Aussi, lors de l’'épouvantable cataclysme de la fin du siècle dernier, se leva-t-il tout entier pour- protester contre la
domination sacrilège, tyrannique et sanglante qu'on voulait lui imposer.
“ On put voir ses héroïques enfants aller en sabots, le fusil d’une main et le chapelet de l’autre, à la rencontre des plus vaillantes troupes de la république. Soutenus par l'amour de la religion et de la royauté, ils gagnèrent sept grandes batailles et plus de soixante combats de moindre importance, prirent 12 villes, enlevèrent 100 pièces de canon, et tuèrent plus de 20,000 ennemis. Les Cathelineau, les Larochejaquelein, les Charette, ses chefs, méritèrent de prendre place à côté des capitaines les plus illustres.
“C’est encore la Vendée qui donna récemment au pape bon nombre de ses wteilleurs officiers et de ses plus intrépides soldats.”
Cette peinture dénote évidemment le patriote convaincu et enthousiaste, mais en lisant entre les lignes, ne devine-t-on pas aussi que si notre vendéen eût vécu dans les temps troublés qu'il rappelle, il n'aurait pas hésité à prendre place à la suite de Cathelineau ou de Pimodan?—Ceux qui lot connu savent que sa foi vive, son ardent royalisme et la générosité de son caractère ne permettent pas le doute à cet égard.
D'ailleurs, son père, arrêté et emprisonné deux fois à cause de ses opinions légitimistes et deson dévouement à la cause des Bourbons, et son frère qui combattit dans les rangs de l’armée pontificale, montrent assez que ces deux grands amours, celui de l'autel et celui du trône, étaient bien vivaces dans sa propre famille.
Ce fut un grave et austère chrétien ce sacristain de Chauché, à qui Dieu donna la consolation de posséder un tel fils. Né en 1800, il avait eu huit enfants de deux mariages consécutifs.
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Flavien Pierre, né le 17 Juin 1830, fut le quatrième des enfants du premier lit,
Il n'avait que six ans quand il perdit sa mère, Marie Giraud,
Pour bien comprendre le caractère, le tempérament, la personnalité de l’abbé Martineau, il faut d’abord tenir compte de la perte de sa vraie mère, que le dévouement et la tendresse d’une autre femme remplacent toujours difficilement,
C'est à l'âge de six ans, avons-nous dit, que Flavien eut la douleur d’être privé de la sienne,
Pour comble d’infortune, vers la même époque, il éprouva une autre grande épreuve, et cela dans les conditions les plus dramatiques et les plus épouvantables. | M. Martineau, devenu veuf, avait confié ses quatre orphelins : Pauline, Pierre, Flavien, Valentin—l’aîné, Célestin, était mort au bout de quelques mois—aux soins d’une domestique, qui malheureusement ne répondait que fort imparfaitement à sa grande et noble mission. Elle se montrait sans sollicitude aucune pour les chers petits | êtres dont elle avait la charge. Aussi ces enfants étaient- |
ils peu surveillés en l’absence de leur père, et Dieu sait si à cet âge ils étaient porté: \ en profiter! Un Dimanche, durant les offices de la paroisse, la gouvernante, occupée à passer en revue dans l'armoire le linge et les vêtements de feue Mme Martineau, son- 1 geait moins encore que de coutume à ce que pouvaient faire ceux qui lui étaient confiés. Ils furetaient de leur | côté, avec l'espoir de trouver un objet qui leur plût. Soudain l’un d’eux découvre un pistolet, Le prendre, | le tourner et retourner, l’examiner avec attention et | étonnement, le passer à ses frères afin qu'ils l’admi-
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rassent à leur tour, fut pour eux l'occasion d'une véritable satisfaction et d’un vif amusement, sans le moindre soupçon du danger,
L'aîné des garçons, Pierre, venait de s’en emparer ; il tenait le canon tourné vers sa sœur. qui regardait avec des yeux intelligents et ravis ce que chacun croyait un magnifique jouet. Mais, 6 douleur ! L’arme était chargée, un mouvement de Pierre détermine l'explosion, le coup part, et l’infortunée petite Pauline est renversée à terre ; de son crâne entr'ouvert par le projectile, s'échappent des flots de sang.
Les trois jeunes frères attérés poussent des cris déchirants. Au sortir de l’église, le père rentre chez lui où l'attend ce navrant spectacle, Quelle blessure pour son cœur! L’innocente victime survécut deux jours encore dans la plus cruelle des agonies.
De tous ses frères, le plus consterné de cette fin tragique fut Flavien, son cher Flavien, celui qui tenait la première place dans son cœur.
Voilà donc l'orage qui éclate deux fois à un très court intervalle sur la tête de ce pauvre enfant. Comme il dut souffrir de cette double et épouvantable catastrophe, et quelles impressions profondes en durent rester gravées dans cette âme si sensible!
Mais Dieu, qui aimait Flavien, et avait sur lui des desseins particuliers, eut pitié de ses angoisses et de ses larmes. Il choisit pour le consoler et le chérir une seconde mère, digne en tout, nous assure-t-on, de la première. Au mois de Mai 1841, M. Martineau épousait en secondes noces Marie Bertin. A partir de ce moment, le petit orphelin trouva dans le cœur de cette sainte femme tout l'amour, tous les encouragements et les
petites attentions dont il avait besoin, Sans aucun doute, cette sollicitude si douce et si maternelle favorisa singulièrement chez l'enfant l’éclosion des premiers germes de sa vocation au sacerdoce.
Quelle ne fut pas sa surprise quand un jour elle le vit tout grave et préoccupé, lui d'ordinaire si gai et si peu soucieux ! I] dirigeait sur elle son bon regard affectueux, semblant attendre qu'elle l’interrogeit.
‘ À quoi penses-tu donc, mon Flavien ? ” lui demanda Mme Martineau. “ Je voudrais être prêtre,” répondit l'enfant. “Toi, un prêtre,” repartit la mère, moitié touchée, moitié effrayée, ‘et pourquoi voudrais-tu être prêtre ?” Flavien, embarrassé par cette question, hésita un instant, puis avec toute l’impétuosité de sa nature qu'il ne pouvait plus maitriser, il alla se jeter au cou de sa seconde mère, lui disant de sa voix toute tremblante des émotions de son cœur: “Je voudrais être prêtre afin de pouvoir vous donner la communion, et vous récompenser ainsi de tout ce que vous faites pour moi, vous êtes si bonne!”
Paroles magnifiques qui sont pour nous toute une révélation. On ne sait ce qui! faut y admirer davantage, ou de cette foi si vive à cet âge, ou de cette intelligence précoce qui sait deviner la grandeur des bienfaits reçus, ou enfin de ce cœur si délicat qui voudrait s'acquitter noblement vis-à-vis de ceux qui l’ont obligé.
Mme Martineau se garda bien d'oublier cette réponse. Mais il fallait savoir quel accueil M. Martineau ferait à ce projet. L’assentiment de M. le Curé était nécessaire aussi. Or ni l’accueil du père ni l’accueil du curé ne furent de nature à encourager l'aspirant à la prêtrise. “Toi vouloir être prêtre,” lui dit son père
mme
d’un ton grondeur, “tu n'es pas assez sage pour cela ; n'en parlons plus.”
Flavien déconcerté alla pleurer près de sa mère adoptive, qui le consola de son mieux, et l’engagea à s'adresser à M.le Curé, Ce dernier n’était guère plus tendre que le père Martineau. Aussi quand l'enfant, sur le conseil de sa mère, lui eut dit au tribunal de la pénitence, après avoir achevé sa confession: “ M. le Curé, je voudrais bien être prêtre!” il n’en reçut aucune réponse, et le guichet se ferma vivement sur lui,
Le cœur bien gros et les yeux tout humides de larmes, Flavien rentra à la maison. “ Je te l'avais annoncé, lui dit son père, jamais un dissipé comme toi n'obtiendra cette grâce du bon Dieu!”
L'enfant se tut. Mais il ne put se taire longtemps. Souvent il répétait à Mme Martineau : “ Maman, oh! que je voudrais bien être prêtre!” “ Demande à M. le Curé,” répondait la mère. “ Je n'ose plus,” disait le pauvre Flavien, qui se souvenait encore de la réception peu encourageante qu’on avait faite à ses premiers aveux.
La mère était secrètement d'accord avec l'austère pasteur. Tous les deux désiraient vivement que l’enfant devint prêtre. Mais tous deux voulaient tâcher de s'assurer auparavant si Dieu l’appelait vraiment à ce sublime état. Et ils avaient raison.
C’est une affaire si importante, si exceptionnellement délicate, que la vocation au sacerdoce! L'enthousiasme d'un jour peut entraîner certaines natures dans une voie qui n'est pas la leur, et dans laquelle ils souffriront toujours, de même que la pusillanimité d’un jour peut rejeter dans la vie commune des natures d’élite que Dieu appelait à lui pour réaliser de grandes œuvres.
Huit jours après les derniers encouragements de sa mère, et sur son conseil, Flavien se présenta une seconde fois au saint tribunal, et sa confession achevée, renouvela la même demande, qui fut suivie du même accueil, Il revint absolument découragé. “ Ah! maman, c'est fini,” disait il, d'une voix entrecoupée de sanglots, “je ne serai pas prêtre !” -
“Si, si” répondit la mère, “c'est pour t’éprouver que M. le Curé a agi de la sorte. Ecoute, mon cher Flavien, tu retourneras encore une fois solliciter cette faveur de M. le Curé, et pour qu'il ne ferme pas le treillis, tu lui feras ta demande avant de te confesser, et ta persévérance sera couronnée de succès, je te l'assure.”
Les deux premiers refus avaient profondément affecté le futur lévite ; cependant, sur les pressantes sollicitations de celle qu'il considérait comme son ange gardien, il consentit à une troisième démarche. Sa docilité fut enfin récompensée,
À sa formule précédente : mon père, je voudrais bien être prêtre, le confesseur répondit : “ Eh! bien, oui, tu seras prêtre, et dès demain tu viendras au presbytère étudier le latin.”
Que l’on juge de la joie et du bonheur de l'enfant! Il sentit redoubler dans son cœur l'affection et la confiance pour celle dont les conseils et les tendres encouragements lui avaient valu ce premier triomphe.
Le voilà au comble de ses vœux : il va commencer le latin ! On s’empresse d’en informer un oncle maternel, M. Giraud, principal du collège de Chatellerault, qui envoya quelque argent et beaucoup de conseils étayés sur des citations latines, dans legenre de celleci: “ Labor improbus omnia vincit.......” Le neveu se
fit expliquer les maximes de son oncle, et s'empressa de les écrire sur ses livres et ses cahiers pour ne pas les oublier et les mettre en pratique.
“M. Libaudière nous faisait la classe le plus régulièrement possible, écrit M. Charles Audureau, condisciple et ami de M. Martineau, aujourd'hui curé en Vendée; mais le vénérable professeur enseignait avec une sévérité inouïte. La moitié de la classe se passait à gronder et à infliger des pensums.
“Il est vrai que nous le méritions parfois. Un jour en particulier —c'était, je crois, pendant l’hiver—un lundi, après le départ de M. le Curé, qui chaque semaine allait se confesser à Chavagnes, Flavien me dit: M. le Curé nous a sans doute donné congé, allons prendre des oiseaux. Notre chasse dura toute la journée, et le soir. contrairement à l'usage, il y eut classe. Nous avions été trahis !...... Quel crime abominable ! Il fallait l’expier. On nous lefit bien voir! Notre maître irrité nous conduisit à la grande porte de l'Eglise et nous y mit à genoux. Heureusement il ne resta point là pour nous surveiller. Afin de dissimuler notre profonde humiliation, quand une personne venait à passer, nous faisions semblant d’arracher l'herbe qui poussait entre les pierres des marches. Ajoutez à cela les semonces de M. le Curé et les gronderies de nos parents, et vous aurez une idée de ce que nous coûta notre escapade.”
Comme le lecteur a pu s’en convaincre, ce n'était pas par un chemin bordé de roses que le jeune aspirant au sacerdoce marchait vers le but de ses désirs. Il avait affaire à un initiateur sévère et rigoureux. Faut-il l'en plaindre? Nous ne l’osons pas. De pareils noviciats, quand ils ne vont pas jusqu'à décourager, forment des
hommes et des prêtres vraiment dignes de ce nom. Les enfances choyées et adulées, que rien ne contrarie ni ne dompte, aboutissent trop souvent à des résultats déplorables,
À propos de cette éducation de presbytère, il ne semblera déplacé à personne, nous l’espérons du moins, d'emprunter à Brizeux, qui, lui aussi, étudia dans ces conditions, le portrait qu'il trace de son bon vieux maitre le curé Arzannô et la peinture qu’il fait de la vie de ses écoliers. C'est vraiment l’image fidèle de ce qui se passe encore aujourd’hui en Vendée et en Bretagne pour les cloarecs ou aspirants à la cléricature.
‘* Humble et bon vieux curé Arzannô, digne prêtre, Que tel je respectais, que j'aimais comme maître, Pour occuper tes jours si pleins, si réguliers,
N’as-tu plus près de toi, tes pauvres écoliers ?
Hélas ! Je fus l’un d'eux ! dans ma douleur présente, J'aime à me rappeler cette vie innocente ;
Leurs noms, je les sais tous : Albin, EK, Daniel, Alan du bourg de Scaer, Yves de Ker-ihuel,
Tous jeunes paysans aux costumes étranges,
Portant de longs cheveux flottants, comme les anges... Le travail, mon effroi, bientôt fit mon plaisir.
Le premier point du jour nous éveillait ; bien vite, La figure lavée et la prière dite,
Chacun gagnait sa place ; et sur les grands paliers, Dans les chambres, les cours, le long des escaliers, En été dans les foins, couchés sous la verdure,
C'était tout le matin, c'était un long murmure,
Comme les blancs ramiers autour de leurs maisons
D'’écoliers à mi-voix répétant leurs leçons.
Puis la messe, les jeux, et les beaux jours de fête,
Des offices sans fin Chantés à pleine tête.
De ces jours de ferveur, oh ! vous Pouvez m’en croire,
L'éclat lointain réchauffe encore ma mémoire, Le psaume retentit dans mon âme et ma voix Retrouve quelques mots des versets d’autrefois.
Jours aimés, jours éteints ! Comme un jeune lévite,
Souvent j'ai dans le chœur porté l’aube bénite, Offert l’onde et le vin au calice, et le soir
Aux marches de l’autel balancé l’encensoir, Cependant tout un peuple à genoux sur la pierre Parmi les flots d’encens, les fleurs et la lumière,
Femmes, enfants, vieillards, homines graves et murs,
Tous dans un même Vœu, tous avec des cœurs purs,
Priant le Dieu des fruits et des moissons nouvelles
Qui darde ses rayons Pour sècher les javelles, Ou quelquefois Permet aux fléaux souverains De faucher les froments et d’emporter les grains.
Les voix montaient, montaient ! Moi penché sur mon livre,
Et pareil à celui qu'un grand bonheur enivre
Je tremblais, de longs pleurs ruisselaient de mes yeux ;
Et comme si Dieu même eût dévoilé les cieux, Introduit par sa main dans les saintes phalanges Je sentais tout mon cœur éclater en louanges, Et noyé dans des flots d'amour et de clarté
Je m’anéantissais devant l’immensité ! ”
Flavien, lui aussi, connut ces larmes de bonheur versées au pied du tabernacle, Il les connut surtout dans cette circonstance solennelle entre toutes de sa première communion.
C'est un moment si doux que celui où B
pour la pre-
mière fois le roi des cieux descend dans une âme et en fait son habitation! L’auguste mystère qui s'accomplit alors, les opérations divines par lesquelles Jésus signale sa présence, tout concourt à rendre cette heure la plus belle de la vie,
Notre jeune étudiant, dont l'âme s'ouvrait si naturellement aux grandes et belles choses, comprenait comme d'instinct les considérations pieuses qu'on lui adressait pour le préparer à cet évènement qui devait laisser des traces profondes dans son âme. Avec sa candeur et sa droiture ordinaire, il déclarait volontiers qu’il était indigne d’une semblable faveur, mais la bonté de Notre-Seigneur le rassurait. Son immense désir de le recevoir l’entrainait vers la table sainte, où l'agneau sans tache devait se donner à lui pour guider ses pas dans les sentiers du bien et consoler son cœur dans ses combats et ses douleurs.
Son recueillement et sa piété furent admitables durant la retraite préparatoire, Ses petits camarades en étaient frappés et édifiés. Il parlait avec effusion de la joie que procure l’aveu de ses fautes et l'assurance du pardon. D'ailleurs il suffisait de l'entendre chanter les magnifiques cantiques de la retraite pour être ému et attendri.
Sans doute les voix célestes préludaient déjà dans cette âme d'élite aux charmantes mélodies qu'il fit entendre depuis dans des fêtes de ce genre.
L'avenir a largement ratifié les transports et les promesses de sa première communion.
Qui résisterait au désir de citer ici quelques-unes des déiicieuses poésies qu'il composa plus tard sur ce sujet ? Nous ne nous en sentons pas le courage pour notre part.
Le poète fait parler un enfant qui sort du banquet eucharistique :
} Le ciel dans ce beau jour s’est ouvert sur nos têtes, Des torrents d'allégresse inondent notre cœur ;
Nous avons célébré la plus douce des fêtes,
Boire le vin du ciel, manger le pain des Anges, Sur le sein de Jésus sentir son cœur frémir,
Voir les célestes chœurs suspendant leurs louanges, Envier notre sort, s'étonner et gémir,
Savoir qu’en sa poitrine on possède Dieu même, Qu’il trouve en notre cœur son trône et son autel, Et qu’à chacun de nous Jésus redit : Je t’aime,
N'est-ce pas sur la terre avoir trouvé le ciel ?
Écoutez maintenant les serments du jeune chevalier s'engageant à servir son Maître sans forfaire jamais. C'est toujours Flavien qui parle, ou plutôt qui chante ces strophes brûlantes qui nous servent à mieux deviner ses dispositions d’alors.
| Proclamons et chantons, chantons notre bonheur, L !
Quel transport a ravi mon âme, Mon cœur et mes sens sont émus ;
Est-ce l’Esprit-Saint qui m’enflamme,
hr Et me remplit de ses vertus ?
| C’est Lui, monde, je le proclame ;
Non, non, je ne t’appartiens plus.
Je suis chrétien, je le publie,
$ A la face de l'univers ;
Pour ma foi, j'offrirais ma vie, ‘ Et je braverais les enfers ;
ñn Respect humain, je te défie,
De m’imposer jamais tes fers,
os