DÉPART DE FRANCE,—ARRIVÉE AU CANADA.—ŒUVRES PAROISSIALES
Avant d'entreprendre l’œuvre qu’il voulait réaliser, M. Martineau avait longuement réfléchi. Dans ses conversations au séminaire de Paris avec M. l’: bé Healy, depuis Mgr. Healy, évêque de Portland, qui l'honora jusqu’à sa mort de sa constante amitié, et dans ses relations avec la colonie américaine et canadienne, qui alors comme aujourd’hui comptait de nombreux représentants à St. Sulpice, il avait appris à connaitre cette population généreuse à laquelle il voulait se consacrer tout entier.
Messieurs les Directeurs, de leur côté, l'avaient initié à cette œuvre de Montréal si chère au cœur de M. Olier, et si aimée de tous ses successeurs. Grâce à eux, il n'ignorait rien de ses merveilleux commencements et de son développement non moins étonnant, Il savait aussi les immenses espérances qu’elle offrait, non-seulement pour le Canada, mais encore pour la propagation de la Foi dans toute l'Amérique du Nord,
Toutes ces consolantes données devaient singulièrement l'aider à accomplir son grand sacrifice, celui de s'éloigner pour jamais de sa chère Vendée, de son excellente paroisse de Montournais, et de sa famille bienaimée.
II faut avoir ainsi quitté tout ce qu’on aime, dit à tous les êtres qui partagent son cœur un éternel adieu, pour comprendre quelquechose aux angoisses d’une telle séparation. La plume la plus habile, le pinceau le plus exercé demeurent impuissants devant un pareil tableau.
Mais Dieu avait parlé, et cette voix d’en haut domine toutes les voix d’ici-bas. L'apotre vendéen l’entendit, la reconnut et n’hésita pas.
Ses paroissiens eurent beau couvrir ses dernières paroles de leurs sanglots et de leurs cris de douleur, il partit sans même aller voir sa famille,
Et qu'on ne l’accuse pas ici d’indifférence, d’ingratitude, encore moins de cruauté. S'arracher sans faiblir des bras d’une sœur adorée, de frères chéris dont on est le soutien, le bonheur et la gloire, demande une force peu commune.
Eh! bien, cette force, M. Martineau craignit qu'elle ne lui manquât, et comme Dieu l’appelait, il marcha sur son cœur pour demeurer fidèle.
Il souffrait davantage, mais il était sûr de vaincre, et pour lui le devoir était au-dessus des consolations les plus douces, fussent-elles légitimes.
Voici en quels termes il annonce son départ à sa sœur
qu'il aimait tant :
‘“ Ma chère petite sœur,
‘“ La vie, tu le sais déjà, quoique bien jeune encore, la vie n’est qu’une chaîne non interrompue de misères, de peines et de sacrifices. Le bon Dieu vient t’en demander un nouveau aujourd’hui.
“ Tu as. du cœur et de la foi, eh! bien, reçois les adieux de ton parrain, et résigne-toi à ne le revoir probablement qu'au ciel.
‘“ Quand cette lettre t'arrivera je serai déjà loin, et dans quelques semaines je me trouverai transplanté au fond de l'Amérique. Je suis membre de la société des prêtres de St. Sulpice, et je pars pour le Canada afin de partager leurs travaux et d'aider à leur ministère.
Ha an