‹ M. Flavien Martineau, prêtre de St. Sulpice [microforme]Chapitre 8 sur 19 · RE PT ETES · texte numérisé non relu

RE PT ETES

des

Rs. de HG ÉD FAR 2 PE

ju à “ordi

& Sois toujours la cclombe douce et fidèle de ton doux Maître, et assiste-moi de tes prières.

“ Le sacrifice que je fais est immense ; demande à Notre-Seigneur qu’il soit pour sa plus grande gloire et pour le bien de mes chers paroissiens.

‘“ Adieu, ma bien chère sœur !” .

Qui ne serait frappé, en lis. t cette lettre, des efforts de l’auteur pour dissimuler son émotion et contenir sa douleur ? On sent qu'il veut faire accepter à sa sœur la séparation que Dieu leur demande, et pour mieux atteindre son but, il tâche de se montrer fort dans le sacrifice, donnant ainsi l'exemple de la résignation qu'il lui prêche. Mais personne ne peut s’y tromper. Ces lignes sortent d’un cœur brisé, que la foi seule soutient et fait enfin triompher.

La même note paraît davantage encore dans la lettre qu'il écrivit à son frère quelques jours après.

PARIS (SOLITUDE D'Issv), 17 AOUT 1865.

‘“ Mon frère bien-aimé,

“ Il est temps que je t'envoie un petit mot. Si je ne l'ai pas fait plus tôt, c'est que je connais ton cœur, et que je voulais être discret. Aujourd’hui, les circonstances vous auront instruits de tout.

‘ Je suis donc parti, et parti pour bien longtemps! Je comprends parfaitement helas,! la peine que mon départ vous a causée; je l’ai ressentie pour le moins aussi vivement que vous, mais cc que l’on fait pour le bon Dieu n'est jamais perdu.

‘“ Oh! oui, que ce divin Maître vous bénisse autant que je l'en supplie! S'il y a ou s’il doit y avoir des peines dans votre vie, qu’il me les réserve à moi, et qu'il vous garde à tous le contentement, le bien-êt:e et la paix!

“ Je vous embrasse tous de toute la tendresse de mon cœur, et je vous conjure de ne pas manquer le rendezvous du ciel, où nous serons réunis et heureux pour l'éternité.

“ Adieu donc, et soyons à Dieu toujours !”

I! écrivit au même, le 4 septembre, de Montréal, où il venait d'arriver.

‘ Mon bien-aimé frère,

“ Me voici rendu au terme de mon voyage, Étant sur le point de quitter Paris lorsque j'ai reçu ta dernière lettre, je n'ai pas pu y répondre, à mon grand regret, je dois te le dire, car jamais peut-être je n’avais reçu une lettre si consolante et si bonne.

“Tu as fait généreusement ton sacrifice, Dieu t’en récompensera.

‘ Plus éloignés que nous ne l’étions, nous ne nous en aimerons pas moins pour cela.”

Le reste de la lettre est consacré au compte-rendu de son voyage à travers l'Océan. Cette traversée, cent fois racontée, n'offre rien de particulièrement intéressant pour le lecteur. Nous nous bornerons à faire remarquer que son œil observateur se rendit rapidement compte de cette situation nouvelle qui allait devenir la sienne.

Encore une lettre à sa sœur, et nous aurons les pièces les plus importantes de sa correspondance avec sa far endant cette année 1865, qui devait occuper

arge place dans sa vie,

lle est datée du 6 octobre,

“ Ma bien chère sœur.

“ Voilà plus d’un mois que je suis en Amérique, et je trouve qu’il est bien temps de te donner signe de vie.

“ Je connais toute la tendresse de ton cœur, tu auras

Cor Sc rire a RE 5

donc été bien peinée à la brusque nouvelle de mon départ. J'aurais voulu t'aller voir, t'embrasser pour la dernière fois. J'aurais tant désiré aussi aller réciter un De profundis sur la tombe de nos chers parents à Chauché, mais j'ai eu pitié de mon pauvre cœur, Le bon Dieu me demandait un sacrifice, et j'ai cru qu'il était assez grand comme je l'ai fait, sans le porter jusqu’à l'héroïsme, qui n'est pas du ressort de tout le monde. J'ai donc pris mon courage à deux mains, et brisant d’un seul coup toutes mes attaches, j'ai dit au Seigneur, que votre volonté soit faite! Je me suis abandonné à la divine Providence qui a semblé tout disposer avec une attention maternelle pour me conduire à Montréal,

“C'est bien long, ma chère enfant, un voyage de France en Amérique, et pourtant, si je pouvais t'attirer ici, et de sœur noire te changer en sœur grise,* je serais trop heureux. Nous formerions une petite famille à nors deux, et nous pourrions vivre et mourir sous le même ciel.

“ C’est un château en Espagne que je bâtis; pardonne-moi ce rêve: ce mirage constitue pour moi un moment de bonheur. Nos illusions et nos désirs qui se succèdent sans cesse ne sont jamais satisfaits.”

Les commentaires sont inutiles ici.

Les termes sont clairs, et ne prêtent nullement à une interprétation douteuse. Ils viennent en outre confirmer ce que nous disions, à l’occasion du départ de Montournais, et de la grandeur du sacrifice que dût faire le géné-

* Sr Marie du St Rédempteur, religieuse en Vendée, dont il est ici question, appartient

à un ordre @ontle costume est noir. M. Martineau desireux de l’avoir auprès de lui,

souhaitait qu’elle devint soeur grise, c’est-A-dire qu’elle portât le costume de couleur

grise des soeurs de la charité de Montréal avec lesquellesson ministère le mettait chaque jour en rapport,

reux apôtre, et des motifs qui l’amenèrent à partir sans voir les siens.

Jusqu'à ce moment, nous avons toujours vécu en France en compagnie de notre héros. Ces quelques lettres datées de Montréal que nous venons de citer nous y ont ramené de nouveau. Cette fois, nous sommes, bien en Canada à la suite du courageux vendéen venu pour y dépenser ses talents et sa vie,

À peine .ivé dans la cité consacrée à Marie M. Martineau fut attaché à la desserte de la paroisse de St. Joseph, rue Richmond, et il s’y employa avec son ardeur accoutumée.

La population de ce quartier, un des plus fervents de Montréal, lui fit l'accueil le plus sympathique.

On devina de bonne heure le cœur de l’apôtre, Eu égard au petit nombre de prêtres chargés du ministère paroissial de cette partie de la ville, il eut à prêcher souvent. La plupart des retraites lui furent confiées, et les plus consolants résultats couronnèrent son dévouement et son zèle. Il fit accourir autour de sa chaire une foule empressée et compacte.

Sa parole imagée, chaude et vibrante électrisait ses auditeurs et les entraînait jusqu’au tribunal de la réconciliation. Dans un grand nombre de circonstances, nous affirment des témoins oculaires, il dut quitter son, confessionnal à minuit sans avoir pu entendre tous ses pénitents. On les voyait venir le lendemain reprendre leur tour de la veille.

Les supérieurs de M. Martineau, frappés de ses succès, crurent à propos de l'appeler à Notre-Dame où il devait faire tant de bien et enfin mourir.

A son installation à Notre-Dame, correspond une

Page 1