‹ M. Gabriel DelessertChapitre 1 sur 5 · M. Gabriel Delessert · texte numérisé non relu

M. Gabriel Delessert

J'avais eu la pensée de dédier à Sa Majesté l'Impératrire celle notice biographique sur M. Gabriel Delessert y et, dans cette intention, j'avais écrit la supplique ci-dessous pour Sa Majesté :

Madame ,

- Par un admirable sentiment d'affectueuse recon-

naissance vous avez été conduite au chevet âu Ut d'un vieillard mourant ; vous avez noblement oublié que vous portiez au front la couronne impériale et, ne t?ou« raj>pel*»l que las paternelles et vives sympathies dont

M. Gabriel Tielextert avait entouré votre jeune âge, cotut avez voulu /<• voir wm dernière foi» et lui dire un dernier ai heu.

Vous l'avez ru, Madame, et vus larmes ont trahi votre cœur. Ce vieillard, heureux de vous retrouver pris de lui à son moment suprême et pénétré de toute l'importance de votre auguste visite, vous a dit, en vous tendant une maiti défaillante : « Merci, merci ; soyez bénis vous et votre enfant ! »

Dieu vous bénira aussi, Madame, car une bonne action a toujours sa récompense ; car, ainsi (pie le demande le saint livre, votis avez été consoler ceux (pii pleuraient.

Permette ztnoi, Ma*1ame, de dédier à Votre Majesté cette notice sur M. Gabriel Delessert, et veuillez en ayréer l'humble hommage.

En acceptant le patronage de ce modeste travail , en souffrant une le nom de. cet homme de bien soit placé sous l'auréole du vôtre, non-seulement vous honorerez sa mémoire comme vous avez honoré les dernières heures de sa vie, vous ferez plus encore, vous éclairerez le souvenir de sa belle existence par un éclat plut vif et plus durable.

J'ai l'honneur d'être,

Madame,

avec le plus profond respect,

de Votre Majesté,

le très •obéissant et très-dévoué serviteur

J. Trîpibr Le Franc.

Mais M. Damas Hinard m' ayant fait connaître, dans vue entrevue , que Sa Majesté s'Hait , mm exception , imposi

la loi de n'accepter aucune dédicace, j'ai dû renoncer au projet de faire parvenir cette épitre à l'Impératrice.

Je viens donc , Monsieur le Comte , vous prier à votre tour de vouloir bien accueillir cet hommage que Sa Majesté 11e pourra pas recevoir.

J'ose espérer, Monsieur le Comte , que vous iw me refuserez pas cet honneur, que vous me pardonnerez aisément d'avoir pensé d'abord à notre gracieuse souveraine, et que vous me permettrez de m' adresser emuite à Votre Excellence pour lui demander de mettre sous son haut patronage ce livre écrit sur la vie de M. Gabriel Delessert, votre fidèle et sincère tuteur, l'un de vos plus anciens et plus honorables amis.

J'ai l'honneur d'être,

Monsieur te Comte, avec le plus profond respect,

de Votre Excellence,

le très-dévoué serviteur.

"j. Tripier Le Franc.

Napoléon I" a dil : « L'estime des eon temporaire est un bien plus réel que l'admiration de la postérité. » En s'exprimaul ainsi, Napoléon a sanctionné un axiome de tous les temps et de tous les siècles. En effet, l'admiration de la postérité peut être mensongère, mais l'estime des contemporains ne l'est jamais.

L'homme dont la vie est un mélange de

bonnes et mauvaises actions peut espérer qu'un

jour, au point de vue général de la postérité, le

bien de son existence l'emportera sur le mal

qu'il a fait, et il peut croire encore dans le juge-

ment bienveillant que 1rs peuples à venir prononceront sur lui; niais il ne pourra jamais compter sur le jugement favorable, sur l'estime de ses contemporains.

Au contraire, l'homme dont la vie est continuellement honorable, utile et bienfaisante; qui recueille chaque jour les suffrages et les bénédictions de ses semblables ; qui, à la fin de sa carrière, reste pur, comme l'or, après avoir été soumis à la coupelle de l'observation publique; qui jouit enfin, de son vivant, delà considération générale, doit être réellement heureux et fier de l'estime de ses contemporains, de l'honneur et de la réputation que lui ont mérités son beau caractère, sa loyale et noble existence. Cet homme n'a pas à s'inquiéter de l'opinion de la postérité, elle lui est complètement assurée par les témoins de son temps; car l'histoire n'est que l'écho de la voix des contemporains; car, là où les contemporains n'ont rien dit, l'histoire se tait; car, là où les contemporains ont parlé, l'histoire juge; car, là où la postérité raconte, l'histoire rectifie et prononce.

Aussi, quand un grand citoyen vient de mourir, quand il emporte avec lui dans la tombe les témoignages de sympathie, de regrets et d'admiration, non-seulement de ses amis, mais encore de la multitude, ce n'est pas pour l'instruction et l'édification de ses contemporains qu'il convient de rapporter les actions et les phases intéressantes de la vie de ce grand citoyen ; les contemporains ont connu l'homme, ils l'ont apprécié et l'ont jugé ; ils ont vu ses œuvres, ils en ont reçu les vives impressions et ils en ont pris les bons exemples; ils savent, à eux tous, plus que ne peuvent savoir les mieux instruits sur l'histoire de ses jours; ils ont tout vu ou tout entendu; on n'a plus rien à leur apprendre, si ce n'est quelques-uns de ces détails intimes qui restent, le plus souvent, dans le domaine privé de la famille ou dans les pieux souvenirs des camarades d'enfance.

Mais les heureux témoins de cette belle existence, de cette honorable vie, ne peuvent pas toujours durer sur la terre, ils ne peuvent donc pas toujours raconter les faits accomplis sous

leurs yeux : leurs réeils, passant de bouche en bouche, s'altéreraient bientôt ou iraient s'ensevelir avec eux dans le silence du sépulcre. Il faut donc, pour que la pensée des contemporains, pour que la tradition orale soient gardées fidèles aux générations futures, qu'elles soient conservées dans les écrits; mais, pour atteindre ce but, elles doivent être recueillies avec tout l'intérêt et tout le soin qu'impose la vérité et avec toute la franchise que commande l'histoire.

C'est dans celle pure intention que nous allons essayer de retracer la vie d'un homme de bien, d'un magistrat habile et intègre, d'un courageux citoyen : la vie de M. Gabriel Delessert, directeur honoraire de la caisse d'épargne, grand officier de la Légion d'honneur, grandcroix de Tordre royal de Sainte-Isabelle la Catholique, commandeur de l'ordre de Belgique, etc.,, ancien général de la garde nationale de Paris, ancien maire de la commune de Passy, ancien préfet du département de l'Aude, ancien préfet du département d'Eure-et-Loir,

ancien préfet de police, ancien conseiller d'État et ancien pair de France.

Nous avons connu , pendant plus de vingt ans, M. Gabriel Delessert; nous l'avons suivi, pendant plus de onze ans, dans sa vie politique; nous l'avons vu, jour et nuit, au travail, pour la tranquillité, pour le bonheur, pour la gloire de son pays. Nous .pouvons donc parler de lui et l'apprécier, comme il le mérite, avec toute connaissance de cause. Nous serons sincère, car nous réglerons sans cesse notre opinion et notre jugement sur l'exactitude des faits et nous serons aussi impartial que froid dans l'exposé et dans l'examen de sa vie, voulant nous rappeler que M. Gabriel Delessert fut constamment l'ennemi juré de l'exagération en toute chose et surtout quand il s'agissait de lui-même.

En faisant d'abord connaître la famille de M. Gabriel Delessert, nous ne rendrons pas seulement un nouvel hommage à des hommes qui ont bien mérité de leur pays el'qui ne doivent point être oubliés; nous ferons encore mieux comprendre que M. Gabriel Delessert n'a

dû, pour ainsi dire, que regarder aulour de lui et que prendre modèle sur son père et sur ses frères pour devenir ce qu'il est devenu : un courageux citoyen, un honnête homme par excellence.

Nous n'avons pas la pensée, en nous exprimant de la sorte, de vouloir amoindrir le mérite personnel de l'honorabilité et du beau caractère de M. Gabriel Delessert; nous voulons, au contraire, faire voir, par cet exposé, qu'il y a des familles, en France, où la vertu, les talents et la gloire sont héréditaires, et que la famille des Delessert ne le cède eu rien aux familles des Harlay, des Audran, des de Candolle, des La Rochefoucauld et des Vernet.

M. Gabriel Delessert est issu d'une des anciennes et honorables familles de négociants du xvi* siècle, auxquelles le commerce français doit sa véritable origine et dont la France sait ajuste litre s'enorgueillir encore.

Vers le milieu du V siècle, l'industrie do la soie fut transplantée des lointaines régions de l'Asie dans la contrée connue plus lard sous le nom de Turquie européenne, et l'ancien nom

historique d'une partie de ia Grèce fut, pour celle cause, changé en celui de Morée, afin de désigner plus spécialement le pays fertile des mûriers. Ce pays, aujourd'hui presque inculte, était jadis le point central de la plus riche industrie de l'Europe; mais, au xii e siècle, Roger I" envahit la Morée, détruisit le commerce de ses ennemis et rapporta en Sicile, comme principal fruit de sa victoire, l'art d'élever le mûrier et l'art de fabriquer la soie. Gènes et Venise se livrèrent bientôt avec le plus grand succès a cette double industrie. Le mûrier fut cultivé en grand, les soies y furent habilement préparées pour le temps et de nombi-eux métiers s'établirent dans toute l'étendue des Étals vénitiens. Au commencement du xvr siècle, Gènes était arrivée à posséder 25,000 métiers pour la fabrication de la soie ; mais, un siècle plus tard, celte ville opulente ne comptait plus que 4,000 métiers en activité. La cause de celte si rapide décadence est due au labeur incessant des grandes nations de l'Europe moderne : depuis le xvi f siècle, d'habiles commerçants avaient intro-

duit chez elles la culture du mûrier et s ciaient • livrés ardemment à cette industrie nouvelle. Leurs efforts avaient été couronnés du plus brillant succès, cl ils avaient enlevé à leur profit les 21 ,000 métiers entretenus par la ville de Gènes.

La France, après le Piémont, eut sa bonne part dans cet éclatant triomphe, et la famille Delessert, depuis longtemps établie à Lyon, fut une des premières à doter son pays d'une industrie déjà si prospère, encore si riche d'espérance et dont Colbert, ainsi que Henri IV, comprit toute l'importance et tout l'avenir.

La famille Delessert, presque aussitôt que Luther et Calviu firent éclore en Fiance les premiers germes de leur nouvelle Église, embrassa la religion réformée ; elle eut a supporter avec ses adhérents tous les malheurs politiques, toutes les guerres intestines qui ensanglantèrent celte funeste époque. L'immortel édit publié à Nantes par Henri IV, le 13 avril 1598, lui rendit l'espoir, la paix et le bonheur. Elle commençait à voir se relever sa maison et son industrie, à voir renaître dans son pays le commerce et la

liberté de conscience, si longtemps anéantis par le fléau des discordes civiles, lorsque l'édit de pacification signé par Henri IV et juré par Louis XIII fut révoqué par Louis XIV, le 17 octobre 1685.

Cet acte, aussi désastreux que violent, porta à la prospérité et à la civilisation de la France un effroyable coup dont elle eut bien longtemps à souffrir avant de pouvoir se relever. Des niasses d'ouvriers, d'artistes, d'inventeurs, de commerçants, de capitalistes, d'officiers et de marins désertèrent le sol de la pairie; cl les nombreux avantages que les grands établissements de Colbert avaient donnés à la France sur l'industrie des nations rivales furent par ce cruel édit complètement perdus.

La révocation de l'édit de Nantes et la mort de Colberl sont dans la vie de Louis XIV le point d'intersection entre sa grandeur et sa décadence. De ce moment, le vertige du pouvoir absolu tourna la tète au grand roi, et la France sentit peser sur elle le joug fatal de rabaissement et du malheur.

Louis XIV , en signant la révocation de l'édit de Nantes, ne commit pas seulement un crime envers d'honnêtes et dévoués sujets, il commit une faute impardonnable envers son pays. D'un trait de plume, il chassa ainsi plus de 200,000 hommes actifs, instruits et probes, versés dans les sciences, dans les arts, dans l'industrie, dans le commerce, et plus aptes, plus attachés que les autres citoyens à leurs professions utiles et glorieuses, à cause de la malveillance des catholiques, qui les tenaient en rigueur, cl aussi à cause des obstacles qui les éloignaient des fonctions publiques et des bonnes grâces de la cour.

Alors la famille Delessert , connue et distinguée déjà depuis de longues années, à Lyon, pour son commerce important des soies comme pour ses opinions réformistes, fut obligée de s'exiler et alla s'établir en Suisse. Elle y vécut heureuse au sein de la nouvelle religion, mais heureuse comme on peut vivre loin de sa patrie quand on y a laissé des amis, quand on a toujours pour son pays des sentiments d'amour et

d'affection. Son dépari se fil avec un lendre et sincère esprit de retour. Sa pensée fut toujours pour la France, et quand l'horizon politique s'éclaircit un peu, quand le pouvoir nouveau eut reconnu les profondes erreurs du pouvoir passé, il fut permis à la famille Delessert de solliciter sa rentrée au foyer de ses pères. Ce fut sous les premières années de la régence de Louis XV, vers 1718, que celte famille si longtemps exilée obtint la faveur insigne de revenir en France et qu'elle alla de nouveau se fixer à Lyon.

M. Étienne Delessert, né dans celte ville, le 30 avril 1735, et père de MM. Benjamin, François et Gabriel Delessert, seconda, dès son jeune âge, sa famille dans le rétablissement de son industrie. Il montra une si vive ardeur aux affaires, et il fit si bien par l' habileté, par l'excellence, par la sagesse de sa conduite commerciale , qu'en peu d'années il éleva 4a maison paternelle, confiée à ses soins, à la hauteur des premières maisons de sa ville natale.

g C'est, a-ton du dans un magasin lyonnais que Colbert apprit les mystères d'une prospérité nationale fondée sur l'ordre et la prévoyance, fécondée par l'économie; c'est aussi à Lyon qu'Etienne Delcssert puisa les mêmes enseignements, source et secret de son imposante fortune. >» Désireux de développer sur un plus vaste plan ses ressources financières et ses conceptions industrielles," M. Etienne Delessert quilta Lyon, en 1777, et transporta à Paris sa maison de banque et de commerce. 11 se plaça, presque aussitôt, au premier rang parmi les capitalistes et les grands chefs de l'industrie? française.

Dans son opulent hôtel de la rue Coq-Héron, M. Étienne Delessert recevait, avec la plus noble et la plus cordiale hospitalité, les hommes supérieurs à la fois par leur génie et par leurs vertus. 11 y vit souvent Walt, l'un des inventeurs des machines à vapeur; de Candole, le bienfaisant banquier génevois, et son fils Augustin, le célèbre

' Charles Dupin : Travaux et Bùmfuils de M. te buron Benjamin Delessert. 18Ô7.

botaniste ; Franklin, le savant, le sage, l'illustre défenseur de l'indépendance américaine; Jean- Jacques Rousseau, le philosophe, le musicien, l'herboriseur de Genève et d'Ermenonville, le grand écrivain de la France. Assurément, le contact et les enseignements journaliers de tels hommes ont dû donner d'utiles et bons exemples comme de libérales et bienfaisantes inspirations à la jeune famille d'Étienne Delessert, qui se composait de neuf enfants, mais qui, en 1786, ne comptait plus que deux filles et cinq garçons. Assurément, M. Élienne Delessert voulut conserver, dans son souvenir et dans son cœur, la mémoire de ses deux plus célèbres amis, en donnant leurs prénoms à deux de ses fils. En effet, l'un s'appela Jean Jacques et l'autre Benjamin. Jean- Jacques, faible, délicat et d'une mauvaise santé, ainsi que son illustre patron génevois, est mort jeune et en 1779. Nous verrons que Benjamin, que François et que Gabriel Delessert, à qui la Providence permit d'atteindre non-seulement l'âge viril, mais encore de parvenir à un âge avancé, se sont rappelé les leçons et les ensei-

gnemenls de leur père, ainsi que les conseils et les préceptes des glorieux hôtes de leur maison.

Guidé plutôt encore par les élans de son cœur que par les initiations de Franklin, M. Éticnne Delessert fît tourner sa richesse au bien-être et a l'instruction des classes ouvrières. Il dota la capitale de deux écoles primaires à l'usage des enfants de la religion réformée, et ces deux écoles, grâce aux sentiments généreux et charitables de ses fils, sont encore, aujourd'hui, debout et prospères.

Pendant la guerre d'Amérique (1777), l'industrie des soies éprouva une crise qui priva longtemps d'ouvrage une multitude d'ouvriers; les manufactures de Paris et de Lyon furent presque toutes fermées. Un chômage si général et si prolongé pouvait compromettre l'existence d'un grand nombre de familles pauvres et bouleverser la paix publique. Sollicité par d'honorables influences, Louis XVI confia plusieurs millions a l'expérience de M. Etienne Delessert, afin de remédier à cet imminent péril.

Par son influence sur le commerce et par d'in-

génicuses combinaisons, M. Etienne Delessert parvint à faire rouvrir les ateliers fermés, à rétablir la confiance dans le pays et à ramener le travail, la joie et le bonheur dans la classe ouvrière. La France se releva de sa chute ; le peuple fut sauvé. M. Etienne Delessert fut au comble de ses vœux.

Mais celte prospérité ne fut pas de longue durée ; le gouvernement de Louis XVI plia bientôt sous le poids de ses fautes et s'écroula soudainement comme un palais antique et ruiné.

Un malheur de famille se mêla alors aux malheurs de la pairie. M. Etienne Delessert vil son troisième fils, Etienne, obligé de quiller la France, en 1792, pour avoir défendu, le 10 août, le château des Tuileries, avec la garde nationale et les Suisses, contre les fédérés marseillais et les révolutionnaires; et, deux ans plus tard, pendant qu'il était en prison a Paris, il reçut la triste nouvelle de la mort de ce fils , exilé aux Etats-Unis. La déchéance de Louis XVI venait d'élre prononcée , un trône de quatorze siècles venait d'être renversé. La révolution française

alors se rua ainsi qu'un fleuve débordé el bouleversa tout ainsi qu'un torrent. Les lois, les institutions, les coutumes et les mœurs changèrent comme par enchantement. Tout devint nouveau, tout parut bien et beau, d'abord. La famille De- Icssert sembla se consoler de ses chagrins domestiques et applaudit, de même que tout le monde, à ce changement politique et moral, qui paraissait présager pour chacun un avenir meilleur.

A celle époque, M. Benjamin Delessert, le seul desfilsdeM. Etienne Delessert, alors, en âge viril, fut atteint par la levée en masse qui demandait plus d'un million d'hommes h la Fi ance el qui mit 800,000 soldais sur pied. Il entra dans l'école d'artillerie de Meulan, el en partit bientôt après, élevé par ses camarades au grade de capitaine. Il fit la campagne de Belgique sous Pichegru et fut nommé aide de camp du général Kilmaire.

Il se distingua en plusieurs rencontres et justifia pleinement le choix de ses camarades aux sièges de Maubeuge et d'Ypres. 11 se signala enfin, par sa présence d'esprit et par son courage, dans la citadelle d'Anvers, dont il avait reçu le comman-

dément par intérim. Pendant que le jeune Benjamin Delessert combattait au dehors pour la France et illustrait son nom par des hauts faits, la persécution lâche et sanguinaire des maîtres actuels de son pays jetait en prison les fermiers généraux, les grands manufacturiers et les riches négociants de Paris. M. Élienne Delessert ne fut pas épargné , malgré tout sou dévouement à sa pairie, malgré tous ses bienfaits pour les classes malheureuses. Son indignation, hautement manifestée contre les crimes que l'on commettait au nom de la nation et de la liberté, le fil porter sur les fameuses listes de proscription. Si la mauvaise santé de M. Etienne Delessert ne fut pas un obstacle h son arrestation sa mauvaise santé fil, du moins, surseoir à son jugement. On sait les cruautés du régime révolutionnaire, et

' M. Éticnnc Delessert fut d'abord mis en prison îi Porll.ibre (c'est-à-dire a Port-Royal), nie du Faubourg-Saint- Jacques ; il fut ensuite écroué, le 2 août 1791, h la Conciergerie, el il fol transféré, le 4 3 août, de celle prison a la maison dite de Belhomme , rue de Charonne. Revenu presque aussitôt à la Conciergerie, il en fut extrait le 20 mars 4791 pour être envoyé à l'hospice, d'où il fut enlin rendu i la libel lé, le 31 aoni de la même année.

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