‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 10 sur 40 · SES METHODES · texte numérisé non relu

SES METHODES

Voulant détourner son pays des nations qui s’étaient constituées les défenseurs du Droit, de l’Honneur, de la Civilisation, M. Bourassa n’eût qu’à employer les procédés de ses amis et on le varra, comme eux “embrouiller les faits, confondre les dates, passer sous silence les témoignages les plus authent.ques” ; user du mensonge et de la diffama. ion ; recourir à l’intimidation et comme dernière ressource presque fomenter la revo.te.

Dieu me garde d'exagérer l'attitude prise par le directeur du “Devoir”, et pour ne pas dépasser la mesure je me contenterai de mettre devant mes lecteurs les pièces justificatrices.

Embrouiller les faits a été surtout l’habileté de notre grand dialecticien. J’ai déjà démontré au chapitre précédent, comment il s’y prenait.

Quand toutes les sommités civiles, religieuses et militaires des grandes

nations viennent dire que c’est pour sauver la civilisation qu’elles ont convié le Canada a se joindre à elles, M. Bourassa, lui, prétend et se fatigue les méninges a démontrer que c’est pour l’Angleterre que le Canada combat.

Suana ^es chefs politiques et ecclésiastiques de l’Entente proclament que 1 Angleterre est entrée dans le conflit, pour sauver la Belgique et aider la rrance, M. Bourassa, lui, soutient que c’est pour la sauvegarde de ses intérêts.

Aux écrivains, aux hommes d’Etat et d’Eglise, qui disent que le grand ennemi de l’humanité c’est le militarisme et le pangermanisme allemands, M. Bourassa, lui, répond que c’est l’anglo-J3axonisme.

ï. ^,.^ous, ceux qui demandent au Canada de faire son effort pour mettre fin a 1 impérialisme allemand, M. Bourassa riposte en les adjurant de démolir avant tout l’impérialisme anglais.

Qu’on vous dise que la France s’est levée pour défendre la Belgique et pour lui aider à faire respecter la parole jurée, et M. Bourassa vous dira que c’est pour reprendre l'Alsace et la Lorraine que la France se bat.

Allez prétendre que la Russie a sorti son épée du fourreau pour punir l’Autriche de vouloir écraser la Serbie, et vous entendrez M. Bourassa vous affirmer que la Russie ne veut rien autre chose dans cette guerre que l’expansion du panslavisme et la conquête de Constantinople.

Si vous vous apitoyez sur le martyre de la Belgique, M. Bourassa n’unira pas sa sympathie à la vôtre et trouvera des mots pour dire qu’en somme tous les pays du monde, et l’Angleterre la première, ont fait autant que l’Allemagne..

Veut-on maintenant des preuves des assertions de M. Bourassa; on n’a que l’embarras du choix tant elles sont nombreuses.

Dans le “Devoir” du 17 juin 1916, on lit une lettre de M. Bourassa à M. Maurice Hodent de Paris. Voici comment le directeur du “Devoir” juge l’entrée de l’Angleterre dans le conflit:

“ Elle (l’Angleterre) a réussi à entraîner le Canada et les autres pa>s autonomes de l'Empire dans cetts guerre non pas pour assurer le salut de, la France et la liberté des petits peuples, mais pour imposer au monde l’anglo-saxonisme.”

Dans la même lettre M. Bourassa écrit :

L’écrasement de l’Allemagne ne voudra pa3 dire seulement le triomphe de la France, mais aussi celui de la Russie et de l’Angleterre.”

Le 18 janvier 1916, M. Bourassa ne disait-il pas dans son journal :

“ Le joug anglais n’e3t pas plus légitime que le joug allemand.”

Ou encore :

11 Le militarisme anglais, aussi aveugle, aussi dominateur, aussi étroit que le militarisme allemand.”

C’est encore embrouiller les faits que d’affirmer comme M. Bourassa que la participation du Canada a été forcée. (“Devoir”, 7 oct., 1916.)

A M. Hodent M. Bourassa disait encore :

“ Ce n’est qu’à partir du jour où l’Angleterre a vu dans l’Allemagne une rivale possible de sa puissance maritime et économique qu’elle s’et tournée du côté de la France et de la Russie pour combattre les prétentions arrogantes de l’Allemagne.”

Toujours à M. Hodent, M. Bourassa déclare :

“ Nous savons trop à quoi nous en tenir, nous, sur la pensée inspiratrice de la politique impériale anglaise, sur ses tendances et ses procédés, pour ne pas nous rebiffer contre toutes les phrases à effet sur la civilisation, la liberté des peuples et le respect des traités lorsque ces phrases sont débitées par des bouches anglaises. .Comment l’Empire britannique s’est-il édifié ? Par la conquête et la spoliation, par le mépris des traités, du droit des gens et de la liberté des peuples.

La France qui fut toujours champion du Droit ne trouve pas grâce devant M. Bourassa ; lisez plutôt ce qu’il dit encore à M. Hodent :

“ A leurs yeux (les Français) la guerre est surtout une guerre francoallemande et la conséquence de la conquête de 1870.

On trouvera nlus loin dans mes lettres au Canada, ce qu’il faut aussi penser de l’affirmation de M. Bourassa quant à la Russie.

Passer sous silence les témoignages les plus authentiques est surtout le faible de M. Bourassa. Parcourez toute la série de ses articles et de ses discours depuis la guerre et vous vous rendrez compte encore mieux de sa façon de procéder. Il vous apportera bien le témoignage d’un nommé Morel, mais c’est celui d’un homme compromis dans toute l’Angletere. Il vous donnera L’opinion d’un nommé Curtis comme celle d’un grand homme mais Curtis avouera qu’il ne représente personne autre que lui-même. Le directeur vous amènera encore le témoignage du vicomte Bryce, de lord Roberts, de lord Beresford, mais il aura eu le soin de n’en citer qu’un bout de phrase détaché du contexte.

Vous lirez encore dans le Devoir l’opinion de tel ou tel homme public anglais, d’un écrivain hindou, d’un publiciste russo-juif, mais il prendra bien garde de donner leurs noms.

Il ira jusqu’à se réclamer du témoignage de Benoît XV, mais ce ne sera qu’un extrait d’une lettre, dont le texte condamnerait les avancés de M. Bourassa.

I! recourra à des déclarations des évêques canadiens, mais il en élaguera les passages qui pourraient le compromettre.

Le mensonge et la diffamation ont été des armes favorites pour le directeur du Devoir. Dans chacun de ses articles on en lit presqu’à chaque paragraphe. C’est un mensonge qu’il fait quand il déclare que notre participation à la guerre a été forcée. C’est un mensonge qu’il profère quand il prétend que c’est la Russie qui a fait déclarer la guerre. C’est encore un mensonge qu’il écrit quand il affirme que la France ne se bat que pour la conquête de ses provinces perdues.

C’est de la diffamation que fait le directeur du Devoir quand il accuse l’épiscopat canadien d’être l’instrument de l’impérialisme anglais ; c’est de la diffamation encore que de dénoncer sir Wi'frid Laurier comme un valet de l’empire. Et que d’autres exemples je pourrais encore citer.

L’intimidation a aussi été une des ressources de M. Bourassa. Que de fois il a écrit et répété que l’entrée du Canada dans la guerre signifierait la perte de notre autonomie, et de notre liberté ; que notre intervention nous amènerait la ruine et tous les fléaux.

La révolte a encore trouvé dans le directeur du Devoir un apôtre des plus zélés. Jamais depuis la guerre, M. Bourassa a tant parlé de l’indépendance du Canada ; jamais il n’eut plus d’éloges pour Casement qui a payé de sa tête sa lâche trahison jamais il n’a écrit et dit autant d’invectives à l’adresse de l’Angleterre et eut tant de sarcasmes pour ceux qui prêchaient l’union et l’harmonie des races au Canada.

N’est-ce donc pas la méthode allemande que le chef nationaliste emploie depuis trois ans pour nous détacher de l’empire? Et s’il eut fallu le prendre au sérieux n’y a-t-il pas longtemps que le lien britannique aurait été rompu?

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