M. BOURASSA ET LA FRANCE
Dans son discours de Nicolet, M. Bourassa a aussi eu sa boutade haineuse contre la France.
On dit que sûrement le chef nationaliste a manqué là de tact et de décence.
Je vous avoue que je m’explique difficdement l’antipathie de M. Bourassa pour la France. Que M. Bourassa n’aime pas le régime actuel qui gouverne notre ancienne mère-patrie, ce n’est pas une raison pour qu’il profite d’une époque où la France fait l’admiration du monde pour lui reprocher ses fautes. L’héroïsme de la France, son dévouement pour les nations malheureuses meme son admirable “ Union sacrée” devraient lui épargner les injures d’un homme comme M. Bourassa.
A Nicolet, le chef nationaliste a reproché à la France de nous avoir abandonnés il y a 150 ans. Voyons, il me semble qu’il n’est pas plus juste de reprocher à la France de 1916 de nous avoir abandonnés en 1760, qu’il serait juste de reprocher à M. Bourassa l’abandon par son grand-père Papineau des Patriotes en 1837.
Je veux croire que la France monarchique comme la France républicaine n’a pas toujours eu pour nous toutes les attentions; mais faut-il pour cela que plus jamais nous ayons de sympathie, d’affection pour 'la grande nation qui nous a donné la vie, et que nous la laissions périr.
Que ja France veuille rendre plus étroits ses rapports avec son ancienne colonie et vous verrez M. Bourassa nous dire de nous méfier. Il ne verra plus alors que la France anticléricale, que la France socialiste, que la France maçonnique. Vous verrez si je me trompe.
Parlant encore de la France, M. Bourassa se fait fort d’affirmer qu’au cas où le Canada serait attaqué par les Etats-Unis, où que les Canadiensfrançais jetés dans la gueire c vi e, seraient attaqués par les jaunes de l’Ontario, la France ne viendra pas nous secourir. Qu’en sait-il?
Pourtant l’histoire de la France vient ]e démentir. Louis Veuillot, po’m lequel M. Bourassa a une faiblesse, a écrit des pages admirables sur sa noble patrie pour démontrer que toujours elle fut prêtre et soldat. D’ailleurs M. Bourassa n’ignore pas que la France n’a jamais laissé opprimer un peuple. La France n’a-t-elle pas aidé à la Belgique en 1830 à reconquérir son indépendance? La France n'’a-t-ejle pas volé au secours de la Grèce en 1826 pour lui aider à reconquérir son indépendance? La France n’a-t-elle pas en 1859 aidé l’Ital e à reconquérir la Lombaidie rt le Mi anVs. La France n’a-t-elle pas en 1776 aider les Etats-Unis à conquérir leur indépendance? Et que d’autres grands faits ne pourrais-je pas apporter pour démontrer le désintéressement et l’empressement de la France à courir au secours des peuples opprimés! Laissons de côté l’hypothèse d’une guerre civile au Canada, - — hypothèse que seul M. Bourassa peut caresser, s’il ne la cultive pas — et supposons que les Etats-Unis nous attaquent; qu’est-ce qui permet à M. Bourassa d'e dire que la France ne viendra pas nous secourir?
“On pense” du discours de Nicolet que M. Bourassa eut pu s’exempter de parler de la France dans les termes dont il s’est servi ; c’eut été plus convenable et plus décent.