‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 34 sur 40 · LES PAPES ET LA FRANCE · texte numérisé non relu

LES PAPES ET LA FRANCE

Est-il une nation de la terre à laquelle les papes ont donné autant de preuves de leur estime, je dirai mieux, de leur amour? M. Bourasia peut-il me contredire sur ce point. Si les Papes ont tant et tant fait preuve d’attachement à celle que Léon XIII proclamait la “Nobilissioma Gallorum Gens” pourquoi irions-nous les démentir. Oh! pas n’est besoin de remonter le cours des siècles pour prouver cet amour, cet attachement du Saint-Siège pour la France.

C’est depuis quarante ans surtout qu’on parle de l’anticléricalisme et de l’athéïsme de la France. Voyons donc si, malgré cela les Panes ont moins aimé notre ancienne mère-patrie. Léon XIII, Pie X et Benoit XV, les trois derniers vicaires de Jésus-Christ, ont peut-être eu plus qu’aucun autre à négocier avec elle en des temps difficiles, et aucun d’eux n’a manqué jamais de témoigner à cette “athée’1’ (disons-le pour faire plaisir à M. Bourassa) leur affection la plus sincère.

LEON XIII est celui des trois Souverains Pontifes qui a le plus causé avec la France. Tl faudrait tout un grand ouvrage pour relever toutes les marques de sa sollicitude. Je me bornerai à l’extrait d’une lettre que Sa Sainteté écrivait le 30 décembre 1893 à Mgr Fonteneau, archevêque d’Albi :

“Notre confiance, disait Léon XIII, est encore relevée et affirmée par le caractère de la nation française, qui se porte vers le caractère de la na-, tion française, qui se porte vers tout ce qui est noble et droit. Grâce à cette disposition on trouverait à peine un pays qui soit plus fécond en bonnes! oeuvres où qui l’égale par l’excellence de ses mérites envers la religion et envers l’Eglise”.

Et PIE X sous le pontificat duquel fut perpétré l'Acte d’abandon du Saint-Siège par la France officielle, disait à M. Camille Bellaigue, un de ses eamériers qui était allé l’interviewer pour les “Lectures pour tous.”

“La France ne sera pas détachée de l’Eglise, à laquelle, durant tout le cours de son histoire, et malgré tant d’efforts tentés pour les désunir, elle est demeurée fidèle. Et qu’on ne prétende pas, au moins, que l’Eglise l’abandonne. Vous ne trouverez pas, dans le Livre Blanc tout entier, une seule phrase bd seul mot contre votre pays...” (Pie X et Rome p. 61).

Se rappelle-t-on aussi cet incident touchant qui s’est passé à Saint-Pierre de Rome lors de la cérémonie de la béatification de Jeanne d’Arc en 1909.

Voici en quels termes M. Camille Bellaigue raconte cette scène qui provoqua la plus vive émotion et souleva le plus bel enthousiasme :

“Quand le pontife, en se retirant, traversa, porté sur la “sedia”, la nef centrale de la basilique, un drapeau français, qui dominait la foule, s’inclina devant lui. .Le pape, étendant la main, le prit, l’approcha de sa bouche. Alors, de quarante mille poitrines un seul cri s’échappa, comme si les lèvres de Dieu même avait, dans ce baiser, touché la robe de la patrit .

A-t-on jamais vu manifestation d’une affection si tendre envers aucun autre pays. Avec le psalmiste pourrions-nous écrier: Non fecit taliter omni nation!.

BENOIT XV n’a pas moins que ces prédécesseurs donné à la France, les témoignages de la plus vive bonté. Que de faits pourrions-nous consigner ici à l’appui de cette affirmation. Par exemple M .Fernand Laudet, ancien attaché d’embassade au Vatican, disait dans une conférence faite à Paria, le 11 férier 1916, en parlant de la France et le Saint-Siège:

“Oui, malgré la séparation, malgré un malheureux abandon, que nous

avons fait en 1905, et sur lequel je n’insisterai pas, le Saint-Siège nous a gardé une fidélité inlassable, le peu qui nous restait de notre protectorat.”

Et pour le prouver, M. Laudet racontait avec quel empressement Benoit XV enjoignait aux communautés religieuses en Orient de garder le drapeau français quand elles l’abandonnaient.

C’est encore un témoignage de l’amour qu’il garde à la France “athée” officiellement que le choix de Benoit XV d’appeler à faire partie de son gouvernement le plus grand nombre de prélats de France, après l’Italie.

Combien émouvante et pleine de bonté est la lettre adressé au cardinal Amette par le cardinal Garparri, secrétaire d’Etat de Sa Sainteté, le 23 avril

Je ne puis résister au plaisir d’en citer un extrait:

“Vous n’ignorez pas quel douloureux retentissement ont eu dans le coeur du Saint-Père les désastres causés par la terrible guerre qui étend ses ravages sur l’Europe entière. Vous n’ignorez pas non plus combien Sa Sainteté s’est appliquée à faire ce qui était en son pouvoir pour en adoucir les funestes conséquences, sans aucune distinction de parti, de nationalité, ni de religion.

“Toutefois, il est bien naturel que la sollicitude du Pere commun des fidèles se tourne de préférence vers ses fils qui témoignent plus vivement leur respect et leur affection à son égard.

“Parmi eux méritent une mention particulière ses Fils de France, les enfants de cette nation qui, à juste titre, a été appelée la fille ainée de l’Eglise, qui donna toujours des preuves splendides de sa générosité pour les oeuvres catholiques, spécialement pour les Missions, et qui présente en ce moment, et depuis plusieurs mois, d’un bout à l’autre de son territoire, à l’armée, comme dans les ambulances et les hôpitaux et jusque dans la moindre bourgade des manifestations éclatantes de foi et de piété, dont le Saint-Père est grandement consolé.”

Toute cette lettre, qui fit le tour de la presse du monde, qui fut même publiée dans le journal de M. Bourassa, est ainsi remplie de tendresse et c’est dans cette lettre que Benoît XV adressa la somme de 40,000 francs pour le soulagement des malheureuses victimes de la gnerre.

C’en est assez des témoignages pour établir combien est injuste et méchante la diffamation de notre écrivain “catholique” qui veut en remontrer aux personnalités les plus grandes de la catholicité.

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