II— LA FRANCE OFFICIELLEMENT ATHEE
Autant il met de haine à parler de l’Angleterre protestante, — autant M. Bourassa met de dégoût à parler de la “France officiellement athée”. Pourtant il ne faut pas avoir peur des gros mots du directeur du “Devoir” et pour montrer encore comme il est injuste j’apporterai ici le témoignage de Mgr Baudrillart, de Mgr Batiffol, des trois derniers papes: Léon XIII, Pie IX et Benoit XV.
Avec cela je compte satisfaire les plus exigeants, les plus encroûtés de “bourassisme”.
Il me tarde de citer ici line admirable page de la conférence de Mgr BAUDRILLART en date du 24 mars 1916.
Voici en quels termes l’éminent prélat répond à ceux qui, à l’instar de M. Bourassa nous parlent sans cesse de l’athéisme de la France :
“Quant aux reproches faits à la France, s’ils sont vrais en ce qui concerne l’attitude officielle et certains actes de son gouvernement, ils ne te sont plus quand ils visent la nation elle-même. Il sera difficile, je le crois, de faire comprendre aux étrangers la situation complexe en vertu de laquelle des élections faites sur le terrain politique, sur des questions de personnes et sur des intérêts locaux, ne représentent pas i’état moral et religieux de la nation tel qu’il est. Comment leur faire admettre que te! candidat radical, da ns son pays égrènera publiquement un chapelet, promettra des fonds au curé, soutiendra les soeurs, l’école chrétienne, les congrégations, sans que ses électeurs voient la portée de ses actes, parce qu’ils le tiendront personnellement pour un brave homme? Pourtant c’est un fait, et nous avons le droit d’affirmer que la représentation politique de la France n’est pas en tout la représentation vraie de la France.
C est un fait aussi que la France est féconde en oeuvres catholiques, animées, du plus pur esprit chrétien; qu’elle en compte même plus que toutes les autres nations; que la plupart des familles françaises non seulement observent la loi morale, mais sont étroitement unies; — que les maris aiment
leurs femmes et les femmes aiment leurs maris - ; que les enfants respec-
tent leurs parents et les aident dans leurs vieux jours; et que, si ces familles ne font, guère parler d’elles, à côté de celles dont on se plait à étaler les tares, c est^ que, chez nous, autant le mal est fanfaron, autant le bien est; modeste; c’est un fait que, par ceo oeuvres et par ces familles l’action du; peuple français dans le monde reste une action chrétienne et sert l’église de mille manières, à commencer par l’abondance de ses dons et la propagande cie ses missions; c est un fait enfin que, meme dans ses écarts, la France garde un fond de généroisité et de charité qui s’inspire du christianisme ; et ce sont ces faits que la Papauté a toujours reconnus et qu’Elle reconnaissait hier encore en proclamant que la France est et demeure la Fille aînée de l’Eglise”.
Le révérend Schroers, un écrivain allemand, professeur de théologie catholique à l’Université de Boon, avait, lui aussi, entrepris de faire croire au monde que “la France est déchristianisée officiellement, que le catholicisme se voit douloureusement et entièrement hors du droit.”
Dans une importante étude publiée dans un des ouvrages du “Comité catholique de propagande française à l’étranger” et intitulé L’Allemagne et les Alliés devant la conscience chrétienne, Mgr BATIFFOL, fait bonne justice des prétentions de l’ecclésiastique allemand comme de celles de notre grand rhéteur.
“Vraiment, dit-il, sommes-nous si défunts et si enterrés que voua dites? répond le distingué prélat en parlant de messire Schoers, (p. 207). .N’y a-til de vivants que les fonctionnaires de l’Etat ? Vous nous dites parfaite-^ ment dépouillés de tout droit, (volkommen entrechter), parce que le pape Pie X a préféré pour nous le droit commun à la liquidation que nous offrait la loi de séparation ; le droit commun, qui suffit aux catholiques des Etats- Unis et de l’Empire britannique, est un droit aussi.”
Un autre boche du même acabit, M. Rosenberg s’est aussi mis de la partie en brossant un tableau bien noir de la situation du catholicisme en France et, à lui aussi, comme à M. Bourassa, Mgr Batiffol riposta avec fierté.
Rosenberg avait écrit : “Les ennemis enragés de l’Eglise et les athés, sous la conduite des maçons français radicaux, ont mis dans les fer3 toute vie catholique (...tra ben... ailes Katholische Lehan in Fresseln Gescheîa-, gen). .11 déclare que l’enseignement religieux est exclu des écoles publiques, “sans mentionner, répond Mgr Batiffol, qu’il est donné dans les cathéchismes de nos paroisses, et aussi bien dans les écoles libres par nous créées et entretenues. . . Il énonce que “les églises, les presbytères, les séminaires, les évêchés ont été repris par l’Etat, sans mentionner que les églises sont demeurées à notre disposition.” “Le budget des cultes est supprimé”, continue M. Rosenberg, sans dire que des pensions viagères sont servies aux prêtres qui étaient en fonctions en 1906, et que les églises sont entretenues par les communes...”
Mais pour satisfaire les plus intransigeants, pour ne pas demeurer en reste avec M. Bourassa, qu’il me soit permis de verser au dossier une autre pièce non moins précieuse, non moins éloquente, je veux dire, le témoignage de Son Eminence le cardinal Amette, archevêque de Paris.
Dans une lettre qu’il écrivait au Comité Catholique de Propagande française à l’étranger, Son Eminence disait :
“ Nous les présentons (les ouvrages du comité) avec confiance à nos frères étrangers. ..En les lisant, ceux-ci pourront se convaincre que, dans la lutte actuelle, la France, ainsi que nous l’écrivait hier l’illustre et vénéré
cardinal-archevêque de Malines, “reste fidèle à son rôle séculaire de Gardienne du Droit et Protectrice de la Civilisation.” .Malgré ses erreurs et ses fautes. Elle n’a pas cessé d’être digne du titre que lui ont décerné et conservé les Papes, depuis Anastase jusqu’à Léon XIII, Pie X et Benoit XV : .Elle demeure la Fille aînée de l’Eglise.” .