‹ M. Henri Bourassa au service de l'Allemagne. --Chapitre 37 sur 40 · EN RUSSIE · texte numérisé non relu

EN RUSSIE

Quand je relis l’histoire de la Russie et que je relis les discours, les articles, les ouvrages de M. Bourassa, je ne puis m’empêcher — et tout le monde avec moi — de me demander ce que le chef nationaliste eut fait s’il eut vécu en Russie.

Sans craindre le démenti du directeur du “Devoir”, j’affirme qu il se fut rangé du côté des révolutionnaires russes. Et pour le prouver je n’aurais qu’à montrer l’attitude de défi de M. Bourassa vis-à-vis de l’Angleterre, qui pourtant — il le reconnaîtra — ne nous traita jamais comme l’ancienne Russie a traité les Juifs, les Arméniens et les Allemands même.

Aux jours les plus sombres de notre histoire ; aux cours des années terribles de l’oligarchie anglaise, nos ancêtres ont-ils supporté des exactions, ontils souffert des persécutions comparables à celles que fit subir le gouvernement de l’ancien empire aux populations qui l’habitaient ?

Oui, je reconnais que les patriotes de 1837 et de 1838 n’avaient pas tout à fait tort, (M. Bourassa dira, lui, qu’ils avaient tout à fait raison) de prendre les armes pour conquérir nos libertés. Pourquoi aujourd’hui, le chef nationaliste, descendant de l’un des plus puissants chefs de 1837 blâmerait-il les Russes d’avoir enfin secoué le joug d’une oligarchie bien plus redoutable — parce que meurtrière — que l’oligarchie anglaise.

Et si c’est de la révolution de 1837-38 que nous viennent nos libertés civiles et religieuses, pourquoi M. Bourassa veut-il faire pressentir à ses lecteurs que des jours plus sombres encore attendent le catholicisme en Russie, au point qu’il ne faille pas compter d’y “tout instaurer dans le Christ” par la révolution russe ?

A personne, M. Bourassa ne fera croire qu’il n’eut pas soutenu le mouvement libérateur en Russie ; sinon, il n’est plus qu’un imposteur.

J’ai fini, M. le directeur ; agréez mes remerciements sincères pour la généreuse hospitalité que vous voulez bien me donner ; remerciements surtout pour m’avoir permis de mettre à jour les vilenies de cet homme qui n’a d’autre ambition que de détourner notre pays de la cause qui porte toutes les grandes nations à se lever pour venger le Droit outragé.

Bien à vous,

E. ROUX

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