‹ M. [i.e. Messire] Faillon, prêtre de St. Sulpice: sa vie et ses œuvresChapitre 6 sur 21 · Chapitre Sixième · texte numérisé non relu

Chapitre Sixième

M. Faillon Directeur au Séminaire de Paris. — ySes fonction». — Ses nouveaux travaux.

Ce fut lors de la rentrée des Séminaires en 1829, que M. Faillon fut appelé à la maison de Paris, pour y remplir des fonctions importantes.

En songeant à l'esprit de foi qui l'animait, on comprendra sans peine les vifs regrets qu'il dût éprouver, en quittant le Séminaire de Lyon. C'était là, en effet, qu'il avait accompli ses premiers travaux, et commencé ce saint ministère, objet de toutes ses affections. Il était entré dans cette maison en se donnant tout entier à elle, comme s'il eut dû n'en jamais sortir : il s'était appliqué à ses fonctions avec un tel zèle qu'il ne voyait rien au dessus, et qu'il y avait mis tout son cœur. D'ailleurs, il trouvait là bien des consolations.

Il était dans une contrée qui donnait l'exemple à la France, par la vivacité de sa foi, la profondeur de ses convictions religieuses, par son dévouement à tant de bonnes œuvres au dedans, et au dehors jusqu'aux extrémités du monde. Entouré, chaque année, d'une réunion nombreuse de jeunes lévites dévoués à la piété et aux études, il avait vu surgir de leurs rangs une foule de vocations, aussi généreuses que distinguées : une multitude de prêtres ; beaucoup de prélats émincnts ; quantité de missionnaires dévoués jusqu'à l'héroïsme (1) et dont plusieurs allaient bientôt être honorés de la couronne du martyre. Enfin, on sait que rien ne surpassait, dans l'esprit de M. Faillon, l'estime qu'il avait pour Lyon,

(1) Le Diocèse de Lyon, vers les années où M. Faillon a exercé son ministère, a fourni nombre de prélats éminents: Mgr. Odin, Archevêque de la Nouvelle Orléans ; Mgr. Loras, Evéque de Dubuc; Mgr. Dufêtre, Evtque de Nevers, Mgr. Pavje, Lyonnet, Cœur, etc., et parmi les élèves même de M. Faillon, NN. SS. Pompalier, Bataillon, Retord, Viard, Evoques des Missions.

76 Révérend Messire Faillon,

eette antique église des Gaules, le siège de St. Pothin et de St. Irénée^ la ville des martyrs, la ville aussi des aumônes ; et dans ces derniers teraos, le berceau et le fojer de la grande œuvre de la Propagation de la Foi.

A ces motifs de regret, venait s'ajouter pour M. Faillon, la néces. lité d'interrompre des études qu'il avait commencées sur les Origines de cette grande église du Lyonnais, et la pensée qu'il serait séparé de ce Sanctuaire de Notre-Dame de Fourvières, où il avait été si souvent offrir ses premiers travaux, et demander la bénédiction de la Reine du ciel. On peut donc bien conjecturer dans quels sentiments il quitta cette résidence bien aimée.

Aussitôt qu'il fut arrivé à Paris, on lui fit connaître que l'objet particulier des études qu'il avait cultivées jusque là avec tant d'application, et ion amour pour les antiquités ecclésiastiques, avaient fait penser à lui pour un cours de Patrologie, qu'un voulait établir pour répondre aux vœux des séminaristes. Depuis longtemps on réclamait cette étude des Pères, source à jamais inépuisable de toute instruction chrétienne, et de théologie positive.

M. Faillon entreprit cette tâche avec zèle, mais sans se dissimuler les difficultés qu'il devait y trouver ; il avait une si haute idée de l'étendue et de la sublimité de ces grandes doctrines, qu'il ne se croyait pas encore suffisamment préparé à les exposer. Enfin, comme cet enseignement était nouveau, il fallait qu'il se traçât lui-même le chemin à parcourir, qu'il le fixât les limites qu'il devait s'imposer dans une étude si vaste. Néanmoins, plaçant sa confiance en Dieu, il se mit aussitôt à l'œuvre et afin de donner à cet enseignement un but tout-à-fait pratique et positif, il se détermina à exposer les doctrines des Pères en les rattachant à une explication suivie de la Sainte Ecriture. Il commença donc par l'exposition des six jours de la Création, d'après les interprétations, les commentaires et les réflexions des Pères.

Le succès dépassa ses espérances, et dès les premières conférences l'intérêt et l'admiration des élèves furent portés au plus haut degré. On

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peut juger de l'encouragement qu'il trouva dans ces heureuses dispositions en se voyant ainsi secondé dans l'amour qu'il avait pour l'érudition chrétienne, tandis que sa position à Paris le mettait à même de recourir facilement aux sources et aux origines de la science, dans un centre où sont réunis tant de trésors.

11 venait à peine d'entreprendre ces travaux lorsque, en juillet 1830, éclata tout-à-coup une révolution qui allait mettre les intérêts reli^'ieux dans le plus grand péril. A un gouvernement dévoué à l'Eglise en succédait un autre, élu et organe d'un parti manifestement hostile à la religion. Dans un si grand bouleversement, le clergé de France tout entier fut alarmé ; cependant, malgré ses motifs de crainte, il se confia avec courage à la protection divine et se résolut immédiatement à redoubler d'efforts pour conserver et sauver la foi si menacée dans de telles circonstances. Nous allons considérer à quels dangers se trouva exposée alors la religion, et comment les faits répondirent à cette généreuse confiance. La Restauration, au point de vue moral et religieux, av.'iit eu une telle influence, que, malgré les efforts de ses ennemis, elle accomplit le bien le plus précieux et le plus réel, mais de plus, malgré cette catastrophe et le triomphe de ses adversaires dans l'ordre poUtique, elle survécut dans ses résultats les plus essentiels, et que même sous le gouvernement qui la suivif-, ■ elle porta de nouveaux fruits. C'est ce que nous allons reconnaître, en considérant ici le bien qui avait été accompli par ce pouvoir si sévèrement jugé par ses adversaires, et en appréciant les heureux résultats dont il avait été la source et l'origine.

La Restauration, au milieu des plus grands obstacles, avait toujouis combattu pour la cause de la vérité et de la justice ; et ce n'avait point été en vain. Il est vrai que, comme gouvernement, elle s'était vu renversée par des ennemis implacables, mais il faut reconnaître que le bien qu'elle avait fait était loin d'être étouflfé, et que ses efforts avaient porté plus de fruits que ses adversaires, ni même ses propres partisan* ne le {.ensaient.

78 Récêrend Mes&ire Fa'dlmi,

A leur retour sur le trône de France, les princes de la maison de Bourbon avaient trouvé une population trop généralement prévenue et qui, tout en désavouant les crimes de la première révolution, tenait à des principes qui avaient déjà engendré les plus grands malheurs.

Ces princes avaient dû accepter le pouvoir à des conditions onéreuses : la Représentation Nationale, la liberté de la Presse, l'Université, enfin tant d'institutions nouvelles qui, avec une magistrature et une bourgeoisie animées en grande partie par l'esprit philosophique, rendaient si difficile l'œuvre des soutiens du trône.

Aussi avaient-ils vu leurs efforts combattus avec d'autant plus de violence, que tout ce qu'ils cherchaient à faire pour le bien était suspect, comme pouvant contribuer à l'avantage d'une réorganisation, dont on ne voulait plus.

La Représentation Nationale amenait périodiquement leurs ennemis au pouvoir ; la liberté de la Presse favorisait l'impression des ouvrages les plus impies et les plus immoraux du siècle précédent. (1)

Les hommes mal intentionnés trouvaient dans les publications philosophiques, un aliment à leurs préjugés, et un thème tout fait, pour leurs déclamations contre la société et l'ordre étabh.

Ceux à qui les spéculations philosophiques étaient moins accessibles rencontraient dans une littérature licencieuse un aliment à leurs dispositions mauvaises, tandis que tous les jours de nouvelles oeuvres, dans le roman, au théâtre, et jusque dans la chanson, augmentaient le foyer du mal et en propageaient les ravages.

Enfin, que dire de l'état moral de ces jeunes générations, que leur éducation reçue dans des institutions universitaires ouvertes aux plus mauvaises doctrines, avait déjà prédisposées à tant de mortelles influences.

Toutefois, quelles que fussent alors et la grandeur du mal et la difficulté de la lutte, on ne peut s'empêcher de reconnaître aujourd'hui le bien produit et accompli dans ces années si laborieuses et si difficiles.

(1) Dans les quinze années de la Restauration, les œuvres de Voltaire et de J. J. Rousseu» €D particulier, furent éditées à près de 100,000 exemplaires.

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Nous savons que dans ces derniers temps, plusieurs partisans de la réritd et de la liberté religieuses ont jugé cette époque avec une certaine sévérité, ayant trouvé que l'administration n'avait pas eu une assez grande énergie contre l'Université, et peut-être aussi contre ces vieilles doctrines parlementaires aujourd'hui jugées. Mais l'on n'a pas à condamner un ensemble de mesures, sur quelques détails ou quelques concessions fâcheuses arrachées dans la violence de la lutte : il faut être assez juste pour considérer l'ensemble des efforts, leur continuité, et enfin leurs incontestables résultats.

La grande gloire de la Restauration, c'est d'avoir pris pour but de ses mesures, les idées des plus sains et plus grands penseurs de l'épo.jue, Mrs. DeMaistre et DeBonald, Mrs. Ballanche et de Chateaubriand ; et son mérite est non-seulement d'avoir compris ces idées, mais d'avoir voulu les mettre en pratique et les faire prévaloir.

Elle avait choisi pour ses représentants au dedans et au dehors, des hommes d'Etat d'un talent incontestable qui avaient adopté ces principes, et qui, par leur mérite, leur élévation d'esprit, et leur intégrité, étaient des modèles dans toute l'Europe. Elle ne réussit pas dans tous ses efforts, mais il est constant qu'elle exerça une influence notable sur son époque en lui faisant accepter ce qu'il y avait de plus pur dans ces doctrines et de plus élevé dans ces idées. Elle avait inauguré une politique grande, bien intentionnée, dont l'effet se fît ressentir partout, et fut une gloire pour le monde civilisé.

Les représentants les plus indépendants de la philosophie moderne s'étaient inspirés eux-mêmes, à leur insçu, de ces grandes pensées. Adoptant le spiritualisme le plus déclaré, ils avaient combattu la vieille philosophie matérialiste et par une critique rigoureuse et une analyse profonde, ils avaient mis en pièces le sensualisme et le scepticisme du siècle précédent.

De plus, elle avait su ralUer à. elle déjeunes httérateurs et déjeunes poètes, qui ayant débuté avec autant de gloire que les plus grands

80 Révérend Mcssire Failhn,

génies des meilleurs temps, par leurs idées nouvelles avaient conquis toutes les sympathies de la jeunesse. Or, combien n'a-t-on pas eu fi regretter, pour l'intérêt de leur renom, autant que pour la cause du bien, qu ils ajent perdu dans ce bouleversement l'appui et la direction d'un gouvernement à hautes inspirations. Et, en effet, à quel rang élevé et digne ne seraient-ils pas arrivés ces génies si richement doués, s'ils avaient toujours été entraînés, à maintenir dans leurs écrits cette alliance sublime que, dès leur début, ils avaient établie entre le vrai et le beau ?

Au reste, cette époque n'avait [as été favorisée seulement dans les lettres, elle l'avait été également dans le monde des arts, qui eurent de tels représentants qu'on n'en avait pas vu de plus grands depuis des siècles, €t que ces génies contemporains sont aujourd'hui égalés aux plus grands noms du siècle de Louis XIV.

En même temps qu'une vie si active régnait dans les hautes régions, on n'avait pas non plus négligé les intérêts des masses. Aux propagateurs de l'impiété, on avait opposé dans les 3Iissionnaires de France, une milice distinguée, infatigable, recrutée paimi les meilleurs esprits, ayant le privilège de ravir, captiver et entraîner les foules même dans les contrées les plus voisines de la capitale, ou les plus infectées par l'invasion des mauvaises doctrines.

Le peuple secouru dans ses besoins religieux, ne l'avait pas été moins dans ses autres misères ; on sait avec quel dévouement il y avait été subvenu, par l'extension des œuvres des Sœurs de charité de Saint-Vincent de Paul, aussi bien que par celles des Frères des écoles chrétiennes, se multipliant et se sacrifiant pour l'éducation de la jeunesse dans toute l'étendue de la Fiance, avec un zèle et un succès merveilleux.

Enfin, on n'avait pas fermé les yeux sur les dangers de l'Université. On n'avait pas voulu diminuer l'importance de cette Listitution par crainte de ralentir la marche de 1 é<lucation autant que par délicatesse vis-à-vis de positions acquises, et respectables sous Jaien des rapports ; mais on avait cherché à y introduire une direction salutaire, en plaçant un certain nombre

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de membres éminonts du clergé, dans l'alrainistration spirituelle et intellectuelle de ce corps, tandis qu'on avait mis à la tête un Prélat distingué, ayant pour lui l'admiration de la jeunesse, qu'il avait longtemps captivée par ses célèbres Conférences, Mgr. de Frayssinous, évêque d'Hermopolis.

Si des mesures si sages et si modérées n'avaient pu réussir à tout guérir, il ne faut s'en prendre qu'à la grandeur d'un mal qu'on ne pouvait croire, au premier abord, aussi irrémédiable qu'il l'était réellement.

Ainsi donc, en se reportant à cette époque, on voit qu'elle ne fut pas sans gloire, et si on y remarque certains défauts, en énuraérant tous se»^ acte^, on ne peut s'empocher de la louer, surtout on la comparant à ce qui avait précédé et à ce qui suivit.

Lorsqu'on examine maintenant ces temps d'épreuves, et les désastres du premier Empire, ce qui ne peut manquer de frapper, c'est la promptitude et l'énergie avec lesquelles le génie de la France répara les malheurs de la patrie et sut se relever du milieu de tant de ruines. Mais il faut tenir compte au gouvernement qui a su favoriser un tel mouvement.

La nation avait été épuisée par des luttes sans fin : réduite et écrasée par une coalition universelle, sans alliés, sans soutien contre les grandes puissances de lEurope réunies contre elle, elle ne perdit pas courage ; elle n'envisagea ses malheurs que pour les surmonter, et se voyant dépouillée de toute suprématie politique, elle se tourna aussitôt avec une ardeur indicible et cet emportement qui la caractérise, vers un domaine dont on no pouvait lui fermer l'accès, le domaine du génie et de 1 intelligence.

Aux premiers eîïjrts, elle avait ressaisi un nouveau sceptre ; et elle conquit une telle grandeur en un si bref laps de temps, qu'elle ne montra peut-être jamais d'une manière plus éclatante, les qualités d'énergie et de force résistante et invincible qui, jusqu'à nos jours, ont fait sa gloire.

Mais s'il fiut reconnaître les (jualités et les minutes de la nation, si grande dans ses malheurs, il faut aussi foire la part de la domination intelligente qui régissait alors ses destinées, il faut savoir louer un gouvernement qui, tout en restreignant les mauvaises passions et en combattant lei

82 Révérend Messire Faillon,

écarts des esprits, était néanmoins si sympathique, si encourageant pour tous les efforts de l'esprit humain, et qui sut toujours proposer une direction si haute et si noble, à l'étonnante activité qui animait alors le monde scientifique, artistique et littéraire.

Mais ce n'est pas là que s'arrêta l'œ ivre de la Restauration ; d'autres résultats lui survécurent encore, et il serait injuste de ne pas le reconnaître.

Lorsque le trône eût été renversé, qu'une dynastie eût été envoyée impitoyablement en exil, que tant de services incontestables rendus au pays eurent été récompensés par la dénégation la plus complète, l'œuvre morale et religieuse tentée et poursuivie avec tant de zèle dans les années précédentes, montra tout à coup les fruits les plus précieux et les plus inattendus.

Il y avait trois ou quatre ans que la révolution de 1830 semblait avoir compromis toutes les espérances au point de vue religieux, lorsqu'au grand étonnement des uns, les indifférents, et à la joie inespérée des autres, les amis de la vérité, on vit apparaître à la fois deux grandes forces dans la génération nouvelle, l'auditoire des conférences de Notre Dame, et l'armée des œuvres de St. Vincent de Paul, dans toute la France.

D'oii venaient donc ces jeunes générations si dévouées au bien ; comment avaient-elles été formées et inspirées, sinon sous une impulsion qui continuait d'elle-mame, son mouvement au sein des familles chrétiennes, appartenant aux classes de la société les plus diverses, quelquefois divisées d'opinions et étrangères les unes aux autres sous d'autres rapports, mais unies entre elles par une communauté d'idées pures et saintes, puisées à ce centre si élevé d'influence religieuse qui eut son origine, son développement et son apogée en ces quinze années si longtemps méconnues et décriées.

C'est au milieu de ce développement du bien que les Directeurs des Séminaires continuaient leurs œuvres, sans éclat et sans bruit mais avec, une confiance égale à leur foi dans l'importance de leur ministère.

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A cette époque, M. Faillon poursuivait ses travaux, et il nous reste deux grands témoignages de ses labeurs infatigables : le premier est le résumé de son Cours sur la Genèse, formant un volume in folio de plus de 1000 pages ; l'autre volume in 4'^,de près de 500 pages, sur l'éducation des Clercs et l'histoire des écoles ecclésiastiques, depuis le commencement de l'Eglise jusqu'à nos jours.

Nous ne dirons que quelques mots sur le premier ouvrage, qui sufiBront pour en montrer l'importance. C'est l'œuvre des six jours de la Création d'après les sentiments et les pensées des pères. Il s'attache à montrer les nombreux rapports que les saints Docteurs ont signalé, entre l'action de Dieu dans la création, et ses œivres dans la fondation et le développement de son Eglise.

Chacun des jours est expliqué par une foule de passages recueillis dans toute la collection des Pères ; leurs commentaires sont non-seulement cités en grand nombre, mais de plus exposés et analysés avec une telle connaissance de la sainte Ecriture et de ses différentes interprétations, qu'elle montre dans l'éminent auteur la plus grande érudition et la critique la plus élevée.

On est d'abord étonné du travail qu'ont demandé tant de recherches, et du nombre d'ouvrages que l'Auteur a du lire pour découvrir et accumuler un si grand nombre de textes. Ce qu'on admire encore plus, c'est le choix et l'appréciation si élevée qui ont présidé à cet immense recueil.

Nous avons le témoignage de plusieurs de ceux qui assistaient à ses leçons ; ils ne pouvaient assez les louer et rapportaient que les esprits étaient transportés d'admiration en écoutant ces magnifiques révélations de l'Esprit saint. C'était comme un langage céleste auquel ajoutait encore un nouveau charme, la modestie du savant, n'ayant d'autre application que d'exposer le trésor des vérités divines et s'oubliant en tout.

Quant au second ouvrage, nous entrerons dans quelques développements que nous semblent réclamer les circonstances oii nous sommes, dans lesquelles les intérêts de l'enseignement religieux sont si particulièrement en cause.

^4 Bêvérend Messire FaiUon,

D'après différentes indications que nous avoas pa y trouver, noas pensons que l'auteur a dû rédiger cet ouvrage sur V E.lication des clercs et Vhistvire des Ecoles Ecclésiastiques^ entre 18;î0 et 1835, précisément à l'époque des grandes discussions qui eurent lieu en France, sur l'enseignement religieux ; or, ne sommes nous pas encore sous le coup des mêmes difficultés ?

M. Faillon prend cette histoire aux premiers siècles de l'Eglise, et en traitant avec détail tout ce qui se rapporte à l'enseignement des clercs, à chaque époque et dans les dilFireuts pays, on peut dire qu'il a préparé un complément tout-à-fait instructif et intéressant pour les grandes histoires de l'E^Use, lesquelles n'ont pu entrer dan? tous ces faits, d'ailleurs si importants en eux-mêmes. Il fait précéder cette histoire de quelques préliminaires sur ren3eigne^3nt en géiiéral ; car pour faire connaître l'instruction que recevaient les clercs, il est nécessaire de montrer quel était le premier enseignement qu'ils trouvaient dans leur enfance et le ir jeunesse, avant d'être appliqués aux études proprement ecclésiastiques.

On peut entrevoir de quel intérêt est cette histoire, d'après les divisions que M. Faillon lui a données.

Il distingue six époques de l'Education cléricale :

La première, qui comm3nce aux premiers temps de l'Eglise, comprend l'ère des persécutions, et va jusqu'à Constantin-le -Grand.

La seconde 3'ét3nd depuis la paix de l'Eglise jusqu'à l'établissemînt dos Barbares dans l'Empire : elle se termine au sixième siècle. Dans cette partie, l'auteur traite spécialement de l'origine des communautés cléricales, et des Ecoles monastiques.

La troi3ièm3 époque co.npi'enl les trois sièjles suivants, c'est-à-dire les temps qui se sont écoulés depuis la décadence des lettres jusqu'au règne de Charlemagne : l'auteur traite encore, en cette partie, des Ecoles monastiques et Episcopalcs, seul asile qu'eurent alors les Sciences dont il signala la décadence.

La quatrième époque est celle du rétabli3sem3nt des Ecoles par Charlemagne ; elle finit au temps où commencèrent les Universités.

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La cinquième comprend l'espace de temps qui s'est écoulé, depuis l'origine des Universités, jusqu'à l'établissement des Séminaires.

Enfin la sixième époque donne l'histoire des Séminaires depuis leur établissement jusqu'à nos jours.

Eu terminant cette nomenclature, M- Faillon annonçait l'intention do demander des rensei;;neraents à tous ceux qui, en France ou à l'étranger, étaient chargés de l'enseignement des clercs : la réunion de tous les documents, étant au-dessus des moyens d'un seul homme. Nous ne savons s'il 9. donné suite à cet appel, mais quoiqu'il en soit, ceux qu'il a rédigés formînt un ensemble assez important pour servir de type atout travail du même genre. (*)

Peut-être que, conformément à la pensée de M. Faillon, pour exécuter au complet un ouvrage sur l'enseignement des clercs, on ne pourrait rien faire de mieux que de donner ici un résumé de ses recherches, pour aider ceux qui voudraient compléter ces documents. Ce n'est pas toutefois ce résumé que nous prétendons donner ici ; si restreint qu'il fut, il dépasserait de beaucoup le cadre que nous avons dû nous tracer, dans cette biographie. Nous voulons seulement recueillir quelques-uns des renseignements précieux que nous y avons trouvés, sur les mesures prises dès les commencements de l'Eglise relativement à l'instruction des enfants ; ce qui nous semble avoir un grand intérêt d'actualité, dans un temps où l' Eglise fait de si grands efforts, pour sauvegarder les intérêts les plus chers de la jeunesse.

Dès le début, et en commençant l'histoire de la première époque, M. Faillon regrette que les auteurs qui ont écrit sur l'éducation cléricale, n'aient pas embrassé la matière dans toute son étendue, et n'aient parlé que des écoles ecclésiastiques ; tandis qu'évidemment les élèves n'entraient

(•) Nous avons depuis trouvé dans co recueil deux lettres pleines de renseignement» intéressants sur les écoles ecclésiastiques dAngleterre, écrites par le Dr. Lingard, auteur de L'histoire d'Angletirre que M. Faillon avait consulté, l'une est sur les écoles du moyeaa^^e, l'autre sur les écoles depuis la Réforme.

86 Révérend Messire Faillon,

dans ces écoles, qu'après avoir acquis auparavant bien des connaissances préliminaires indispensables.

En effet, on ne peut supposer qu'ils n'eussent aucune instruction avant d'être appliqués à celles qu'on donnait dans les écoles proprement cléricales. En parcourant les livres anciens qui traitent des matières ecclésiastiques et des sciences sacrées en général, l'on conçoit quelle préparation et quelle habileté il fallait avoir déjà, pour aborder ces connaissances supérieures et en entendre l'explication. On avait besoin d'avoir reçu une éducation libérale très-complète, et une somme d3 connaissances qui exigeaient qu'on eut été appliqués aux études dès le bas âge, en d'autres écoles préparatoires.

M. Faillon nous fait considérer combien il est important de nos jours, de savoir ce qu'il en était de l'enseignement de la jeunesse.

Nous nous trouvons à une époque où, dans certains pays, au nom de la libre pensée, et en d'autres, au nom du libre examen, l'on conteste aux Chrétiens le droit d'élever leurs enfants, suivant les obligations de leurs croyances, et la voix de leur conscience. " Nous montrerons d'abord, dit l'auteur, que les enfants chrétiens ne fréquentaient pas les écoles payennes, aux premiers temps de l'Eglise, malgré toutes les difficultés que les pères de famille pouvaient rencontrer à y soustraire leurs enfants, en ces temps de luttes et d'oppression : ensuite, nous montrerons quelles institutions l'Eglise avait établies dès les commencements pour instruire et former la jeunesse."

" Nous verrons, continue -t-il, l'horreur que les chrétiens avaient pour la perversité des doctrines payennes ; quel soin ils prenaient pour en préserver la jeunesse ; quels prodiges ils accomphssaient pour cela, en ces temps de persécutions et de dilficultés de toutes sortes, pour l'Eglise naissante."

M. Faillon a traité ces questions avec cette érudition profonde qui le disting lait déjà ; mais ce qui frappe le plus en lui, au milieu de cette érudition même et de la connaissance la plus étendue des faits, c'est inva-

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rîablement cet esprit éminemment pratique qui, parmi les matériaux de la science, lui faisait toujours distinguer et mettre en lumière les points précisément utiles et actuels ; sachant recueillir toujours, même dans le trésor le plus ancien des traditions chrétiennes, les enseignements les plus importants et les plus applicables aux temps nouveaux.

Nous avons déjà fait remarquer en lui ces qualités supérieures de Térudit et de l'historien dignes de ce nom, lorsque nous avons dit qu'en présence des misères de l'agglomération ouvrière de Ljon, il en avait vu le remède dans les oeuvres et les congrégations fondées par MM. Démia et de Lantages. Et nous devons répéter ici que lorsque de nouveau, le bruit des luttes pour la liberté de l'enseignement religieux arrivait jusqu'à lui, M. Faillon s'occupait à réunir des documents, des matériaux, où cette cause si sainte pouvait aller chercher les autorités les plus hautes et les arguments les plus convainquants.

Nous aimons à montrer les témoignages de ce zèle qui l'animait pour les intérêts de l'Eglise, et il nous semble touchant, de contempler à ce moment de lutte, d'un coté les grands défenseurs de la hberté de l'enseignement réclamant à la tribune, les droits sacrés des familles, et de l'autre dans la cellule ignorée de St. Sulpice, le savant dévoué et infatigable sassociant de cœur à ces grandes luttes, en recueillant et en tirant de l'oubli les souvenirs précieux, et pleins d'enseignement du passé.

" Les écoles payennes, nous dit Mr. Faillon en commençant, étaient ce que seront toujours les écoles éloignées de la Doctrine divine ; elles oiTraient un enseignement uniquement basé sur les opinions personnelles des instituteurs ; la superstition ou le scepticisme, parfois le doute et partout l'erreur. Ainsi avaient-ils été élevés et enseignés eux mêmes." N'est-ce pas ce que nous voyons encore de nos jours.

" Or, ajoute-t-il, pour rien au monde les chrétiens n'auraient voulu exposer leurs enfants à de telles influences. Ils remettaient ces docteurs de l'erreur, et ils avaient un égal éloignement pour ces maîtres qui avaient la prétention de n'enseigner que les sciences et les lettres sans entrer dans

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aucune discussion religieuse ; ils faisaient profession de ne pas vouloir troubler les consciences quelles que fussent leurs convictions, mais par cette abstention affectée comment pouvaient-ils répondre aux plus pressants intérêts de la jeunesse. Ils écartaient les questions les plus importantes, ainsi ils ne pouvaient qu'insinuer le doute et l'indifférence dans les âmes qui leur étaient confiées."

•' On voit, il est vrai, par les documents qui nous restent sur les commencements de l'Eglise, que les premiers chrétiens n'appartenaient pas en général à la classe des lettrés et des savants, pas plus qu'à celle des puisgants du siècle, mais ils avaient le sentiment de leur dignité et comprenaient bien la destinée à laquelle ils étaient appelés. Lettrés ou non lettré^î^ ils savaient voir dans leurs enfants, les héritiers du ciel, les compagnons des anges, enfin le prix du sacrifice du Sauveur, et ils les respectaient comme autant de gouttes du sang descendu du calvaire." Ils comprenaient avec une haute intelligence combien ils devaient éloigner de ces cœurs tout ce qui eut pu en menacer l'innocence ou en altérer la beauté ; ils connaissaient le danger d'une seule indiscrétion et de toute impression étrangère ou impie ; enfin ils étaient loin d'avoir admis ces maximes de la sagesse actuelle : " que des enfants destinés à vivre au milieu des combats du monde, ne peuvent trop tut le connaître, et trop tôt se laisser pénétrer par son influence, dès leurs plus tendres années."

On voit de plus que si parfois ils n'avaient pas eux-mêmes conservé fidèlement ces sentiments, ils avaient leurs évoques pour les leur rappeler avec une force et une fermeté inébranlables : que, outre leurs évoques, ils avaient encore pour les soutenir et leur servir de guides en ce point, la voix et l'assistance des Saints avec lesquels ils vivaient ; ce dont nous avons eu de nos jours, comme un renouvellement dans l'histoire de l'Eglise et une vue si consolante, en ces grands personnages qui se sont faits les Apôtres à jamais bénis, de la liberté de l'enseignement.

M. Faillon cite à ce sujet Lactance, St. Justin, Eusèbequi stigmatisent la vanité et la futilité des sophistes Instituteurs de la jeunesse, malgré

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leur science et leur subtilité consommée : " Ils connaissaient tout, disent " ces auteurs, sauf la vérité ; ils avaient mille méthodes pour dévc- " lopper les facultés de l'âme, et aucune pour la préserver du mal et " la conduire à sa destinée ; et tandis qu'ils ava'ent l'avantage d'en- '* trer en rapport avec les plus grands hommes de l'Eglise, ils n'eu " retiraient eux-mêmes aucune lumière ; aussi avec leurs recherches, leurs " travaux, leurs difficultés, il n'en est pas un seul qui ait trouvé le chemin " de la vérité. Quelle futilité en toutes ces oeuvres qu'ils ont accumulées " et qui n'ont pu éclairer leurs auteurs. De plus, dans leur conduice, " ils étaient aussi éloignés du bien, qu'ils étaient contraires à la vérité dans " leurs écrits, et leurs mœurs ne valaient pas mieux que leurs doctrines." Quelle ressemblance avec ce que nous avons la douleur de voir aujourd'hui dans l'état actuel de la société, pleine de complaisance pour l'erreur et de prévention contre la vérité !

Cependant, si les chrétiens avaient horreur des écoles payennes, ils n'étaient pas pour cela hostiles à l'instruction ; ils aimaient la science s'ils n'en aimaient pas les maîtres, et tenaient que tout ce qui peut éclairer l'esprit, le rapproche delà vérité; les Pères sont pleins de science, d'érudition mais en même temps de discernement ; que l'on compare l'érudition des Pères avec celle des sophistes, et on verra la supériorité des premiers. Ceux-là allaient plus haut et plus loin, parce qu'au lieu de rechercher les sciences pour elles-mêmes, ils n'y voyaient qu'un moyen pour former le jugement, exercer l'esprit et rendre l'homme apte à l'acquisition et à la défense de la vérité.

Les chrétiens, en entrant dans le mariage, savaient aussi qu'ils contractaient l'obligation étroite délever leurs enfants avec le plus grand soin. C'était à la mère qu'appartenait la tâche de la première éducation, et elle y mettait tous ses soins, en présence de l'insensibilité des familles payennes, qui souvent abandonnaient ces devoirs à la direction de mercenaires, ou de subalternes dans la maison.

Dans la société payenne, si pervertie à l'époque des commencements

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de l'Eglise, on était loin des moeurs austères et graves des anciens Komains, chez qui la mère gardait la maison, surveillant les enfants et les serviteurs ; travaillant sans cesse pour donner l'exemple, et pour subvenir aux besoins de la famille ; mettant assidûment la main aux soins du logement, de la nourriture et du vêtement, ne voyant pas pour elle de plus grande louange que celle contenue en ces paroles : Domi mansit, lanam fecit.

Les illustres exemples donnés par Cornélie, la mère des Gracques, par Aurélie, mère de César, et Atlie,mère d'Auguste, dernier reflet des anciens usages, n'étaient plus suivis que chez les chrétiens. Ceux-ci éclairés par les lumières plus étendues de la foi, se reconnaissant bien d'autres obligations que les payens, à l'égard des enfants que le ciel leur avait donnés, travaillaient non-seulement pour les établir dans ce monde, mais plus encore pour assurer leur bonheur éternel. St. Jérôme nous a conservé principalement dans deux lettres très-étendues, des détails précieux sur les pratiques des chrétiens à cet égard, et qu'il rappelle à deux mères de famille soumises à sa direction.

Lui-même, il veut que l'enfant, môme dès l'âge où il ne connaissait pas •encore sa mère et la frappait de sa petite main, quand celle-ci lui souriait, fut enseigné à reconnaître et à respecter son père : ut parenti suhjiciatiir hortor, hanc quœ suam tenerâ manu ridentem verherat matrem.

Il ajoute que dès les premières lueurs d'intelligence qui se manifestaient en lui, on prenait les plus grands soins pour lui apprendre à prier, aussi bien qu'à parler correctement et convenablement. Ses premières lectures étaient dans les Saints Livres, où l'on choisissait ce qui était accessible à cet âge, et plein d'enseignements pour lui. On commençait par le Psautier, dont les maximes éclairaient son esprit, et le chant charmait les oreilles ; car on savait intéresser même les plus jeunes enfants, en leur faisant chanter les sublimes effusions du Roi-Prophète. Quand ils étaient plus avancés, on leur communii^uait les prescriptions morales des Livres Sapicntiaux, qui enseignent à mépriser les biens de la terre, et à rechercher les trésors de la vertu.

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Dans Job, on leur enseignait la force et la patience ; on passait ensuite aux Saints Evangiles qui montrent la voie du salut, par des maximes si élevées et des exemples si touchants ; puis aux Actes des Apôtres, et aux Epîtres qui développent ces enseignements.

Après ces premières instructions, on ajoutait aux leçons morales les enseignements historiques qui achevaient de former une foi solide dans ces âmes ; car elles y voyaient les oeuvres de Dieu, ses promesses, et les soins qu'il avait pris de son peuple choisi ; on expliquait le sens littéral, moral et prophétitiue de l'histoire sacrée ; puis l'on continuait par les prophéties qui en sont le vrai commentaire et le complément.

Après avoir montré les soins que les parents chrétiens prenaient de leurs enfants dans l'intérieur des familles, M. Faillon passe ensuite aux écoles publiques des chrétiens. Il en distingue deux sortes : celles où l'on enseignait les sciences profanes et celles où l'on enseignait la religion. 11 nous reste bien des monuments sur les premières, dans tous les écrits des Pères, par lesquels on voit combien eux-mêmes ils étaient au courant des sciences profanes, par exemple. St. Justin, Clément d'Alexandrie, Origène,Tertullien, etc. De là l'Auteur passe aux écoles où l'on enseignait la religion, et il fait remarquer l'importance qu'avaient ces écoles et le bien qu'elles produisaient dans les âmes. Il dit que les écoles ouvertes en Orient par St. Jean, St. Ignace, martyr, St. Polycarpe, Papias, avaient eu des émules dans toutes les autres contrées occupées par les chrétiens, à Rome du temps de St. Justin et de ses successeurs, à Athènes, à Alexandrie, à Carthage, à Marseille, à Lyon, à Paris, à Trêves. Dans tous ces pays, ces écoles dirigées par des personnages éminents dans l'Eglise, étaient fréquentées par un immense concours de jeunes gens avides d'entendre expliquer les lettres et la philosophie, par des maîtres chrétiens, qui mêlaient à leur enseignement, l'explication des doctrines saintes : Aussi attiraient-elles continuellement des âmes à la vérité et, suivant la remarque de M. Faillon, " opéraient-elles souvent plus de conversions, que les prédications dans les églises."

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A cet endroit de son travail, l'Auteur entre dans beaucoup de détails sur les plus fameuses écoles connues aux premiers siècles de l'Eglise : lo les Ecoles d'Orient ; 2o l'Ecole d'Alexandrie ; 3o les écoles des Gaules, principalement celles de St. Irénée, à Lyon, et de St. Denys, à Paris ; 4o l'école d'Hippone.

Ces renseignements ont été puisés dans Tillemont, dans l'histoire des Auteurs Ecclésiastiques ; mais principalement dans la lecture attentive des Docteurs et des Pères de l'Eglise : Origène, Clément d'Alexandrie, les œuvres de St. Irénée et de St. Denys l' Aréopagite, la vie et les oeuvres de St. Augustin. Après ces préliminaires, l'Auteur entre dans les plus grands détails avec une abondance de faits, et un talent d'appréciation qu'on ne peut se lasser d'admirer.

L'auteur cite la méthode que suivaient Clément d'Alexandrie, et Origène, son successeur, pour enseigner leurs disciples. Cette méthode mérite d'être rapportée ici, comme témoignage des épreuves que l'on faisait subir aux jeunes gens qui voulaient, par des études approfondies, se préparer à l'acquisition des sciences ecclésiastiques.

Origène d'après lui, enseignait d'abord la Philosophie et ses diverses parties, ce qui suppose déjà une éducation assez avancée. Il commençait par la Logique, afin d'exercer l'esprit de ses élèves,former leur jugement, et leur apprendre à distinguer dans un raisonnement le vrai d'avec le faux : venait ensuite la Physique, qui avait pour but de donner une connaissance et une estime convenable des œuvres de Dieu ; l'Astronomie, pour habituer l'élève à porter sa pensée au dessus des choses de la terre ; la Géométrie, afin que cette science, par ses démonstrations claires et irréfragables, servit de base et fournit une méthode pour tout le reste des études.

Mais toutes ces sciences n'étaient qu'une préparation à la Morale que le maître enseignait ensuite, afin que les élèves appliquassent cette connaissance à la conduite de leur vie ; enfin, dans cet enseignement, Origène s'attachait à dégager les âmes des choses de la terre, pour les porter à ne songer qu'à elles-mêmes, et à ce qui regarde le salut.

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Passant ensuite à la Théodicée, il faisait lire les écrits des princi* paux philosophes, choisissant les meilleurs, en excluant les auteurs frivoles, parmi lesquels il rangeait les sceptiques, les sophistes et les athées ; et il finissait en faisant remarquer à ses élèves les erreurs et les imperfections des meilleurs auteurs ; leur montrant comment on arrivait à une science bien plus haute et plus satisfaisante, lorsqu'on écoutait Dieu lui-même €t ses prophètes. Aussi grand nombre d'âmes arrivaient-elles à la vérité, en voyant la vanité de la science humaine, et les grandeurs de la science divine.

La quantité de renseignements recueillis par M. Faillon sur l'école de St. Irénée, à Lyon, nous donne à penser que, pendant qu'il était au grand séminaire de cette ville, il avait réuni à cette occasion, bien des matériaux sur les Origines de cette Eglise ; matériaux dont il a pu encore se servir dans la composition du grand ouvrage qu'il préparait en dernier heu, sur les Ori<j;ines des E2;lises des Gaules, en «•énéral.

Mais une époque que l'auteur a spécialement travaillée, est celle des Ecoles d'Afrique et en particulier de celle de St. Augustin, à Hippone. Ce travail, qui est rempli de faits, de détails, de règlements, tous relatifs à l'établissement, l'organisation, la direction et à tous les éléments d'instruction et d'éducation du séminaire d'Hippone, comprend deux livres : dans le premier, il raconte l'occasion et les circonstances de l'établissement de ce séminaire, d'après les détails fournis par deux sermons de St. Augustin ; (355 et 356) et aussi par la vie écrite par Possidius, puis la fondation, l'organisation d'autres séminaires en Afrique, et enfin le bien qu'ils ont produit. Au second livre, l'auteur fait connaître dans les huit premiers chapitres, quelle était la vie commune des élèves du séminaire d'Hippone ; en huit autres chapitres, les Etudes ecclésiasti(iues qu'on y suivait ; enfin, en huit autres encore, quelle était la conduite de St. Augustin dans la direction de son séminaire, et dans ses rapports avec les élèves et les étrangers.

Nous trouvons ensuite deux notes de Mr. Faillon, qui nous font con-

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naître deux particularités intéressantes, sur la manière dont il réunissait et employait ses documents.

Dans la première, il énumère tous les ouvrages dont il s'est servi pour les premières époques de son histoire et que nous avons déjà cités, puis il passe aux autres époques et voici les autorités qu'il donne :

Tillemont.

Dans Bollandus, la vie des Evêques qui ont eu des Ecoles de Clercs.

Etudes Monastiques de Mabillun.

Acta S. Ordinis Benedicti.

Dans les Conciles : des pièces qui traitent des clercs.

Histoire de l'Université de Paris.

G allia Christiana.

La France Littéraire.

La vie des principaux Ecclésiastiques du XVIe et XVIIe siècle.

Les PP. Jésuites.

La France Littéraire.

Martcue.

Launoy.

Dans la seconde note il indique comment il faisait ses extraits et de quelle manière il les disposait ; nous pensons qu'elle mérite d'être citée, car elle montre quels travaux il s'imposait.

" Pour la manière de profiter de ces ouvrages, qu'il faut parcourir sans savoir ce qu'ils contiennent, voici, ce me semble, le moyen d'en profiter, je me trouve bien de cette pratique."

lo. En commençant un volume, il ne faut pas passer à un autre endroit de ce volume, mais aller de suite, pour ne rien laisser échapper. Il n'est pas à propos de tout hre, et môme de lire avec réflexion, car alors l'esprit qui s'occupe du fond du sujet, oublie le motif principal de la lecture.

2o. A mesure qu'on rencontre un endroit qui peut entrer dans un des points qu'on a marqués comme : écoles profanes, monastiques, épiscopalcs, instruction, vertus, fonctions, etc., etc., etc., il faut de suite mettre en

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peu de mots par écrit, le fond du passage, et noter la page et le volume ; en même temps on peut marquer un point avec un crayon, en regard de l'endroit qu'on veut prendre et cela sur la marge. Ainsi par exemple s'il se présentait une histoire comme celle des Clercs de St. Cyprien qui avaient confessé la Foi, et qui furent admis par le St. Evêque dans le Clergé de Carthage, il faudrait noter cela sur un cahier, de la manière la plus brève possible. St. Cyprien ordonne de jeunes Confesseurs : page 54, Tome VI., et ainsi des autres, en mettant à la suite tout ce qu'on rencontre dans le même volume, quoique les matières qu'on note n'ayent aucun rapport entre elles.

3o. Lorsqu'on a terminé ses recherches, il est bon de relire tout ce qu'on a marqué, et d'après la ressemblance des matières, on se trace uu plan à suivre. On a pour cela un nouveau cahier et au commencement des pages, on écrit les titres de la division, laissant l'incervalle suffisant «ntre chaque titre de division.

4o. Ensuite il faut prendre les indications : commençant par la 1ère et allant de suite, sans en laisser aucune pour un autre temps, et rapportant chaque indication sous le titre de division qui lui convient, ayant grand soin de noter la page et le volume.

5o. Ce travail étant achevé, on voit d'un coup d'oeil quel est l'objet de la rédaction qu'on se propose de faire. Comme on a, en abrégé, tout ce qui doit entrer dans chaque paragraphe ou article, en voyant celui qui suit et celui qui précède, on peut disposer la matière de manière à être trèsclair, très-suivi, très-hé.

Si on ne prend pas ces précautions, on ne pourra pas se débarrasser de 200 ou 300 passages ; on ne saura pas où les placer ; et si on se hasard© à écrire, on sera obligé de refaire tout le travail cinq ou six fois."

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