UNE LEÇON DE GRAMMAIRE
J'ai édité ces jours derniers une petite broehure intime quo j'ai intitulée "Rapport sur le Concourt Agriculture,"
Un des rédacteurs du Canadien M. Jules Tardivel. qui s'exerce, depuis quelque temps, à la critique littéraire et grammaticale, trouve matière à reproche au sujet du titre que j'ai cru devoir donner à ma brochure.
"Concourt d' Agriculture," dit-il, n'estpas français ; il aurait fallu dire "Concours littéraire sur l'agriculture."
Or, chose tout-à-fait drôle pour un critique de la force de M. Jules Tardivel, Toici ce qui arrive :
Le titre dont j'ai fait choix "(Joncour* d'Agriculture" — et qui est l'objet de sa censure— est tout-à-fait conforme aux règles et aux préceptes de la langue et de la grammaire française, pendant que le titre qu'il suggère pour mon opuscule renferme deux fautes de français d&ns quatre mots.
Je le prouve.
M. Tardivel dit :
♦'Tout en remerciant qui de droit de l'envoi d'un exemplaire de cette brochure, nous devons déclarer franchement que cet opuscule renferme des choses que nous ne comprenons pas."
Il est possible que vous ne compreniez pas ; mais, alors, tâchez de comprendre ; vous vous en trouverez mieux-
Plus loin, M. J. Tardivel s'exprime dans les termes suivants:
*»D'abord, concours d'agriculture nous paraît médiocrement français. On dit bien, concours de labour, parce que ceux qui y prennent part labourent. Un concours entre plusieurs propriétaires de fermes , modèles, serait un concours d'agriculture ; mais le concours ouvert par l'Institut est un eoncours littéraire sur l'agriculture."
Deux fautes de français comme je l'ai dit plus haut, dans quatre mots !
En premier lieu, on ne dit pas : ''concours littéraire," de même, qu'on ne dit pas concours scientifique, botanique, entomologique, géologique, astronomique.
Singulières locutions que celles-là, qui nous viennent du langage américain.
"En deuxième lieu, on ne dit pas concours sur," on dit bien "concours avec, concours de, concours jaour, mais jamais concours sur,"
"Concours sur" doit être une locution anglaise : concourse vpon.
D'un autre côté, les mots concours d'agriculture que y &i employés et qui sont l'objet de la critique de M. Tardivel, sont du meilleur français.
En efifet» on dit "concours d'agriculture" de la même manière qu'on dit: concours d'éloquence, concours de poésie, concours de géographie, concours de médecine, etc.
Dans sa critique, à propos des mots concours de labour, comparés aux mots rnncours d'agriculture, M. Tardivel confond évidemment deux choses tout-à-fait distinctes, à savoir : l'agriculture et la culture»
En tête de mon rapport je n'aurais pas pu mettre Concours de culture mais je devait mettre Concours d'Agriculture. (Consulter les grammaires et les dictionnaires.)
Je rais plus loin, et je dis :
Pour prendre part à un concours d'éloquence, à un concours de poésie, pas n'est besoin de faire de l'éloquence, (chose détestable) ni d'aligner des alexandrins (chose démodée.)
Supposé que l'Institut-Canadien propose comme sujet de concours d'éloquence : '•Parallèle de Démosthène avec Cicéron et Bossuet," faudra-t-iî quo le concurrent fasse de l'éloquence à tour de bras et d'épithètes ronflantes pour gagner le premier prix ?
Supposé qu'une autre année le même institut propose comme sujet d'un concours de poésie : "Parallèle de Corneille avec Racine, de Musset avec Hugo." Le concurrent sera-t-il tenu de traiter son sujet en vers? La prose, la bonne et verte prose (mâle outil) ne suffirait-elle pas pour traiter un pareil sujet? /
De même, pour être admis à un "concours de médecine," va-t-on exiger — au mépris des lois de l'humanité — que les concurrents pratiquent leur art, in animà vili sur quelques sujets vulgaires avec accompagnement de saignées et de purgations 2ns(\}i'à. deliquium animi ?
Une thèse ne suffirait-elle pas ?
M. Tardivel prétend le contraire. Je n'ai qu'un conseil à lui donner ; qu'il se défie des concurrents à un "concours de médecine. '
HUBERT LàRUE.
(Québec, janvier 1879.)
La Brochure anglaise de M. TardiVel a reçu une bonne note de M. l'Abbé L. Provancher, dans les colonnes du Naturaliste Cakadien.
Le saint homme, tout ému, termine sa notice en formulant le vœu que la bro' ohure n'ait pas pour effet de ravir l'auteur des Chronides ofthe St. Lawrence à lA àcienco. Ce serait évidemment un grand malheur, surtout après la lettre encourageante* que le bon abbé adressait à M. LeMoine sur le style et le contenu de l'Obhi- THOLOGiK DU CANADA, et la flatteusc mention qu'il faisait huit années plus tard (en 1869) de l'auteur, à la page 212 du Vol. I, du Naturaliste Cakadikx: Notre savant ornithologiste, M. J. M. LeMoine."
Quelquefois il arrive à quelques-uns d© ceux qui ont joui du doubla privilège qu'il leur prépare, de se demander s'il vaut mieux être loué ou blâmé pat le véuéré reclus,
{Voir V Annuaire de V Institut Canadien de Québec, 1875-~p. lil.) Lettre de M. Provancher*
* " St. Joachim, 17 Juillet, 1861.
J. M. LkMoixe, Ecr-, Québec.
>ion cher Monsieur,
Pardonnez-moi si jo viens si tardivement accuser réception du 2ème volume dé votre Ornithologie ; je voulais avant tout parcourir ce volume, et c'est avec une double satisfaction que je vous présente aujourd'hui mes remerciements et le tribut de mes plus sincères sympathies. Un correspondant du Journal de Québec disait naguère que vous aviez choisi la meilleure part en fait d'Histoire Naturelle ; sans me rendre entièrement à cette opinion, j'avouerà;î du moins que votre partie est bien celle qui se prête le mieux à la description et à tous les agréments du style j aussi est-ce une chose digne de remarque que presque tous vos devanciers dans cette branche ont été rangés au premier rang parmi les écrivains, et il m'est agréable de reconnaître ici que sous ce rapport vous avez dignement marché sur leurs traces. Quoi de plus charmant que ces descriptions de mœurs, d'habitudes, d'amour de la famille, d'humeur, de caprices et des bouderies, même des individus de la gente ailée I Que de tons, de couleurs, et de ressources à la disposition de l'écrivain, qui nous fait passer successivement d'un groupe à un autre, d'une famille à une autre, sans pour ainsi dire se repéter, fixant notre attention par des coups de pinceaux, si non toujours nouveaux, du moins toujours agréables par la manière hardie et le plus souvent inattendue avec laquelle ils sont portés 1 Quel contraste avec les descriptions froides, sèches, didactiques et presque mathématiques de la Botanique.
Votre charmante description de l'engoulevent criard m'a rappelé une ancienne connaissance.
Je termine donc en faisant dos vœux pour que la Législature vous mette en moyen de nous offrir une nouvelle édition de votre ouvrage, accompagnée de planche» coloriées qui seraient d'un si puissant secours pour l'identification des individUis qu'on peut à chaque instant rencontrer."
Veuillez bien me croire. Monsieur,
Avec estime et considération.
Votre tout dévoué serviteur, (Signé,) L. PROVANCHEll, Ptre.
Vers ce temps, le Smithsonian Institution de Washington présentait i M. LeMoine le superbe volume compilé par le Professeur Baird, sur les Oiseaux de l'Amérique Septentrionale, (le 9e Volume, " General Report upon the Zoology of the several Pacific Raikoad Routes,") et l'éminent naturaliste lui adressait la lettre suivante, reproduite dans le Courrier du Canada du 21 .Juin, 1861 ;-—
No. 1128.
(^Traduction.)
Smithsokian Institution,
Washington, D. C, 30 mai, 1861.
Monsieur, —
J'ai beaucoup de plaisir à aoeuser réception de la seconde partie dos "Oiseaux du Canada." J'ai parcouru l'ouvrage avec beaucoup d'intérêt, et je le considère comme un auxiliaire fort désirable pour disséminer parmi le peuple, la connaissance
ié rornlthologle de l'Amérique du Nord. Je m'estimerai heureux de raeetoir de TOUS des exemplaires pour des naturalistes marquants comme le Dr. Hartlaub, de Brème, Allemagne; Sclater, de Londres ; le Dr. Bryant, de Boston; M. Cassin, de Philadelphie, ainsi que pour la bibliothèque de l'Académie de Philadelphie et pour «elle du Smithsoniaa luâtitution.
Agréez, etc., etc., mootieur,
<Sigtt^,) S.P. BAIRD,
J. 11. LkMoiKk, Ecr., Québec.
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