‹ M. Jean le SueurChapitre 11 sur 17 · PART TR · texte numérisé non relu

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Aussi tranchait-il parmi eux du capitaine, s'étant acquis ce crédit par sa prudence et par sa sagesse : tant la vertu est aimable même parmi les plus barbares (1)! »

Couture réussit à conclure un traité et retourna au pays des Iroquois. Il n’en revint que l’année suivante (1646), mais cette fois avec la détermination de renoncer à cette vie d'aventures, de se fixer quelque part près de Québec, et d’unir son sort à quelque compagne de son choix.

Mais il est arrêté par un vœu qu'il a fait — à l’exemple du bon martyr René Goupil, — de se consacrer exclusivement au service des missions huronnes dans l’ordre des Jésuites, comme frère lai ou serviteur donné. Il faut que les Jésuites se réunissent et tiennent conseil à ce sujet. Tous sont d'accord pour lui rendre sa liberté (2) ; et déjà il a jeté les yeux sur Anne Aymard, avec l’espoir qu’elle sera la compagne de sa vie.

En face du village de Beauport, de l’autre côté du fleuve, de l’autre côté de cette belle et vaste nappe d’eau qui semble un lac, fermé à l’est par l’île d'Orléans, à l’onest par le promontoire de Québec, s'élèvent en amphithéâtre les falaises de Lévis. Elles sont encore toutes recouvertes d'arbres séculaires : pas un oasis dans cette verdure, pas une habitation. C’est la côte de Lauzon, ainsi appelée du nom d’un des membres de la Compagnie des Cent- Associés, un futur gouverneur du Canada, qui a trouvé moyen de se tailler de vastes domaines dans le pays, mais ne s’est guère occupé de les mettre en valeur.

Pourtant, en regardant avec attention, on pourrait apercevoir là-bas, presque en face du manoir seigneurial de Beauport, une trouée dans la forêt, un petit désert (3) sur la pointe de Lévi, près de l’anse des Sauvages, ainsi nommée parce que les Abénakis et les Micmacs y viennent de temps en temps poser leurs cabanes. Peut-être même pourrait-on voir une petite maison en bois rond, construite avec les arbres de la forêt, tels qu'ils sont tombés sous la hache du défricheur..……. C'est la demeure du premier colon de Lévis, c'est la maison de Guillaume Couture, c’est le petit coin

(1) Lettres de Marie de l’Incarnation, t. 1, p. 241.

(2) Journal des Jésuites, p. 43.

(3) Mot canadien, qui veut dire terre défrichée, et qui nous semble bon à conserver.

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de terre qu’il vient de défricher avec l’aide de son ami Bissot. Tous deux ont acquis une propriété chaque côté d’un ruisseau qui descend de la colline. Ce ruisseau sera utilisé pour des moulins, des tanneries et autres industries.

Guillaume Couture ne se contente pas de raconter à ses amis ses voyages et ses aventures, mais il leur montre de loin sa petite propriété, l’humble théâtre de son travail; et surtout il les convie tous à ses noces qu'il espère célébrer l’année prochaine.

Les noces de Jean Mignot, commencées chez le seigneur Giffard, se continuèrent sans doute chez le père Zacharie Cloutier, au Château-Richer, et, suivant la façon des anciens Canadiens, durèrent une partie de la semaine. On profita des derniers beaux jours que donne ordinairement, à cette époque de l’année (10 novembre), l'été de la Saint-Martin. Lorsqu'on rentra à Québec, l'hiver était proche. « La neige commença à demeurer le 18 novembre (4). »

L’année suivante, vers la même date, M. Le Sueur revint chez Robert Giffard pour y célébrer un autre mariage, celui de Jean Pelletier, originaire de Brezolles, en Thimerais, le pays de Mgr de Laval, avec Anne Langlois.

Quelques jours plus tard, le matin du 17 novembre, de la terrasse du fort Saint-Louis, on aurait pu voir une jolie embarcation se détaclier du quai de la Basse-Ville, tendre ses voiles, glisser dans la rade de Québec, et filer tout droit vers la pointe de Lévi. C'était « la chaloupe de Martin Grouvel (2), » montée par une dizaine de personnes, parmi lesquelles on pouvait distinguer un ecclésiastique, et près de lui une jeune femme (3). M. Le Sueur s’en allait bénir le mariage de cette jeune personne, fiancée à Guillaume Couture. Elle était accompagnée de son beau-frère Olivier Le Tardif, qui lui servait de père, ainsi que de Zacharie Cloutier, père et fils, de Charles Cadieu, et de Grouvel lui-même qui conduisait l’embarcation. Quelques Rouennais, compatriotes de Couture, — car Couture était de Rouen (4), — faisaient route

(1) Journal des Jésuites, p. 118.

(2) Ibid., p. 137.

(3) Anne Aymard avait une vingtaine d'années. Elle était fille de Jean Aymard et de Marie Bureau, de Saint-André, ville de Niort.

(4) 11 était fils de Guillaume Couture et de Madeleine Malet, de Saint-Godard, à Rouen,

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