‹ M. Jean le SueurChapitre 10 sur 17 · RL · texte numérisé non relu

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pour la circonstance (1), qu’a lieu le mariage de la fille aînée d’un de ces censitaires Percherons, Zacharie Cloutier, « maître Zacharie, » comme l'appelle le Journal des Jésuites. Le seigneur Giffard fait aujourd’hui les honneurs de sa maison à ce brave citoyen. établi maintenant au Château-Richer, et l’un des hommes les plus estimés de toute la colonie.

Louise Cloutier, dont M. Le Sueur vient bénir l’union avec Jean Mignot, est veuve, depuis quelques mois seulement, de François Marguerie, ce jeune homme, originaire de Rouen, dont nous avons déjà parlé dans notre étude sur Jean Nicolet (2). François Marguerie et Jean Amyot se sont noyés dans le fleuve, en face des Trois-Rivières, vers la fin de mai, et tous les Canadiens sont encore sous le coup de ce triste accident. « [ls étaient tous deux vaillants et adroits, écrit le P. Lalemant (3); et, ce qui est plus à priser que tout cela, ils menaient une vie fort innocente, au jugement de tout le pays (4). »

Jean Mignot dit Chatillon, jeune homme d’une vingtaine d’années, s’est fait au Canada une belle réputation d’intrépidité et de bravoure. Il est très habile pour « faire la petite guerre » contre les Iroquois. Chef reconnu d’un parti de Français hardis et courageux comme lui, du moment que le gouverneur lui en donne

(4) En 1665, il y avait une chapelle à Beauport : M. de Lauzon-Charny célébra, le 25 janvier, le mariage de Jean Réaume, « faisant les fonctions curiales en la chapelle de Beauport, »

(2) Revue catholique de Normandie, t. mx, p. 63.

(3) Relations des Jésuites, 1648, p. 3.

(4) « Son humeur était si agréable, ajoute le P, Lalemant en parlant d’Amyot, que tout le monde lui portait amour et respect. Il était adroit à détourner les mauvais discours, et à reprendre avec grâce ceux qui juraient ou se donnaient des imprécations, et par ce moyen empéchait bien du mal et n’offensait personne. 11 avait une dévotion très particulière et très constante à saint Joseph... Comme il se jetait à toute heure dans les dangers, aux alarmes que nous donnaient les Iroquois, il dit à un de nos Pères : « S'il arrive que je meure, je « désire que ces bois et les autres matériaux que je dispose pour me faire « bâtir une maison, soient appliqués pour faire dresser une chapelle en l’hon- « neur de saint Joseph... » Ce chaste époux de la Vierge avait obtenu à ce jeune guerrier une pureté angélique. Ceux qui l’ont connu assurent que jamais il n’est tombé en aucune coulpe mortelle. Il s’est trouvé dans mille dangers, il a été si fortement sollicité qu’il lui a fallu laisser la robe ou le manteau aussi bien que l’ancien Joseph. Dieu l'a voulu mettre au rang des vierges, Il était sur le point de se marier quand il est mort... »

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le signal, il se met en campagne, et court avec ses compagnons et tous les Hurons qu’il peut entraîner, reconnaitre l’ennemi. Souvent il a rendu de grands services à la colonie du Canada.

Chatillon avait voulu épouser une jeune fille sauvage qui avait étudié durant quatre ans au monastère des Ursulines; il l'avait demandée en mariage avec instance. « Mais il se trouva, dit le P. Lalemant, que la fille n’en voulut point, et aima mieux un Sauvage et suivre les volontés de ses parents (1). » Se voyant rebuté de ce côté, Chatillon demanda la main de la veuve Marguerie: elle ne crut pas devoir refuser ce parti.

Faisons maintenant connaître les enfants de Zacharie Cloutier, qui assistent sans doute aux noces de leur sœur. Zacharie Cloutier a trois garçons, tous établis au Château-Richer; deux seulement sont mariés, Jean et Zacharie : Jean a épousé une fille d'Abraham Martin, l’un des trois premiers propriétaires de Québec; il est par conséquent beau-frère de Charles-Amador Martin, qui sera le second prêtre canadien. Zacharie est marié à Barbe Aymard; il est beau-frère d'Olivier Le Tardif, commis de la Compagnie des Cent-Associés, et il le sera bientôt de Guillaume Couture, qui assiste aux noces. Qui sait si la fiancée de Couture, Anne Aymard, n'est pas là, aussi, en compagnie de sa sœur? Le fils de Zacharie Cloutier qui n’est pas encore marié, Charles, épousera dans quelques années la fille de Noël Morin, sœur du premier prêtre canadien, et c’est M. Le Sueur lui-même qui bénira le mariage.

N'oublions pas Robert Drouin, gendre de Zacharie Cloutier, qui est veuf, lui aussi, depuis quelques mois. Sa femme, Anne Cloutier, a succombé à une douloureuse maladie, quelque temps avant la mort de François Marguerie. La famille Cloutier, tout en célébrant ces noces, est donc doublement dans le deuil, ce qui répand nécessairement quelque nuage sur cette belle fête.

Charles Le Gardeur, qui assiste comme témoin au mariage, est l’ancien paroissien de M. Le Sueur. Allié à la famille Juchereau, il est le grand ami de Robert Giffard, qui a marié lui-même deux de ses filles (2) à des Juchereau. Les Juchereau et les Le Gardeur

(1) Journal des Jésuites, p. 77.

(2) Une autre épousa M. de Lauzon-Charny, fils du 4° gouverneur du Canada. Elle mourut en 1656. M. de Charny se fit prêtre, et devint grand vicaire de Mgr de Laval.

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sont des personnes de qualité, dont la présence donne du relief et beaucoup de distinction aux noces de maître Zacharie.

Mais le personnage le plus intéressant, peut-être, de toute cette réunion, c’est Guillaume Couture, le célèbre interprète, le grand voyageur, le fidèle compagnon du P. Jogues, le bon Couture (1), comme l’appellent les Jésuites, Achirra (2), comme l’appellent les Sauvages, dont il est l’ami, l’homme de confiance. C’est le causeur par excellence, le gai compagnon: c’est le boute-en-train de la fête. Que de récits inédits sur ses voyages avec les missionnaires, qu'il à accompagnés plusieurs fois jusqu’au pays des Hurons, soit comme domestique, soit comme interprète! Que d'incidents tragiques, surtout dans ce voyage entrepris avec le P. Jogues et René Goupil, en 1642, pour retourner vers le pays des grands lacs, lorsque, rendus près de Sorel, Couture et le P. Jogues, ainsi que leurs compagnons français et sauvages, se voient assaillis par une bande d'Iroquois, jusque là cachés dans les halliers ou derrière les arbres! Les voilà tous séparés les uns des autres. Couture se défend avec intrépidité, terrasse ses ennemis et prend la fuite. Mais tout-à-coup il songe au P. Jogues, qui n’est plus avec lui: « Non, dit-il, je n’abandonnerai pas ainsi mon bon Père; » et avec une générosité vraiment héroïque, il va se jeter de nouveau parmi les [roquois, pour le délivrer ou périr avec lui.

On le saisit, on lui arrache les ongles, on lui coupe un doigt, on lui fait mille cruautés: avec le P. Jogues et Goupil, il est fait prisonnier par ces barbares, et emmené captif dans leur pays.

On sait l’histoire du P. Jogues et de René Goupil (3). Quant à Couture, il fut adopté par une famille du canton des Tsonnontouans, qui le traita avec humanité. Accoutumé à se faire tout à tous, il se conforma aux mœurs des Sauvages, et profita de son séjour de trois ans parmi les [roquois pour bien apprendre leur langue. En 1645, ils l’envoyèrent aux Trois-Rivières pour traiter de la paix avec M. de Montmagny. « [l était vêtu en sauvage, dit Marie de l’Incarnation..…… Les Iroquois le tenaient parmi eux en estime et réputation, comme un des premiers de leur nation.

(1) Relations des Jésuites, 164%, p. 45.

(2) Journal des Jésuiles, p. 42.

(3) Revue catholique de Normandie, t. 11, p. 250.

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