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Sueur les maria, « disant solennellement la messe à la Pointe de Lévi ou côte de Lauzon en présence des sieurs Bissot et Couture (1). » Les deux époux étaient de la Saintonge : M. Le Sueur leur fit cette faveur, par considération sans doute pour ses amis Couture et Bissot, dont Jean Guiet était un des plus fidèles employés.
C'était la troisième messe qui se disait à cet endroit, la première y ayant été célébrée par le P. Bailloquet vers la mi-avril 1648 (2).
Aujourd'hui, le grand et magnifique village de Saint-Joseph de Lévis recouvre en partie les propriétés de Bissot et de Guillaume Couture. Le ruisseau qui descend de la colline et qui séparait ces deux propriétés, alimente un jet d’eau que lon voit dans le jardin du presbytère. Une belle église et de florissantes institutions s'élèvent au centre de ce village, où semble régner une grande prospérité. Le voyageur qui monte à Québec par l’Intercolonial éprouve un mouvement d’admiration, lorsque brillent soudainement à ses regards les eaux argentées de notre grand fleuve, lorsqu'il aperçoit tout-à-coup ce majestueux paysage où se dessinent le cap Diamant, la chaine des Laurentides, la chûüte Montmorency, les collines de l’île d'Orléans : mais s’il est quelque peu familier avec les origines de notre histoire, il n’oublie pas de saluer en passant le petit coin de terre où s'élevait autrefois la chaumière de Guillaume Couture, où fut dite la première messe et célébré le mariage du premier colon de Lévis.
A partir de 1650 jusqu'à sa mort, M. Le Sueur se dévoua exclusivement à la desserte de la chapelle Saiat-Jean et à l’éducation des enfants de son ami Bourdon. Avec quel soin il s’acquitta de cette dernière tâche, on peut en juger par les paroles de reconnaissance que celui-ci lui exprime dans son testament :
« Je supplie, dit-il, Messire Jean Le Sueur de vouloir prendre la peine de mettre ce mien testament à due et entière exécution, et de continuer à demeurer dans ma maison comme il l’a fait
(4) Acte de mariage de Jean Guiet, 10 novembre 1652, (2) Journal des Jésuites, p. 106.
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ci-devant; et tant que Dieu donnera du pain aux miens, il en sera participant, comme j'ai fait avec lui... »
Puis, dans un codicille qu’il ajoute plus tard à ce testament :
« Comme M. de Saint-Sauveur et moi, dit-il, depuis trente ans, ont été liés d’une amitié très parfaite, et que depuis vingt-deux ans ou environ il a demeuré en mon logis, ayant toujours pris soin de ce qui me regarde, ayant instruit mes enfants en la crainte de Dieu, leur ayant appris à lire et à écrire... » nous ayant fait l'honneur et la faveur de dire la messe en la chapelle de Saint- Jean; en cas que mes enfans ne veuillent ou ne puissent s’accommoder avec lui quand ils seront en âge, je lui laisse et abandonne le revenu du moulin de Saint-Jean, à la charge de l’entretenir comme un bon père de famille, et pareillement sa chambre pour logement où il est à présent, avec la chapelle. …. »
Du reste, il est facile de voir par les résultats obtenus quelle douce influence il exerça dans cette famille : sa présence y fut une source de bénédictions. On sait que les quatre filles de M. Bourdon se firent religieuses, deux dans le monastère des Ursulines, et les deux autres à l’Hôtel-Dieu de Québec : elles répandirent dans ces deux communautés le parfum des plus belles vertus. Quant aux fils de M. Bourdon, l’un mourut à la fleur de l’âge — il n'avait que quinze ans, — mais il donnait déjà les meilleures espérances : les deux autres firent toujours honneur à leur famille et à leur pays (1).
Pour M. Bourdon lui-même, il trouva en M. Le Sueur un confident sûr et éprouvé de ses pensées et de ses résolutions, un ami fidèle, un consolateur et un appui dans les peines et les difficultés de sa vie laborieuse, surtout dans les deux grandes épreuves que Dieu lui envoya, la première, lorsqu'il perdit son épouse (1654), à la suite d’un accident, la seconde, lorsqu'il fut l’objet d’une injuste persécution (1664) de la part du gouverneur Mésy, qui le destitua illégalement, et sans aucune forme de procès, de ses fonctions de procureur général du Conseil, et l’obligea même à s'éloigner de la colonie.
En cette occasion, comme toujours, cet homme de caractère ne cessa jamais, 1] est vrai, de jouir de la sympathie de tout ce qu’il y avait de plus honorable dans la colonie, de Mgr de Laval, par
(1) Jean Bourdon, dans la Revue catholique de Normandie, t. x.