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des uns et des autres on les marie par trentaines. Les plus avisés commencent à faire une habitation un an avant que de se marier parce que ceux qui ont une habitation trouvent un meilleur parti; c'est la première chose dont les filles s’informent, et elles font sagement, parce que ceux qui ne sont point établis souffrent beaucoup avant que d’être à leur aise. »
Quant à celles qui ne trouvaient pas de suite à se marier, il fallait leur procurer un asile, il fallait pourvoir à leur subsistance, à leur entretien, ou du moins leur trouver de l'emploi, du travail. Avec un dévouement au-dessus de tout éloge, Mne Bourdon, aidée de quelques amies, se chargeait de tout. Elle se faisait la mère, la conseillère, la protectrice de toutes ces jeunes personnes, en attendant leur établissement; et lorsque quelque bon parti se présentait, elle était heureuse de contribuer à la formation d’un ménage bien assorti et chrétien. Que de familles canadiennes, en remontant à leur origine, trouveraient probablement le nom de Mme Bourdon associé à celui de leurs ayeux! Qui ne garderait un souvenir reconnaissant à cette dame de qualité qui exerça autrefois à Québec une œuvre si patriotique? Et d’un autre côté, comment oublier le digne prêtre, le commensal et l’ami de cette dame, qui l’aida sans doute bien souvent de ses conseils et s'associa à ses œuvres de zèle?
Le Journal des Jésuites mentionne très souvent le nom de M. de Saint-Sauveur à l’occasion des offices paroissiaux de Québec ou d’une foule de petits incidents que l’on croyait bon de noter. Il est facile de voir que les Pères de la Compagnie de Jésus à Québec le tenaient en grande estime, qu'ils le traitaient comme un des leurs, qu'ils le regardaient pour ainsi dire comme étant de la famille.
Très souvent le Journal accole son nom à celui de quelques Pères, lorsqu'ils partent le même jour pour aller faire l'office à différents endroits : « Le P. Poncet dit la messe de minuit à la nouvelle église, le P. Mercier céans, le P. La Place à lhôpital, le P. Garreau chez Martin Grouvel, et moi (le P. Lalemant) chez
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M. Giffard à Beauport, M. de Saint-Sauveur à la côte de Sainte- Geneviève. »
Les Jésuites font une large part à M. Le Sueur dans les offices de la paroisse; ils l’invitent à chanter la messe, à confesser : « Il y eut (à la messe de minuit 1656) trois confesseurs : les PP. Vimont, Chastelain et de Saint-Sauveur. »
Ils tiennent à ce qu'il soit de toutes leurs fêtes. Le P. Lalemant ayaat un jour remarqué son absence : « M. de Saint-Sauveur n’y était point, dit-il; il faut l'y inviter une autre fois. » Et dans une autre occasion il se fait remplacer par lui : « Je n’y assistai pas; M. de Saint-Sauveur fit l'office. »
Nous avons dit déjà que M. Le Sueur est quelque part désigné dans les Registres comme « prêtre habitué de la paroisse. » Les Jésuites, dans leur Journal, l’appellent « le principal officier de notre paroisse. » Ces paroles semblent exprimer une grande considération pour M. Le Sueur. Les Jésuites le regardaient comme leur lieutenant, leur assistant, comme un homme de confiance capable de leur rendre tous les services possibles, dans l’occasion.
Souvent ils l’invitent à diner « en leur réfectoire, » soit les jours de grande fête, soit à l’occasion de quelque profession religieuse aux Ursulines ou chez les Hospitalières : mais dans ce dernier cas, ce sont ordinairement les Religieuses elles-mêmes ou quelque haut personnage qui font les frais du diner : « Le 8 décembre (1650) la Sœur Saint-Dominique fit sa profession aux Ursulines... M. le gouverneur, M. Menoil, M. de Saint-Sauveur et M. Vignal vinrent diner en notre réfectoire, M. le gouverneur nous traitant. » — « Le 27 décembre (même année), la Sœur de la Passion fit sa profession aux Hospitalières..…. M. de Saint-Sauveur et M. Vignal vinrent diner en notre réfectoire, les Mères Hospitalières nous ayant envoyé de quoi. »
Le « jour de l’an, » à cette époque patriarcale de notre histoire, quel bel échange de politesses, de bonnes et franches visites, de petits présents, entre ces prêtres, ces religieux, ces citoyens de la colonie de Québec!
« M. le gouverneur nous prévint, écrit le P. Lalemant, à la date du {er janvier 1646; il était ici à sept heures pour saluer tous nos Pères, qu'il demanda les uns après les autres. Je l’allai saluer après la grand’messe : une autre fois, il faut le prévenir. M. Giffard aussi nous vint voir, et les Religieuses envoyèrent des lettres de
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grand matin pour faire leur compliment; les Ursulines, force belles étrennes, avec bougies, chapelets, crucifix, et sur le dîner deux belles pièces de tourtière. Je leur envoyai deux images de saint Ignace et de saint François-Xavier en émail. On donna à M. Giffard un livre du P. Bonnet de la vie de Notre-Seigneur; à M. Des Châtelets, un des petits tomes de Drexellius de Æternitate; à M. Bourdon, une lunette de Galilée où il y avait une boussole, et à d’autres, des reliquaires, chapelets, médailles, images. »
Une autre fois, le 4°r janvier 1648, ce sont les Hospitalières qui envoient aux Jésuites, « le matin, une lettre par M. de Saint- Sauveur, et le soir d’auparavant un petit quart de vin d’Espagne. Je leur envoyai, dit le P. Lalemant, une lettre, le même jour, et un livre, l'abrégé du P. Suffren. »
Une autre fois encore : « M. le gouverneur et M. Bourdon nous firent force présents de gibier, de viande, de poisson, et entr’autres d’un baril de vin d’Espagne. » Et ailleurs : « M. Giffard m’envoya deux chapons, M. Jean Guyon, un chapon et une perdrix, Mne Couillard, deux poules vives. »
De leur côté, les Jésuites ne restaient jamais en frais de politesses : « J’allai saluer M. le gouverneur (1), dit le P. Lalemant, dès le matin (19° janvier 1651). Je donnai à Madame un reliquaire..……. J’envoyai à M. Couillard un calumet de pierre, à M. Menoil une grande médaille de saint Ignace, anni sœcularis, à Mile de Repentigny un reliquaire. » Et ailleurs : « Je donnai aux Hospitalières un livre de P. Bonnefons, aux Ursulines un tableau de saint Joseph... À M. Boutonville, secrétaire de M. le gouverneur, un chapelet musqué avec un Agnus Dei. »
Mais dans la distribution des étrennes du « jour de l'an, » M. Le Sueur n'était jamais oublié par les Jésuites. On lui donne, une année, « l’évangile du P. de Montreuil, un pain de bougie et un canif; » une autre fois, « un pain de bougie, un crucifix et un Gerson. »
Le Journal des Jésuites mentionne la présence de M. Le Sueur à la procession solennelle du Saint-Sacrement le dimanche dans l’octave de la Fête-Dieu, 30 mai 1660; puis, à partir de cette date, il n’est plus question de ce digne prêtre : sans doute, parce que les Jésuites, ayant cessé d'exercer les fonctions curiales à Québec
(1) M. d’Ailleboust, 3 gouverneur du Canada (1648-51).
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depuis l’arrivée de Mgr de Laval (1659), et ne s’occupant plus que de leur collège et de leurs missions, n’avaient plus de rapports journaliers avec lui comme auparavant. Il n’était plus « le principal officier de leur paroisse, » et n’entretenait plus avec eux que des relations d'estime et d'amitié.
Il serait intéressant de savoir, par quelques vieux documents, quels furent les rapports de M. Le Sueur avec Mgr de Laval, puis avec les premiers prêtres du Séminaire de Québec. M. Le Sueur vécut en effet plus de neuf ans encore après l’arrivée de Mgr de Laval au Canada. Il fut témoin des luttes énergiques du saint prélat contre la traite de l’eau-de-vie, il fut témoin de son zèle et de son dévouement pour la conversion des Sauvages, il assista à la fondation du séminaire de Québec, à la consécration de l’église paroissiale qu’il avait vu bâtir, à la consécration de l’église des Ursulines, aux grandes fêtes qui eurent lieu à Québec à l’occasion de la translation des Reliques des saints martyrs Flavien et Félicité. Bien des fois sans doute il eut occasion de rencontrer Mgr de Laval, soit lorsque le vénéré prélat visitait la chapelle du coteau Sainte- Geneviève, qu'il continuait à desservir, soit lorsqu’en sa qualité d’ancien chapelain de l'Hôtel-Dieu il était invité à quelque profession religieuse chez les Hospitalières.
À défaut de documents, il est bien permis d'affirmer que M. Le
Sueur professait à l’égard du premier évêque du Canada les sentiments de la plus profonde vénération. [Il était l’ami intime et le commensal de Jean Bourdon : or celui-ci fut toujours, dans le “pays, et surtout au Conseil, le bras droit de son évêque; il l’appuya en toute occasion, et fut même, comme l’on sait, victime de son attachement énergique à ce qu’il croyait être la cause de la justice et de l'équité. [Il n’est pas probable que M. Le Sueur entretint des sentiments différents de ceux de son ami, ni par conséquent de son évêque.
D'un autre côté, Mgr de Laval, qui avait une grande estime pour Jean Bourdon, devait nécessairement témoigner à M. Le Sueur une bienveillance toute particulière. Aussi voyons-nous l'ancien curé de Thury continuer à desservir, comme du temps des Jésuites, la petite église du coteau Sainte-Geneviève, y faire souvent acte de juridiction, y célébrer plusieurs mariages.
Le dernier acte de M. Le Sueur consigné dans les registres de Québec est daté du 5 juin 1666. C’est le mariage d’un Rouennais,
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compatriote et probablement ami de Bourdon, « Romain Becquet, fils de Julien Becquet et d'Anne Vasse, de la paroisse du Becq, proche de la ville de Rouen, et Romaine Boudet, veuve de feu Jean Normand. » Ce mariage fut célébré par M. Le Sueur « en la chapelle Saint-Jean, » en présence de Jean Bourdon, François Becquet, Louis Michelet, Pierre Normand, Pierre Du Quet, toute une petit colonie rouennaise transportée sur le coteau Sainte- Geneviève.
& M. Bourdon est mort très chrétiennement. » C’est la manière laconique avec laquelle le P. Lalemant enregistrait dans son Journal, à la date du 12 janvier 1668, le décès de ce grand citoyen, dont Marie de l’Incarnation écrivait quelques mois plus tard : « Depuis qu’il s’est établi en ce pays, il s’est consommé en toute sorte de bien et de bonnes œuvres (1). » [Il fut « solennellement enterré le lendemain en la chapelle du Scapulaire dans l’église paroissiale de Notre-Dame de Québec, » disent les registres.
La mort de son ami Bourdon fut pour M. Le Sueur un coup fatal. Déjà très affaibli par l’âge, il se sentit atteint de la maladie qui devait le conduire au tombeau. Il avait été nommé curateur des biens de la succession de son ami, dont l’un des fils, Jacques, sieur d’Autray, était encore mineur (2) : ce surcroit d’occupations épuisa le peu de forces qui lui restait. Il se fit transporter à l’hôpital, et ne put pas même assister aux obsèques de son ami Robert Giffard, qui ne survécut que trois mois à M. Bourdon. A la date du 1% avril, le P. Lalemant écrivait dans son Journal :
€ M. Giffard est mort fort chrétiennement, assisté du P. Carheil tout le temps de sa maladie. Le 16, il a été enterré sur le lieu au pied de la croix de l’église, selon qu'il Pavait désiré. Nous avons assisté, trois de nos Pères, à ses obsèques, avec Mgr l’évêque, M. de Bernières, et M. de Maizerets, l’otficiant, avec les séminaristes. »
Quelques semaines plus tard, le 8 mai, s’éteignait à l'Hôtel-Dieu
(1) Lettres de Marie de l'Incarnation, t. 11, p. 493. (2) Aveu et dénombrement du fief d’Autray, 30 octobre 1668.