HE DORE
écrit le P. Lalemant, ayant consulté Rome, les principaux Pères de notre Compagnie de la maison-professe et du collège, le sens plus commun fut qu'il fallait s'adresser et attacher à M. de Rouen (1). » Puis il ajoute : « Le P. Vimont s’adressa au P. Pingeolet, pour lors recteur du collège de Rouen, par la faveur et assistance duquel on obtint de M. l’archevêque de Rouen l’Ancien, lettre de grand’vicaires. »
« Depuis, continue le P. Lalemant, mon dit sieur l’archevêque de Rouen envoya une patente bien ample, adressée au R. P. Assistant, par laquelle il établissait le supérieur de la mission son vicaire général, avec toutes les précautions possibles pour le bien de notre Compagnie; et le dit sieur Archevèque étant mort cette année 1653, son neveu, successeur en sa charge, et qui du vivant de son oncle avait été son coadjuteur, envoya une semblable patente à celle de son oncle au R. P. Assistant, qui nous fut ici apportée... (2). »
Dans les registres de Notre-Dame de Québec, on voit pour la première fois, le 11 novembre 1652, « le R. P. Paul Ragueneau, supérieur des missions de la Compagnie de Jésus en ce pays, » s’intituler « grand’vicaire de Mgr l'archevêque de Rouen. »
Quoi qu'il en soit au sujet de cette question de juridiction de l’archevèque de Rouen, M. Le Sueur n’avait d'ordres ou de permissions à recevoir que du Supérieur des Jésuites chargés de la Mission du Canada; et ce n’est aussi que comme son délégué qu’il fit jamais acte de juridiction. Mais aussitôt après l’arrivée de Mgr de Laval, il agit « avec permission de Mgr de Pétrée. »
Il est probable que lorsqu'il fut chargé, vers 1650, de la desserte de « la chapelle de Saint-Jean en la côte de Sainte-Geneviève, » il reçut du supérieur des Jésuites, d’une manière générale, tous les
(4) Il est bon de remarquer que l'évêque de La Rochelle avait les mêmes prétentions que l’archevêque de Rouen. Voici ce qu'écrivait en 1649 Marie de l'Incarnation : « M. de La Rochelle, oncle de la Mère de Saint-Joseph, lui a mandé qu'il est notre évêque, parce que, selon le droit, les terres nouvellement converties appartiennent à l’évêque le plus proche. On nous à dit, ajoute-telle, qu'on l’a voulu charger à Rome de cette Eglise naissante, dans l'érection de son nouvel évêché, mais qu’il ne l’a pas voulu accepter, de crainte qu’on ne l’obligeat à la visite : le temps nous apprendra ce que Dieu en a ordonné dans son éternité. » (Lettres de Marie de l’Incarnation, t. 1, p. 407.)
(2) Journal des Jésuites, p. 186.
CRT TE
pouvoirs nécessaires pour desservir les habitants de cette mission. Sans avoir le titre de curé, il y exerçait de fait les fonctions curiales. Les habitants du coteau Sainte-Geneviève regardaient cette chapelle comme leur église paroissiale et y remplissaient leurs devoirs religieux, à l'exception du devoir pascal (1). Il est probable que M. Le Sueur avait même la permission de les y marier, avec l’obligation toutefois de faire enregistrer tous les actes à la paroisse. Nous voyons qu'il y célébra au moins neuf mariages, sans compter ceux que M. Louis Ango de Maizerets y célébra aussi de son temps.
C'était une fête pour les Normands de Québec et des environs lorsqu'ils pouvaient se réunir à l’occasion de quelque noce : mais la fête ne semblait complète que si M. Le Sueur y était. Sil ne pouvait célébrer lui-même le mariage, on tenait du moins à ce qu'il y assistât. Nous avons compté sept mariages célébrés par les RR. PP. Jésuites, auxquels M. Le Sueur était présent comme témoin, soit avec Jean Bourdon, soit avec quelque autre compatriote de Normandie.
L'un de ces mariages eut lieu le 25 octobre 1648, « en l'église de Québec, » c’est-à-dire, suivant toute probabilité, dans cette partie de la maison des Cent-Associés qui servait à cette époque d'église paroissiale (2) : celui de François Bissot avec Marie Couillard, cinquième fille de Guillaume Couillard et de Guillemette Hébert, l’une des plus anciennes familles de Québec.
(1) Le P. Lalemant tenait à ce qu’il fût bien compris qu'il n’y avait qu'une seule paroisse, celle de Québec. Il ne faisait pas même d’exception pour Sillery. Comme il lui est arrivé un jour de donner le titre de paroissiens aux habitants de cette localité, il se reprend aussitôt : « Quanquäm non ila vocandi, dit-il, car Sillery ne doit nullement passer pour paroisse, sed pour maison de la Compagnie. » (Journal des Jésuites, p. 99.)
(2) L'église de Notre-Dame-de-Recouvrance hrûla en 1640. Il fallut faire les offices paroissiaux dans la maison des Cent-Associés. En 1647, fut posée la premiére pierre de « la grande église de Québec, » comme l’appelle la Relation de 1651. On célébra la messe de minuit en 1650 dans cette nouvelle église mais ce ne fut qu'à Pâques 1657 qu’on commença à y faire les offices régulièrement. Cette église fut consacrée par Mgr de Laval le 41 juillet 1666.