‹ M. Jean le SueurChapitre 6 sur 17 · NOR OT · texte numérisé non relu

NOR OT

pre

« Le dernier jour d'octobre (1646) partirent les vaisseaux... Avec eux repassèrent le fils de M. de Repentigny, de M. Couillard (1), de M. Giffard (2), les neveux de M. des Châtelets, tous fripons pour la plupart, qui avaient fait mille pièces à l’autre voyage, et l’on donnait à tous de grands appointements. »

Ces fils de famille, employés sur les vaisseaux de la Compagnie des Habitants, avaient secoué le joug de la discipline sous lequel les Jésuites les tenaient, à Québec, et leur parents, à la maison paternelle, « réglée comme une maison religieuse » : ils s’abandonnaient sans frein aux doux plaisirs de la liberté. La traite du castor, désormais permise à tout le monde, développait aussi des appetits dangereux, et une soif de s'enrichir qui pouvait facilement préjudicier au bonnes mœurs.

Heureuses les familles qui, comme celles du coteau Sainte- Geneviève, qu'affectionnait spécialement M. Le Sueur, savaient se contenter de l’honnête médiocrité assurée aux colons courageux qui défrichaient leurs terres!

Nous avons compté dix-huit mariages célébrés par M. de Saint- Sauveur, la plupart « dans la chapelle de Saint-Jean en la côte de Sainte-Geneviève, » quelques-uns cependant « en la chapelle du collège de la Compagnie de Jésus (3), » d’autres « dans la maison de M. Robert Giffard, à Beauport, où le dit sieur Le Sueur, prêtre, a dit sa messe, » d’autres « en la maison de Guillaume Couture, à la Pointe de Lévi, » un seul « en l’église de la paroisse de Québec, » et puis celui que nous avons déjà mentionné, « en la maison de Mathurin Gagnon, » au Château-Richer.

M. Le Sueur célébrait ces mariages, « ayant commission du

(1) Ce sont les frères de ces jeunes gens, Ignace de Repentigny, et Charles Couillard, le futur seigneur de Beaumont, qui un jour « eurent le fouet, » au collège des Jésuites, pour avoir, dans une séance littéraire, salué le gouverneur avant l’évêque, contrairement à la consigne qu'ils avaient reçue de se tenir « les mains occupées, » de manière à « ne saluer ni l’un ni l’autre. » (Ibid., p. 291.)

(2) Probablement Joseph Giffard, qui est désigné quelque part, dans les Registres de Québec, sous le titre de « marquis de Beauport! » (Actes de baptême du 17 août 1664.)

(3) On jeta les fondations de cette chapelle dans l’été de 1650 : elle fut ouverte au culte à la fin de 1653. Dès 1659, cette chapelle était jugée insuffisante; et à la fin de mai 1666, on posa la première pierre d’une grande église attenante au collège des Jésuites. (Journal des Jésuites, p. 142, 193, 265, 344).

RTE

supérieur de la paroisse, » ou bien, « député par le supérieur de la mission, » ou « ayant pouvoir du supérieur du lieu, » ou « par commission des supérieurs, » ou bien (1655), « ayant pouvoir et commission de ce faire du curé de la paroisse, » ou encore, plus tard (1661), après l’arrivée de Mgr de Laval, « par permission de Mgr l'Evèque. »

Le Supérieur des Jésuites du Canada ne prend lui-même le titre de « curé de la paroisse » que vers l’automne de 1650. Dans un acte du 22 novembre, le P. Vimont s'intitule pour la première fois « curé de cette paroisse de Québec; » et trois jours auparavant, le P. Poncet se disait lui-même « vicaire de la paroisse de Québec. »

Les premiers missionnaires du Canada, les Récollets, tenaient leurs pouvoirs directement de Rome, et le P. Provincial de Saint- Denis avait le privilège exclusif de choisir et d'envoyer des missionnaires en ce pays (1). Il fit appel aux Pères Jésuites, les priant de venir partager les fatigues et les travaux de ses frères de Québec; les Jésuites répondirent favorablement à l'appel, et vinrent s’'adjoindre aux Récollets en 1625. Les Jésuites revinrent seuls au Canada, en 1632, pour continuer les travaux de la mission commencée, soit avec les pouvoirs qu’ils avaient déjà reçus du Provincial des Récollets de Saint-Denis, soit avec de nouveaux pouvoirs qu’ils avaient pu recevoir directement de la Propagande (2). Dans tous les cas, le P. Lalemant écrit quelque part dans sen Journal, « qu'on n'avait eu rapport à aucun évêque pour le gouvernement spirituel de ce pays jusques en l’an 1647 (3). »

Il est certain, cependant, que depuis longtemps déjà l’archevêque de Rouen prétendait bien avoir la juridiction sur la Nouvelle- France (4). Aussi, les Jésuites du Canada reçurent-ils en 1647 des lettres de France, qui contestaient « la validité des sacrements de mariage » par eux célébrés (5). [ls jugèrent à propos d'envoyer en Europe quelques Pères pour prendre avis à ce sujet. « Le P. Vimont,

(1) Bref du Nonce Bentivoglio au P. Le Caron, 20 mars 1618. (Des commencements de l'Eglise du Canada, par M. l'abbé Verreau.)

(2) La Congrégation de la Propagande fut établie par le pape Grégoire XV en 1621.

(3) Journal des Jésuites, p. 186.

(4) Ibid., p. 187.

(5) Ibid., p. 93.

Le

ve " A > D

Page 1