‹ M l'abbé François Pilote, curé de Saint-AugustinChapitre 3 sur 6 · LE PRESBYTÈRE · texte numérisé non relu

LE PRESBYTÈRE

Le presbytère, situé à l'ombre de l'église, est un vaste édifice qui a déjà vu 60 hivers. N'étant point d'architecture récente, il rappelle, par ses formes basses et longues, le goût d'une autre génération, à une époque où l'on recherchait plus la solidité .dans les constructions que l'élégance. Le site en est fort bien choisi.

Assis sur une faible éminence, le regard peut se promener, du côté du sud, sur un vaste panorama. En face, un

coin de notre fleuve portant, à quelques arpents de distance, sur ses eaux limpides, ou le modeste canot d'écorce, ou le magnifique et l'orgueilleux palais flottant. Au delà du fleuve, la paroisse de Saint>Nicolas avec son église qui la domine ; tout autour de vous, la campagne avec toute sa verdure et toutes les beautés qu'y a semées la main du Créateur. Destouches a eu cent fois raison de dire :

" La campagne est pour moi pins belle qre la cour, Et je voudrais pouvoir y fixer mon séjour. "

A quelques pas de la demeure du curé, M. Pilote a fait

creuser un étang avec chaussée et deux ponts. Cette nappe

d'eau est bordée d'arbres, et sa profondeur permet de s'y

promener en chaloupe. A droite et en face de l'étang, des

jardins pot igers et fruitiers ; en un mot, la nature avec

toute sa luxuriante variété.

" Nature î ô séduisante et sublime déesse,

Qne tes traits sont divers ! Tu fais naître dans moi

Ou les plus doux transports, ou le plus saint effroi. "

Du côté nord du presbytère et en face de l'église s'élève un fort joli monument de pierre de taille, érigé en l'honneur des saints Anges gardiens et surmonté d'envoyés célestes avec ailes déployées. Cette construction, qui a coûté un beau chifi"re, est la dernière œuvre de M. Milette, le prédécesseur immédiat de M. Pilote. Ce gage de la piété aux anges gardiens a été construit en 1869 et il porte sur sa face principale l'inscription suivante : " Dieu a ordonné à ses anges de prendre soin de vous. "

Il est une autre construction due à l'esprit d'entreprise de M. Pilote, et cette construction c'est

LE COUVENT. / '^ y V

Cette institution, dirigée par les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, est i\ quelques pas seulement de l'église. Le cours d'études comprend les langues française et

anglaise, la musique (piano), les ouvrages de goût, et tout particulièrement les ouvrages utiles, comme tricots, couture, etc., et les Sœurs tiennent avec beaucoup de raison à ce que leurs élèves excellent dans ce genre d'études. Nous avons déjà trop de ces maisons d'éducation où l'on sacrifie l'utile à l'agréable, pour ne pas recommander aux parents de la campagne un couvent dont les maîtresses mettent l'aiguille à côté du piano, et ne dévoient pas l'esprit de nos jeunes filles en leur donnant une éducation toute d'agrément. On enseigne aussi le dessin linéaire avec beaucoup de succès.

Cette maison d'éducation, qui n'aspire à rien de plus qu'au titre de Couvent de paroisse, n'a que deux années d'existence sous la direction des filles de la Sœur Bourgeoys, quoiqu'elle ait été érigée en 1877. On pourra avoir une idée aproximative de l'appréciation qu'ont faite Saint- Augustin et les paroisses environnantes de cette institution naissante, en disant que l'année dernière, c'est-à-dire à la deuxième année d'enseignement, elle a été fréquentée par 63 élèves.

L'examen de cette année a été fait par M. le curé et plusieurs amis de l'éducation. Les résultats n'ont point fait mentir le bonne réputation que possèdent les Religieuses de Notre-Dame de la Congrégation partout où elles se sont établies. Une preuve à l'appui de cette assertion se trouve dans le fait que M. le Surintendant Ouimet a accordé, cette année, par l'entremise de M. le curé, la médaille d'or, symbole du mérite et du succès. Mlle Virginie Cantin, de la paroisse, a remporté cette grande marque de distinction.

Le système d'éducation est doux Qi ferme à la fois ; c'està-dire que les Dames du couvent ne négligent rien pour obtenir des élèves une application soutenue et pour assurer leurs progrès dans la science et la vertu.

Un autre point qui recommande ce couvent à l'attentioa <ies parents, c'est la condition hygic'nique dans laquelle il se trouve. Les agréments et la salubrité du site sont remarquables. En face, jardin bien cultivé, avec promenades au milieu des fleurs. Au bout du jardin, un espace pavé où les élèves peuvent prendre leurs ébats loin de tout regard indiscret. Un filet d'eau, qui va se jeter dans l'étang du presbytère, coule à quelques pas et fait entendre son gai murmure sur les cailloux de son lit. Dans un des coins de Xie petit Eden, il y a une grotte de Notre-Dame de Lourdes ladossée à celle du cimetière dont j'ai parlé déjà et en tout semblable à celle-ci. C'est dans ce coin vénéré que se trouve, Après l'hygiène du corps, la prière qui est l'hygiène de l'âme.

Je crains de dire une chose inutile, en ajoutant que cette maison est tenue avec la plus rigoureuse propreté, depuis le rez-de-chaussée jusqu'au quatrième étage renfermant les dortoirs, hauts et bien aérés.

Le prix de l'éducation dans les deux langues et de la pension est à la portée de toutes les bourses : il n'est que <îe $5 par mois, ou $50 pour les 10 mois scolaires.

Je manquerais à un des devoirs du chroniqueur fidèle si je ne disais pas ici que le couvent de Saint-Augustin est encore une œuvre de M. le curé Pilote, qui n'a pas craint de se mettre sur les épaules, pour cette construction, une <iette de plusieurs milliers de piastres, qu'il achève d'éteindre. " Aux grands cœurs les mains vides, " est un axiome encore plus vrai que celui qui dit : " Aux Innocents les mains pleines. " Il n'y a pas d'apparence, du moins, que M. Pilote reçoive, parmi ses paroissiens actuels, l'ingratitude en récompense de ses sacrifices. L'ingratitude, cette monnaie si fréquente parmi les hommes, est la fille de l'intérêt et de la vanité et le vice d'un petit esprit, a dit ua

auteur ; mais des hommes de la trempe de M. Pilote se consolent facilement d'avoir fait des ingrats, parce qu'il n'ont travaillé que pour la gloire de Dieu et l'avantage de leur pays.

Lors de la construction du couvent de Saint-Auenistin,, les paroissiens se sont unis à leur curé et lui ont aidé largement, généreusement, au moyen de corvées volontaires. Cette démarche leur fait honneur.

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