‹ M. l'abbé François Pilote, curé de Saint-Augustin (Portneuf) [microforme]Chapitre 16 sur 17 · M. F. PILOTE À LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DU BAS- CANADA · texte numérisé non relu

M. F. PILOTE À LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DU BAS- CANADA

Collége de Ste Anne Lapocatière, 24 décembre 1885.

Monsieur,

Je suis heureux de répondre à l'appel de la Société d’'Agriculture du Bas-Canada dont vous êtes le Secrétaire. Ce n'est pas que j’attache quelqu’importance au faible concours que je puis donner à l’association proposée; mais je regarde comme un devoir, imposé à tout homme qui aime sincèrement l'avancement de son pays, de fournir, quand il le peut, à la cause commune, au moins son contingent de bonne volonté et de patriotique sympathie, quand il ne peut faire davantage. Aujourd’hui, plus que jamais, tout le monde est d'accord sur l’urgente nécessité d'encourager l'agriculture, et par elle d'exploiter, au profit du plus petit fermier, comme du plus puissant seigneur, le sol si riche de notre jeune pays. Cet encouragement, pour être efficace, ne peut venir que des hautes régions de la société. Aussi, estil bien consolant de voir, inscrits en tête du rapport dernièrement publié, que nos honorables citoyens ont parfaitement compris que leur concours était indispensable. Îls ont fait un appel qui, il faut l’espérer, ne id Le pas sans s réponse.

“Parmi les moyens que la Société d'agriculture du Bas- Canada, se propose de mettre en œuvre, pour atteindre son but, j'en remarque deux principaux : l'établissement d'éécoles d'agriculture avec des fermes-modèles, et les sociétés

d'agriculture dans chaque comté. L'un et l'autre sagement employés opèreront, sans aucun doute, dans l’agriculture, une heureuse révolutiou, tout à l'avantage du cultivateur comme du commerçant et de l'industriel. On commencera d’abord par préparer la jeunesse. Car si la génération naissante n’est pas généralement initiée de bonne heure à l'étude de l’agriculture, en vain cherchera-t on plus tard à attirer son attention sur cet important objet, La routine, soutenue des préjugés inhérents à l'ignorance, prévaudra toujours. Uu coup d'œil sur le passé suffit pour démontrer cette vérité,

Donnons à notre jeunesse le genre d'éducation qui lui est le plus nécessaire. Notre peuple essentiellement cultivateur et marchand a besoin de s’instruire dans l’agriculture et le commerce,

Tant que le sol fertile des bords du St-Laurent a rendu

sans effort au laboureur le centuple de son travail, il était inutile de demander à la science les secrets d’une production plus abondante, Mais maintenant que les vieilles routines sont impuissantes contre l’action d’une triple calamité : un insecte mystérieux, un certain dérangement des saisons et l'épuisement du sol, à qui l’on demande sans cesse, sans jamais rien lui rendre, il est de la plus urgente nécessité, sous peine d’une ruine complète de l’agriculture comme du commerce, et de tous les genres d'industrie qui s’alimentent de l’un et de l’autre, d'étudier l'expérience des vieux pays, et d'étendre partout la connaissance du meilleur mode de culture. Les sociétés d'agriculture, dans chaque comté, faciliteront merveilleusement l'exécution de cette tâche difficile, Ces sociétés, mises en rapport avec la grande s0ciété ou société générale pour tout le :Bas-Canada, formeront un trésor commun des connaissances, et de l'expérience des membres qui en feront partie ; elles seront. un puissant.

moyen de propager le goût. et l'estime du premier des arts utiles, d’exciter une louable émulation parmi les cultivateurs, sans. Jaquelle tout essai d'amélioration et de progrès devient inutile,

Les hautes professions sont amplement pourvues d'aspirants, trop même, pourrait-on dire, vu l’état actuel de notre société ; l'éducation dite mercantile ou de commerce a pris depuis quelques années un développement qui donne de flatteuses espérauces. Mais qu’a-t on fait pour l’agriculture ? Nous touchons au moment où chacune de nos grandes institutions collégiales, dans les can: pagnes, devrait avoir sa ferme-medèle, comme sa bibliothèque et son musée.

La corporation du collége de Ste-Anne, pour sa part, convaincue depuis longiemps de ce que je viens de dire,

n’hésiterait nullement à mettre sur pied une ferme modèle avec une é:ole spéciale pour l’agriculture, si elle rencontrait un encouragement suffisant, soit de la législature, soit de tout autre corps en état de le fournir. Cette ferme-modèle, à peu de distance du collége, serait sous sa surveillance immédiate. Je dis qu’il faudrait un encouragement suffisant ; car la cornoration est déjà chargée de deux pensionnats nombreux (183 élèves), dont l’un pour les hautes études, ou études classiques proprement dites, et l’autre pour un cours plus approprié au commerce et aux arts mécaniques, ayant chacun leur marche séparée, quoique réunis dans le même établissement. Il lui serait par conséquent impossible par ses seules ressources, d’ailleurs très-limitées, de pourvoir à la fondation d’un établissement de ce genre. Tout ce qu’elle peut faire, dans ceite circonstance, est d'offrir son humble mais consciencieuse coopération.

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Permettez moi, monsieur, de ne pas laisser échapper la présente occasion de féliciter la société d'agriculture du Bas-Canada, de vous avoir choisi pour secrétaire, Vos longs et utiles travaux, votre zèle à promouvoir l’objet qu’elle a en vue, sont un présage heureux du succès que je lui souhaïite de tout mon cœur.

Veuillez m'inscrire au nombre des membres de la susdite société, ainsi que quelques amis dont je vous envoie la liste, avec la modique contribution exigée par les règles.

J'ai l'honneur d’être, Monsieur, Votre très-humble et obéissant serviteur, F. PILOTE, Ptre.

Procureur du Collége Ste-Anne.

W. Evans, écr., Secrétaire de la Société d'agriculture du Bas-Canada.

. Nous n'avons pas voulu faire précéder ces reproductions d'aucune remarque, afin de ne pas préjuger l'opinion que le lecteur impartial a dû se former en parcourant ces lettres remarquables et par la forme et par le fond. Par la lecture attentive des écrits adressés à M. Meilleur et qui n'étaient point destinés à la publicité, on se convainc facilement de ce qui suit :

Que M. Pilote a deviné, en 1844 (alors que nos lois d'éducation n'étaient qu’à l'état d'enfance), le résultat que ces lois auraient auprès de la classe agricole de notre pays, fortement préjugée, à cette épopue, contre toute taxe, scolaire, municipale, etc.

Il n’y a pas de doute que M. Meilleur a profité, plus tard, des aperçus que lui fournissait, à titre d'ami de l’éducation, l’humble prêtre du collége de Sainte-Anne, lorsqu'il s’est agi de faire amender nos lois scolaires. L'esprit d’observation de ce prêtre distingué, ses connaissances du peuple de nos campagnes, de ses travers et de ses qualités, avaient fait de l’auteur de ces lettres de 1844 et 1845 un homme précieux qui en savait plus long, au sujet de l’enseignement primaire, que la plupart des législateurs de cette époque reculée. Les amendements nombreux faits, plus tard, à ces premiers ballons d'essai, en matière d'éducation, prouvent surabondamment notre assertion.

Quant à sa lettre au sujet de l’agriculture, elle confirme le titre qu’il a requ et qu’il mérite à tous égards : ‘ Ami sineère et constamment dévoué de la classe agricole. ” : EMPARONS-NOUS DU SOL ! fut la devise constante de ce grand patriote. Il ajoutait à cette devise cette autre aussi

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