LETTRE 3ME AU DR MEILLEUR
Collége de Ste Anne, 30 octobre 1844.
Mon cher Monsieur,
Les occupations trop multipliées des commencements d’une année scolaire m'ont privé jusqu'ici du plaisir de répondre à votre bonne lettre du 16 septembre dernier.
Autant et plus que vous je regrette que la maladie vous ait empêché, cette année, de visiter notré beau quartier. Votre présence et vos paroles eussent, en bien des paroisses, donné une nouvelle vigueur aux écoles élémentaires. Vous auriez vu avec plaisir que, dans plusieurs localités, on avait parfaitement saisi votre plan, celui d’avoir üne bonne école modèle. Déjà plusieurs de ces écoles prospèrent et promettent beaucour pour l’avenir. Il est beaucoup à désirer que le nouveau bill d'éducation les favorise d'une manière toute spéciale. C’est le meilleur plan, du moins pour l’état actuc] de notre société.
. Je ne suis pas en état de juger ex cathedrâ la nouvelle grammaire anglaise (en français), ni le traité anglais de la prononciation française, n’ayant pas encore eu assez de temps pour les étudier à loisir. Mais je puis vous dire pour le moment que je ne connais pas de meilleur moyen d’initier nos petits campagnards aux premières notions de la grammaire anglaise, que de leur enseigner celle que vous avez composée ; pourvu toutefois que le maître soit lui-même bien préparé, qu’il possède seulement des notions communes de grammaire anglaise, mais qu’il ait des connaissances approfondies sur la grammaire en général. Car les définitions savantes, quoique très correctes de la vôtre, exigent des explications étendues, qu’un maître seul très versé dans cette science pourra donner. Dans cette partie de l’enseignement, comme dans tous les autres, il faut plus attendre du maître que du livre qu'il enseigne. Un professeur habile tire toujouts bon parti d'un livre dont les principes sont sûrs, quelles que soient d’ailleurs ses autres imperfections. Xe petit traité de prononciation, quoique composé pour des anglais, offre le double avantage de servir d'exercice anglais et de legon de prononciation française. Je pense donc que
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ces deux ouvrages canadiens devraient trouver leur place dans nos écoles modèles,
Notre famille collégiale se compose cette année de 87 pensionnaires, de 37 externes et de 10 professeurs. Notre cours anglais va bien. Il nous faudrait pourtant encore un bon professeur parlant cette langue.
LETTRE 4ME AU DR M&ILLEuR.
Collége de Ste-Anno, 18 février 1845.
Mon cher Monsieur,
La dernière malle m'a apporté le projet du bill d'éducation, ayant à la marge quelques mots bienveillants écrits de votre main. Je vous en remercie. Je n’ai pas encore eu le temps d'en parcourir tous les détails, vu qu'il est très long et compliqué; mais, d’après ce que j’en entends dire, il. est fort à craindre qu'il ne remplisse le but pour lequel il a été proposé. On aurait dû, ce semble, s’en tenir au mode de taxation recommandé dans votre rapport de l’année dernière, celui de faire payer seulement les enfants de 5 à 16 ans. Je crois vous en avoir donné des raisons suffisantes dans ma lettre du 5 avril dernier. Mais à quoi bon discuter, aujourd’hui que ce projet est peut-être devenu loi. Laissons-le faire son chemin. Peut-être que de nouveaux tâtonnements inspireront mieux nos législateurs que toutes les observations écrites de leurs amis. Une chose cependant est bien claire au milieu de ce conflit d'opinions opposées, c'est le zèle et l’amour de tous pour l'avancement de l'éducation.
D'après votre circulaire du 16 décembre dernier, la paroisse de Ste-Anne et... ont droit à une somme de £197 48, 2d, pour aider à la construction de maisons d'école.
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Or il paraît que MM. nos commissaires n’entendent nullement profiter de cet avantage. Cette somme sera donc perdue pour l’objet pour lequel la législature l’a affectée. Voilà le fait,
Maintenant, je prendrai la respectueuse liberté de vous communiquer ce qui suit, toujours dans l'intérêt de la même cause, l'éducation de notre intéressante jeunesse, Notre corporation à acheté, l’année dernière, un emplacement à la porte du collége pour y construire une maiïson d'école, destinée à recevoir plus tard des Frères des Ecoles Chrétiennes. Elle a fait préparer et transporter sur la place et à ses frais tous les matériaux nécessaires, comptant, pour la main-d'œuvre, sur l'aide seule de la Divine Providence.
D'après cet exposé, s’il n’y a pas indiscrétion de ma part, je me permettrai de vous faire les questions suivantes :
10. Y a-t il quelque moyen de faire parvenir cette somme de £197 4s 2d. ou partie d’icelle, malgré le refus de MM. les commissaires, à la destination que la législature a eue en vue ?
20. Si cela peut se faire ; à quelles conditions ? Le refus de MM. les commissaires ne paraît tenir à rien.
30. L'assurance que nous pourrions donner que cette maison nouvelle serait exclusivement employée à loger un ou plusieurs maîtres, pour une ou plusieurs écoles, seraitelle une garantie suffisante de l'emploi des deniers employés à la construire ?
40. Cette maison devrait-elle, de rigueur, tomber sous le contrôle absolu de MM. les commissaires présents et futurs ?
5o. Notre corporation devrait-elle abandonner le fonds ?
Si la réponse à ces deux dernières questions est affirmative, l'affaire sera de suite terminée; nous n’en parlerons
plus, pour des raisons que vous supposez sans peine, Nous en serons quittes pour chacun une lettre, et moi en particulier pour le plaisir de vous répéter de nouveau combien j'attache de prix à vos services dans le poste éminent que vous occupez.
Vous ne pourrez peut-être pas me donner une réponse officielle, Je ne prétends gêner en rien votre liberté. Veuillez seulement m'indiquer par quel moyen légal nous pourrions atteindre le but indiqué dans la présente... ‘
ME LETTRE AU DR MEILLEUR, Collége de Ste-Anne, 27 mars 1845.
Mon cher Monsieur, Je vous remercie de votre bonne lettre du 20 courant, ainsi que des documents parlementaires qui l’accompagnent.
Je ne puis résister au désir de vous faire part, quoiqu’à regret et comme en tremblant, de ma façon de penser sur le projet, même amendé du nouveau bill d'éducation, qui sans doute, à cette heure, est devenu loi. Tout en convenant que les amendements ont une haute importance, surtout en ce qui a rapport à la cotisation volontaire, ceperdant je ne puis me défendre d’un sentiment pénible, en considérant le mode adopté pour la taxation. Je m'exprimerais avec plus de réserve, si moi ou les miens avions quelque chose à payer pour les écoles. L'avocat intéressé a toujours contre lui une présomption défavorable. Mais il n’en est pas ainsi. Puisque les taxes étaient jugées nécessaires, il fallait au moins ménager la susceptibilité du peuple qui n’en a jamais payé. Aller de prime abord demander à nos pauvres cultivateurs, qui regardent déjà comme une charge pesante de payer leur dîme et leurs rentes, de donner tant pour une cheminée,
tant pour un cheval, tant pour un chien, tant pour un co- :
chon, etc., voilà de quoi faire jeter les hauts cris, même
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| aux moins prévenus contre les, taxes. 11 était pourtant si | faoile de parvenir au même but, celui de, forcer les gens à, | ‘s'instruire, par des moyens plus doux, et pourtant non | moins efficaces. J'entrerais volontiers dans le détail de ces | moyens; mais nos législateurs se passeront bien de mes
1! avis, D'ailleurs la chose étant jugée, ce serait de la mouil tarde après dîner. Maintenant il nous faut recevoir la loi, | | telle qu’on nous l'a faite, avec la meilleure volonté. du | monde. Or voici ce.qui arrivera. Partout les commissaires | vont être élus à la condition expresse qu’ils ne taxeront pas. ji Que faire alors. dans, ce cas où les personnes chargées de mettre la loi à exécution, seront les premières à l’entraver ? Que feront les pauvres curés dans une telle extrémité ? Ils | devront donner leur démission, pour s'éviter le reproche de DE | vouloir taxer les paroïissiens. Dans un tel état de choses, il | n'y aura que les gens de bonne volonté qui, voulant bien li se cotiser volontairement, profiteront des libéralités de la DE | législature, Ainsi la nouvelle loi, élaborée depuis si long- | mi temps et avec tant de soins, nous aura ramené précisément 1 au point où nous avons été depuis 1841, sous l’ancienne loi, sans compter le mécontentement universel qu'elle aura causé partout pour en venir à ce résultat.
{il Depuis que j'ai lu dans les Mélanges les rapports statis | qi | tiques sur l’éducation dans presque tous les Etats de l'Eu- | qi rope, et en même temps la comparaison qui en a été faite | | avec le rapport intéressant que vous avez récemment publié | 1 sur l'éducation en Canada, je me demande tous les jours || s’il est juste de nous reprocher notre ignorance, notre apa- LL thie pour l'éducation ? Quoi! le Canada possède déjà, eu | (j | égard à sa population, un plus grand nombre d'écoles que
|| les vieux pays d'Europe! En Canada, la proportion de || ceux qui fréquentent, les. écoles est de 1 sur 10, tandis | | qu'en Ecosse, en France et en Autriche, cette proportion . | |
est de 1 sur 10, 1 sur 114, 1 sur 144! Et cela sans moyens
coercitifs quelconques... avec une loi défectueuse, Quoi !
la seule bonne volonté du peuple, secozdés par un surintendant habile et zélé, a pu obtenir en si peu d'années un résultat si éclatant ! Et on lui reprochera, du moins dans la pratique, son insouciance pour l'éducation ? Car c'est bien là ce que l'on fait : aujourd’hui, pour le forcer à s’instruire, comme si tout était à commencer dans son éducation, on le soumet au régime d’une loi qui le blesse dans ses habitudes les plus intimes, ou, si vous l’aimez mieux, dans ses préjugés d’ailleurs légitimes; et, pour l'obliger à accepter les bienfaits de l'éducation, l’on adopte de préférence précisément le seul moyen capable de lui rendre l’éducation odieuse.
Il me semble qu'avec ce qu’il y a de fait, le système de la déqualification à certains emplois eût conduit bien plus sûrement et plus généralement au résultat désiré pour certaines localités. D'abord parce que ce moyen est indirect et qu’il n’attaque personne en particulier ; ensuite parce qu’il ne coûte rien à la bourse du pauvre cultivateur.
On a cru faire faire un grand pas à l'éducation élémentaire, en faisant adopter la nouvelle loi, .mais il est fort à craindre qu'il n’en soit pas ainsi. L'éducation cependant marchera, mais non sous l'influence de cette nouvelle lui, dont malheureusement on cherchera à éluder les principales dispositions. La bonne volonté du peuple fortement appuyée comme par le passé du zèle et de l’expérience du surintendant, surmontera tous les obstacles. Aïnsi, mon cher Monsieur, si je ne suis pas un faux prophète (et plût à Dieu que je le fusse en cette occasion), vous n'êtes pas au plus difficile de votre tâche. Ce ne sera pas une petite affaire de mettre en mouvement ce mécanisme compliqué au moyen duquel la nouvelle loi veut te gré
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mal gré les bienfaits de l'éducation dans nos campagnes.
Mais comme vous avez déjà surmonté bien des obstacles, il
est à croire que vous vaincrez encore ceux qui se réncontreront sur votre route nouvelle. |
Veuillez me pardonner ce que la présente peut renfermer de contraire à vos idées sous certains rapports. Votre indulgence passée m'a inspiré la confiance et donné le droit de vous dire fraichement ma pensée, sur un sujet auquel nous sommes tous deux attachés, quoique d’une manière différente.
MM. les Grand-Vicaires vous remercient de votre bien-
veillant souvenir, ete., ete.
F. PrcoTe.
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LETTRE ENVOYÉE À M. Josepx HUDON, ANCIEN ÉLÈVE pu CoLLÉGE, RÉDACTEUR DE ‘‘ L'ARTISAN, ”
Collége de Ste-Anne, 24 janvier 1844..
Mon cher Joseph,
Mes forces me permettent enfin de t'écrire en ta qualité de journaliste. En recevant le premier numéro de l’Artisan, j'ai été tout émerveillé de me voir sitôt grand-père de jourpal. J'ai continué depuis ce temps de le recevoir, et je l'ai Ju avec attention. Il en sera de même des numéros à venir, En un mot tu peux me compter parmi tes abonnés; mais
à une condition, que ta bonne volonté passée m'engage à
te proposer; la voici en deux mots: je désire que tu me permettes de te dire franchement ma façon de penser, quand j'en trouverai le temps et l’occasion. Il est entendu que cette communication sera toute confidenti ‘le,
Je n’ai pas oublié le ministère que j'ai exercé auprès de toi, en travaillant, à Ste-Anne, à former les premières années de ta jeunesse. Je t’aime encore assez pour te dire de temps à autres, des choses que je te croirais être utiles, dans la nouvelle carrière où tu t'es lancé; et j'ai assez de
confiance dans ton bon vouloir, pour te le proposer. Présu-
mant donc de ton assentiment sur ce point, j'entre en matière. Je te prie en grâce de ne point voir dans mes paroles
l'envie de critiquer. J'ai quelque chose de mieux à faire, ,
qu'à passer mon temps à écrire des critiques, ou à faire de Ja peine à ceux qui veulent faire le bien. Je veux seulement encourager tout ce qui promet de devenir meilleur et utile. D'abord, il faut que tu aies eu de bien fortes raisons de te charger d’une jaiville besogne, et surtout d'une telle responsabilité. C'est précisément parce que l'union fait la
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force que tes talents réunis à ceux qui parcourent déjà la
même carrière, eussent plus efficacement servi la belle cause:
à laquelle tu t'es voué. D'ailleurs est-il bien certain qu'il
y ait ici assez de iecteurs de journaux en état de les payer?
Si les autres journaux peuvent à peine payer leurs dépenses,
avec un abonnement double de celui de l’Artisan, il est évi-
dent que celui-ci ne pourra se soutenir, sans avoir deux fois
autant d'abonnés que les anciens journaux. Or, en suppo-
sant qu’il ait ce ombre, ce ne serait pas encore suflisant.
Car le propriétaire et le rédacteur ayant besoin de mauger
pour vivre, doivent tout naturellement retirer de leurs pé-: nibles travaux quelque chose de plus substantiel que le
plaisir d’être l’un des organes de l'opinion publique. Done il faudra une nouvelle augmentation d'abonnés, outre celle dont j'ai parlé plus haut. Mais c’est assez sur ce point, sur lequel pourtant je n’attache pas une grande importance,
Car ces observations ne touchent qu'à uné question de fi-
nancés, étrangère au public. Peut-être aussi suis-je dans: l'erreur, je n'’insisterai pas. Mais il est d’autres questions
d’un intérêt général, sur lesquelles j'ai hâte de te dire ma
pensée. Ne perds point de vue le motif qui m'engage à t’é-
crire. Je ne veux ni critiquer, ni décourager ton entreprise,
mais seulement la rendre meilleure. Je n’écris que pour toi
seul. Des étrangers trouveraient mauvais mon langage tout
confidentiel.
Ja première question sur laquelle mon attention a été appelée en lisant l’Artisan, a été l'éducation en général et plus particulièrement en Canada. Avant de proclamer que l'éducation est la base de la richesse et du bonheur des peunles, et la mesure de leur élévation dans l'échelle sociale, tu aurais dû Ja définir, Car rien de si commun que de se méprendre sur sa véritable signification. Education et enseignement ou science, ne sont pas synonymes. On péut avoit
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beaucoup de sciences ou si tu veux de connaissances, sans avoir pour cela de l'éducation. Qui dit éducation, dit morale, pratique des devoirs, vertus en un mot. Qui dit instruction .dit seulement science ou connaissance, mais pas davantage. L'éducation est à l'instruction ce que le cœur est à l'esprit, ce que la pratique de ses devoirs est à la connaissance de ces mêmes devoirs. Or l’homme a besoin de vivre du cœur encore plus que de l'esprit. L'essentiel donc n’est pas qu’il connaisse, mais qu’il pratique. C'est dans ce sens seulement qu’il faut crier partout Education ! Education ! C'est ainsi qu'ont parlé tous les écrivains célèbres de nos jours: de Bonald, Lamenais, Laurentie, de Maistre, etc. Je te conseille fort de puiser à ces sources. Je vois avec peine que tu ne l’as pas entendu de même en écrivant, dès le premier numéro que, ‘“ nous voyons la liberté et la puissance des nations marcher en raison de la diffusion des connaissances, ” Proposition fausse, démentie par l’expérience journalière et les leçons de l’histoire. Les peuples comme les individus sont heureux et libres, non en raison de leurs connaissances, mais en raison de leur fidélité à pratiquer leurs devoirs. Pour les mêmes raisons, je ne puis admettre ces autres paroles : “ les nations végétaient dans l'humiliation…. quand la lumière bienfaisante des sciences eût révélé à l'homme sa dignité, et lui eut inspiré la conscience de ses droits et de sa force, alors l'homme jura qu’il serait libre et il fut libre. ”
Je t'assure que j'ai peine à croire que ces paroles soient les tienues ; néanmoins dussé-je, contre ma volonté, te faire un peu de peine, je te dirai que ce langage de mode au siècle dernier, où l’école voltairienne prépara de longue main, puis donna au monde entier une représentation tragique en mille et un actes de la théorie des droëts, de la
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dignité et de la force de l'homme mise en pratique ; je te dirai, que ce langage est aujourd’hui de mauvais goût.
Crois-moi, mon cher Joseph, bien d’autres ont dit et écrit avant moi, que si l'on prêche au peuple sa dignité, ses droits et sa force ; il faut aussi lui prêcher ses devoirs. Et c’est le plus essentiel. On a fait tant de mal avec cette doctrine, que je m’abstiens de qualifier, que je regrette plus que jamais le mauvais destin qui t'a poussé à rédiger un journal, dix ans avant le temps. Je le regrette d'autant plus que je vois tes propres intérêts compromis; d’abord en ce que ta profession devra nécessairement en souffrir ; ensuite, parce qu’emporté dans le tourbillon du journalisme, tu ne pourras qu'efleurer les sujets même les plus importants, sans pouvoir jamais rien approfondir, ni mûrir tes connaissances. Il en est des hommes comme des fruits. Ceux qui mûrissent avant le temps, perdent la moitié de leurs bonnes qualités, et surtout ils ne se conservent pas. N'est pas Jésuite qui veut, dit un proverbe, de même n’est pas journaliste qui veut,
Pardonne ce langage au vieux mentor ami. Tu as touché dans le même écrit à plusieurs questions de faits. Je pourrai, si tu le trouves bon, dans une autre lettre te faire à ce sujet quelques remarques. Prends courage ; dans la mauvaise fortune, on profite de la première porte qui s'ouvre pour se mettre en sûreté. Ne laisse pas passer la prochaine bonne occasion qui se présentera. Je t'envoie cinq chelins, car je ne lirai pas l’Artisan pour rien. Encore une fois, j'écris pour toi seulement. Adieu.
” Crois-moi pour la vie ton ancien directeur et ami
F, Prrore, Ptre.