MONSIEUR PILOTE
Un mot de ce prêtre qui arrive à ses 50 ans de sacerdoce, ne sera pas de trop, certainement, dans cette correspondance.
À chacun son goût, et pour moi M. Pilote est le beau type de nos curés de campagne. Il a pour lui l’humilité de son état, l’esprit fin et observateur de l’homme lettré,
Au cœur de ce prêtre, on trouve l'amour du pays et du prochain, porté jusqu’à l’abnégation et le désintéressement, complet. Il est l'ami du bien, du beau et des œuvres utiles, et l'ennemi déclaré de tout ce qui pourrait corrompre les mes que Dieu lui a confiées. En retour, il a le cœur de ses paroiïssiens qui l’aiment et le respectent comme on aime un bon père; et il est aimé parce qu’il aime lui-même avec toute sa grande âme ; de sorte que l’on peut dire qu’il est encore plus grand par le cœur que par l'intelligence, toute grande et belle que soit celle-ci.
M. Pilote arrivait à Saint-Augustin en 1870, dans l’année même où il quittait à regret le collége de Sainte-Anne de la Pocatière, institution par lui tant aimée. A son arrivée ici, il y a 14 ans, les habitants négligeaient la culture de leurs terres ; les préjugés contre les innovations avaient fait prévaloir la routine. A force de persévérance,
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M. Pilote put faire comprendre à ses paroïissiens que l’assainissement de leurs terres basses était une amélioration indispensable. Le curé, dans ses travaux agricoles, était généreusement soutenu par son alter ego, M. Amable Blanchet dont j'ai déjà parlé.
On se mit donc à assainir, à cultiver en dehors de l’ornière de la routine, et quel a été le résultat ?..... Aujourd’hui, dans cette grande paroïsse de Saint-Augustin, où l'on vit en entier de l’agriculture, à7 n’y a pas une seule personne que l'on puisse appeler pauvre, et tous vivent dans une aisancè relative.
Un autre fait digne de remarque c’est que pas un seul enfant de cette paroisse n’a été mettre au bénéfice des Américains sa santé, son énergie, ses talents. Ces braves habitants travaillent, mais leur travail est pour eux et leurs enfants : ils ne connaissent point ce que c’est que d’être valets ou ‘ valtreux ” dans les filatures empestées des Yankées ; ils ont couservé leur langue intacte ; leur croyance est demeurée inébranlable loin de la souillure des villes et du souffle impur de l’irréligion ; ils sont plus heureux que des rois, et que voulez-vous de plus sous le ciel de notre beau pays ?
Il est de rigueur que nous jugions de l'arbre par son fruit. Partant de ce principe, je dirai au lecteur : Allez dans la paroisse de Saint-Augustin ; examinez, voyez comme y sont bien cultivées les terres ; admirez-y ces résidences qui ont toute une apparéhc de propreté et d’aisance; voyez encore la ferveur de ces gens aux offices religieux, leur courtoisie, leur urbanité sans raïdeur les uns envers les autres; renseignez-vous surtout sur les mœurs de ces compatriotes qui ne connaissent ni les dangers de J'émigration ni le ridicule de la “ singerie anglaise ; ?” voyez tout cela, dis je, et vous aurez une idée de la valeur de
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l'artisan, de l'arbre principal de cette paroisse, de son père spirituel, M. François Pilote,
"Un ouvrier habile possède de bons outils. Cette vérité s'applique au moral comme aux choses matérielles, Pour travailler comme il l’entendait dans la vigne du Seigneur, il fallait au curé, déjà courbé sous le poids de l’âge, un ouvrier suivant le cœur de Dieu. M. Pilote l’a trouvé, cet homme précieux, dans la personne de M. l'abbé Thiboutot : jeune, dévoué, aimé déjà des paroissiens, plein d’égards pour son aîné, gai, bon causeur, telles sont les qualités du vicaire de M. Pilote.
M. Thiboutot est le fils d'un camarade au collége de Sainte-Anne, devenu cultivateur dans cette paroisse où il a vu le jour.
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Comme on à pu s’en convaincre par la lecture de cette lettre au Courrier, l’ancien supérieur du collége de Sainte- Anne, devenu curé à l’âge où, généralement, on se repose après de longs travaux, n’est pas demeuré oisif. Il a mis au service de ses paroissiens, qui l’aiment comme on aime le meilleur des pères, tous les grands talents d’administration dont il est doué, toute son activité dévorante et tout son grand cœur. Là, du moins, il n’y a aucune apparence que l'on paie d’ingratitude, cette monnaie courante des âmes viles, son dévoñment et son amour. C’est que, bien souvent, sous l'habit grossier de nos campagnards bat un cœur reconnaissant et généreux.
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Depuis un an, M. Piote souffre d’une paralysie partielle, qui a menacé de l'emporter. Des facultés de son intelligence, si belle, la mémoire seule a été un peu affectée. Il peut encore dire sa messe, aux jours de beau temps, et,
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