‹ M. LʹAbbé François PiloteChapitre 39 sur 70 · POS · texte numérisé non relu

POS

ré de l’île Dupas,s’exprime comme suit à ce sujet dans son histoire de l’île Dupas :

“L'on croit assez généralement ici qu’il y eut un prétre inhumé dans cette église ; quoique, dans les regis-

tres qui existent, je n’aie rien découvert qui pût con-

firmer cette tradition, je crois celle-ci fondée sur une histoire de revenant, que j'ai hésité à consigner ici ; mais me souvenant de cell e racontée par M. le chevalier J.C. Taché, dans ses Forestiers et Voyageurs des Soirées Canadiennes ( vol. de 1863, p. 167 ): pourquoi pas ? me dis-je, et la voici :

On avait remarqué plusieurs fois, dans l’église,au milieu de la nuit, une lumière plus forte que celle donnée par la lampe ordinaire ; d’abord on en fit peu de cas; puis, comme la lumière continuait d’apparaître toutes les nuits, on s’en émut, et on résolut d’éclaircir la chose ; on se réunit donc au nombre de quatre à cinq pour se donner un peu de courage, et l’on s’avança sur une seule ligne vers l’église ; mais quelle ne fut pas la stupéfaction de ces hommes, lorsqu'ils virent au pied de l’autel un prêtre revêtu de ses babits sacerdotaux, et demeurant toujours au même lieu ! Ils n’osèrent pas entrer et s’en retournèrent, même un peu plus vite qu’ils n'étaient venus,et,de retour chez eux, ils se livrèrent à mille conjectures.

En attendant parler de ce qui se passait, un nommé Jacques Valois (le trisaïeul de celui de qui je tiens ces détails. et le père de ceux qui s’établirent à LaChine et à la Pointe-Claire, ) plus brave que les autres, s’engagea à entrer dans l’église, pour voir de plus près ce dont il s'agissait. Un soir donc, après la veil-

pu Ai lée avec ses amis, il se rendit à l’église, fit sa prière et attendit. Vers nrinuit, il vit un prêtre, en soutane, sortir de la sacristie, allumer deux cierges aux extrémités de l’autel, tout préparer pour une messe, et rentrer dans le lieu d’où il venait de sortir. Quelques instants après, il l’en vit ressortir, revêtu de ses ornements, portant le calice, et ruonter à l’autel. Pensant bien que la messe allait avoir lieu, notre Valois se rend au pied de l’autel, sert la messe qui se dit à l’ordinaire, et reconduit le célébrant à la sacristie ; celui-ci, après avoir salué la croix, se tourne de son côté et lui dit : “ Depuis trois ans, je viens ici tou- ‘“ tes les nuits, pour redire une messe que j'ai dite ‘avec trop de précipitation pendant ma vie; j'étais ‘“ condamné à y venir jusqu’à ce que Jj’eusse trouvé ‘un servant ; grâce à vous, ma pénitence est termi- ‘ née, je vous remercie. ” Et il disparut.

Dans ces traditions, il y a toujours un enseignement ; la morale de la légende de M. Taché est : Respect aux morts ; la conséquence de celle que je viens de rapporter est qu’il faut rendre service à tous ceux qui ont besoin de nous. N’en pourrait-on pas tirer une autre : qu’il ne faut pas avoir peur des morts ? De ces trois conséquences, la première et même la seconde seront facilement admises de tout le monde ; mais pour la troisième,je pense que d’ici à longtemps, il y en aura plus d’un qui aura de la peine à l’admettre comme règle de pratique. Que voulez-vous, n’est pas Valois qui veut.”

L'île Dupas en est à sa 3ème église La lère

Da ART

a durée près de 50 ans, la 2ème 100; la 3ème date de 1851. La paroisse de l’île Dupas com- . prend en outre plusieurs îles adjacentes : l’île

-St-Tonace, l’île à l’Aïgle, l’île St-Amanû, île du Campement-décampé ! etc.

La population de la paroisse est de 1356 âmes. On ne trouve point chez elle le luxe et l’ivrognerle qui dévorent tant d’autres paroisses. L’étoffe du pays et les souliers de bœuf y sont encore en honneur.

Il n’y a jamais eu d’auberges à l’île Dupas et personne n’en est mort !

Parler de l’île Dupas sans dire un mot de son curé, le Révd M. Plinguet, serait presque un péché véniel.

Le Révd M. Plinguet est un grand et beau vieillard de 76 ans.

Natif de Montréal, il fait ses études chez les Messieurs de Saint Sulpice, occupe différents postes dans le diocèse et devient curé de l’île Dupas en 1861.

Lg pates

Le Révd M. Plinguet, comme Calypso dans Ogygie, est roi et maître dans son île, il n’y eut Jamais de royauté plus douce et plus bienfaisante.

Le curé de l’île Dupas, en dépit de son grand âge, ne souffre d'aucune maladie. Il chante habituellement la grand’messe et fait son carême tout comme à 25 ans. Quel sujet de confusion pour la génération qui pousse ! Le Révd M.Plinguet doit la force de sa constitution à sa vie frugale et régulière.

Sa notice sur l’île Dupas est bien écrite et

suppose beaucoup de recherches (1).

Doué d’une grande perspicacité, le curé de l’ile Dupas trouve en peu de temps la réponse à cette multitude de difficultés qui constituent ce qu’on appelle assez communément la gymnastique intellectuelle : devinettes, charades, logogriphes, carrés, losanges, etc., etc. Ilen construit

lui-même de fort ingénieuses, les lecteurs de

(1) Voir l'Annuaire de Ville-Marie, tom ler.

AR ANEE

l'Etudiant et du Couvent en savent quelque chose (1).

Ami des arts et de la littérature, le R. M.

Plinguet tient à encourager la littérature canadienne.

Puisse Dieu conserver encore longtemps ce digne prêtre à l'estime et à l’amour de ses paroissiens.

(1) Les parents chrétiens feront bien d’abonner leurs garçons à l’Ætudiant ( 50 centins par année) et leurs filles au Couvent (25 centins par année ). Adresse: F,. A. Baillairgé, ptre, rédacteur de l’Etudiant et du Couvent, Joliette, P. Q, Canada.

Montréal, samedi 2 juillet 1887

Je rends visite à Sa Grandeur Mgr Fabre,

Lorsqu'on a conversé quelque temps avec l’archevêque de Montréal, on ne peut s'empêcher de dire : voilà bien le type de l’homme doux! cette qualité charmante explique comment, en dépit des difficultés qui ont surgi dans le diocèse, il n’y eut cependant jamais trève de sympathies profondes entre le clergé et le père spiri-

tuel du diocèse.

Je fais part à Monseigneur de mes projets relativement à la fondation d’une revue dont le but serait de contrecarrer les lectures par trop légères, lectures dont notre peuple canadien devient de plus en plus friand.

Je m'attendais presque à un Von. La réponse fut au contraire Pensez.

L'or et la santé ne me permettent pas pour le

moment de réaliser le projet, la Providence sans

nt OP ue

doute le veut ainsi. J’aurais tort de m’en plaindre, sachant

Que tout est bien Qui finit bien.

Lorsque l’on est jeune encore, on ne sait pas

être patient, et pourtant

Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage.

Du reste, attendre et se préparer en silence est le grand moyen de donner autant que lon promet. C’est généralement le contraire qui

arrive :

On avait mis des gens au guet ;

Qui, voyant sur les eaux, de lon certain \epies Ne purent s'empêcher de dire

Que c'était un puissant navire.

Quelques moments après l’objet devint brûlot, Et puis nacelle, et puis ballot,

Enfin bâtons flottants sur l’onde.

J’en sais beaucoup de par le monde

À qui ceci conviendrait bien :

De loin c’est quelque chose,et de près ce n’est rien. LA FONTAINE. (1)

(1) Livre IV, fable VIII.

Bye

Donc la Semaine canadienne des familles ne sera pas le béton flottant de la fable mais le navire chargé des riches produits littéraires et religieux des rives les plus enchantées de l’Orient et de l'Occident !

Les Cèdres, dimanche 3 juillet 1887

Le temps n’étant pas bon à mettre en cage aujourd’hui, comme dirait Bièvre (1), il y eut par suite peu de fidèles à la grand’messe.

M. le Vicaire parle sur la notion du sacrement. Son instruction dure 15 minutes et c’est assez lorsqu'il fait chaud comme aujourd’hui. Une longue instruction nous eut fait fondre sans rien fonder.

Je rencontre au presbytère M.C. Tessier,diacre et M. Maurice Roux, minoré. Ce sont de bons et joyeux compagnons. Enfants des Cèdres, ils feront sans aucun doute honneur à leur paroisse.

À vêpres, je parle pendant 10 minutes aux Dames de la congrégation de Sainte-Anne.

“ Vous devez être de véritables filles de sainte Anne : c’est l'honneur de sainte Anne, c’est

votre propre intérét qui l’exigent.

Je vois de loin en loin de petits maringouins !

Je n’en ai pas besoin pour me rappeler ceux de (1) C'est-à-dire serein (serin).

Page 1