‹ M. LʹAbbé François PiloteChapitre 38 sur 70 · PR PE · texte numérisé non relu

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Lavallée, homme sanguin et replet s’il en est, donnait véritablement le dessert aux sangsues de la forêt. M. Lavigne lui répétait tous les 10 minutes : “ Allons, le vieux, on va changer de place, je ne puis plus résister”. Et tous les deux de prendre leurs planches et d’aller se faire mordre à 15 pieds plus loin.

Quant à moi,je voulus tenter un dernier effort. Je m’enveloppai de nouveau la tête aussi parfaitement que possible : temps perdu ; après mille et un détours, mille et un bourdonnements, la place était envahie. (Cinq minutes avaient suffi pour détruire mon œuvre !

Mes compagnons ne réussissaient pas mieux.

Que faire ? Il n’y avait qu’à souffrir en patience, jusqu’au point du jour. On allait, on venait, on s’époussetait , pas de sommeil, pas de repos ; toujours la guerre, sans trève ni merci. Les minutes paraissaient des heures et les heures des mois. Sur les minuit, j'avais la figure tellement enflée que mes amis crurent à un érysipèle.

Le soleil finalement se leva pour éclairer no-

MA At

tre misère. Les patates ayant été mises au feu, le Père Boucher et M. Lavallée prirent une chaloupe, espérant trouver un endroit plus propice. Force leur fut de revenir.

C’en était assez, la mesure était comble,

Nous ne donnons pas à nos patates le temps de cuire.

Adieu lait, veau, vache, cochon, couvée.

Adieu, vilains maringouins.

Adieu;île aux Ours ; adieu, terre inhospitalière,

tu ne porteras plus-le nom d’île aux Ours, tu

t’appelleras désormais l’île du campement-dé-

campé !

Il ne nous restait plus qu’à remonter le fleuve avec notre petit bonheur.

La Providence nous ménagea un retour agréable.

Après un appétissant déjeuner, nous nous arrêtâmes à droite et à gauche en recherche de gibier. Les oiseaux, effrayés sans doute par la mi-

ne que nous avaient donnée les maringouins, se

Ep ae

. hâtaient de prendre le large ; anssi la chasse du R. P. Boucher et de MM. Laporte et Lavigne fut-elle des plus maigrelettes,

M. Lavigne, s’étant quelque peu avancé dans le bois à la poursuite d’un oiseau de proie, se trouva soudain dans un marais Une clôture à longs piquets traversait heureusement ce marais. Notre chasseur se réfugie sur la clôture, puis se tenant des pieds à la traverse inférieure,

il s’attacha de la main gauche à la traverse su-

» périeure, pendant qu’il tenait son fusil de la

droite. Les maringouins, qui abondaïent en cet endroit, voyant leur ennemi désarmé l’enveloppent. M. Lavigne dut faire trente à quarante pas sur la clôture en cet état, obligé de plus à payer la douane à chacun des longs piquets qui, fermant les travées, s’opposaient au passage du fusil.

Le R.P. Boucher, témoin de cette scène, faïllit

se casser deux côtes.

Les anciens au retour furent très curieux de

ete

savoir comment on avait passé la nuit ; ils eurent la trop grande charité de ne s'amuser que peu à nos dépens.

Dans tous les cas, chacun Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Nous nous séparâmes enchantés de la réception

que nous avait faite la famille Sylvestre.

Un mot sur l’île Dupas semble trouver ici sa

place.

La seigneurie de l’île Dupas fut concédée à M. Dupas en 1672. Aiïdés des habitants de Berthier, les habitants de l’île eurent bientôt leur église ( vers 1706 }. En 1720, M. Jean-Baptiste Arnaud était nommé curé de lîle Dupas et desservant de Berthier et de Sorel. En 1729 l’île comptait 171 âmes. Dès 1749 il fallut songer à renouveler la première église. Une histoire ou une légende assez singulière se rapporte à cette première église. Le Révd M. Plinguet, cu-

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