DES SCAVANS
Du Lundy 16. May M. DC. LXX VIII.
LA VIE DE LA VENERABLE MERE Marie de l’Incarnation, première Supérieure des Vrsulines de la Nouvelle France, in 4. À Paris, chez Louis Billaine. 1677.
Cet Ouvrage quoy que saint, n’est pas sans curiosité, puis que parmy le détail des vertus de cette sainte
Maud") DUR
Religieuse, qu’on peut appeler avec raison la Sainte Thérèse du nouveau monde, & qui peut servir d’un modele achevé pour les"personnes les plus parfaites de l’un et de l’autre sexe, on y trouve deux effets de la nature, que l’on peut mettre avec justice au nombre des prodiges les plus étonnans.
Le premier est une glace flottante d’une prodigieuse grandeur ; laquelle aprés avoir causé & entretenu une tempête l’espace de treize jours & plus, vint fondre avec une impetuosité horrible à une pique du vaisseau dans lequel cette sainte femme passoit en Canada. Cette glace, au rapport de ceux qui estoient dans le Vaisseau & de la Religieuse même, qui la voulut voir aprés qu’elle fut passée, et que la tempeste eut cessé, estoit de la grandeur d’une Ville considerable, escarpée & munie de ses défenses. Il y avoit des avances qui paroïissoient comme des tours, au dessus desquelles les glaçons s’estoient tellement accumulez, qu’on les eût pris de loin pour des donjons, & il y avoit des pointes de glâces si élevées, qu’on n’en pouvoit voir la cime à cause de la Brune. Cét écuëil fut veu du costé du Nort, où le Vaisseau avoit esté emporté par la tempeste.
L'autre accident est encore plus surprenant, & peutestre inouy. C’est un tremblement de terre qui commença le 5. Février de l’an 1668.sur les cinq heures & demy du soir, & dura dans sa force dans presque tout le Canada jusqu’au mois de Juillet. Quoy qu'il ne fût pas continuel, la terre ne laissoit pas d’estre agitée plusieurs fois le jour & la nuit, & chaque secousse duroit un demi quart d'heure, un quart d’heure, & quel-
quefois une demi heure entière. Plus de six mois
aprés la terre trembla encore de temps en temps, mais avec moins de violence : si bien qu’on peut dire que son mouvement dura plus d’un an.
Ce tremblement agita plus de quatre cens lieuës de Païs : Tadoussac, Quebec, Sillery, les trois Rivieres, Montreal, les Hiroquois, l’Acadie & la nouvelle Hollande, en ressentirent les secousses avec d'autant plus de violence, que le fond de ce Païs, qui est presque tout de marbre, resistoit plus fortement au feu ou à l’air, qui estoient enfermez dans le sein de la terre, & qui faisoient des effoxts pour en sortir.
Les effets en furent si terribles & si prodigieux, qu'on auroit de la peine à les lire, même dans ce Livre, & beaucoup plus à les croire, s’ils n’estoient arrivez de nos jours,& s’ils n’avoient pour témoins une infinité d’habitans de tous ces Païs qui vivent encore. L'on voyoit des montagnes s’entrechoquer, d’autres se jettoient dans le grand Fleuve de Saint Laurens, quelques autres se sont enfoncées dans la terre ; il y en à eu qui se sont détachées de leurs fondements, & qui ont avancé plus de cent brasses dans le Fleuve, portant & retenant leurs arbres & leur verdure. Les montagnes des deux costez se sont perduës & égalées aux campagnes voisines plus d’une lieuë sur le Fleuve, & il y à un espace de plus de cent lieuës tout rempli de rochers & de montagnes, qui s’est tellement applani, qu’il fait aujourd’huy une grande plaine, aussi égale que si elle avoit esté dressée au nivearr.
On voit depuis ce temps-là des montagnes où il n’y en avoit jamais eu, des rivieres où il y avoit auparavant des forests,& on trouve des lacs & des fleuves où l’on voyoit auparavant des montagnes inaccessibles.
Pie NC
— Comme cét Auteur avouë qu'il n'ose pas rapporter tous les effets particuliers de cét effroyable tremblement, disant qu’ils sont si étranges, qu’on auroit de la peine à les croire, nous ne dirons pas non plus dans
—. le même sentiment tout ce qu’il rapporte.
Au reste, il ne dit ny son nom ny sa qualité, mais nous apprenons de sa preface, qu’il est le fils de celle dont il écrit la vie ; c’est quelque chose d’assez particulier, mais non pas surprenant, puisque nous avons quantité de personnes illustres qui ont écrit eux-
… mesmes leurs vies & celles de leurs parens. Il en rap-
porte dans le mesme lieu quantité d'exemples, mais il n’avoit pas besoin de cela pour justifier ce qu’il dit de sa mere, & ce que la mere dit d’elle-même, car il est a remarquer que c’est elle qui pärle quasi dans tout l’Ouvrage, & que si l’Auteur y ajoûte quelque chose, il emprunte d’elle pour l'ordinaire les matieres & les paroles. Aïnsi on peut dire, que dans le premier des quatre Livres qui composent cét Ouvrage, elle se represente dans son estat seculier de fille, de femme & de veuve, où l’on remarque l’étenduë de son esprit & ses austeritez effroyables. Le 2. la fait voir dans son estat Religieux, où Dieu luy a donné le don des Langues, de la science, de la parole, & d’un Esprit Apostolique. Dans le troisiéme on voit son zele infatigable dans la Mission du Canada & toutes les grandes vertus avec lesquelles elle a soûtenu ou surmonté toutes les contradictions qu’elle y a euës. Et le 4. nous represente sa mort, son union avec Dieu & ce qu’elle dit des differens degrez de la contemplation, qui n’est pas moins relevé que ce que les Mystiques nous en ont dit jusqu’à. present.
Le que
Le Journal des Sçavans à 6 pouces # de long” : sur 3 pouces # de large et 12 pages de texte. C'est un format bien modeste lorsqu'on le compare à celui des grandes revues scientifiques du Jour.
Ce que les savants du 17ème siècle tenaient pour considérable à cette époque est réellement peu de chose aujourd’hui. Les savants du 20ème et du 21ème siècle nous apprécieront comme nous apprécions ceux du 17me. La science a donc mauvaise grâce de tirer vanité de son petit
bagage.
Il faudra feuilleter encore le Journal des sça-
vans.
N. B. — KRéparons un oubli.
Sommaire du 2 juillet, p. 66 Monseigneur Fabre. — La Semaine canadienne des Familles.
Sommaire du 3 juillet, p. 69. Jeu d’homonymes. — Les sermons qui font fondre sans fonder. — Une découverte : une page framncocanadienne inconnue des Canadiens !
Les Cèdres, 4 juillet 1887
Chaleur. — Ce qu’il faut penser de l’abandon mutuel des contestations d'élections. — Vaut-il mieux aller à l’école chez les religieux ? ‘ Une opinion de M. C. B.
Grandes chaleurs depuis cinq ou six jours.
Ce matin, 72° EF. à l'ombre ; à 10 h. À. M.
82 © à l'ombre.
Les journaux annoncent que de part et d’au-
tre, on abandonne, dans la province de Québec,
les contestations d'élections. C’est un malheur,
car ce commerce est immoral. Les coupables doivent être punis. Avec ce système les candidats peu scrupuleux pourront se dire : En avant la corruption ; 1l y aura peut-être contes-
tation, mais on finira bien par combiner les cho-
ses. Les êtres 1gnobles qui ne rougissent pas de
se vendre comme un vil bétail, étant toujours en assez grand nombre, leur vote intéressé fera pencher la balance du côté du candidat qui sau-
ra sacrifier les intérêts de la nation comme il a
Pre HER
su sacrifier les droits de la conscience.
Les députés de cette espèce ont la faveur du peuple, mais ils n’ont pas sa confiance : un député digne de ce nom ne se conçoit cependant
pas sans cette confiance.
Un article publié par un oncle, M. Charles Baillairgé, ingénieur de la ville de Québec, me fait plaisir, parce qu'il attire l’attention sur un point qu’on ne doit pas perdre de vue. Il s’agit dans cet article de la supériorité de l’enseignement congréganiste sur l’enseignemené laïque.
La génération qui pousse ne saurait trop tôt se convaincre de certaines vérités dont la réalisation pratique assurera l’avenir des Canadiensfrançais.
Citons le travail de M. C. Baiïllairgé :
Monsieur le Rédacteur,
‘# Jai visité dernièrement l’établissement des RkR. Frères, rue des Glacis, pour y voir un motèur hydraulique dont l’utilité ne m'était pas apparente. Après avoir été introduit dans une mansarde basse, mal aérée et sans lumière, j’aperçus une trentaine
ns À) né
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