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Le Grand Hôtel loge plusieurs centaines de
personnes.
Son aspect est tout à fait original. Je ne prétends point qu’original soit synonyme de beau.
T1 y a de l’ordre et de la propreté partout.
Les étrangers ont à leur disposition de vastes plates-formes, et d'immenses terrains garnis de trottoirs. Ces plates-formes sont à l'abri du soleil et de la pluie.
A quelque distance de l'Hôtel se trouve une vaste construction qui est tout à la fois un gymnase, une salle de jeux et une salle de danse au besoin.
À quelques arpents, sur les dépendances de l'Hôtel, se trouve, pour les catholiques, une jolie chapelle. Le Rév.M. Deschamp, P. $. S., Le R. M. Leclerc, curé de St-Joseph de Montréal et autres, ont réalisé cette idée, grâce À la bonne volonté du propriétaire, M. Arnoldi, qui est protestant,
Nos frères séparés ont,à courte distance de notre chapelle, un temple à leur disposition.
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Caledonia Springs, jeudi, 18 août 1887
Sources de Caledonia : la saline, la gaseuse, la sulfureuse. — Comment on use de ces eaux.
Il y à trois sources à Caledonia : la saline, la
gazeuse et la sulfureuse.
Voici la direction à suivre dans l'emploi de 2
ces eaux.
Avant le déjeuner. Un ou plusieurs verres d'eau saline. Elle produit plus d’effet chaude. Elle se rapproche de l’eau de St-Léon, mais elle est beaucoup moins forte. On en met à la porte de la chambre, chaque matin, comme à St- Léon (avoir soin de sortir le pot, le soir, et de
le mettre à la porte ).
Entre les repas. D’heure en heure, un | bon verre d’eau sulfureuse. Ne commencer qu'ume heure après chaque repas, pour donner à la. 4 digestion le temps de se mettre en marche. 4
Le soir. Peu de temps avant de se coucher,
un ou deux verres d’eau gazeuse. Cette eau possède, entre autres vertus, celle de faire dormir i
Bien que les sources de St-Léon aient quelque chose de plus poétique, on se familiarise cependant assez vite avec celles de Caledonia.
L'eau sulfureuse a le défaut de sa qualité.
Son odeur ne la fait boire qu'avec répugnance, pendant trois ou quatre jours. Ons’y fait ensuite de plus en plus.
Le département des bains est parfaitement
tenu.
Les bains, les premières fois, doivent être de courte durée. £ |
Il est à remarquer que les bains chauds d’eau sulfureuse ( c’est la même chose pour l’eau de St-Léon ) affaiblissent beaucoup moins que les
bains chauds d’eau douce.
Caledonia Springs, vendredi, 19 août 1887
À propos d’une dame irlandaise.— Les coquecigrues. — Un coup d’œil sur les habitués de l'Hôtel. — Mgr O’Mahony et M. Curran, M. P.— Un moyen de connaître le caractère d’une personne. — A quoi bon ces reproches ?— Ce qu’il faut pour bien jouer aux cartes.— Jeux de cartes qu’il est à propos de savoir.
On peut être à la fois très modeste et très agréable. Une jeune dame irlandaise qui se trouve à ma table réalise tout à fait l'idéal de ce côté. |
C’est une lecon pour les pimpantes qui ne savent pas ce que cest qu’une gorgerette, disons
mieux qui ne savent pas ce que c’est qu'un cou-
vre-épaules,et qui seront un jour forcées de brûler ce qu’elles adorent aujourd’hui.
Soyons juste en disant que la plus grande modestie règne ici dans les toilettes.
Ce n’est pas tant dans les places d’eau qu'au théâtre, et à l'ouverture des sessions à Ottawa, que la sottise s'affiche de ce côté, si je suis bien informé,comme je le crois.
On me dit que ces coquecigrues, règle générale, n’ont pas de sang canadien dans les vei- ; à
nes. Tant mieux pour l’honneur de notre race.
Dans l’état de nature déchue, démasquer au
physique c’est masquer au moral.
Il y a ici peu de Canadiens, plusieurs [rlandais et beaucoup d’Anglais.
Plusieurs familles riches de Montréal sont
représentées.
Le nombre des infirmes est assez considérable.
La majorité des habitués de l'Hôtel se compo-
se de personnes dont l’âge est au-dessus de la moyenne.
Pas d'enfants.
On vient chercher à Caledonia le repos ou la guérison du rhumatisme, On y trouve effecti-
vement l’un et l’autre d’après ce que je vois et
ce que j'entends.
Mgr O’Mahony, évêque démissionnaire d’une ville d'Australie, aujourd’hui curé d’une des paroisses de la cité de Toronto, et M.Curran, M.P, sont de très agréables causeurs.
Mor O’Mahony a des connaissances étendues sur toutes les matières.
M. Curran est plein d'histoires agréables. Il.
a toujours le mot pour rire.
On joue beaucoup aux cartes ici. On ne joue pas à l'argent.
Voulez-vous connaître une personne, invitezlà à jouer aux cartes, avec vous si vous jouez mal, contre vous si vous jouez bien.
Sa manière de faire vous dira son éducation,
son tempérament, sa perspicacité, son esprit de
calcul; vous verrez si elle est distraite, si elle a du jugement, du tact, de la patience, de la vertu.
Un homme qui se fâche aux cartes et qui dit à son vis-à-vis des paroles désagréables, se fâchera et parlera semblablement en bien d’autres circonstances.
Une personne qui perd l’équilibre pour si peu
de chose n’a pas été formée ; si elle a été for-
SE : è È LE Re er DOS ne PU TU CRDI R ET CD TN OR PROCESS VEN MATE Do Per | -
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mée, elle n’a pas d’énergie pour vaincre un lé-
ger déplaisir ; si elle a de l'énergie, elle ne sapercoit point que ce qu’elle fait n’est nullement en proportion avec la faute en jeu, c'est un manque de jugement ou du moins un manque de délicatesse.
S'il n’y a rien de tout cela dans un vis-à-vis qui se choque pour un rien, dites au moins qu'il y a là tous les indices d’un tempérament dynamiteux !
J’ai vu telle personne faire de grands efforts pour bien jouer, commettre une légère erreur et recevoir quand même des reproches sanelants : “Ah! que vous jouez mal. ”” “ Que c’est donc de valeur de jouer avec un homme comme cela.” ‘“ On est trois contre un.” ‘“ Faites
donc attention. ” “ Vous n’avez donc pas remar-
qué que le dix de pique est passé au 3ème tour 2”
etce., etc. ÆEnfantillages que tout cela, mais enfantillages qui font connaître le caractère et le degré d’amabilité d’un homme.
La charité existe lorsque l’on joue aux cartes comme en toute autre circonstance.
On devrait savoir que tous n’ont pas les mé-. mes aptitudes. | |
Pour bien jouer aux cartes il faut ne pas con- .
verser ; il faut remarquer, retenir, calculer, Théo-
rie facile ; pratique à la portée du petit nombre seulement.
Encore une remarque, puisque j'en suis sur
les cartes
Je joue. Vous ne jouez pas, mais vous êtes dans mon dos. Vous n’avez pas besoin de crier - : à tue-tête: “ Ah que cet homme-là joue mal” M Le résultat sera que, perdant la tête, mon jeu | n’y gagnera rien, tout au contraire. j
Lorsque quelqu'un fait une faute, on lui dit sans avoir l'air d’y tenir: “ A votre place, j'au- ï rais joué telle carte et non telle autre, pour telle et telle raison ”. De cette manière, on instruit et | on ne blesse point. |
C’est avec le miel que l’on prend les mouches et non avec le vinaigre.
Il est bon de se familiariser avec les jeux sui:
vants : Dix, Whist, Euchre, Décousu, Bézigue, Petit Casino, Piquet, Pitro, ete., etc.
I] y a aussi certains jeux que l’on peut jouer seul. Il est utile d’en savoir un ou deux.
Caledonia Springs, samedi, 20 août 1887
Berceuse. — Les lits de plumes et l'hygiène. — Danses irlandaises.
Une berceuse dans une chambre n’est pas de trop. Je voudrais voir ici cette berceuse.
Quant au lit, il ne me paraît guère doux. Il faut ne point cependant juger trop vite en cette matière. Les lits les plus moelleux sont souvent les moins bons. Ne me parlez pas de pail-
lasse. Vive le sommier et le sommier élastique.
Ne me parlez pas non plus de lits de plumes.
C’est à peine si je pardonne aux oreillers de plumes. Et pourquoi donc ? C’est que la plume
est tout ce qu'il y a de plus contraire à l’hygie-
ne du repos. Ceux qui en doutent peuvent consulter sur ce point le célèbre Fonssagrives.
Après le souper, dans la salle des jeux, danses des serviteurs et des servantes de l'Hôtel.
Sauf une ressemblance de valse par un couple qui avait grandement l’air trognon de chou, tout fut parfaitement convenable ; on devait sy attendre, les employés se composant en grande partie d’Irlandais catholiques. Les danses ir-
landaises ont de la grâce et du bon sens.
Caledonia Springs, dimanche, 21 août 1887
Bismuth et guerre intestine. — Dans notre chapelle. — Dans leur temple.— Exagération.— Que la Bible n’est point la seule règle de la foi.
Nuit massacrante. Douleurs qui me font croire à un commencement d’inflammation des
intestins. Je le note pour marquer en même
FR EP MES Ce FRS
temps que trois prises de bismuth ont fait cesser toute guerre intestine. En voyage, ayons tou-
jours quelques prises de cette excellente poudre.
Quatre messes ce matin. Toutes les nationalités se trouvaient réunies dans la petite chapelle. C’est la variété dans l’unité et par conséquent dans la vérité.
Nos amis protestants vont dans le temple voi-
sin, à des heures différentes, suivant leur église :
les membres d’une secte ne pouvant sympathi-
ser avec ceux d’une autre que lorsqu'il s’agit de guerre au catholicisme.
L’erreur, de sa nature, varie, mais parce qu’elle est l'erreur, il lui est naturel de se coaliser lorsqu’il s’agit de faire pièce à la vérité.
Si j'excepte le piano, tout fait silence aujourd'hui. C’est de l’exagération. Les catholiques cependant s’abstiennent de toute distraction à l’égal de leurs frères, afin de ne point scandaliser.
Sur mer, un jour, — c'était le dimanche — je jouais aux échecs, sur le pont, avec un des passagers. Le capitaine survenant nous prie de discontinuer. Nous cessons à l'instant et je lui dis en souriant : “ Sur quoi s'appuient les protestants pour interdire de semblables jeux, le
dimanche ? ” Pour toute réponse ?
Il garda de Conrad le silence prudent.
Les protestants font de la Bible l’unique règle de la foi, et laissent de côté toute tradition qui ajoute au, texte sacré. Pourquoi dès lors admettent-ils l'inspiration de certains livres, lorsque
l’'Ecriture ne dit rien de l’inspiration de ces li-
vies. Ils regardent comme valide le baptême
donné par un hérétique, Ils ont raison, mais ce n’est pas l’Ecriture qui leur affirme cette validité. Ils subissent donc le joug de la tradition. Ils sont obligés d’être catholiques malgré eux.
Les Apôtres, on le voit au livre des Actes (1),
règlent que les chrétiens devront s'abstenir du (1) XV, 29.
Mig sang et des animaux suffoqués. Cette abstention n'existe pas chez les protestants. Pourquoi ?
Parce que la tradition leur a fait voir que cette
loi n'avait été établie que pour un temps.
Ces faits suffisent pour convaincre celui qui étudie sans préjugés la question religieuse.
L’Ecriture et la tradition, interprétées par l’Eglise infaillible, voilà la règle de la foi. En dehors de cela il n’y a qu’erreur et Babel.
Caledonia Springs, lundi, 22 août 1387
Mais alors ne la courtisez pas. — Le Rév. M. Leclerc. — Distraction fàcheuse.— Ce que n’est pas la cuisine.
Un jeune homme qui fait ici l'amour à une jeune demoiselle, me déclare que son intention n’est pas de l’épouser, qu’il veut rester avec sa mère aussi lonstemps qu'elle vivra. Mais alors pourquoi tromper inutilement cette jeune fille ?
Pourquoi l’exposer à perdre d’excellents partis ?
Voilà comme sont bien des jeunes gens : beau-
coup de cœur, mais de prudence. point.
Je salue avec plaisir l’arrivée du Rév. M. Leclerc, curé de St-Joseph de Montréal. M. Le-
clerc est un causeur agréable et renseigné.
Madame, vous n'êtes guère flatteuse pour cette étrangère ; forcée de s'éloigner de vous, elle vous prie de. l’excuser et vous lui
répondez : “ Avec plaisir, Madame. ? Distraction, si l’on veut, mais distraction qui fait tort à son auteur. ;
La cuisine n’est pas un bureau, ou, si c'en est
un, c’est celui de la servante seulement.
Caledonia Springs, mardi, 23 août 1887
Moyen de faire de l’argent. — Elles ne réussissent pas. — Un effet du magnétisme.—Tournera-t-elle, ne tournera-t-elle pas ?— Le diable et Mademoiselle X.— Ce qu’il faut penser de la consultation des esprits. —Ventriloquie et bruit de scie sur l'invitation du maçon Dax
Le maître d'Hôtel me passe un cahier manuscrit et qui renferme des renseignements utiles sur Caledonia Springs. Le Caledonia Springs Sanitarian les a publiés en grande partie.
Ce petit journal me rappelle celui qui se publie au sommet du Mont Washington, U.S., et que l’on a baptisé avec tant de raison: Among the Clouds (au milieu des nuages ). De semblables entreprises peuvent paraître singulières, elles ne sont que sages. (C’est l'application du grand principe que, pour faire de l'argent, il Jaut en dépenser (à propos i sous entendu). Si
nos Canadiens immobilisaient moins leurs capi-
taux, s’ils avaient un peu plus l'esprit d’initiati-
ve, et le courage de risquer quelque chose, nous serions beaucoup moins sous le boïsseau et un peu plus sur le chandelier.
Pendant une bonne partie de la soirée, plusieurs demoiselles ont travaillé à se magnétiser. Elles n’ont pas réussi. :
L'usage du magnétisme affaiblit la personne qui s’y soumet. (Cette considération sera toujours très puissante pour en arrêter un grand nombre.
Mer O’Mahoney fait remarquer à ces demoiselles, juives ou protestantes, qu’elles ne peuvent dans ces circonstances soumettre leur volonté d'une manière absolue à la volonté d’une au-
tre personne.
Plusieurs tentent de faire tourner une table, pas de succès: il y avait là trop de soutanes !
Madame X raconte ici que sa fille aînée obtient du diable toutes les réponses à ses questions et que ces réponses sont écrites sur un papier qui est disposé en conséquence. Le fils de Madame X est très ennemi de cette pratique.
Lorsque Mademoiselle consulte l’esprit sur le
compte de son frère, la réponse est toujours une
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je Si A ES Mer pe: To ar tés SC dr , ' Ds re ] “pro QU ve 7 D NL LS È
injure à l'adresse du jeune homme. On deman-
. daït un jour à l'esprit son nomiil écrivit : “Il est .
mieux que tu ne le connaisses pas.”
Madame X depuis assez longtemps ne permet plus cette pratique dans sa maison. Elle a parfaitement raison.
“ Comment ne verriez-vous pas, N. T. Ch. F., qu’en allant ainsi interroger le bois ou les esprits de l’autre monde, on cherche à faire revivre au sein de l'Eglise de Dieu les monstrueuses erreurs et les superstitions damnables, qui firent de tout temps la honte et le malheur des nations païennes.
Vous savez que cette table est privée de sentiment et dépourvue d'intelligence.
Auriez-vous la prétention d’invoquer les âmes des morts ? … Serait-ce les Âmes des réprouvés? … Mais Dieu n bi pas mis entre ces Âmes malheureuses et vous un chaos immense, qui les empêche de vous entendre, et ne les tient-il pas en réserve, sous le poids des chaînes éternelles de sa justice ?
Serait-ce les âmes des élus de Dieu ? Mais quoi, auriez-Vous l’impiété de croire que vous pouvez commander à ces âmes saintes, les arracher du sein de Dieu, où elles reposent, pour en faire le jouet de votre coupable curiosité ?
Quels esprits viendraient donc vous répondre auprès des tables ?.… Serait-ce les esprits immondes, les an-
… ges de Satan ?
Mais avoir des communications avec le démon,
avoir recours à cet ennemi de Dieu et des hommes,
n’est-ce pas lui rendre ainsi une espèce de culte ? Concluez donc avec nous, que l’emploi des tables
ou de tout autre objet se mouvant sous l'influence se-
crète d’une cause inconnue, pour consulter les âmes
des morts, ou nous ne savons quels autres esprits, doit être rangé parmi les pratiques superstitieuses de leur nature ; et que vous ne pourriez vous y adonner sérieusement, sans vous rendre coupable d’une faute très STAVE......
P. F. TurGxow, Archevêque de Québec.
M. B., franc-maçon de haute volée, apprenant que le Rév. M. Champagne, curé de la Gatineau est habile en ventriloquie, etc. etc., demande silence aux habitués du salon et invite M. Champagne à s'exécuter.
M. Champagne, pour ne point faire déplaisir, se rend à l'invitation. Sa voix paraissait réellement venir d’un lieu où il n’était point. Il imite à la perfection le bruit de la scie sur le bois et toutes les circonstances qui précèdent, accompagnent et suivent le débouchement d’une bouteille.