LAFLEUR, BLAIREAU
BLAIUEAU, armé d'un roiiu, à lui-même sans voir Lafleur.
Ah! c'est nn laquais pur sang!.. Ah! j'ai été mystifié, le signalemcni m'a induit...
LAFLEUii, approchant.
Ah! c'est vous, mon-second père, mon bienfaiteur! Je sais tout... elle m'a tout dit.
liLAliiEAU, le preuaiu par le cou.
Je vais t'en flanquer des bienfaiteurs! Ah! misérable! ah! drôle!.. C'est donc loi qui t'introduis dans une famille opulente.
Oh! la. la! Ou'esl-cequi vous prend? Aie!
BLAIREAl'.
Ail: ■ ' ' ' ouloir épouser ma
fille.
LAFLEUn.
Voulez-vous me laisser ?
BLAIREAU, agitant son rotin.
Réponds, grand coquin!., ou je t'assomme.
Pour un liomme aussi gros, vous vous livrez à une gymnastique bien ridicnle.
BLAIREAU
Tais-toi, et réponds.
Tais-toi, et réponds... La colère vous fait dire là une bèiise. Obligez-moi d'abord d'abaisser votre bâton.
BLAIREAU
Mais, misérable , tu t'es assis à ma table.
Voyez donc le grand malheur !.. s'asseoir à la table de ÀF. Blaireau!.. Qui est-ce qui vous le demandait? J'aurais mieux aimé aller à la cuisine. J'étais intimidé; ça m'a empêché de manger.
BLAIREAU
Ça t'a empêché de manger?... Mais, gredin, tu as dévoré la subsistance d'une armée sur le pied de guerre... Et ma fd!e, intrigant, ma lille... tu as osé lui parler d'amour.
C'est elle qui a commencé.
BLAIREAU
Tu l'es roulé à ses pieds... tu lui as baisé les mains... 11 faut que ce rotin punisse ton imperinence.
Un instant, M. Blaireau... je vois votre af-
tfaire... vous êtes parfaitement fou... Vous avez j une maiie, c'est de combler vos domestiques
de caresses le matin... sauf à les combler, le j
poir, de coups de bâton... je trouve la place i
très jolie le matin. . . mais du îr.oment que l'heure ! des coups de bâton arrive... merci... je n'en
veux plus! des navets... C'est un mot qui se !
dit! Oa dit des navets comme on dirait du ;
flanc. I
BLAIREAU. I
Veux-tu venir ici... tout de suite? Ta m'ap- i
partions... je t'ai payé u:i mois de gages d'à- i
vance... tu resteras ici... et je veux, pendant ce |
temps, te consaci-er aux emplois les plus luimi- j
liahs, les plus désagréables... D'abord je t'atta- |
tacheàma personue... .... j
LAFLEUR, avec un geste d'horreur elde^dégoùt. j
Ah! Monsieur!.. • . ■ . 1
BLAIREAU.-
Mais, Dieu me pardonne... le drôle failles •
beaux bras dans mon Iwine... Veux-tu bien me rendre mon twine !
C'est vous qui me l'avez donné, vnire Iwine ! le voilà, tenez... il ne me va pas déjà si bien... C'est un vrai sac.
BLAIREAU, le mettant.
On t'en donnera des iwine ouatés.
Ah ! mais, dites donc, rendez-moi au moins ce qu'il y a dedans... mon portefeuille... un billet de rodéon et un petit livre, 1res précieux...
BLAIREAU, lisant.
« Art d'élever des lapins et de s'en faire 3,000 livres de rente. » Tiens, malotru! tiens, voilà tes proiiriétés... Mais qu'est-ce ce que cela?., une lettre adressée à ma fille...
Ah! je vais vous.dire ce que c'est... voilà..,
BLAIREAU
Tais-toi, drôle, marouffle, maraud... tais-toi! (A part.) Je le traite comme à la comédie Française... je l'appelle maroufle!
Je vais vous dire...
BLAIREAU
Laisse-moi lire. (Lisant.) « Mademoiselle, je conviens que j'ai eu tort de ne pas me faire connaître tout d'abord ; mais je suis décidé à tout révéler ce soir à monsieur votre père, si vous m'y encouragez. Signé Clément fils. » Clément fils!., mais il est donc véritablement Clément fils? et celte flolombe qui vient me faire des ragots... Mais je viens d'agir comme un butor... comme un inquisiteur. Ah! mon ami, pardonnemoi.
Ah! non, merci.,, voilà votre manie qui vous reprend... vous faites le câlin... vous êtes caressant... et puis tout à l'heure, vous me traiterez de maroufle.
BLAIREAU
Ah! mon ami... sois généreux!..
Eh bien! oui, je suis clément... je vous pardonne.
BLAIREAU
Ah ! enfin !.. c'est bien lui!., quel quiproquo ! Mon pauvre ami, c'est ta faute aussi.
Un instant... je vous pardonne; mais laissezmoi m'en aller.
BLAinEAU.
T'en aller! dutout... Tiens voilà mon twine, excuse l'erreur d'un bon père.
Allons, je veux bien... pourvu que les coups de bâton ne reparaissent plus à l'horizon...
BLAIREAU
Que dis-tu? moi, frapper mon fils... car à présent je puis te donner ce titre... mon ami, ma fille est à toi.
laflet:r.
J'y consens... mais écoutez-moi bien... c'est à une condition : nous nous marierons...
nLAinsiL.
Dimanche '.
ï, AFLEt'P,,
Non, tout de suite.
BLAIREAtJ,
Ça va,., je vais faire publier les bans.
Seulement, faites bien attention à une chose... c'est encore vous qui me jetez à la tète de votre fille... n'a'ùcz pas plus tard...
BLAIREAU
Mais non... mais non... sois tranquille, Clément.
BLAIREAU
Non, Clément.
Non, Lafleur.