‹ M. LafleurChapitre 5 sur 22 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

Ah! ah! ah! ahl Ah! quel beau jour!

Heureux retour 1

Non, plus (l« peinu

r amour , raincin.-. le

Cliarinant avenir !

Àh I quel plaisir.

LAFLEUfi.

Ah ! laisse-moi tomber dai)S tes bras.

(Il veut rumbrasser.)

COLOMUE, revenant de son éniolion, et lui appliquant un sounict.

Un instant!

LAFLEtJr,.

Voilà coiUQie je suis reçu?., avec un soul- Qet?..

COLOMBE

Ah! vous voilà, drôle... Qu'astu fait de mon amour et de mes économies?

Ah! Colombe, ton amour est toujours là... quant aux économies... il m'c-i arrivé des malheurs.

COLOMBE

Je veux tout savoir. Pourqiioi vous êtes-vous ensraivé de la maison Cornebithe, où nous servions tous deux?

LAFI.EUa.

Pourquof, Colombe!., par ar.il)ition,ot pourquoi étais-je ambitieux? Pour vous, ô Colombo! pour couvrir celle que j'aimais de cachemires Ternaux et de dentelles d'Angleterre.

Je ne crois pas un rouge liard de tout çà. Si c'était vrai, vous m'auriez au moins donné de vos nouvelles.

J'en brûlais d'envie, ô Colombe, mais je me suis rappelé qu'une chose manquait à votre éducation... celle de savoir lire.

COLOMiîE.

Mais enfin, que vous esi-il arrivé ?

Je demande la parole. Voilà la défense de l'accusé. J'étais, comme vous savez, e:i condition dans la maison Cornebiche... lorsqu'un jour, jour fdtall.. le sieur Cornebiche me donna mon compte, pour des raisons bêtes... 11 prétendait... que je me faisais voler par les fournisseurs.

COLOMBE

Comme c'est invraisemblable.

C'est ce que j'ai répondu... Mais tu sais, les maîtres sont si chipotiers... Us chipotent... ils

chipotent... Bref... j'étais donc sur le bitume... quand il me vint à l'esprit de fonder une société en commandite.

Bon !

Oui... Depuis nombre d'années, Paris possédait des bureaux de placement pour les domestiques de tous lesâges et de tous les sexes...

COLOMBE

Je connais ça

Alors, j'imaginai d'établir un bureau de déplacement!..

COLOMBE

Tiens, c't-idée!..

Une idée... gigantesque!.. Tiens, suis bien mon raisonnement... Un domestique est dans une maison... Il est bien nourri, bien logé, bien chauffé... Enfin, il est heureux, ce domestique... Mais pendant qu'ilse dorlote, qu'il se goberge... il y en a d'autres... domestiques... sans place, qui souffrent... eux, de voir leurs camarades nager dans l'abondance... Eh bien, c'est en faveur de ceux-là queje travaillais. Je n'avais qu'un but, un soin, un désir... c'était de faire du tort aux domestiques en place... Je faisais passer à leurs bourgeois des rapports, des notes, des lettres anonymes... Enfin... j'en disais tant contre eux, qu'un beau jour... on les f... lanquait à la porte... et on prenait ceux queje protégeais... Tu comprends combien cette institution était morale... chacun avait son tour dans la répartition des bienfaits sociaux... J'admettais tout le monde au partage du chauffage, du logeâge et du nourrissage dans les bonnes maisons.

COLOMBE

C'est vrai, ça, et toi, tu avais la part du gâteau.

L'artisan vit de son labeur; malheureusement, le procureur du roi, (qui m'en voulait, bien sûr,) désira me connaître pour avoir de ma propre bouche, des notions sur ma société en commandite, avec frime et bénéfices antichipés. Je lui déroulai mon plan. Cela ne partit pas lui sourire. Nous ne fûmes pas d'accord sur quelques points de droit... ce qui fit que nous nous séparâiîîes fort mécontens l'un de l'autre. (Après une pause.) Je fus six mois sans le revoir!

COLOMBE

Tiens, pourquoi cela?

Uneidéede voyageur! Enfin, Colomi)e, force me fut de reprendre mon ancien métier de domestique... mais tu ne peux t'imaginer combien j'ai mangé de vache hydrophobe... Partout où -^c

me présentais on me disait : oîi avez-vous servi ? et pas moyen de fournir gros de ça de certificat. Si bien que, sans place, sans 'argent, j'ai été contraint d'employer tesécoiiomiespour me substanter... Jusque-là, je les avait respectées... Mais la débine !.. l'horrible débine !.. ô Colombe... Si je fus coupable... je fus encore plus malheureux!..

COLOMBE

Pauvre Lafleur!.. Allons, je te pardonne!

Vrai? Eh bien, donne-m'en une preuve.

COLOMBE

Que veux-lu? m'embrasser?

Non, déjeuner. Je le revois, mon cœur est satisfait, mais mon pauvre estomac est Tiinage du désert. Et en attendant M. Blaireau qui demande un domestique par les petites afliches...

COLOMBE

C'est donc pour ça que tu viens? Oh! que ça sera gentil. Je vais m'occuper de ton déjeuiiei-, mais avant il est convenable que tu te présentes à M. Blaireau.

Crois-tu qu'il tiendra au certificat ?

COLOMBE

Non, ii te sera facile de l'entorliller ; D'ailleurs, au besoin, je me charge de donner les renseignemcns; mais il vaut mieux d'abord n'avoir pas l'air de nous connaître. Je vais l'annoncer à notre maître, et l'apporter un bon petit déjeuner.

Un bon gros déjeuner, va, Colombe !

(Ils reprennent l'ensemble de î'air précédent.)

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