‹ M. Littré et le positivismeChapitre 14 sur 55 · Remarques^ p. 171 et · texte numérisé non relu

Remarques^ p. 171 et

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intermédiaires. Qu'est-ce cela, sinon le régime parlcmenlaire? — Or, ce régime, soit monarchique, so'it républicain, semble approprié h la situation présente des nations européennes. On en parle môme pour la Russie. C'est ce que rhomme d'aujourd'hui a trouvé de mieux approprié aux conditions du milieu social. Ce régime donne des garanties suffisantes à l'ordre, il en donne aussi à la liberté, car il comporte une presse affranchie d'entraves, la prépondérance de l'opinion, la possibilité de tout discuter, la participation, par représentation, du grand nombre à la geslion des affaires publiques; enlin, il est ouvertaux réformesque signalent l'expérience politique et le progrés général. — En 1879, dans quelques pages très curii^uses, il insistait sur l'erreur considérable que Comte avait commise en professant que le régime parlcmenlaire était un produit britannique, inhabile à être transpl inté \ D'une revue rapide de la marche de la civilisation occidentale, il lirait la conclusion toute coniraire, à savoir que ce régime,

i. Revue de philosophie /?05?7<i'e, juillet-août 1879, p. 140.

bien loin d'elrc on déchéance depuis cinquante ans, est en croissance régulière sur le continent. N'étant pas tout d'une pièce et comportant des gradations, il est ici plus puissant, et là plus faible, mais partout il conserve sa propriété caractéristique, qui est d'assurer la publicité, la discussion, le meilleur système des garanties h tous et à chacun. M. Litlré restait républicain convaincu, comme il l'avait été depuis de longues années, mais il était devenu républicain parlementaire.

C'est ainsi que peu à peu, par des expériences répétées, par des réflexions bien conduites, par une sincérité complète à l'égard de ses propres idées et des événements, cet esprit, progressit et méditatif, s'élargissait , s'affranchissait de la secte, s'élevait et se pacifiait. 11 vivait de plus en plus en face de sa conscience dans le passé et dans le présent. Lui-même a marqué d'un trait profond et délicat cette histoire intérieure d'un esprit qui s'observe, se châtie et s'améliore sans cesse, dans cette page écrite peu de temps avant sa mort : « Une vie qui se prolonge beaucoup, au milieu de la souffrance permanente, il est vrai,

mais avec un esprit qui garde, ce me semble, la lucidité, me ramène aux jugements du passé par le présent, n'étant, à la différence du vieillard d'Horace, ni prôneur du temps passé, ni censeur et châtieur du temps présent. Je trouve singulièrement instructif, pour moi du moins, de me reporter à quarante ou cinquante ans en arrière, et de voir ce que les événements ont fait de ce que nous avions cru, redouté, espéré. Il me paraît, malgré la croyance contraire, qu'un vieillard qui n'est pas entêté de lui-même est aussi redressable qu'un homme plus jeune, et qu'il ne peut plus garder de préjugé pour ce qui jadis l'avait passionné et obsédé. Je n.e remets ici au point de vue de la philosophie positive telle que je l'adoptais sans réserve. La réserve, les événements me l'ont apprise. Y a-t-il beaucoup de vieux révolutionnaires, de vieux conservateurs qui se résignent, comme le vieux positiviste que je suis, à mettre une part de leurs déceptions sur eux-mêmes, au lieu de la mettre toute sur les événements ? ^ »

i. Expéi'ience rétrospective an sujet de notre plus récente histoire.

Celte réserve, que les événements lui avaient apprise, ^e manifeste par Téloignement qu'il montre de plus en plus, en vieillissant, pour l'école révolulionnaire, ses jugements historiques, ses procédés de gouvernement et ses expédients politiques. Il définit la Révolution l'ensemble des tendances qui attaquent et ruinent violemment le passé dans ses croyances et dans ses institutions. Sa source est dans le conflit croissant entre le savoir positif et les croyances théologiques; son péril est la tendance à l'anarchie, résultat inévitable des conceptions rationnelles, des combinaisons purement subjectives, en dehors de tout appui dans l'expérience, dont chacune a en soi assez d'attrait pour faire la conquête de certains groupes d'esprits, mais dont aucune n'a assez de consistance pour s'imposer au plus grand nombre et faire loi^ C'est ainsi qu'elle dissout la société, et qu'en même temps elle rompt brusquement l'enchaînement des générations. Elle tient le passé en grande aversion; elle engage contre lui une lutte redoutable, et il est naturel qu'elle

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