Revue de jihilosopltie positive, juillet-août
à 1871 (jusqu'au ^ote de Bordeaux qui consacre la troisième république comme un fait, jusqu'au vote de Versailles qui la consacre comme un droit) la culpabilité politique emplit noire histoire; roi, empereur, populaire, y trempent à Tenvi, et elle se paye chèrement au tribunal sociologique, qui inflige en toute rigueur aux prémisses leurs conséquences.... Tous, pendant ces quaranle-sept îmnées, tous, légitimistes, républicains et impérialistes, sont passibles d'une seule et môme condamnation. Je me mépriserais si, parce que je suis républicain, je faisais en cela une exception pour le parti de la république et louais chez lui les coups que je blâme ailleurs. Je n'admets ni que ce qui est mal chez les uns soit bien chez les autres, ni que la fin justifie les moyens. Je suis d'avance du côté de ceux qui résolument renoncent aux voies violentes; mais parmi ceux qui n'y renoncent pas, mon impartialité est complète,— impartialité qui n'est point de l'indifférence, car c'est le cœur déchiré que j'ai assisté à mainte péripétie de notre récente histoire. »
Les mêmes principes expliquent son attitude
d'historien devant le christianisme et celle qu'il prit comme législateur, en une occasion solennelle, devant des pouvoirs qui lui semblèrent manquer de libéralisme et de tolérance. On s'étonnait parfois, dans le parti de la démocratie avancée, de trouver en lui des jugements empreints d'une certaine faveur sur le rôle historique du christianisme dans le monde. M. Litlré l'expliquait par une simple distinction. En tant que disciple de la doctrine positive, il appartenait à un parti philosophique, et, là, il était l'adversaire des théologies; il insistait sur l'incompatibilité qu'il croyait saisir entre elles et la conception moderne du monde. Mais tout autre était et devait être son langage quand il parlait en historien. Alcrrs il se rappelait que les religions entrent dans la contexture intime du développement de l'humanité ; que ce développement ne peut être séparé de leur action, et que, tout compensé, puisqu'on loue le point de civilisation où nous sommes arrivés, on doit faire la part de CCS collaboratrices assidues et puissantes dans l'œuvre accomplie. « Celui qui verrait dans cette nouvelle attitude une contradiction ou un dé-
menti de moi-même ferait preuve d'étroitesse d'esprit et de bien lourds préjugés ^ »
Ce ne serait pas non plus une contradiction dans la pratique ni un démenti à lui-même, si, devenu homme de gouvernement et ayant à gérer les intérêts matériels et moraux de nos sociétés si complexes, M. Littré avait tenu pour son devoir politique le plus strict de faire jouir les théologies de la protection et de l'indépendance que l'État doit à toutes les doctrines. Ce fut même là l'objet spécial d'un écrit très curieux, publié presque simultanément dans la Revue de philosophie positive et dans le journal le Temps en 1879, sous ce titre : le Catholicisme selon le suffrage universel en France, ci qui lit une sensation j)rofi)nde dans les deux partis, celui avec lequel votait d'ordinaire M. Littré, et le parti con^ traire, l'un scandalisé de l'éclat d'une telle dissidence, l'autre étonné d'une pareille impartialité; Au fond, M. Littré était fidèle à lui-même et à ses idées. (Certes il n'était pas tendre pour le cléricalisme ni pour les jésuites. Combattre leurs