PRÉFACE
son caractère, son intelligence et ses grands travaux, a su faire profiter dans une large mesure cette philosophie de la faveur toute personnelle d'opinion si justement obtenue pour lui-même. Cet homme est M. Littré.
Nous examinerons particulièrement le Positivisme sous cette dernière forme ; nous le suivrons dans les réponses qu'il a données tout récemment aux divers problèmes que posent chaque jour la science de l'esprit et rcxpérience de la vie humaine. Nous serons amenés naturellement à nous demander ce que l'avenir réserve à cette philosophie que le temps présent comble de ses faveurs. Sa fortune qui, à en croire certaines déclarations fameuses, serait consacrée aujourd'hui (s'il pouvait y avoir du définitif dans les victoires de ce genre), cette prodigieuse fortune aurat-elle autant de durée qu'elle a de spécieux éclat? Les causes de ce succès sont-elles permanentes? N'y a-t-il pas bien des circonstances politiques et sociales qui en expliquent le triomphe momentané? Nous nous demanderons surtout si le Positivisme est destiné à survivre, sous forme de système, aux deux hommes en qui il s'était
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incarné, M. Auguste Comte et M. Littré, et si les chances de durée qu'il peut avoir ne sont pas en raison inverse de sa cohésion ou de sa consistance comme doctrine. Ce sera l'occasion de dissiper un malentendu qui parait se prolonger dans certains esprits sous l'illusion d'un mot qui ne désigne plus les mêmes choses. J'essaierai de démontrer que le mouvement positiviste, dont je suis loin d'ailleurs, comme on le verra, de contester l'étendue et l'importance, est venu à la fin se résoudre dans un ensemble de négations, d'autant plus puissantes et populaires qu'elles paaissent plus simples et plus radicales, mais qui ne se relient au Posivitisme proprement dit que par une équivoque, et qui sont même, en un sens, contraires au véritable esprit de cette philosophie, lequel serait une neutralité absolue, si la neutralité n'était pas une chimère en philosophie comme en politique.
En tout cas, c'est une question à examiner de prés, qui vaut qu'on la discute, et qui se rattache aux plus graves préoccupations de l'heure présente. Cette négation, cette exclusion de tout un ordre d'idées et de croyances a suscité le