W. Mallock, édition Didot, p
nous, plus OU moins cachés, dans toutes nos . idées et nos espérances, dans tous nos intérêts et même dans nos plaisirs. Aussi rien de plus difficile, pour l'homme moderne, que de se faire positiviste en réalité et dans toutes les conséquences que le mot comporte, de s'abstraire violemment de dix-huit siècles de christianisme, de plus de vingt-deux siècles de métaphysique qui pèsent sur lui. Que l'on essaye de calculer combien de spiritualisme, après ce long temps, reste incorporé dans les notions et dans les sentiments de l'humanité, quelle quantité d'idées morales est emmagasinée dans la conscience des générations, comme la chaleur du soleil l'est dans la houille ou dans le diamant. Cette conscience historique de l'humanité est restée, à son insu, religieuse. On nous reprochera peut-être d'employer ce mot d'une manière trop générale pour désigner tous les éléments idéalistes qui sont entrés par l'action des siècles dans l'âme des peuples d'Occident. De telles notions sont, je le sais, d'origines bien diverses. Plusieurs proviennent des philosophies ; elles ont pris naissance dans la réflexion libre de la pensée sur elle-
même. Mais ces idées philosophiques, ce spiritualisme séculier, si je puis dire, n'ont exercé leur empire direct que sur un petit nombre d'intelligences d'élite. Le grand courant des générations y est resté étranger. Elles n'ont eu d'accès dans la masse de Thumanitéqu'à travers les influences religieuses et à la condition de se confondre avec elles. C'est pour cette raison que, toutes les fois que nous venons à considérer ce grand phénomène historique, la formation de la conscience humaine à travers les âges, nous résumons, sous le terme le plus clair, le plus compréhensif et le plus usuel, tous les éléments similaires qui sont entrés successivement dans la composition de cette essence complexe. Quelles que soient la hauteur de ses origines et la grandeur des esprits qui la représpentent, la métaphysique n'aura eu dans l'histoire de l'humanité qu'un rôle secondaire si on le met en regard de celui que les religions ont rempli sur la scène du monde.
Voilà ce que comprennent quelques-uns des chefs des écoles nouvelles. Aussi est-ce directement à l'élément religieux qu'ils s'attaquent, ne
doutant guère qu'il n'entraîne dans sa ruine le spiritualisme tout entier, y compris l'idéalisme, qui en est une dernière forme. Dans une discussion récente, un des plus ardents polémistes de ce temps, M. Henry Maret, raillait impitoyablement ce que d'autres, démolisseurs convaincus des religions, mais plus timides pour tout le resle, Youdraient conserver sous le nom de croyances laïques et maintenir à la place et sur les ruines mêmes des dogmes. « Croyances laïques, disait-il, le mot m'a plu. Je ne- serais pas fâché de savoir en quoi elles consistent. Une croyance religieuse, cela se conçoit. Vous faites intervenir un être supérieur, une révélation; vous vous inclinez, vous obéissez. Voilà qui va bien. Hors de là, je ne sache pas qu'il y ait autre chose que la raison individuelle. La raison m'apprend certaines vérités scientifiques, telles que : deux et deux font quatre^ et : la ligne droite est le plus court chemin d'un point à un autre. Mais je ne pense pas que ce soient là les croyances laïques dont on nous parle et qui constituent la morale. Il n'est pas une de ces prétendues croyances qui ne puisse être niée par
la raison. On ne s'aperçoit donc pas que les fameuses croyances laïques sont tout simplement les vestiges du christianisme que Ton a détruit. » Et s'adressant à ceux qui les soutiennent et qu'il accuse d'inconséquence : « Toutes les lois, dit-il, avec lesquelles vous faites la morale devraient être considérées par vous comme autant de préjugés; car toutes viennent de là. Vous avez sapé la base, mais le château reste encore en l'air, tenant debout par la force de l'habitude. »
11 semble bien démontré que le monde moderne vit encore, malgré l'effort des nouvelles doctrines, sur le capital (bien qu'amoindri et chaque jour décroissant) des idées morales accumulées pendant de longs siècles. Mais qu'arrivera-t-il quand ce capital sera perdu et dissipé? Il faut prévoir que ce jour-là, qui même ne peut guère tarder, si l'on en croit les pronostics du positivisme, on devra se contenter de ce qui est strictement contenu dans les données de l'expérience positive. Et dès lors « un changement s'accomplira dans le monde, dont le sens et la portée nous échappent encore, mais que nous . pouvons essayer de deviner; c'est la transforma-
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tion d'une ère qui finit en une autre qui commence. »
Tâchons de réduire à leur plus simple expression, en les dégageant de tout alliage métaphysique ou religieux, les données fondamentales de ce que M. Littré nomme la foi scientifique : toutes les idées constitutives de chaque science devront être l'objet d'une perception positive, d'une expérience indiscutable et vérifiée; les phénomènes psychiques ne pourront être étudiés que dans leur expression sensible et dans leurs conditions organiques; au fond, plus de distinction essentielle entre les phénomènes psychiques et les phénomènes physiques, toute distinction de ce genre impliquant une différence de substance là où Ton ne peut concevoir qu'une différence de manifestations. L'unité de la nature est présumée, je ne dirai pas affirmée, ce qui serait contraire au programme de l'abstention la plus rigoureuse sur les origines et les causes premières ; mais les résultats sont les mêmes : la base de la psychologie cherchée dans la biologie, la base de la morale dans l'histoire naturelle des espèces ; la vie humaine ne différant
pas par ses conditions et ses lois fondamentales de la vie universelle, qu'elle représente seulement avec un degré supérieur d'intelligence qui permet à l'homme de se rendre mieux compte de ces conditions et de ces lois. Il n'y a nulb part interruption brusque dans la série des phénomènes, lesquels se ramènent tous également à des métamorphoses incessantes de la force et de la matière, apparaissant soit comme individus sous les formes d'un monde ou d'un astre, d'un corps ou d'une cellule, soit comme phénomènes, sous les formes du mouvement ou de la sensation, de l'inslinct ou de la pensée, irréductibles jusqu'à présent les unes aux autres, mais de plus en plus serrées par l'analyse et destinées à révéler un jour ou l'autre leur identité sous la variété purement apparente des circonstances et des conditions qu'elles rencontrent dans le mélange infini des choses. — Ne rien admettre, ne rien croire que sur la foi de l'expérience positive, voilà toute la doctrine et toute la méthode. C'est sur celte base que l'on s'engage à reconstruire la vie morale tout entière, qui risquait de périr sous les débris des vieilles doctrines. A-t-on tenu cet
engagement ? S'il n est pas tenu encore jusqu'à riieure présente, peut-on prévoir qu'il le sera un jour, que les promesses des novateurs seront accomplies et que l'on finira par rendre à Thuinanité,sous une autre forme, en échange de son adhésion à la vérité nouvelle, les richesses intellectuelles et morales qu'elle était menacée de perdre, ou du moins l'équivalent positif de ces idées qui seules nous semblaient capables de donner à la vie sa valeur et son prix?
La question ainsi posée n'a pas Tair d'embarrasser les positivistes. On leur dit : « Vous enlevez à la vie humaine tout ce qui pouvait, aux yeux des sages, la sauver de la vanité absolue. Prouvez maintenant que ce qu'il en reste n'est pas vain. » Ils acceptent cette mise en demeure. Ils se font fort de prouver qu'ils n'ont après tout détruit que des chimères, qui ne pouvaient être un solide appui pour le bonheur ou la moralité, et qu'en transformant les conditions et les aspects de la vie, ils n'en ont pour cela diminué ni le sérieux ni la valeur.
M. Liltré a montré à plusieurs reprises le noble souci de ne pas laisser décroître entre ses mains ce trésor moral de l'humanité. Dès 1851, il esquissait la théorie positive du bonheur. Elle vaut la peine d'être résumée ; car elle contient
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en germe toutes les réponses qui .seront faites plus tard par les penseurs de celle école à cette grave question de la destinée.
Dans ces temps d'anarchie, disait-il, où les uns se lamentent sans lin sur l'imminence de la ruine, où les autres se laissent aller à d'ardeiiles passions de destruction, où beaucoup sont saisis d'un scepticisme énervant et d'une égoïste mélancolie, il est salutaire démontrer à tous qu'on n'a ni à se lamenter sur le passé qui s'évanouit, ni à s'user dans les colères de la destruction négative, ni à se perdre misérablement dans les langueurs du scepticisme, mais qu'on peut et qu'on doit vivre Tesprit ckiir, l'àme sereine et le cœur ardent. Cela est-il possible avec la doctrine nouvelle? Assurément. Qui empêche les positivistes d'atteindre, d'une autre manière et par d'autres procédés, à ces biens inestimables, la clarté de l'esprit, la sérénité de l'âme, l'ardeur du cœur? Aimer est la première condition de la félicité promise et réalisée par la philosophie positive. Elle insjiire l'horreur de ce monde de violence, de guerre, de domination privilégiée, de richesse égoïste où nos prédécesseurs ont
trop longtemps vécu. Elle inspire l'énergique désir d'en sortir. Elle ouvre à nos instincts sympathiques une carrière infinie, non pas dans un séjour surnaturel, mais sur notre terre, dans la continuité de la vie humaine, dans l'héritage permanent des générations. — Connaître est le second terme de la satisfaction de notre àme, et qui mieux que la science positive peut lui donner cette satisfaction? Quel puissant révélateur que le savoir scientifique, élalant devant nous le spectacle réel de ce que nous voyons de la nature, spectacle dont les anciens n'avaient aucune idée! Les immensités se sont ouvertes ; les soleils y cheminent comme des points lumineux. Les antiquités se sont agrandies comme les espaces; l'homme est ancien, et avant lui la vie s'était manifestée sous toutes sortes de formes d'autant moins complexes qu'on remonte plus haut, jusqu'à ce qu'enfin on rencontre les terrains primordiaux vides de tout organisme. Yoilà la réalité dans toute sa grandeur, dans toute sa beauté, dans toute sa terreur. — De graves et salutaires émotions s'élèvent dans le cœur à la vue de cette réalité, et nous répétons avec Dante : // naufragar
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in questo mar è gioia : S'abîmer dans cette mer est une joie. — Servir est le troisième terme de la satisfaction humaine. Selon M. Comte, ce qu'il y avait de plus douloureux, pour les belles âmes, dans le régime antique de l'esclavage et du servage, c'était de ne pouvoir se dévouer librement au service d'autrui. Nous qui ne sommes plus ni esclaves ni serfs, nous entrons dans celle pleine liberté du dévoùment au service de l'humanité. D'autant plus dévoués que nous sommes plus libres, nous trouvons un aliment assuré à notre activité la plus étendue. Tout, dans cette direction, s'ennoblit et se sanctifie. — Et la conclusion arrivait d'elle-même : avoir contemplé les lois éternelles du monde et aimer ce qui est digne d'être aimé, vaut la peine d'avoir vécu.
Telle était, il y a trente ans, sous l'impulsion directe et personnelle de Comte, la doctrine de M. Littré sur la valeur et la dignilé de l'existence morale. En 1878, soumettant ces pages à un examen approfondi et les jugeant librement selon sa coutume, il les approuve ; il en reprend quelques idées pour les développer. Il fait remarquer que de même que les révélations diffèrent gran-
dément (rèvélalion théologique, révélation scientifique), de même les félicités qu'elles procurent aux hommes ne diffèrent pas moins. La félicité individuelle tenait le premier rang dans le christianisme, il ne s'occupait pas de la félicité sociale, du moins directement; il travaillait au salut individuel, et par là sans doute il contribuait en une cerlaine mesure à l'amélioration de la communauté; mais, au vrai, dit-il, la cité de Dieu n'a aucun rapport avec la cité humaine, et il suffit de se rappeler le petit nombre des élus pour voir à quel point divergent les deux conceptions du bonheur, le bonheur chrétien et le bonheur positiviste.
La félicité sociale est donc au premier rang par mi les objets que poursuit la philosophie positive. On pourrait presque dire qu'elle absorbe la félicité individuelle. Elle s'occupe avant tout de promouvoir par tous les moyens possibles le perfectionnement général, intellectuel, moral et matériel; elle se définit par le devoir de connaître la marche des chosesj d'y contribuer par un labeur conscient et attrayant, de faire que chaque génération transmette à la génération qui la suit un
héritage augmenté. Elle n'a pas besoin de sanction, dans le sens vulgaire des récompenses et des peines administrées par un juge suprême. Il y a une sanction, néanmoins, mais qui n'est pas sous la dépendance d'un pouvoir personnel et par conséquent arbitraire : elle est remise à une puissance impersonnelle, à savoir l'action progressive du milieu contemporain ; elle change et se développe à mesure que change et se développe ce milieu lui-même. Rien en cela de fortuit, de déréglé ni d'impuissant. La grande masse de^ hommes obéit, sans résistance, à la moralité régnante ; cL ceux qui s'y soustraient ne le font guère impunément. La moralité, comme la science et l'esthétique, est intimement incorporée à la société générale; elle existe par elle, croit par elle, et en retour exerce sur elle son action bienfaisante. C'est pour cela que les individus ne peuvent rien contre elle, et que sa sanction a un pouvoir non seulement incontestable, mais, en fait, incontesté ^
1. Théorie positive de la révélation et de la félicité^ chap. XXVIII de Conservation^ Révolution^ Positivisme, p. 417-429.
On remarquera dans cette théorie un grand effort pour lier le bonheur de l'individu à celui de la société, pour convertir l'un dans l'autre, un élan imprimé aux sentiments sympathiques pour les exalter. Selon une formule qui plaît à M. Littré et qui met en opposition les trois théories du bonheur où se résume le travail de l'humanité, la rédemption païenne avait un caractère matériel, la rédemption chrétienne avait un caractère de salut individuel, la rédemption positive a un caractère de morale sociale. Le célèbre professeur anglais Huxley, partant de principes analogues, arrive à peu près au même résultat. Ayant à parler du bien suprême qui comprend deux termes, bonheur et moralité, il accorde que Ton fasse une distinction. S'il s'agit du bonheur, on peut entendre celui d'une société ou celui des membres qui la composent. S'il s'agit de moralité, on peut distinguer la moralité sociale, laquelle a pour critérium et pour objet le bonheur de la société, et la moralité personnelle dont le bonheur individuel est le critérium et l'objet. A merveille! Mais quand ensuite il arrive à donner des explications, elles ne porlent
que sur un seul point, le bonheur social ou la moralité sociale. Dès lors on comprend qu'il ait l'air d'être complètement d'accord avec les idées spiritualistes el qu'il puisse dire :
c( Arrive que pourra de nos croyances intellectuelles, de notre éducation même; les charmes de la sainteté, les laideurs du mal demeureront, pour ceux-là qui ont des yeux pour les voir, non point de simples métaphores, mais des sentiments réels et profonds. »
A plus forte raison entendons-nous Tyndall, beaucoup moins avancé dans le sens des négations que M. Huxley, déclarer que, tout en ayant rejeté les croyances de ses jeunes années, « il n'est aucune des expériences spirituelles qu'il connaissait alors, aucun accomplissement du devoir, aucune œuvre de miséricorde, pas un acte d'abnégation, pas une pensée solennelle, pas une joie dans la vie ou dans les aspects de la nature qu'il ne veuille garder encore. »
Toutes ces aspirations, très respectables en elles-mêmes, sinon très logiques, viennent aboutir à cet hymne de George Eliot, qui les a recueil-
lies dans son àmc de poète et qui les exprime avec une sorte de foi exaltée.
Oh! puissé-je m'unir au chœur invisible De ces morts immortels qui vivent encore, En des vies que rend meilleures leur présence ! Vivre ainsi, c'est le ciel! . .
C'est produire dans le monde une harmonie qui ne meurt pas,
Où respire l'ordre merveilleux qui règle,
Avec un pouvoir grandissant, le progrès de l'humanité.
Puissions-nous recevoir en héritage cette douce pureté,
Pour laquelle nous avons combattu, gémi, agonisé, [poir !
Les yeux perdus dans le vaste passé qui n'enfanta que le déses-
Notre être, ainsi meilleur, vivra, jusqu'à ce que le temps hu-
Ait fermé sa paupière, et que les cieux humains [main
Soient repliés, comme un rouleau, dans la tombe.
Où nul jamais ne les lira. C'est la vie à venir,
Qu'ont rendue pour nous plus glorieuse ces martyrs
Dont nous tâchons de suivre les pas. Puissé-je atteindre
Ces cieux très purs ! Être pour d'autres âmes
Le calice de vaillance en quelque grande agonie,
Allumer de généreuses ardeurs, nourrir de pures amours,
Engendrer des sourires exempts de cruauté.
Être la douce présence du bien partout diffus,
Et dans sa diffusion toujours plus intense !
Ainsi je m'unirais à ce chœur invisible
Dont l'harmonie est la joie du monde.
C'est là qu'on peut prendre la plus haute idée que le positivisme se soit faite de la vie, la plus haute, mais aussi la plus vague. En effet, que faut-il chercher sous les formes de ce poème sociologique? C'est une habitude singulière et
m LE PRIX DE LA VIE HUMAINE
à certains points de \ue fâcheuse chez les sectateurs de ces nouvelles philosophies que de garder l'ancien langage religieux et de le transporter dans un ensemble d'idées auquel il s'étonne d'être adapté. 11 résulte de cette adaptation parfois violente que la suite des mots n'est plus qu'une série de métaphores qui doivent être expliquées, si l'on ne veut pas induire en erreur les âmes naïves. Il faut avoir la clef de ce symbolisme pour pénétrer dans la pensée qu'il recèle. M, Littré, vers la lîn de sa vie, après avoir été le témoin attristé des abus commis en ce genre par M. Comte, déclarait « qu'il n'était plus aussi disposé qu'il l'était jadis à employer en un sens de philosophie positive les termes " consacrés dans le langage dc^ croyants théologiques », Mais la tendance existe dans l'école, luimême y a cédé plus d'une fois, et nulle part elle n'a pris plus de développement que dans les effusions poétiques d'Eliot. Qu'y a-t-il donc sous l'expression mystique de ces joies et de ces espérances? Qu'est-ce que ce chœur invisible de ces morts immortels, et comment peut-on s'unir à eux en des vies que leur présence rend meil-
leures, et dont on peut dire que vivre ainsi, cest le ciel? Si Ton y regarde sérieusement, tout se réduit à cetle idée, que les morts anciens revivent d'une certaine manière, tout imaginaire, par les bienfaits qu'ils ont assurés à leur postérité. Le reste n'est que le développement lyrique de cette même idée. Cette harmonie qui ne meurt pas, cet ordj^e merveilleux et toiijours grandissant^ cette vie à venir que ces martyrs ont rendue plus cjlorieuse, cette doul)le perspective étendue vers le vaste passé qui n'enfanta que le désespoir et vers cet avenir qui nous découvre la joie du monde, ces deux très purs auxquels aspire toute âme noble^ c'est dans un sens tout réaliste qu'il faut entendre tout cela. « Les deux très purs, dit M. Mallock, ces cieux que les hommes d'une génération doivent avoir en vue, sont un accroissement de joie qu'ils auront assuré, par leur bonne conduite, à la génération à venir. Ainsi le présent, pour les positivistes, est la vie future du passé, la terre est un ciel qui la réalise sans cesse. Il paraît bien que c'est comme un chœur éternel en action : les exécutants sont encore un peu en dehors du ton, mais ils devien-
Tient à chaque instant de plus en plus parfaits. En ce moment, un ciel de ce genre existe autour de nous. Notre joie actuelle, dont nous ne nous apercevons guère, eût été le ciel pour nos grandspères, si elle avait commencé un siècle plus tôt. » Et l'humoriste anglais ajoute quelques réflexions égayées : « Mais il est clair que cette prétendue musique ne se trouve pas partout. Où donc estelle alors? Et quand nous l'aurons, mériterat-el!e fous les éloges qu'on lui décerne? On nous indique bien le moyen d'assurer à chaque exécutant sa voix ou son instrument, mais on ne nous dit pas comment avoir de bonnes voix ou de bons instruments ; on ne décide pas non plus si l'orchestre jouera du Beethoven ou de TOffenbach, si le chœur chantera un psaume de la pénitence ou une chanson à boire \ »
C'est ici qu'il serait bon d'appliquer une opération chimique du genre de celle que nous avons déjà indiquée et qui consisterait à éliminer tous les éléments disparates d'origine métaphysique ou religieuse, à écarter toutes ces brillantes